‹ Principes élémentaires de pharmaceutique. Ou, Exposition du système des connaissances relatives à l'art du pharmacienChapitre 36 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ordre des études pendant cette période.

Il est toujours utile d’essayer de frayer ^ la route, quand même elle serait imparfaitement tracée.

( Orfila , Toxicol. , t. 1, 9. J

aux travaux pratiques relatifs à la profession de pharmacien, la priorité sur les études théoriques, nous n’avons pas prétendu que l’élève dût se livrer d’abord exclusivement aux uns et négliger ou ajourner les autres, pour en faire l’objet unique de ses recherches pendant la période suivante. Il est bien évident que les faits et la théorie ont dû jusqu ici marcher b peu près dJun pas égal ; que chaque phénomène , à mesure qu’il s’est présenté b son observation, lui a inspiré Je désir de le voir expliqué, et que la réflexion , les leçons du maître et la lecture des ouvrages spéciaux, sans cesse rapprochées de la pratique

des opérations , ont dû lui laisser peu de chose b désirer

sous ce double rapport. Toutefois, ces nombreux détails, arrivés fortuitement , pour ainsi dire, à sa connaissance, recueillis isolément et sans suite, ont besoin maintenant

d’être étudiés par séries, médités dans leur ensemble, réunis par des rapports généraux, et disposés d’après un ordre systématique qui les fixe facilement et pour toujours dans sa mémoire. Des lacunes importantes doivent être remplies; il faut généraliser les principes, présenter les faits avec méthode et régularité ; il faut que toutes les théories s’enchaînent , s’éclairent et se soutiennent mutuellement. C’est là l’objet de l’enseignement que l’élève vient recevoir dans les écoles , et auquel il doit consacrer la seconde période de ses études pharmaceutiques^,

Aux moyens d’instruction que nous ont fournis jtfequ’ici l’observation des faits et la lecture des ouvrages sèie^tifi-, ques, va s’en joindre un troisième : l’enseignement oral. Ce * nouveau moyen a sur les autres de réels avantages. En effet,' ce qui manque surtout à un élève pour qu’il tire tout le fruit possible de ses études privées, c’est l’attention, c’est cette faculté de concentrer tous les efforts de son intelligence sur certains objets, dans le but de les connaître et de les approfondir. Tous les points d'une science ne sont pas également dignes d’intérêt, et il est bien certain qu’on ne se livre à une étude avec ardeur et persévérance qu’ autant que l’on en conçoit Futilité et le but prochain. Or, cet intérêt que n’offre pas toujours par elle-même la matière de certaines recherches est nécessairement excité, soutenu, parl’attrait des expériences et celui de la dissertation orale. Une partie de cet intérêt dépend, il est vrai, du talent du professeur, talent qui dépend lui-même d’un concours de qualités naturelles et de facultés acquises qui sont le partage d’un

petit nombre d’hommes privilégiés. [V oy . note C. ) Mais à ce premier avantage de l’enseignement des écoles s’en ajou tent plusieurs autres : l’étude méthodique des drogues simples sur des échantillons choisis et conservés avec soin , celle des plantes médicinales réunies systématiquement dans les jardins botaniques, ou recueillies au lieu même de leur station naturelle dans les herborisations rurales, la pratique des opérations les plus compliquées ou les plus délicates de la pharmacie, de la chimie, de la physique, enfin, les cabinets, les laboratoires , les collections, les bibliothèques, tout concourt, dans les écoles, à exciter le zèle , le goût de la science, et multiplie pour les élèves les moyens de compléter et de perfectionner leur instruction.

Le point essentiel est d’établir une relation méthodique, une subordination rationnelle entre tous ces objets d’étude. Trop souvent un élève, arrivé à cette période de son éducation pharmaceutique , se présente dans les écoles sans guide, sans plan arrêté. 11 suit de préférence les cours qui répondent à ses goûts particuliers ou qui lui semblent offrir plus d’intérêt, et il recueille sans ordre, et presque au hasard, les notions qui s’offrent à lui. Il serait à désirer qu’un plan d’études théoriques fût adopté dans les écoles spéciales, comme cela a lieu dans les collèges pour les études classiques. Essayons, en attendant, de tracer l’ordre dans lequel on pourrait les disposer pour les enchaîner mutuellement, et surtout pour éviter les lacunes. Cet ordre nous semble devoir être fondé sur h progression

naturelle du connu à l’inconnu, du simple au composé, et sur la nécessité de faire coïncider 1’ observation successive des faits avec la série des principes qui leur servent d’explication.

Nous avons dit, dans le livre premier, que les études théoriques relatives à la pharmacie comprenaient les sciences naturelles et les sciences physiques. Examinons le lien qui réunit ces deux sortes de connaissances, et nous en déduirons l’ordre dans lequel on doit les étudier.

