CHAPITRE III
Notions élémentaires de Botanique.
.... Quam certè non defuisse nobis docebimus (natura) , et invisis quoque herbis inseruisse remedia.
( Pi,!!». SECOND., 1 ' V . XXII, ch. VII.)
Généralités. La connaissance des êtres qui composent le règne végétal est l’objet de la Botanique. Cette science extrêmement vaste se divise en plusieurs parties. La première, 5 laquelle on donne le nom de Botanique proprement dite , a pour objet spécial de reconnaître et désigner un végétal quelconque par la considération de ses caractères ou organes. La deuxième, qui est la Physique végétale, s’occupe do la structure intime des organes, de leurs fonctions, des phénomènes relatifs à la vie végétale. Elle comprend Y Or gano graphie, la Physiologie et la Pathologie des végétaux. La troisième, la Botanique appliquée , considère le parti que l’on peut tirer des êtres de ce règne, sous le rapport de l’agriculture , de l’économie domestique, de la médecine et de l’industrie.
La botanique proprement dite arrive h la connaissance des plantes à l’aide de plusieurs moyens qui forment autant de parties séparées de la science. Son but essentiel étant de reconnaître et de désigner un végétal quelconque par
]a considération de ses caractères on organes , il est évident qu’il faut d’abord étudier ceux-ci, ou du moins connaître les noms qui les représentent. G est ce qui compose la langue botanique ou la Glossologie.
Les organes une fois connus , il s’agit de classer les plantes, c’est-à-dire, de grouper ensemble les individus qui possèdent des caractères analogues : c’est l’objet de la Taxonomie , ou histoire des classifications.
Enfin , l’ordre une fois établi et la Nomenclature ayant appris l’art de désigner chaque végétal par un nom propre , on apprend à décrire les plantes, c’est-à-dire, à les faire reconnaître par l’énumération de leurs caractères : ce qui est le but de la Photographie.
§ 1. Glossologie. En procédant d’après l’ordre que nous venons d’indiquer, on doit commencer l’étude de la botanique par celle des termes qui servent à désigner les organes des plantes, et par la connaissance de ces organes. C’est ce qui fera l’objet de ce premier paragraphe; mais, avant tout, disons un mot des parties élémentaires dont les organes sont composés.
Lorsqu’à î’aide d’une forte loupe, ou d’un microscope, on examine l’organisation intérieure d’un végétal , on remarque qu’il est formé de deux sortes de tissus. L’un est composé de petites cellules à parois transparentes, plus ou moins régulières dans leur forme : on le nomme tissu cellulaire. 11 paraît doué d’une excitabilité organique qui le rend propre à absorber les liquides. On le trouve dans tous les végétaux, et quelques-uns d’eux, tels que les cham-
pignons et les algues, en sont uniquement formés. L’autre, le tissu vasculaire, est composé de petits tubes ou vaisseaux cylindriques, épars ou réunis en faisceaux, appliqués quelquefois bout à bout et anastomosés. Leur forme et leur disposition varient beaucoup. Ils ont pour objet de transmettre les liquides ou les fluides aériformes d’un point à un autre du végétal. Lorsqu’ils sont soudés en faisceaux allongés, ils constituent la fibre , charpente ou squelette de la plupart des organes; tandis que la partie molle, composée de tissu cellulaire, se nomme le parenchyme.
Ceux des vaisseaux destinés h transmettre les fluides aériformes dans l’intérieur du végétal , se nomment aussi des pores. Les pores servent également à exhaler au-dehors les gaz qui se forment dans la plante et surtout dans les feuilles. Les glandes , sorte de vésicules que l’on aperçoit assez bien à l’œil nu, sont des organes accessoires destinés à renfermer un fluide quelconque, quelquefois à sécréter ou à excréter les sucs propres du végétal. Enfin , les poils sont des organes allongés , filamenteux , qui servent à l’absorption et à l’exhalation. Ils sont quelquefois implantés sur des glandes, et semblent, dans ce cas, n’être que leurs canaux excréteurs; d’autres fois, ils ne sont qu’un simple prolongement de l’épiderme et servent h multiplier la surface absorbante des végétaux.
Organes. Les organes proprement dits se divisent en deux classes. Les uns servent à la nutrition ou à la vie végétative delà plante, comme la racine, la lige, les feuilles: ce sont les organes nutritifs. Les autres sont les parties
destinées à la reproduction de l’espèce, telles que la fleur, le fruit, la graine: on les nomme organes reproductifs ou de i a fructification.
