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CHAPITRE XX

ENHARMONIE

Conditions de l'Enharmonie formelle

489. L'Enharmonie réelle est donc plus rare qu'on ne le pense généralement; mais nous ne croyons pas qu'on puisse en nier l'existence, comme nous l'avons entendu soutenir.

Tout d'abord, ce doit être toujours un acte de modulation, puisqu'elle suppose une déviation hors série dans la détermination fonctionnelle d'une agrégation.

490. En somme une simultanéité tempérée cesse d'être limitée dans son caractère de détermination tonale. L'homophonéité iïoctave elle-même peut très bien représenter une neuvième diminuée (v. le Tableau VI bis), celle de quinte juste une quarte biaugmentée ou sixte diminuée, celle de septième diminuée une sixte majeure, etc.. Ainsi une dissonance peut sonner comme consonance, et réciproquement. De ces aspects multiples naissent des tendances également multiples qui viennent diversifiera l'infini la modulation, en créant des relations artificielles immédiates de parenté entre les tonalités les plus éloignées.

J.T-'i11! gÉifeÉ

491. Quelle est la condition de l'enharmonie formelle? Nous sommes porté à y voir une considération extensive analogue à celles déjà étudiées, donc liée à l'existence, soit de dissonances de contact, soit A' altérations, amenant des mouvements non seulement contraires aux tendances naturelles, mais encore analysables seulement par la mutation enharmonique d'un ou plusieurs termes d'une agrégation.

Voici des exemples très simples :

ïmait \\}u\w\m

Les accords marqués *, tels qu'ils sont écrits et doivent l'être d'après les antécédents, opèrent des mouvements définitifs sans que l'on puisse constater aucune résolution ordinaire ou par considération extensive des dissonances qui y sont contenues. Celte impossibilité justifie et nécessite pour l'analyse la mutation mentale, après leur attaque, du si en ut y et du fa en mit. Dire, comme Reber (§ 185, 200), que dans ces cas la dissonance se résout chromaliquemcnt, c'est constater le fait sans l'expliquer.

492. Mais ce n'est pas seulement par des mouvements d'accords entiers que l'enharmonie se manifeste. Elle peut résulter de simples linéaments ornementaux superposés à l'harmonie schématique et pouvant changer plusieurs fois sa signification fonctionnelle même au cours d'une seule tenue.

Si, pendant la durée d'un accord de septième diminuée, on fait entendre tour à tour les successions diatoniques suivantes, il faut bien admettre qu'à chaque mesure il y a transformation en un accord différent homophone, donc enharmonie.

Cf. 538, remarque importante au dernier exemple.

ui

Dans l'exemple suivant, la considération enharmonique semble résulter nécessairement de l'expression mélodique superposée commandée dans ses composantes par la structure d'une agrégation altérée. Or, la mélodie ne pourrait se conformer exactement à cette condition que par la succession fa — ré g — ré 1? — si 'q, et l'intervalle de ré î à ré ? ne paraît concevable qu'harmoniquement et non mélodiquement dans une même série.

Andante

ni n

Schéma de l'harmonie naturelle

Harmonie altérée employée

Anselme Yi.nke, Lamenlo, i>our violoncelle et orchestre.

Conception Tempérée de la Série

493. L'enharmonie nous conduit à la conception du demi-Ion égal comme unité de formation de tous les intervalles tempérés. L'octave en comportant douze, les intervalles contenant un nombre de demi-tons divisant exactement douze prennent une importance enharmonique particulière, en ce qu'ils peuvent se superposer à l'infini sans déviations, leurs termes se reproduisant régulièrement en octaves.

Et

a — Division par 2 : la quinte diminuée et le triton, qui est à la fois son renversement et son homophone, comportent chacun 6 demi-tons.

b — Division par 3 : la tierce majeure et son homophone la quarte diminuée comportent chacun 4 demi-tons. L'accord de 3 sons superposable à l'infini comme les 3 intervalles homophones qui le constituent est celui dit de quinte augmentée.

c — Division par 4 : la tierce mineure et son homophone la seconde augmentée comportent chacune 3 demi-tons. L'accord de 4 sons superposable comme ses intervalles homophones est celui de septième diminuée.

cl — Division par 6 : la seconde majeure et son homophone la tierce diminuée comportent chacune 2 demi-tons. Gomme on le voit, on peut concevoir encore une agrégation superposable contenant les intervalles homophones séparant les degrés successifs de la collection dite gamme de 6 tons, mais d'emploi bien plus rare que les premières.

