‹ Principes du droit publicChapitre 59 sur 67 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DBS ASSOCIATIONS A BUT INTBLLBCTinSL.

SOMMAIRB :

Objet de ces ossociatioos. — Le droit de TÉUt à cet égard. — Son devoir. — Pea ou point de danger. — Utilité incontestable. — ^ Une Ame n*a de yaleur que par la pensée. — Ce qu'elle n*est pas et ce qu'elle est sans Tinstruction et sans la libre pensée. — Conséquence.

Les progrès de la littérature, des sciences, des arts, de l'histoire, de la philosophie, des sciences morales, économiques et poUtiques, la diffusion des lumières par la presse et renseignement libre, sont l'objet des associations de ce genre, qu'on les appelle académies ou de quelque autre nom qu'on voudra.

Tous ceux qui cultivent le champ des connaissances humaines ont le droit d'unir leurs efforts, leurs moyens, de s'entr'aider et de s'éclairer mutuellement. L'État n'a, dans cette affaire, qu'un droit de police, à l'effet de s'assurer si, sous le couvert de la science, les associés ne font rien de contraire à l'ordre et au bien publics. C'est dire que ces sortes d'associations doivent avoir leurs programmes et leurs règlements, et que l'État doit en avoir connaissance , moins pour les approuver que pour savoir s'il n'a pas à les désapprouver dans un intérêt public.

Ce droit de désapprobation, de représentation, dlnterdiction , au besoin, doit être exercé avec un esprit de libéralisme supérieur. Les écarts, les excen-

tiicités, les doctrines hardies jusqu'à l'erreur et au désordre possible dans l'application , ne doivent pas être réprimés préventivement , ou par cela seul que tout cela serait possible; autrement, l'association elle-même deviendrait impossible, ou devrait être tellement réglementée qu'elle serait sans force et sans vie. Il faut présumer, au contraire, qu'une réunion d'hommes sérieux est toujours moins hardie comme corps que ne pourraient l'être tels ou tels individus qui la composent, et qu'il y aura dans son sein une diversité suffisante d'opinions pour que la contradiction s'y établisse régulièrement , et que le remède se trouve presque toujours à côté du mal. La discussion, qui est Pâme même des sociétés savantes, force d'ailleurs ceux qui doivent la subir à surveiller leurs pensées, leurs paroles, à ne rien avancer qui ne puisse se soutenir, et à mettre dans le langage les formes voulues par la science et la politesse. On n'a pas affaire alors à une masse ignorante et passionnée, qu'il faille émouvoir plutôt qu'éclairer; ici, tout, au contraire, doit être lumière et raison; la conviction est l'unique but qu'il s'agit d'atteindre ; la déclamation, la chaleur fougueuse et passionnée, si puissante sur l'imagination du peuple réuni, échouerait infailliblement. La raison et le raisonnement, l'observation des faits et les inductions qui s'ensuivent, voilà les seuls moyens de succès que comporte une étude quelconque. Or, les sociétés savantes n'admettent nécessairement que dés études. Tout, dès lors, peut en être l'objet, puisque rien d'accessible à l'esprit humain, rien du moins de ce qui doit l'intéresser, ne peut

être par lui raisonnablement dédaigné ou délaissé. Et comme le progrès des idées, des institutions, du bien public et particulier, tient essentiellement au progrès des sciences, et celui des sciences à la parfaite liberté d'examen et de discussion , TÉtat est tenu non seulement à laisser faire, mais encore à favoriser ce libre essor de la pensée qui doit porter partout le mouvement et la vie de Fintelligence. C'est ce besoin de connaître et d'approfondir, cette curiosité indéfinie de l'esprit s'attaquant à tous les ordres d'idées et de faits, qui donne à l'âme humaine toute sa valeur, qui tire de chacun tout le parti possible pour le plus grand avantage de l'individu et de la société. Sans ce précieux aiguillon, l'âme reste comme assoupie ; une torpeur intellectuelle la -tient comme enchaînée dans les bas-fonds de l'ignorance et de la vie animale. L'âme qui n'a point passé par une suffisante initiation morale, littéraire et scientifique, est visiblement au-dessous de sa destinée et pour ainsi dire au-dessous d'elle-même. Elle sera sans élévation et sans énergie pour le beau et le bien qu'elle ignore. Elle sera sans ardeur pour la vérité , dont elle méconnaît le prix, dont elle peut même redouter l'éclat. Esclave volontaire de préjugés traditionnels ou de circonstances qui l'aveuglent ou l'égarent, ou de passions ignobles qui lui font chercher son bonheur dans la fange des plus immondes voluptés, elle pourra servir encore d'instrument à la coupable ambition d'un enthousiaste, à l'infâme cupidité d'hommes perdus de vices et de crimes; mais elle sera par ellemême, dans tous les temps, sans initiative pour le

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bien, sans critique judicieuse pour distinguer le vrai du faux, le juste de l'injuste, Tutile du nuisible; enfin, sans discernement dans les situations souvent périlleuses et compliquées de la vie publique ou privée.

N'est-ce pas déjà un fâcheux symptôme d'une époque ou d'une situation, que la nécessité de plaider la cause des droits de l'intelligence et de la nécessité de l'instruction? Qu'au moins cette nécessité, si cruellement démontrée pour nous par les faits, serve à faire Comprendre aussi tout ce qu'il y a de sacré dans les droits d'un peuple et de tous ceux qui le composent à la vie intellectuelle !

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