X PRÉFACE
obligatoire; — oa assez sceptiques pour n'avoir aucune foi aux vérités pratiques qui sont le fondement de Tordre social ; — ou assez pleins de préjugés pour s'imaginer que le remède à un pareU mal est ailleurs que dans ces idées mêmes, et que c'est par d'autres maximes enseignées d'autorité seulement, qu'on parviendra à faire la lumière dans des intelUgences circonvenues par tant de causes d'égarement.
Conservateurs imprudents, vous consommerez votre perte et la nôtre, en cherchant dans les traditions mortes d'un passé souvent absurde ou injuste, des remèdes au mal intellectuel qui nous rongel Vous ne voulez ni de la réflexion, ni de la logique, ni du libre et consciencieux examen; vous ne voulez qu'un enseignement de mémoire, d'autorité, une morale arbitraire et mystique , une politique de droit divin : eh bien ! vous n'aurez ni la foi au droit divin ni celle qui doit assagir en abêtissant, parce que l'une et l'autre sont devenues justement odieuses et impossibles ; vous n'aurez pas davantage les saines et naturelles doctrines qui pourraient nous sauver, puisque vos préventions d'ignorantisme et votre scepticisme systématique vous empêchent d'y croire et de vous y attacher. Vous resterez impuissants, désarmés, et vous serez vaincus par un ennemi qui ne veut plus vous écouter parce qu'il ne peut plus vous croire.
C'est la nécessité de combattre, jusque sur le terrain du droit public , des préjugés d'un autre temps et d'une métaphysique tout à fait arriérée , qui nous a fait introduire dans cet ouvrage une dissertation qui n'y devrait point figurer, si nos assemblées politiques
PAÉFÂCE. XI
ornent eUes^némes la sagesse de s'abstenir de questioQs qui sont également en dehors de leur mission et de leur compétence. Mais quand un sénat se met passionnément à la suite de pétitionnaires hostiles à la libre investigation scientifique dans les chaires de nos Facultés, et prétend faire de la science au lieu de faire des lois, ou plutôt pour se donner le droit apparent d'en faire de mauvaises, un publiciste a peutêtre quelque droit à l'indulgence s'il s'écarte un instant de la voie que lui traçait la méthode, pour faire voir Tabîme d'ignorance et d'erreurs où peuvent tomber des corps constitués qui se laissent entraîner par l'esprit de secte et par les passions qui l'animent.
Les rapports sociaux ne sont pas seulement des rapports négatifs ou de simple abstention ; ils sont aussi des rapports d'action, des échanges de services de nature aussi diverse que les moyens propres à satisfaire les besoins nombreux auxquels nous sommes sujets. De là, bien des espèces de services , bien des fonctions d'autant mieux remplies qu'elles sont plus dans les goûts et dans les habitudes de ceux qui s'y livrent. C'est la division naturelle du travail social, division qui crée les conditions diverses. Chacun se trouvant placé ici ou là , soit par sa naissance , soit par sa volonté , soit par les circonstances, se trouve par là même en mesure de rendre à ses coassociés civils , à ses concitoyens , tels ou tels services en échangede ceux dont il a besoin, et qui lui sont garantis par les pouvoirs publics. Il y a encore là une