A. Les organes de la nutrition sont : i° La racine ; c’est la partie inférieure de végétal, celle qui plonge dans la terre et tend h descendre dans la direction du centre du globe. Elle sert h fixer la plante dans le sol et à absorber les sucs qui doivent servir à la nutrition. Les racines ont différentes formes; lorsqu’elles se ramifient en filets presque capillaires, on nomme ceux-ci des fibrilles; elles sont quelquefois tuberculeuses comme celles de la pomme de terre; on les appelle pivotantes quand elles s’allongent en forme de fuseau et s’enfoncent perpendiculairement dans le sol, comme celles de la carotte, etc. Les racines sont le seul organe des végétaux qui ne soit jamais coloré en vert. 2° La tige, qui croît en sens inverse de la racine et se dirige vers le ciel ; elle se divise en branches et en rameaux qui portent les feuilles, les fleurs et les fruits. Dans quelques plantes, la tige est si petite qu’on la distingue à peine; dans d’autres, au contraire, elle s’élève à une grande hauteur. La tige des arbres se nomme tronc ; celle des graminées prend le nom de chaume. La souche est une sorte de tige placée horizontalement au-dessous de la terre , mais qu’il ne faut pas confondre avec les racines. La base de la tige est ordinairement séparée de la racine par un plan intermédiaire que l’on nomme le collet; c’est de ce point que part le bourgeon de la tige annuelle dans les » plantes vivaces.
Lorsqu’on coupe tranversalementunetigeou une racine, on remarque d’abord, dans un grand nombre de plantes (les dicotylédones) , un tissu cellulaire blanchâtre qui en occupe le centre, et que l’on appelle la moelle . Dans d’autres (les monocotylédones) , cette partie parenchymateuse manque absolument. On voit aussi .des rayons de la même nature qui partent du centre pour atteindre â la circonférence: ce sont les rayons médullaires. La partie de la tige située entre la moelle et l’écorce est ce qu’on nomme le bois ou corps ligneux. U aubier est cette partie du corps ligneux, d’une couleur plus pâle et d’une consistance plus molle, qui se trouve tantôt en dehors du bois (dans les dicotylédones) , tantôtprès du centre (dans les monocotylédones). On remarque encore que le corps ligneux est disposé par couches ou par zones qui entourent l’axe central et forment des cercles concentriques, ce sont les couches ligneuses; chacune d’elles indique l’accroissement d’une année. Enfin , à la partie externe de la tige se trouve X écorce , formée elle-même de couches corticales concentriques, dont les plus intérieures se séparent comme les feuillets d’un livre et portent le nom de liber , tandis que la membrane extérieure qui enveloppe toute la tige se nomme X épiderme.
5° Les Feuilles sont des expansions membraneuses ordinairement planes et vertes, insérées sur la tige ou ses divisions et quelquefois sur le collet de la racine, qui servent â absorber les vapeurs et les gaz de l’atmosphère, ou bien à exhaler les excrétions de la plante. Elles se forment
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par le développement d’un faisceau de libres qui parient de la tige et forment , en se ramifiant , le squelette de la feuille, dont la membrane intermédiaire est formée de tissu cellulaire et de parenchyme.
On distingue dans la feuille : i° Le pétiole , support situé à la base et qui part de la tige. Les feuilles qui sont dépourvues de pétiole se nomment sessiles. 2° Le disque, ou limbe , c’est la partie membraneuse, plane et verdâtre, sur laquelle on aperçoit les nervures , divisions principales du pétiole, qui font plus ou moins de saillie à la surface. 5° Les veines , qui senties ramifications moins proéminentes des nervures. Dans les dicotylédones, les nervures sont ordinairement très-ramifiées et anastomosées entre elles; dans les monocotylédones , les nervures sont presque toujours peu ramifiées et le plus souvent parallèles.
Enfin, comme les feuilles sont le plus souvent horizontales, on remarque sur elles deux faces : l’une supérieure , qui regarde le ciel, ordinairement lisse et verte; l’autre inférieure , tournée vers le sol, dont l’épiderme est couvert d’une sorte de duvet d’une couleur un peu moins foncée , ou de poils et de pores corticaux. C’est par cette seconde face que les feuilles absorbent les vapeurs et les gaz qui s’échappent de la terre.
On dit qu’une feuille est simple , quand son pétiole n’est pas divisé et que son disque est d’une seule pièce; elle est composée , quand elle est formée de plusieurs feuilles plus petites que l’on nomme folioles , réunies sur un pétiole
commun.
DE PIÏABMWCEUTÏOIIE.
L’insertion, la disposition, ia direction , la forme et la couleur des feuilles, ainsi que plusieurs autres considérations, forment autant de caractères qui servent h la détermination des espèces. Mais comme ces détails nous forceraient à sortir du cadre de ces notions élémentaires, nous ne nous y arrêterons pas.
Parmi les organes accessoires qui contribuent à la nutrition , on remarque encore les stipules , appendices foliacés qui naissent au point d’insertion des feuilles sur la tige. Ils sont le plus souvent au nombre de deux, tantôt fixés au pétiole, tantôt détachés de cet organe; c’est un caractère qui se retrouve dans presque tous les individus d’une même famille. Leur nature, leur forme, leur contexture, varient depuis la foliole jusqu’à l’épine. Les stipules sont destinées à protéger la feuille à son premier développement. Les vrilles et les crampons sont des appendices filamenteux, simples ou composés, qui se roulent en spirale et servent à soutenir la tige, en prenant un point d’appui sur les corps voisins. Ce sont des organes avortés, le plus souvent des pédoncules floraux, des stipules, des rameaux qui s’allongent et prennent cette forme. Les épines et les aiguillons sont des prolongements du tissu intérieur ou extérieur des végétaux; ce sont aussi des organes avortés, ou déformés, dont l’emploi paraît être de protéger la plante, de multiplier les surfaces propres à l’exhalation ou à l’absorption, et même de soutirer l’électricité de l’atmosphère pour la faire servir à la végétation. On les remarque en plus grand nombre sur les plantes qui croissent dans
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des terrains secs et arides. Lorsqu’on transporte les mêmes plantes dans un bon terrain, la plupart des épines se convertissent en rameaux.