Les sciences naturelles ont pour objet la classification et rhistoire des êtres ou des corps naturels répandus sur la surface du globe.

Les sciences physiques ont pour objet l’étude des Forces auxquelles les corps naturels sont soumis et des Lois générales qui en règlent l’action.

A. Les Corps naturels qui composent le globe que nous habitons forment deux grandes séries fondées surle premier degré de distinction que l’ensemble de leurs caractères puisse établir entre eux. Les uns sont composés de parties homogènes et s’accroissent par juxtaposition, c’est-à-dire, par l’application, sur leur surface, de couches successives

de matière analogue : c’est le Règne Anorganiq ae , qui comprend les Minéraux. Les autres sont composés de parties hétérogènes, ou plutôt à' organes, et s’accroissent par intussusception , c’est-à-dire, par l’absorption intérieure des matériaux nécessaires à leur développement : c’est le Règne Organique.

De ces deux grandes séries, la seconde peut être suh-

divisée en deux classes. L’une comprend tous les êtres organisés dépourvus de mouvement spontané et de cette cavité centrale que l’on nomme estomac : ce sont les Végétaux; l’autre renferme tous ceux qui sont doués de mouvement spontané et pourvus d’un estomac ; ce sont les Animaux,

L’histoire des minéraux s’appelle la Minéralogie. La science qui s’occupe des végétaux se nomme la Botanique. L’étude, des animaux est l’objet de la Zoologie.

B. Les forces qui agissent sur la matière sont en rapport avec la nature des êtres sur lesquels elles s’exercent. Ceux dont l’organisation est la plus simple sont soumis à des forces simples; ceux dont l’organisation est plus compliquée obéissent à des forces plus nombreuses.

Deux forces générales s’appliquent à tous les êtres naturels. L’une , qui agit à distance, suivant le rapport des masses et de l’éloignement, est L’Attraction. L’étude des lois de l’attraction est du ressort de la Physique. L’autre qui n’agit qu’au contact , ou du moins à une distance trèsrapprochée , et qui ne s’exerce qu’entre des corps de natures différentes, est i’ Affinité. L’étude de cette force et celle des lois qui la régissent sont l’objet de la Chimie.

Indépendamment de ces deux forces, ilen est deux autres qui ne s’appliquent qu’aux corps organiques, et qui , tant qu’ils sont à l’état de vie, modifient Faction des forces précédentes. L’une est la Force Vitale, qui s’exerce égalc-

$ visibilité, qui s’applique seulement aux animaux. Ces

deux forces président, chacune à leur manière, au jeu réciproque des organes et aux fonctions spéciales que remplit chacun d’eux. La science qui s’en occupe se nomme la Physiologie.

A cette série déjà considérable de connaissances générales, il faut joindre celles qui sont plus spéciales à Fart pharmaceutique. C’est ainsi qu’à côté de l’étude générale des sciences naturelles et de leurs diverses branches, se place l’étude particulière des substances employées en médecine, ou V Histoire naturelle des Drogues. A l’enseignement de la physique et de la chimie , se lie un cours de Pharmacie proprement dite, ainsi qu’un cours pratique de Manipulations. L’étude de la botanique se complète par une série d’ Herborisations rurales et les cours de chimie générale sont suivis d’un cours à' Analyse , de Philosophie chimie/ ue et de Toxicologie.

Tel serait donc l’ordre le plus rationnel à suivre dans les études de cette seconde période, qu’il serait fondé, comme nous l’avons dit, sur la progression du simple au composé, du connu à l’inconnu , et sur le rapprochement des faits et des théories qui se servent mutuellement de confirmation et d’appui. Ainsi, les minéraux n’obéissant qu’à l’attraction et à l’affinité, leur étude correspondrait avec celle de la physique et de la chimie minérale , qui ont pour objet les lois suivant lesquelles ces deux forces agissent sur les corps soumis à leur influence. La chimie des végétaux coïnciderait avec la botanique, surtout avec la physiologie végétale, qui considère le jeu des organes des plantes à l’état

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de vie, état pendant lequel l’action de Fafïinilé et de l’attraction est sans cesse modifiée ou suspendue. La chimie animale et la toxicologie répondraient à l’étude de la zoologie et de la physiologie des animaux ; en sorte qu’on n’aborderait les points les plus compliqués de la science qu’à l’époque où toutes les études seraient assez avancées pour aider à l’explication des phénomènes , et confirmer par l’application les théories dont ils peuvent être l’objet.

En partant de ces principes, les deux années de la période scolaire se partageraient en quatre semestres, et chaque semestre en plusieurs cours que les élèves suivraient dans l’ordre que nous allons parcourir, du moins autant que le permettrait le programme des cours arrêté par l’administration des écoles.

