‹ Principes du système musical et de l'harmonie théorique et appliquéeChapitre 112 sur 125 · HARMONIE DISSONANTE PAR CONTACT · texte numérisé non relu

HARMONIE DISSONANTE PAR CONTACT

570. La distinction, jamais faite nettement jusqu'ici, de la dissonance sans contact n'exigeant, lorsqu'elle consiste en une quinte diminuée diatonique, aucune résolution nécessaire, et de la dissonance par contact, soumise à la loi de résolution, s'imposait tout d'abord.

571. La loi de double possibilité de résolution de la dissonance de contact n'est nouvelle qu'en théorie (et encore Rameau l'a-t-il entrevue), la pratique en ayant toujours eu des applications continuelles. Mais il importait d'en dégager le principe général et de protester contre la qualification de note dissonante employée pour un des termes de la dissonance.

Outre la seconde (et son renversement la septième), la neuvième, par une considération particulière, figure aussi dans les dissonances de contact. Quant aux intervalles plus grands, la onzième et la treizième, ils n'ont aucune existence formelle.

La double possibilité de résolution suffit à établir la non-nécessité de préparation des dissonances : ce n'est qu'une faculté ayant son utilité pour des effets spéciaux ou pour faciliter l'intonation vocale.

572. La dissonance de contact étant un fait contingent, les accords qui en contiennent, quoique susceptibles de durées quelconques en principe, mais non indéfinies, n'en sont pas moins également contingents. D'où la fausseté de l'idée à leur égard d'une génération

analogue à celle de l'accord parfait et aussi de l'existence d'une fondamentale sous-entendue ou formelle.

Nous croyons avoir démontré l'inanité des conceptions de génération par tierces superposées et de fondamentale, dues à des analogies sans preuve et à d'inutiles sous-entendus.

Au deuxième point de vue, répétons un seul argument : comment admettre qu'une même agrégation puisse avoir plusieurs fondamentales? Simplement on a pris pour des lois, au sujet de certains mouvements, des conditions de fréquence favorisées par certaines dispositions naturelles.

573. Après quelques observations sur les conditions de l'idée de substitution, nous avons établi dans quels cas les accords comportent réellement la neuvième, véritable considération extensive, et démontré que l'attribution des intervalles de onzième ou treizième à certaines agrégations n'avait aucun fondement, et que l'analyse pouvait seulement faire ressortir dans ces cas des doubles et triples considérations de neuvième.

574. Une nouvelle classification des accords dissonants (Tableau IV) a été fondée d'abord, comme pour les accords simples, sur le nombre de sons et ensuite sur le nombre de dissonances, en faisant une classe à part de ceux qui comportent la neuvième; elle a fait ressortir la loi qui régit le nombre et la formation des agrégations.

574 bis, Le critérium de la facilité d'emploi d'un accord dissonant a été cherché dans son moyen plus ou moins direct de résolution vers un accord simple.

Les doublements de degrés dans les accords ont fait l'objet d'observations utiles.

575. Il a été nécessaire de protester contre l'expression d'accords mêlés d'éléments mélodiques, qui depuis un certain temps s'est introduite à tort et à travers dans les manuels, et à ce propos, de préciser la distinction entre la nature harmonique ou ornementale d'un fait musical, qui, nous semble-t-il, n'avait jamais été formulée nettement.

576. La partie qui traite des considérations extensives dans remploi des dissonances est une de celles auxquelles nous attachons le plus d'importance. Sur ce point, la pratique devançait depuis longtemps la théorie, qui peut à son tour indiquer des possibilités.

L'intérêt en est général, puisque nous rangeons dans cette catégorie :

1° Comme substantielles à l'harmonie, la neuvième et la pédale;

2° Comme applications approximatives des principes établis, la considération fragmentaire, celle de rentrée, la résolution implicite, affectant l'harmonie schématique, et Y-arpège, les retards et anticipations, les ornements qui ne l'affectent pas et sont traités séparément dans une autre partie.

