MOUVEMENTS RÉGULIERS DES ACCORDS DISSONANTS
Critérium dans la facilité d'emploi
354. Le lecteur peut être à première vue quelque peu ému par l'accumulation des contacts multiples. 11 faut donc s'attendre à l'objection que beaucoup de ces agglomérations sont inutilisables en raison de leur complexité.
Or, nous n'avons pas la prétention d'imposer aux compositeurs l'usage d'aucun procédé : nous leur o lirons simplement un catalogue complet de combinaisons possibles, et il ri y en apas d'autres : à eux de choisir ou d'éviter en raison du but qu'ils se proposent. Toutefois, nous ne nous interdisons pas de rechercher quelles sont, à notre avis, les limites de leur emploi. Cf. 365.
355. Tout d'abord la possibilité de résolution directe sur un accord simple paraît un critérium plus que suffisant pour justifier pleinement L'admissibilité d'une agrégation donnée.
Parmi les accords sans relation de neuvième, tous les unidissonants et bidissonants remplissent cette condition, soit F1 (septième) unidissonant et ses fragmentaires E' et E-, FJ (quinte, seconde et quarte) bidissonant et son fragmentaire unidissonant E3. Le Iridissonant de cinq sons G1 (avec deux dissonances conjointes seulement1 jouit de la même propriété avec ses fragmentaires bidissonants F:| et F1.
Les autres tridissonants avec deux dissonances conjointes F:i et G2 ne peuvent aboutir à un accord simple sans l'intermédiaire d'un unidissonant. Un intermédiaire unique tridissonant suffit à la rigueur au quadridissonant G3.
Pour arrivera un accord simple, le quinquedissonant H', accord unique de six sons, a besoin de deux intermédiaires, le premier bidissonant ou tridissonant, l'autre unidissonant.
En somme, toutes ces agrégations, malgré la complexité des dernières, paraissent susceptibles de résolution et d'emploi.
Seule l'agglomération I (7 sons) est évidemment d'un emploi impossible, sans considérations particulières, neuvième ou pédale (mais nous négligeons momentanément celles-ci).
Simple considération de Neuvième
356. La simple considération de neuvième^ oulre qu'elle contribue à la variété de l'harmonie par des résolutions différentes, rend parfois possible le passage plus direct vers un accord simple, comme c'est le cas pour les agrégations suivantes comparées à celles composées des mômes termes, mais sans neuvième, qui les suivent entre parentlièses : L8 (F3), Ln (F;i), M' (G2), M1 (G-i, N1 H'), N3 (H1), N3 (H1), Q1 (G3), Q* (G3), R' (HM. Mais ce n'est pas une loi absolue, car en Mfi et N5, nous trouvons deux circonstances on, par suite de la disposition particulière des parties, la résolution ordinaire est au contraire plus aisée que celle par neuvième en G1 et H1 (344).
Une seule considération de neuvième ne suffit pas encore pour résoudre réellement une agrégation de sept sons.
Double considération de Neuvième
357. La double considération de neuvième peut donner des résolutions originales, notamment quand les deux neuvièmes sont en relation de quarte (1", Q2, Q3, Q6).
En Q1, Q\ QB (osons), la résolution vers un accord simple est abrégée, de même qu'en R1 et d'autres cas des agrégations de f> sons.
Le passage de l'accord de 7 sons à un accord simple devient praticable, mais en exigeant trois ou quatre mouvements barmoniques (S).
Triple considération de Neuvième
358. La triple considération de neuvième nous donne une résolution sur accord simple directe pour l'agrégation de 0 sons (T), et en deux temps pour l'accord de 7 sons (II).
Retard de résolution
359. Nous devons entrer à ce sujet dans quelques détails circonstanciés, en rejetant d'abord toutes les considérations extensives dont nous traiterons plus loin, ce qui explique la sévérité initiale pour quelques successions où le sentiment musical admettra facilement plus tard des sous-entendus.
Tout d'abord si on considère la dissonance isolée, l'oreille ne fait aucune objection à ce que la résolution soit retardée pendant le mouvement de la partie supposée libre (a, b, c, d).
Au contraire, e et /"sont inadmissibles en principe, aucune résolution n'ayant lieu en aucun sens.