A. Pendant le semestre d’hiver de la première année , l’élève suivrait : 1 °. Le cours de M inêralogie , précédé d’une introduction à l’étude générale de l’histoire naturelle. Ce cours, principal fondement de la chimie minérale, offre plus d’une sorte d’intérêt. Le professeur, dans la suite de ses leçons, ne manque point d’insister sur les minérais qui renferment les substances les plus répandues, les plus employées en médecine comme dans les arts. On conçoit combien il est important pour le pharmacien de connaître l’origine naturelle de ces substances, et les sources où le commerce et fin dustrie vont les puiser. 2°. La première partie du cours de Physique , qui doit comprendre les notions générales sur la matérialité , les propriétés générales des corps, les lois du mouvement, les théories de l’attraction

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et de ia pesanteur, la notion du calorique , les propriétés spéciales des liquides et des fluides aériformes, par conséquent tout ce qui se rapporte à l’histoire de l’eau, des vapeurs , de l’air atmosphérique et des différents gaz considérés sous les rapports physiques. 3°. La première partie du cours de Chimie , qui embrasse ordinairement les généralités de la science, ses théories principales, ses différents modes de procéder ou de philosopher; la nomenclature, la classification des corps chimiques; enfin, la chimie minérale , qu’il serait difficile de parcourir en entier dans l’espace d’un semestre , et que , pour cette raison , l’on pourrait diviser en deux parties. 4°* Enfin, les connaissances précédentes, à mesure qu elles se développeraient aux yeux de l’élève, recevraient aussitôt leur application dans la première partie du cours de Pharmacie , et il tirerait d’autant plus de fruits de ce rapprochement, qu’à l’aide des études pratiques il s’y serait «préparé de longue main.

Aussi , en s’attachant aux données fondamentales de ces diverses sciences , il établirait facilement une corrélation entre les faits et les principes qui sont de leur ressort respectif, et c’est de cette base qu’il partirait pour s’élever aux él udes d’un autre ordre, qui seraient l’objet des leçons du semestre suivant.

B. L’étude principale du second semestre de la même année serait: i°. Celle de la Botanique. Celte belle science, la plus vaste, la plus intéressante peut-être des branches de l’histoire naturelle, commence, il faut le dire, à être un peu négligée des élèves ; aussi, dans les examens, celte

partie des études, est-elle, en général, îa plus faible. Séduits par les brillantes recherches qui sont du ressort de la physique et de la chimie , les jeunes gens semblent n’étudier les plantes qu’avec une sorte de dédain , et comme pour accomplir une des obligations qui leur sont imposées. Ils affectent de ne voir dans la botanique qu’une science de mots , un exercice de mémoire , une connaissance tout au plus indispensable à un herboriste. Nous sommes loin de partager cette façon de voir , et il nous serait facile de la combattre, si cette dissertation n’était pas ici hors de place. La botanique nous semble, au contraire, îa partie de l’histoire naturelle îa plus nécessaire au pharmacien; les êtres qu’elle étudie offrent à îa médecine ses moyens les plus nombreux , et peut-être les plus énergiques. La nomenclature, l’organisation et la physiologie des végétaux, forment une introduction nécessaire aux parties correspondantes de l’histoire du règne animal; enfin, c’est sur les développements futurs de cette scienceque doit compter avant tout la thérapeutique, pour augmenter encore les ressources que possède l’art de guérir, &°. L’étude des végétaux doit être secondée par un cours d 'Herborisations rurales et par la formation d’un herbier . La botanique ne s’apprend pas dans les amphithéâtres , ni dans les livres. €’est en étudiant les plantes sur les lieux mêmes de leur naissance, c’est en les examinant un grand nombre de fois, aux différentes époques de leur développement, en les recueillant soi-même, les desséchant avec soin, et en les

disposant selon les meilleures méthodes de classification ,

»4a PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES

que Ton parvient à les connaître , non-seulement dans leurs formes extérieures, mais aussi sous leurs rapports scientifiques, économiques et industriels. (Test ainsi que Ton grave pour toujours dans sa mémoire cette connaissance si longue à acquérir , mais surtout si difficile à conserver. ( V oy. note D.) 5°. Cependant, le cours de chimie générale, parvenu à la C himie Organique, s’appuierait sur les données que l’élève aurait acquises en histoire naturelle, et l’examen chimique de plusieurs groupes de plantes dans lesquelles se retrouvent les mêmes principes immédiats, servirait de confirmation aux divisions botaniques fondées sur l’ensemble des caractères extérieurs. 4°* Enfin, c’est encore dans le cours de Pharmacie que viendraient se résumer les diverses connaissances acquises dans ce second semestre, soit que le cours déjà commencé se continue et s’achève dans une seule année, soit que l’élève fasse lui-même l’application de tous les principes recueillis dans la première

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