CONDITIONS GÉNÉRALES D'EMPLOI DES ACCORDS DISSONANTS
Caractères particuliers — Dispositions — Mouvements
394. Nous avons reconnu aux accords dissonants, quoique contingents, une personnalité particulière, rendue sensible par la durée non limitée en principe dont ils sont susceptibles à titre de faits harmoniques, à la différence des artifices d'ornement, dont la brièveté s'impose toujours. Seulement, plus une simultanéité devient complexe, plus son caractère personnel s'atténue, à mesure que sa contingence augmente. L'oreille, soumise au choc de multiples dissonances nécessitant des résolutions successives, dont les premières ont parfois une possibilité unique, supporte alors plus impatiemment une longue durée dans les agrégations très compliquées qui, à ce point de vue comme à celui des mouvements conjoints obligés, participent alors quelque peu du caractère des éléments d'ornement.
395. En raison de leur nature contingente et à plus forte raison encore que les renversements d'accords simples, les agrégations dissonantes par contact, impuissantes à constituer seules une période musicale complète, n'y peuvent former qu'un élément transitionnel. Aussi le changement de positions détermine-t-il ici de bien moindres différences de fonction et d'effet que dans les accords simples. On peut seulement attribuer une importance spéciale à celles qui permettent à la basse un mouvement de quinte inférieure comme facteur possible d'une cadence, surtout quand ce mouvement peut être pivotant; mais il n'y a là qu'analogie partielle avec la fondamentale des accords consonants (Cf. 246, 331 et s.).
A moins de la recherche d'un effet spécial, la disposition large favorise en général l'emploi des dissonances, dont elle atténue l'àpreté. Ainsi la seconde est évidemment plus dure que son renversement la septième ou que sa réplique la neuvième (même à défaut de considération de neuvième).
396. Nous n'avons pas à revenir sur les règles générales d'écriture communes aux accords de toute espèce (199 et s.).
Rappelons seulement, à propos de la distinction des mouvements intégral, pivotant, de glissement, que les résolutions implicites ont pour effet de donner plus de mouvement aux parties, surtout en transportant fréquemment une note commune d'une partie à une autre.
Quant à la marche de chaque partie, les accords dissonants comportent forcément d'autant plus de mouvements conjoints qu'ils contiennent de dissonances, les résolutions devant même se faire successivement pour les cas compliqués. Les mouvements de tierce ou sixte seront par suite plus rares, et, à la basse, ceux de quinte inférieure seront plus fréquents que ceux de quinte supérieure (405 et s.).
Préparation volontaire des dissonances
397. Lorsqu'une idée n'est pas claire, ce manque de clarté se traduit généralement par un luxe de dénominations qui n'est pas fait pour apporter la lumière. Que doit-on penser de ces différents termes, préparation, prolongation, suspension, retard, retardement ? Nous croyons qu'on pourrait se contenter du premier, et qu'il n'y a dans tout cela qu'un procédé unique, la préparation, par audition préalable dans l'accord précédent, d'une note de l'intervalle dissonant, dont nous ne contestons que la nécessité, mais non la possibilité et la légi-
timitè dans tous les styles ; car il ne faudrait pas se borner à y voir une des grâces surannées
du style d'école. Nous réserverons le mot retard à la considération extraschématique 506).
398. Souvent, dans le discours musical, l'un ou l'autre des termes de la dissonance se
trouvera préparé plus ou moins explicitement, sans qu'on l'ait cherché le moins du monde.
11 suffit de remarquer que pour une dissonance donnée, \ ™Q par exemple, Y ut se trouverait
préparé par l'un des trois accords simples Sut, fa, la, et le ré par l'un des trois accords simples de ré, sol, si.
Nous avons vu (333) quelles distinctions bizarres faisait Reber entre une septième accord préparée et une septième non accord comme ne résultant pas de suspension. Au moins il n'affirmait pas, comme Bazin, l'identité des deux successions a et b, sauf la prolongation dans la première.
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En tous cas, il paraîtrait plus naturel de supposer a remplaçant c.
399. Certaines règles données dans les manuels relativement à la manière de préparer les dissonances sont questions de rythme plus que d'harmonie schématique. Nous en dirons quelques mots cependant.
Au point de vue de la solidité d'un rythme, on peut bien accepter que la préparation d'une dissonance par liaison soit d'un effet satisfaisant placée sur un temps faible, la dissonance devant ressortir sur le temps fort par le frappé d'autres parties, et se résoudre sur le temps faible suivant. Mais le contraire est aussi parfois très admissible, et nous ne \oyons rien de répréhensible à des successions telles que celles-ci :
Et, dans les marches, par exemple de septième par mouvement de quinte à la basse, qui se trouvent dans tous les traités, il faut bien qu'une des septièmes sur deux soit préparée sur le temps fort.
On peut aussi entrecouper les rythmes.
Il y a là, en réalité, des variétés rythmiques pouvant affecter toute note tenue, même sans dissonance, suivant le moment de son attaque.
Ex.
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