‹ Principes élémentaires de pharmaceutique. Ou, Exposition du système des connaissances relatives à l'art du pharmacienChapitre 35 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Devoirs particuliers d’un premier élève. — Pharmacotechnie

.... C’est en faisant qu’on apprend à faire. La meilleure méthode est de beau” - T *" st

( Spect , Fr. , t. in, 1 65.)

Après une année consacrée toute entière aux travaux

du laboratoire et aux soins divers qui font partie du même

service , l’élève doit se sentir en état d’occuper le premier rang parmi les élèves de l’officine. Les avantages de tout genre attachés à cette nouvelle position, la haute confiance dont elle l’investit, la responsabilité qu’elle entraîne, le peu de temps, enfin, qui reste encore à s’écouler avant la fin de scs études pratiques , tout lui fait un devoir de développer, dans ces nouvelles fonctions tout le zèle, l’intelligence et 1 application dont il se sent capable. Ces fonctions sont importantes et variées ,* elles s’étendent à la fois à tout ce qui concerne l’officine, le service public , et à tous les détails intérieurs de l’établissement. Aussi, ne parviendra-t-il h remplir cette triple attribution qu’au moyen d’une distribution judicieuse de ses travaux , de l’emploi de son temps, et ii l’aide de lu bonne direction

qu’il saura donner aux travaux de tous ceux qui ie secondent ou qui lui sont subordonnés.

Dans ce qui concerne l’officine, son premier devoir est de tenir la main à l’ordre général et à la propreté, qui sont, pour le public , le témoignage sensible de la bonne tenue d’un établissement. 11 doit ensuite veiller à ce que l’officine soit pourvue de tout ce qui est nécessaire pour ie service habituel. Chaque jour et dès le matin, à mesure que llnj^sjqpyapfl-des soins préliminaires, chaque élève dèj| prendre note "des bocaux, flacons, boites et autres vases qui ont été vidés la veille. Le premier élève , en s’assurant de la bonne qualité de tout ce qu’on destine a les remplir, notera, à son tour, les approvisionnements à faire, les préparations h renouveler, et il en référera au chef que regardent seul l’administration et la comptabilité.

Le service public est, sans contredit, la partie la plus importante des mêmes fonctions. Ce service peut se diviser en deux séries. La première comprend les médicaments que l’on prépare chaque jour, à la même heure, et que l’on nomme médicaments à l’usage, parce qu’ils font partie du régime prescrit au malade par le médecin. Ce sont les tisanes, le petit-lait, les sucs d’herbes, les bouillons médicinaux, les apozèmes , etc. Le premier élève doit veiller a ce que ces médicaments , qui se préparent le plus souvent au laboratoire, soient identiques dans leur composition comme dans leurs qualités apparentes, et surtout qu’ils soient distribués régulièrement à F heure indiquée. Un tableau des médicaments à l’usage, rédigé par lui-même et

constamment à jour, doit être habituellement sous ses yeux, attendu qu’il est spécialement responsable de tout ce qui se rapporte à cette partie du service.

Les médicaments magistraux de la seconde série sont ceux que l’on prépare à chaque instant, sur la demande des malades et d’après la formule écrite des médecins. C’est à lui que doivent être remises toutes ces formules. Ap rès avoir îu attentivement chacune d’elles , il inscrit au bas le nom, l’adresse du malade, l’heure à laquelle le médicament doit être délivré, et, suivant l’importance ou la difficulté de îa préparation, il doit ou s’en réserver l’exécution à lui-même , ou bien la confier à un autre élève en lui donnant toutes les indications convenables. La préparation étant achevée, il s’assure qu’elle a été faite exactement, en examinant le produit et en relisant la formule. C'est alors qu’il copie cette formule sur un registre particulier, qu’il la numérote, qu’il y applique le timbre de la maison, et qu’il fixe le prix dumédicament. On ne saurait être trop pénétré de l’importance de cette sorte de contrôle , tant pour la sécurité des malades , que dans l’intérêt de rétablissement. Mais , pour qu’il conserve toute son utilité, il est essentiel qu’il ne soit jamais exercé que par le chef ou par le premier élève , et qu’il ne se glisse jamais îa moindre lacune dans son exécution.

C’est à la même époque de ses études pratiques que

branche de la pharmacie qui a rapport b l’exécution des formules extemporanées, et que l’on pourrait nommer la

P harmacotechnie magistrale : art difficile dont les bases ne sont posées nulle part, et qui n’a vraiment d’autres moyens et d’autres règles que l’aptitude et l’habileté particulière de chaque praticien. Tant sont innombrables les combinaisons auxquelles il peut s’appliquer, tant sont imprévus les résultats auxquels des rapprochements insolites et des contacts multipliés peuvent donner lieu.