Les considérations réellement harmoniques forment une matière peu sujette à abréviation. Rappelons seulement ici encore le principe général: que, malgré la signification usuelle plus large de certains mots, comme pédale, par exemple, toute considération extensive n'existe qu'au moment où elle est nécessaire pour l'analyse impossible par la voie ordinaire.

Au point de vue particulier de la Pédale, il importait de remarquer que, sien toutes circonstances le sens musical saisit avidement l'occasion de s'appuyer sur un solide point de repère tonal, appréciant volontiers comme tel, pour peu que le contexte ambiant s'y prête, toutes notes communes à des agrégations successives, cette considération ne prend sa valeur totale que par celle de la pluralité des gammes naturelles.

577. Dans les conditions générales d'emploi des dissonances, nous appelons particulièrement l'attention sur le mécanisme de la préparation facultative, et sur les successions d'intervalles dissonants semblables.

La question des cadences avec accords dissonants a été traitée d'après les principes déjà exposés pour les accords simples, en y joignant quelques observations pour les autres mouvements de basse.

Pour les Marches, on conçoit que l'admission du principe de double résolution possible crée, surtout dans les mouvements ascendants, des combinaisons inconnues aux anciens manuels.

Suivent des exemples schématiques et autres d'Harmonie dissonante sans altération dans les six gammes naturelles.

HARMONIE ALTEREE

578. Entre deux degrés diatoniques séparés par un ton, {'altération crée un degré intermédiaire à distance de demi-ton diatonique de celui vers lequel l'accident indique une tendance, le jf en montant, le I? en descendant.

Le Tableau VI indique toutes les possibilités d'intervalles altérés dans une même série.

L'application de ces possibilités à une série diatonique entière constitue la gamme chromatique.

La résolution est la satisfaction donnée à la tendance dont nous venons de parler ; elle est analogue à celle des dissonances et comporte également des considérations extensives.

Lorsqu'elle n'a pas lieu, directement ou non, il y a modulation qui, à vrai dire, peut aussi exister, quand la résolution a lieu, mais seulement si l'analyse l'exige; ceci à condition d'écarter les écritures irrégulières synthétisées par l'admission, dans la gamme chromatique non modulante, d'autres accidents que les dièses en montant et les bémols en descendant.

Nous appelons préparation^, précession du degré altéré par le même naturel; elle n'est pas nécessaire.

La dissonance et X altération peuvent se trouver en concours.

579. V altération est, pour nous, uû procédé général. Ainsi L'accord altéré est celui qui contient un ou plusieurs degrés altérés, quels qu'ils soient et quels que soient les intervalles formés. Dans une gamme majeure ou mineure, on peut par exemple aller jusqu'à abaisser ou hausser la tierce tonale sans modulation.

En ce qui traite du caractère des intervalles altérés, nous regardons comme particulièrement importantes, les observations relatives à l'identité augmentée. Il est permis de remarquer à ce sujet que les doublements avec combinaisons d'état naturel etaltéralions dans les deux sens ouvrent des horizons encore incomplètement explorés.

Le Tableau VI bis donne des exemples d'accords altérés, qu'il était impossible et inutile de donner au complet.

Nous appelons l'attention sur la considération de fausses marches chromatiques, qui ouvrent déjà une porte à l'enharmonie.

Il a été traité ensuite de l'emploi pratique de l'altération dans les gammes naturelles, surtout au point de vue des cadences, et à ce sujet, des fausses théories sur la note sensible al té rat ire.

Harmonie Modulante

580. Nous appelons Demi-Modulations les transitions entre tonalités de même série qui se synthétisent surtout par des marches non modulantes.

581. L'expression Modulation ne s'applique réellement qu'au cas de changement de série.

582. Laparenté tonale a été envisagée sous un point de vue nouveau comportant deux pôles, parenté de même série et parenté de tonique et de dominante communes, d'où parenté non seulement des tonalités, mais des séries entre elles.

