‹ Principes du système musical et de l'harmonie théorique et appliquéeChapitre 93 sur 125 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Fondement de la Modulation en général

469. Arrivé presque au terme de notre tâche, nous n'avons pas encore modulé! Voilà qui peut paraître étrange, quand on voit la plupart des traités, dès les premiers chapitres, parler de modulations, et reléguer in fine la question des altérations, comme si l'altération n'était pas le principe même de la modulation, quoique ne la provoquant pas nécessairement. Insistons donc sur ce point qu'il peut y avoir altération sans modulation, mais non modulation sans altération (428 et s.).

Genèse des Séries

470. Le changement de série en suppose d'autres semblahles à la première, mais devant conserver des rapports appréciables avec celle-ci prise pour point de départ. Si on se propose de trouver deux séries ne différant de la première supposée d'UT que par un seul degré haussé ou baissé, on trouve une seule manière de le faire pour chaque cas, haussement du fa créant une série SOL, abaissement ùasi créant une série FA. En appliquant le même procédé aux séries ainsi obtenues, on en trouvera deux autres comportant deux dièses ou deux bémols, et, en continuant, on constatera que la suite des bases de séries augmentant en dièses procède par mouvements successifs de quinte supérieure, et la suite des bases de séries augmentant en bémols par mouvements successifs de quinte inférieure. De pareilles progressions sont évidemment infinies, et on arrivera rapidement à des bases affectées d'accidents complexes. En fait, au moyen de l'enharmonie formelle ou non, on évite d'arriver à des signes autres que le ; i et le j;), pour éviter des impraticabilités de lecture qui se produiraient promptement (Tableau II, 84, 87).

Si l'on se reporte au premier emploi du procédé, on voit que le haussement s'applique d'abord à la note génératrice fa, et l'abaissement au si note extrême la dernière engendrée parmi les degrés diatoniques ; ainsi les deux modulations symétriques de sens contraire correspondent à l'altération opposée des deux degrés extrêmes de la série diatonique primitive (78).

Mécanisme de la Modulation

471. Il suffit de réfléchir pour admettre ce principe primordial que deux agrégations, pour se succéder, doivent pouvoir être considérées comme susceptibles d'appartenir à une même série (197 j.

Ceci posé, le mécanisme de la modulation est très simple à concevoir. Entre la série que Ton quitte et celle où l'on entre, un accord commun sert de pont, soit comme naturellement diatonique dans les deux, ou diatonique dans l'une et altéré dans l'autre, ou altéré dans les deux.

On voit quel champ immense se trouve déjà ouvert à la modulation. Bien entendu, dans la nouvelle série, la a©te altérée n'a plus à se résoudre en tant qu'altération, si elle y est diatonique. Il faut appeler spécialement l'attention sur ce point très important de la liberté reconquise dans ce cas par la note altérée, qui, avec le maintien de la série primitive, ne pouvait éviter la résolution.

472. Nous avons déjà exposé, en parlant des altérations, comment la modulation est formelle quand il s'opère, dans une partie harmonique ou simplement mélodique ou ornementale, un mouvement impossible, même par altération, dans la série primitive. 11 convient de revenir sur ce point (Cf. 180 et s., 428, 430, 474).

Cette condition, remarquons-le, peut fort bien exister dans une musique purement monodique, et aussi se formuler harmoniquement de la manière la plus simple, comme dans ce passage :

Allegretto

Ré I

Jk

Fal

ftf

Mozart, Don Juan, 2e final.

La simple succession fa'q-sol indiquée par un trait, comme dans les exemples suivants, n'aurait nul besoin de l'harmonie concomitante pour caractériser le changement de série.

au a

7 lit | il ïi

km.

Exemples schématiques

lâçsfa

■çjjfig

fW

1 bb *rsiti

I* il * w

jto=a.hl 'II if l 'tes

3t3C Tir

1 fe

ItM»' i

Les successions a, b, c, (/, e n'impliquent aucun changement de série ; au contraire, en a\ b\ c', d\ e\ en supposant le premier accord diatonique dans une des séries où il peut l'être, FA, UT ou SOL, les mouvements indiqués par des traits sont impossibles sans modulation.

Il pourrait en être autrement si, par exemple, [en a, le sol q et le mit étaient supposés résulter d'altérations dans la série RÉ j;.

laedt

* fa I

L'accord point de départ doit quelquefois être considéré connue passant virtuellement pendant sa durée d'une série à une autre, pour justifier une altération impossible dans la première, mais nécessaire à la modulation qu'on a en vue.

Nous supposons la série UT antécédente.

Séries/

imni

FosbMc par altération en bërîe FA

Il arrive souvent que le rôle d'accord de passage entre les séries peut être indifféremment attribué à une agrégation ou à la suivante, sans qu'il y ail aucune raison de préférence dans l'analyse.

H^lift

L'accord

ut ( Htï

sol, naturel dans la série UT, peut être considéré comme altération de ] soit mi [ mi

dans la série SI, ou l'accord

fa% altération de \ faz dans la série UT et naturel dans la

) /«- ( re$ { ré s

série SI.

473. En régie générale, quaud une altération s'est produite, on ne peut, sans moduler, sauter par-dessus la note réelle de résolution à l'état naturel pour la prendre directement altérée à distance de ton entier. Il n'y a pas là résolution, mais mouvement impossible dans la série où l'on se trouve, donc modulation (430, 479, 529i.

Tous ces principes trouveront plus loin d'autres applications et d'autres exemples.

Influence modulative de la Non-résolution de l'altération

474. Au point de vue de la modulation formelle affirmée par un mouvement mélodique étranger à la série primitive, il est curieux de constater que, dans toutes les gammes et notamment dans les tons I et IV pourvus de notes sensibles diatoniques, la détermination modulative existe bien plus lorsque le septième degré se porte sur le degré inférieur que quand la tonique nouvelle lui succède (430). Des deux successions ci-après, la seconde peut très bien n'être qu'une altération de la première.

La sensation de simple altération est encore plus forte, malgré la fausse relation, dans les exemples ci-après, môme dans ceux qui y ioignent la résolution implicite.

Harmonie naturelle

Harmonies altérées

âËE*t

Jt

Page 1