Nota. — Il ne faut pas confondre ce retard de résolution avec celui qui constitue la préparation de la dissonance.
Résolutions simultanées ou successives
360. Dans les agrégations pluridissonantes, les résolutions cboisies peuvent être simultanées [g) ou successives (h, i,J, k, l).
re
Le dernier exemple (m) est défectueux, la dissonance ? « n'ayant aucune résolution. g h i j k l m
Les résolutions successives deviennent une nécessité dans les agrégations pluridissonantes arrivées à un certain degré de complexité (n, o).
Cette successivité permet au besoin de donner des résolutions de même sens à des dissonances conjointes primitivement emprisonnées dans des accords compliqués : il suflit qu'aucune dissonance n'échappe à la résolution (p, q).
Sons en Mouvement libre
361. Quelle que soit sa position, môme entre deux dissonances conjointes, la partie en dissonance qui n'est pas choisie comme agent de résolution garde son mouvement libre, mais évidemment dans la mesure où le cas considéré le permet, d'après les principes déjà connus. Par exemple, elle ne pourrait se porter sur la conjointe supposée en contact avec elle avant le mouvement résolutoire opéré par celle-ci.
Exemple avec un accord de 3 sons bidissonants :
résolu
a, b et c sont réguliers ; a\ ô' et c' ne le sont pas, les termes des dissonances indiquées ayant opéré des mouvements définitifs sans résolutions. Exemple avec un accord de 4 sons Iridissonant :
d +. — m m. + d.0.— jl e e'
non résoin
Si
non résoin
Pour les mêmes motifs d et e sont réguliers, cl et e" ne le sont pas. Si le rejet de quelques successions paraît ici sévère, c'est qu'elles se prêtent à l'analyse par considérations extensives, dont nous parlerons plus loin. Cf. 224, 322, 404.
Des sons doublés dans les accords dissonants
362. Nous savons déjà qu'il ne faut pas confondre le nombre de sons et le nombre de parties dans un accord (200 et s.).
Nous n'avions à faire état, dans le tableau IV, que de sons différents entrant dans une simultanéité, sans tenir compte du nombre des parties, par conséquent des doublures de notes à l'unisson ou à l'octave pouvant cependant avoir une fonction harmonique distincte, en dehors des neuvièmes, qui sont pour nous un véritable redoublement d'octave, mais représentée par la note voisine supérieure substituée et dont les conditions sont toutes particulières.
Quant au doublement des sons qui ne sont pas en rapport de dissonance, aucune observation spéciale n'est à faire (211).
Mais pour les deux termes dont le contact crée une dissonance, on a l'habitude de poser en principe que celui qui est agent de résolution ne peut être doublé (Reber, § 494 bis).
Cette règle nous paraît inexistante; ce que neusvenons de dire des résolutions successives suffit à l'établir. Du reste, avec la double possibilité de résolution, il y aurait toujours incertitude sur la note à doubler ou non, et ce serait en outre refuser le droit qu'il faut bien admettre, de passer parfois d'une agrégation à une autre plus dissonante. Ces successions sont donc très normales :
363. 11 faut ajouter que le mouvement résolutif d'un des degrés doublés n'impose nullement, pendant qu'il se produit, le maintien de l'autre, qui garde au contraire son mouvement libre, si rien ne l'enchaîne autrement : il suffit de remarquer que vis-à-vis de celui-ci, il y ^résolution implicite ( v. 375 et s., et 545, ex. de Wagner, dans la Walkyrie).
364. Si la considération de neuvième intervient, un fait remarquable, quoique non signalé, croyons-nous, dans aucun traité, c'est que la neuvième astreinte à descendre peut très bien être doublée en unisson ou octave par la même note, effectuant la résolution ascendante à titre de seconde ou septième, même simultanément.
Il suflit, pour que cette combinaison soit possible, que la note en fonction de neuvième ne soit pas en même temps en relation de seconde ou de septième avec un autre degré que le terme inférieur de la même neuvième.
En voici des exemples avec rattachement des agrégations considérées au Tableau IV.
PipiÉiéailg
V ♦ **^ mv Uniss.
Unisson
.0. V ^ V mm.
mm