L’art de rédiger des formules a bien été l’objet de quel-

ques traités spéciaux; d’habiles médecins ont essayé de répandre 3a lumière sur cette branche de la pharmacologie. Les uns ont voulu assujettir à certaines règles la prescription des médicaments magistraux; d’autres ont signalé les substances incohérentes et les rapprochements à éviter. Mais était-il possible délimiter ainsi, ou de prévoir cette multitude de combinaisons que la circonstance inspire au médecin , sans qu’il puisse toujours en imaginer à priori le résultat, et parfois, sans qu’il soit possible au pharmacien de répondre tout -à-fait à ses vues? Cet art d’associer les substances les plus disparates , en tenant compte de leurs caractères physiques et chimiques comme de leurs propriétés actives, de les présenter sous toutes les formes, de rendre propres aux emplois médicaux les plus divers, les objets si nombreux dont se compose la matière médicale; cet art, dis-je, est à peine le fruit de la plus longue carrière pharmaceutique et de l’habileté naturelle la plus heureuse , secondée par des connaissances profondes et variées. J’insiste sur ce point, parce qu’il peut servir à prouver que la pharmacie n’est pas , comme

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on Ta dit , uniquement fondée sur des principes empruntés à d’autres sciences , mais qu’elle possède aussi des données qui lui sont propres, des faits qui constituent son domaine particulier, et qui lui méritent un rang distingué parmi les arts scientifiques. Aucune science, en effet, n’enseigne cette foule de moyens et de procédés qui se rapportent à l’exécution des formules magistrales , et dont la connais sance constitue surtout le pharmacien habile, parce qu’elle ne peut s'acquérir que par une longue pratique de la profession. Plus le médecinestsavant en pharmacologie, plus il accompagne sa formule de détails auxquels le pharmacien doit se conformer avec le plus grand scrupule. Mais aussi , plus le médecin néglige les circonstances accessoires et laisse de latitude au modus agendl , plus le pharmacien doit mettre de soin à se pénétrer de ses vues, et à suppléer par ses propres connaissances aux lacunes que présente la prescription.

§ 2. Tout en reconnaissant l’impossibilité défaire de la pharmacotechnie magistrale l’objet d’un enseignement théorique, nous ne négligerons pas l’occasion de consigner ici les données les plus générales qui se rapportent à cette partie de l’art , et dont les élèves auront à faire îa plus fréquente application. Ces données, bien que susceptibles d’exceptions ou de modifications nombreuses, peuvent néanmoins se réduire aux préceptes suivants :

Présenter le médicament dans le meilleur état de conservation et d’activité médicale , ainsi que sous la forme la plus commode et la plus durable.

Lorsque dans un composé, la formule laisse la dose de quelque substance àFarbitrairc du pharmacien, n’employer de cette substance que la quantité strictement nécessaire, afin de ne pas augmenter sans utilité le poids ou le volume du médicament.

Lorsque l’excipient est indéterminé, choisir la substance dont la propriété se rapporte le mieux à celle de la base principale du composé.

Préférer toujours le mode opératoire qui doit donnerai! médicament moins de volume, le rendre plus agréable à l’œil , moins repoussant au goût ou à l’odorat, et plus facile à conserver.

Approprier les ustensiles à la nature des corps sur lesquels ils doivent agir , afin d’éviter la réaction mutuelle des uns sur les autres.

Approprier la nature des vases où l’on renferme les médicaments , ainsi que leur capacité, à la nature et à la quantité des substances qu’ils doivent contenir.

Employer les moyens les plus rationnels pour fermer ces mêmes vases , soit pour éviter la déperdition des principes volatils, soit pour que le contenu soit mieux à l’abri des causes extérieures d’altération.

Dans un mélange de poudres de densités ou de pesanteurs spécifiques très-différentes, triturer et éteindre par petites portions la plus lourde dans la plus légère (exemple: magnésie et crème de tartre).

Dans un mélange de liquides de densités différentes , ajouter par fractions le plus léger au plus lourd, et suc-

cessivement , à mesure que le mélange partiel est com plètement opéré (ex. : sirop et eau distillée).

Dans tout mélange de corps de consistances diverses , ramener le plus dur , par des moyens appropriés, à la consistance des plus mous, avant de mêler les uns elles autres.

Dans tout mélange, la première condition à rechercher

est la parfaite homogénéité de la masse.

Lorsqu’une mixture ou* une potion doit renfermer un sirop, une teinture alcoolique et un liquide aqueux, il faut mêler d'abord la teinture alcoolique au sirop, et ajouter ensuite le véhicule.

Dans un liniment où se trouvent réunis de l’ammoniaque, de l’alcooî et un corps huileux, il faut former en premier lieu le savonule ammoniacal , et le dissoudre ensuite dans la liqueur alcoolique.

Pour qu’une potion gommo-buileuse présente l’aspect

d’une émulsion et se conserve sans se séparer , il faut di-

viser la gomme dans l’huile , puis ajouter aussitôt trois parties d’eau pour une de gomme, si l’on opère avec la gomme arabique, et cinq parties si Ton emploie de la gomme adragante. Le mucilage une fois développé, on ajoute le reste du véhicule par petites portions, et en triturant avec soin.