B. Les organes généraux de la reproduction sont : i° la fleur; 2° le fruit.
La fleur est l’appareil au sein duquel s’opère la fécondation des plantes; elle comprend les organes reproducteurs et les enveloppes extérieures qui sont destinées à les protéger.
On remarque principalement dans la fleur : i° le pédoncule, 2° les enveloppes florales, 5° les organes sexuels.
i°. Le pédoncule est le support qui soutient la fleur et au moyen duquel elle se trouve liée à la tige. Quand cet organe manque, on dit que la fleur est sessile. Lorsque le pédoncule principalse ramifie, chacune de ses divisions prend le nom de pèdicelle . Les bractées sont de petites feuilles qui diffèrent des autres par la forme , la consistance , la couleur, qui sont ordinairement placées près de la fleur, et qu’il ne faut pas confondre avec ce qu’on nomme les feuilles florales . Quand les bractées sont disposées autour de la fleur de manière h former comme une collerette, on les nomme involucres , et involuceltes si le pédoncule est ramifié et que chaque pèdicelle en soit pourvu.
2°. Les enveloppes florales forment ce que l’on nomme le périanthe . Le périanlhe est simple ou double. Quand il est simple il se nomme calice , qu’il soit ou non coloré, comme cela a lieu dans les monocotvîédoncs. Quand il est
]) E PÏI A RM A C E U T I O ü E .
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double , r enveloppe la plus intérieure se nomme corolle , et l’extérieure conserve le nom de calice .
Le calice est entier ou divisé; chaque division, quand elle se prolonge jusqu’à la base, se nomme sépale ; le calice entier se nomme î7ionosèpale .
La corolle , partie ordinairement la plus colorée du périanthe double , entoure immédiatement les organes de la fructification. Lorsqu’elle est divisée, chacune des pièces détachées dont elle se compose se nomme pétale. Quand la corolle est entière on la nomme monopétale , et polypêtale quand elle est formée de plusieurs pièces.
Dans chaque pétale on distingue: i° Y onglet, c’est la partie inférieure et rétrécie par laquelle elle est fixée; 2°la lame , membrane mince, étalée, colorée, qui surmonte l’onglet. On appelle limbe le bord libre el supérieur de la lame.
Comme la forme et les autres modifications delà corolle ont fourni la base d’une classification célèbre, celle deTournefort, nous entrerons à ce sujet dans quelques détails.
La corolle est régulière toutes les fois que scs divisions sont égales, ou disposées symétriquement autour d’un axe commun ; dans le cas opposé, elle est irrégulière.
La corolle monopétale régulière est tabulée quand sa base, que l’on nomme le tube,e st très-allongée, comme dans le lilas. On l’appelle campanulèe quand elle s’évase à la partie supérieure, en manière de cloche, comme le liseron. Elle est infundibuli forme quand le tube, d’abord étroit, sc dilate de plus en plus de manière à figurer un en ton-
5o8 PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES
noir; la corolle du tabac en offre un exemple. La corolle hippocratèriforme est celle dont le limbe s’évase à la manière d’une coupe antique, comme dans le jasmin. La corolle en roue est formée d’un tube court et d’un limbe étalé et plane, comme dans la bourrache.
Parmi les fleurs à corolle monopétale irrégulière , il en est plusieurs dont la forme est importante h connaître ; par exemple, la corolle bilabièe , qui se compose d’un tube allongé et d’un limbe divisé en deux parties, dont l’une supérieure, est courte, et l’autre, inférieure, se sépare en deux lèvres. La famille des plantes connues sous le nom de labiées offre cette conformation. La corolle personncc, ou en masque, est formée d’un tube terminé par une gorge trèsdilatée et d’un limbe à deux divisions inégales, dont chacune porte deux lèvres, de manière qu’elle représente à peu près le mufle d’un animal, ou bien un masque antique ; telle est la fleur cle V antirrhinum ou mufle de veau.
Dans les fleurs è corollepolypétale, on considère d’abord le nombre des divisions, ainsi la corolle peut être bipètale , tri, tetra , pentapétale , etc. Parmi celles qui sont poïypétaîes régulières , on remarque la corolle cruciforme , composée de quatre pétales disposés en croix, comme celle qui caractérise la famille des crucifères ; la corolle rosacée, formée de trois ou cinq pétales disposés comme dans la rose, le prunier, l’amandier, et qui se retrouve dans toute la famille des rosacées; la corolle caryophyllèe, à cinq pétales allongés et couverts en grande partie par le calice, comme dans l’œillet.
DE PIIAIWACEUTIQUE.