La division par les 12 demi-tons ne peut évidemment servir à constituer les termes d'une simultanéité.

Au point de vue tempéré, le caractère des agrégations a, b, c, d, reste le même dans toutes les positions, et la considération renversement disparaît.

Accord de Quinte augmentée et homophones

494. En raisonnant enbarmoniquement, il ne peut exister que quatre combinaisons de l'accord de quinte augmentée comportant des degrés tempérés différents :

»i J PS â

Leur succession chromatique s'écrit souvent ainsi, en gardant la même position à tous les accords, quoiqu'elle soit possible pour leurs homophones par simple altération (451) et aussi d'autres manières.

Ces accords se succèdent souvent aussi par ton avec différentes écritures possibles.

ggl M>* Ëf

Chaque partie se meut suivant la fausse gamme de 6 tons, essentiellement modulante et souvent enharmonique, qui du reste, on peut le remarquer ici, est de sa nature propre à être accompagnée par une tenue de l'accord de quinte augmentée (Cf. 187).

; . . ii- «* "

Voici la justification des successions par ton.

mi \y dot

mi

Soit en série l l'accord \ cj° et sa double altération normale s.

fa

fa

La succession a est donc normale.

c fc

1TM1

ttr

Or, la succession de deux tierces majeures conjointes, possible en a sous la tenue de la lierce diminuée, l'est également avec la considérai ion fragmentaire appliquée à cette tierce diminuée (b).

La justification de la succession des deux premiers termes s'applique d'autant mieux aux suivants que deux à deux ils seront indéfiniment composés des mêmes termes ou leurs homophones.

Remarquons une singulière propriété de cette progression composée des mêmes termes en montant et en descendant (c).

En raison de sa constitution en trois sons, l'accord de quinte augmentée est très apte à figurer dans une harmonie simple, mais il peut, bien entendu, se résoudre aussi sur toute espèce d'accords dissonants.

Voici quelques aspects non limitatifs d'une seule agrégation de ce genre, sous la forme des deux variétés que comporte l'homophonie; il ne peut y en avoir trois, puisque, d'après le Tableau VI, chaque série ne peut comporter qu'une possibilité de la seconde biaugmentée (ou son renversement La septième bidiminuée).

Série FA |

Il est facile de s'assurer que, sous la forme de quinte augmentée (ou renversement), les quatre premiers accords, tels qu'ils sont écrits, pourraient chacun se résoudre naturellement, sans enharmonie, et même sans modulation, dans neuf séries, par exemple le premier dans les séries SI |p, FA, UT, SOL, RÉ, LA, MI, SI, FAs. On ne saurait aller plus loin, puisqu'on ne peut admettre comme degrés altéra tifs sol g en série MI ?, ut q en série UT#. Au contraire, tels qu'ils sont écrits, les quatre derniers n'auraient de résolution naturelle que dans les séries uniques indiquées.

L'enharmonie consiste justement à attribuera une forme quelconque toutes les résolulions qui n'appartiennent naturellement qu'à d'autres formes.

Accord de Septième diminuée et homophones

495. C'est la seconde des agrégations qui, enharmoniquement, n'ont ni endroit, ni envers, gardant le même caractère dans toutes les positions.

Au même point de vue, il ne peut en exister que trois combinaisons comportant des degrés tempérés différents, toutes susceptibles de revêtir une forme les rattachant à une des séries usuelles, ce qui fait ressortir la force expansive de chacune, bien plus considérable que celle des homophones de quinte augmentée, comportant quatre combinaisons.

de

Par suite de l'homophonie de l'intervalle de septième diminuée avec la sixte majeure, et de la seconde augmentée avec la tierce mineure, la considération de dissonance peut être à chaque instant attribuée à deux termes différents: il y a une incertitude continuelle à laquelle la résolution seule met fin.