Si nous étendions plus loin ces préceptes, nous sortirions bientôt des généralités, pour aborder des détails qui sont hors de notre plan, et que l’on trouve d’ailleurs dans toutes les pharmacopées. 1! est évident que les divers procédés à l’aide desquels on peut suspendre du camphre ou des

résines dans un véhicule aqueux , unir des gommes , des extraits, des corps gras et des liquides de diverses natures; que le choix de Fexcipient pour former un électuaire , ou une masse de pilules, que tout cela, disons-nous, dépend de la nature, du nombre, de la proportion des ingrédients que l’on emploie, et d’une multitude de circonstances impossibles à prévoir. Ces procédés, ces manipulations varient donc à l’infini, et cette variété elle- même excite sans cesse le génie du praticien qui, forcé d’imaginer toujours de nouveaux moyens , crée ainsi de nouvelles ressources à son art, en s’appuyant sur les progrès et le développement de toutes les sciences accessoires. Enfin, c’est cette nécessité de répondre à toutes les exigences de la médecine, do prévoir jusqu’à certain point tous les résultats d’un si grand nombre de combinaisons possibles parmi les substances empruntées à tous les règnes, qui a rendu la pharmacie la mère commune de toutes les sciences naturelles, de la chimie , de presque tous les arts , et qui assure aux pharmaciens une place si honorable parmi les hommes dont les travaux éclairent l’industrie ou servent au soulagement de l’humanité.

La meilleure, la seule école dans laquelle cette partie de l’art puisse être convenablement étudiée, est, sans contredit, une officine publique, surtout une officine placée au sein d’une grande population, car ies formules sont d’autant plus variées que le nombre des médecins et celui des cas pathologiques sont plus considérables. C’est là seulement qu’on pourra se rompre aux détails pratiques

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les plus importants de la profession, et que i on parviendra à acquérir ce tact pharmaceutique qui constitue le véritable praticien. L’intelligence et l’activité constamment excitées et soutenues, l’habitude de l’observation, l’exemple des condisciples , les avis multipliés du chef, l’expérience acquise par le travail de chaque jour, tout concourra simultanément au même but , tout servira à placer l’élève au niveau des fonctions dont il est chargé, et dont aucune ne saurait être négligée sans danger pour le public, sans préjudice réel pour sa propre instruction.

A tout ce qui précède et qui forme la base des attributions du premier élève, je dois ajouter ici la surveillance générale qu’il est appelé à exercer sur toutes les parties du service, et d'une manière plus soutenue, plus intime peutêtre que le chef lui-même, soit h cause de sa position qui le tient plus constamment à portée des moindres détails, soit par ses rapports habituels avec le public et tous les employés de la maison. Cette position a encore pour lui un autre avantage : celui de l’accoutumer de bonne heure à l’administration; non cette administration élevée qui fonde la réputation d’un établissement et la soutient par la confiance et l’estime qu’inspire un chef habile, mais celle qui comprend toute l’économie des soins intérieurs, qui pourvoit aux approvisionnements en temps opportun, qui règle le bon emploi de tonte chose, qui s’applique à tous les intérêts de la maison, qui maintient entre les employés une hiérarchie raisonnée, et cette bonne harmonie si profitable au bien du service comme à l’intérêt de tous.

Ce n’esl pas chose facile, même pour les supérieurs, que de savoir obtenir de la déférence sans exciter la jalousie ou le mécontentement; mais cette tâche est d’autant plus délicate que les rangs sont plus rapprochés. En général, une sorte de préjugé porte les subalternes à croire leurs intérêts propres toujours en opposition avec ceux du chef. Si l’un d'entre eux semble s’attacher de préférence à ce qu’ils appellent la cause du maître , ils s’en éloignent dès lors et lui retirent leur confiance de condisciple. C’est là l’écueil de tous les sous-chefs, c’est celui d’un premier élève chargé de diriger et de surveiller le travail des autres. Mais il réussira à l’éviter si, bien pénétré avant tout de ses véritables devoirs , il s’applique à prendre vis-à-yis des autres élèves l’ascendant naturel de l’âge et des lumières , à obtenir leur affection , à les forcer par sa conduite à lui rendre justice, et à convenir secrètement qu’il mérite la confiance dont il est entouré. Qu’il évite soigneusement de blesser leur amour propre; qu’il ne s’arroge de luimême aucun privilège ; et que, loin de se prévaloir d’une autorité qu’il ne possède que par reflet , il s’attache à en acquérir une plus réelle dont il puisera la source en luimême. Celle-là ne lui sera jamais contestée, et il est plus important qu’on ne pense de ne jamais commander qu'avec la certitude d’être obéi. Enfin, qu’il n’oublie pas que, bien mieux que ses ordres, son exemple, bon ou mauvais, sera toujours suivi , et c’est encore là une sorte de responsabilité qui lui est imposée, du moment où il vient occuper le premier rang parmi ses égaux. ( V oy. note B. )

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