Ces considérations nous ont amené à formuler pour la première fois la loi de la modulation sur les pédales, impossible à déterminer sans la pluralité des gammes de même série. En principe, on peut moduler dans toutes les séries oii la pédale est degré diatonique.

583. La modulation a pour origine nécessaire l'altération, et pour condition harmonique un accord commun naturel ou altéré, servant de pont entre deux séries.

Mais elle peut se produire monodiqîietnent sans aucune harmonie; il suffit pour cela d'un mouvement mélodique chromatique inverse régulièrement écrit, ou d'un mouvement de ton entier impossible dans la série d'où l'on part.

Ces conditions peuvent encore déterminer la signification modulative d'une harmonie neutre à elle seule, en tant que schématique.

La dernière condition démontre surtout l'inanité des théories sur la note sensible

attractive, puisque c'est en se portant conjointement en sens contraire du degré supérieur qu'elle est le plus probablement modulative. On peut du reste parfaitement moduler dans des tonalités qui ne la comportent pas naturellement.

584. Au sujet de la modulation proche dans le mode majeur, nous avons fait ressortir l'importance, outre l'usage ordinaire des séries voisines, de la parenté de même tonique, et en particulier l'excellent effet, en terminaison définitive, de la substitution du ton V au ton I.

Le mode dit mineur moderne, essentiellement modulant, a été analysé de la manière la plus précise possible; ce n'est qu'une conception légitime mais arbitraire, qui a fait oublier à tort les formes naturelles, outre d'autres formes artificielles non moins légitimes.

L'accord dit de septième diminuée a été l'objet d'une étude particulière. Il fallait surtout établir que, comme résultat d'une seule altération, il est toujours aussi proche d'un majeur que d'un mineur de même tonique.

585. A propos tes marches modulantes, il a été remarqué qu'elles étaient les seules pouvant indéfiniment se produire par intervalles exactement semblables.

HOMOPHONIE

586. V homophonie est Y identité approximative de deux sons très voisins et des accords qui les contiennent, devenant réelle dans les instruments tempérés. Nous avons cru devoir conserver à ce mot sa signification primitive, quoique certains tbéoriciens (Gevaert) aient cru devoir changer d'avis à cet égard en l'employant dans le sens de monodie ou monophonie .

L'homopbonie ouvre sans modulation des échappées vers des tonalités lointaines, et favorise l'attaque d'agglomérations complexes sonnant comme de plus simples. Elle n'excuse pas complètement certaines écritures irrégulières

ENHARMONIE

587. L'homopbonie est le fondement de l enharmonie sans l'impliquer nécessairement; mais celle-ci peut n'être qu apparente, quand on cherche seulement un synonyme de lecture plus commode.

La condition de Yenharmonie formelle n'avait jamais été établie. Nous y voyons une véritable considération extensive par homophonie dans la résolution des dissonances et altérations, pouvant se manifester du reste par un linéament ornemental.

De l'enharmonie est venue la conception du demi-ton tempéré seule unité dans la formation des intervalles. D'où l'importance particulière des intervalles qui divisent aussi l'octave par parties égales, quinte diminuée, tierce majeure, tierce mineure, seconde majeure, ou leurs homophones, et des accords qu'ils forment, surtout ceux dits de quinte augmentée et de septième diminuée qui, au point de vue tempéré, n'ont pas de renversement d'un caractère distinct, et ne se posent d'une manière absolue, le premier que sur quatre degrés différents, le deuxième que sur trois degrés différents; et ces formes si limitées peuvent déboucher directement sur n'importe quelle tonalité.

La succession par ton d'accords de quinte augmentée exige la considération enharmonique.

Les procédés artificiels extrêmes de Yharmonie totale, loin d'être gênants, sont plutôt une commodité, et à la portée des moins expérimentés.

La Modulation générale, appartenant à la composition proprement dite plus qu'à l'harmonie schématique, a fait seulement l'objet de quelques observations.

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