Les agrégations de cette espèce peuvent se succéder ckromatiquement, nous l'avons vu, même sans modulation (451). D'autres écritures sont possibles suivant les cas, notamment la succession des accords du dernier exemple.

La succession par ton entier est admissible également, ne serait-ce que comme fausse relation du mouvement chromatique descendant et résolution implicite.

R 1 Succession oorr

A Ê il gN^âS

Voici quelques aspects, non limitatifs, d'une seule agrégation de ce genre, sous la forme des deux variétés possibles : Une peut y en avoir trois, les deux quartes bidiminuées (ou quintes biaugmentées) seules possibles dans une série donnée étant à distance de quinte ou de quarte juste l'une de l'autre (Tableau VI).

rwv hi~ w>'* $v gagj ; r^i!'? g^s

Série SOL

Série RÉ p

(Voir au\ Errata)

Série SI !?

Pour la première forme, dans les cinq premiers accords, chacun, tel qu'il est écrit, pourrait se résoudre naturellement, sans modula lion ni enharmonie, dans neuf séries, comme pour l'accord de quinte augmentée, par exemple, le premier dans les séries SI1?, FA, UT, SOL, RÉ, LA, MI, SI, FA», {sol-}, ne pouvant être altératif en série Mil?, ni fa $ en série UT?). Au contraire les trois derniers accords n'auraient de résolution naturelle que dans une série, pour le motif indiqué plus haut.

Modulation totale

496. On pourrait citer à l'égard de Xhomophonie et de ['enharmonie beaucoup de faits intéressants et curieux.

Connaissant les diverses formes que peuvent revêtir un accord parfait majeur et ses homophones (483), on pourrait remarquer, en en considérant une seule, par exemple X accord parfait majeur lui-même, qu'il peut être regardé comme pouvant appartenir avec une même écriture à dix séries, sans enharmonie.

On pourrait faire voir qu'en se limitant aux 17 séries usuelles et en employant au besoin la considération enharmonique, n'importe quel accord parfait majeur ou mineur (ou ren-

versement) peut succéder immédiatement à une quelconque des ayréyations d'accord parfait, de quinte augmentée, de septième diminuée.

Pour les accords dissonants non altérés, leurs mouvements de ce genre comporteraient comme exception le cas où l'accord parfait visé comprendrait une quinte déjà contenue dans

l'accord dissonant (à moins de considération extensive). Par exemple, l'accord < sslol ne se

f mi

i ré i si

résoudrait pas effectivement sur les accords ) si {$ ou j?) ou \ sol (s ou 8).

( sol ( mi

Nous ne voyons aucune utilité à noter ces faits en détail, ainsi que d'autres analogues, ce que le lecteur peut faire facilement lui-même, une fois le mécanisme connu.

497. Il ne faut pas se figurer, comme on pourrait être porté à le croire, que l'emploi de l'bomophonie et de l'enharmonie, pas plus que celui des altérations complexes, soit une gêne pour le compositeur. Au contraire, de même'que ces machines-outils compliquées, résultat d'ingénieuses conceptions et de longs essais, mais permettant à un enfant d'obtenir en un moment un effort égal à celui de dix hommes pendant une journée, l'engrenage de la formule multiforme fournit instantanément la transition demandée entre les tonalités les plus lointaines. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille dédaigner les modulations voisines, toujours plus naturelles et susceptibles de se maintenir plus longtemps sans affecter l'unité tonale.

Que la fluidité extrême de la matière harmonique, arrivée à son dernier terme, présente des dangers et occasionne des abus, qu'importe ! On ne peut s'en passer, et les maîtres savent y trouver un inépuisable élément de variété. Elle n'est du reste, si on le veut bien, nullement un obstacle à l'unité tonale et à l'effet des harmonies simples, qui n'en sont que mieux accueillies au contraire dans le discours musical, quand elles viennent par contraste apporter à l'oreille un repos rafraîchissant.

QUATRIÈME SECTION

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