E V H A R M A C E V T I QU R . Ù
méthodiques qui s’appliquent aux différentes branches de l’histoire naturelle. Il a donc fallu créer , pour cette élude, un ordre tout artificiel et plus ou moins arbitraire, uniquement applicable à l’étude des substances médicinales , et dont nous allons donner une idée
La connaissance des drogues s’acquiert surtout par l’habitude de les voir, de les toucher, de les examiner sous différents aspects et de les comparer entre elles. Il est certain que l’un des meilleurs moyens d’acquérir cette connaissance, c’est de composer un Droguier» Or, comme dans toute collection il faut établir un ordre quelconque, celui qui paraît ici le plus convenable est de réunir, par séries , les substances ou les parties de substances qui ont entre elles une analogie évidente de nature, d’origine ou de
formes extérieures. Ainsi, parmi les végétaux, les racines, les tiges , les bois , les écorces , les fleurs , les feuilles , les bulbes, les semences, les fruits formeront autant de divisions principales. On réunira de la même manière les produits immédiats, tels que les gommes, les fécules, les sucs épaissis, les huiles, les résines, les produits sucrés, les huiles volatiles, ainsi que les sels et les autres principes que la chimie a su découvrir ou développer dans les végétaux. Dans le règne animal, on réunira par groupes les animaux qui s’emploient dans leur intégrité, leurs parties détachées, mais solides, les humeurs, les sécrétions, les huiles animales et les principes immédiats. Enfin, pour les minéraux , on rapprochera de la même manière les corps simples etles corps composés de ce règne; mais ici, l’ordre
58o PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES
naturel n’étant point contrarié par l'organisation , rien n’empêchera que Ton ne suive rigoureusement les classifications méthodiques qui s’appliquent au règne minéral.
Un droguier bien composé doit non-seulement contenir des échantillons rares et choisis avec soin , mais aussi des échantillons de toutes les sortes répandues dans le commerce, Il faut surtout les avoir dans le meilleur état d’in- \
tégrité et de conservation. On les renferme dans des bocaux de verre , bouchés ou luttés soigneusement , sur lesquels on place une étiquette ou seulement un numéro d’ordre. Ce dernier moyen oblige la mémoire à faire quelque effort pour reconnaître et désigner les objets à la première inspection. Chaque numéro se rapporte à un catalogue qui présente , pour chaque substance , sa nomenclature, sa synonymie complète, et son historique trèsabrégé. Une collection de drogues, ainsi qu’un herbier, doit être visitée fréquemment, soit pour soustraire les échantillons à Faction des insectes , soit pour renouveler ceux qu’une cause quelconque aurait altérés.
L’étude de l’histoire naturelle médicale et la formation d’un droguier inspireront infailliblement à l’élève le goût des recherches qui se rapportent à cette partie si importante de Fart pharmaceutique. Dans les progrès futurs de la médecine, c’est évidemment aux pharmaciens qu’est réservé l’honneur de découvrir les substances dans lesquelles la thérapeutique doit trouver de nouvelles ressources , de les décrire, de les analyser, d’en extraire les principes actifs, et de les présenter sous une forme com-
mode et durable. Ge point de vue est celui auquel les pharmaciens jaloux de contribuer à l'avancement de l’art de guérir doivent le plus s attacher. La spécialité et 1 e— tendue de leurs connaissances sur ce point les mettent à même de rendre à la médecine des services qu elle chercherait vainement ailleurs; et, sous ce rapport, les fastes de la science rendent déjà aux pharmaciens une justice éclatante et complète.
Nous avons vu plus haut qu’à la même époque l’élève aurait à suivre un cours d analyse chimique et un cours de toxicologie. Je ne pense pas qu’il soit difficile de faire comprendre aux jeunes gens l’utilité et 1 importance de ces deux cours , et la nécessité pour eux de se livrer à cette partie de leurs études avec une application toute particulière. Les pharmaciens sont souvent appelés à donner leur avis à l’occasion de circonstances graves qui intéressent parfois la société tout entière : l’analyse des substances alimentaires ou des boissons que l’on suppose falsifiées; les questions juridiques dans lesquelles le magistrat a besoin d’être éclairé par le naturaliste, le chimiste ou le physicien ; les recherches relatives aux empoisonnements; l’assainissement des habitations , des ateliers, des prisons et des hospices. Tous les travaux de cette nature qui se rapportent à la médecine légale et à la salubrité publique, ne sauraient se passer du concours de leurs lumières, et c’est dans les cours de chimie générale , d’analyse et de toxicologie, qu’ils puiseront la plupart des connaissances indispensables pour cet objet.
A ces derniers cours se lie aussi F étude des manipula lions chimiques les plus délicates. L’analyse chimique et la toxicologie nesauraient s’apprendre uniquement à l’aide de leçons orales ; ce n’est pas même dans une officine que l’on peut acquérir l’habileté spéciale propre aux recherches de cette nature. Ce n’est que dans une école, dans un laboratoire pourvu de toutes les ressources, de tous les ustensiles nécessaires , et sous les yeux même d’un professeur, que l’on peut s’exercer avec fruit à la pratique des opérations minutieuses et compliquées qui se rapportent à ces deux parties de la science , et à résoudre les problèmes importants que présentent d’ordinaire les questions de médecine légale. Cette étude sera surtout utile aux pharmaciens destinés à habiter des provinces éloignées des écoles ou des grandes villes. L’analyse des eaux minérales naturelles, des minerais métalliques, la recherche des poisons , des falsifications relatives aux drogues et aux aliments, les questions relatives à l’altération des écritures par des moyens chimiques, et une foule d’autres investigations analogues rentrent naturellement dans les attributions du pharmacien , véritable représentant , dans certaines localités, des sciences physiques, naturelles, mais surtout de la chimie, qui s’applique aujourd'hui à tous les arts comme à toutes les branches de F indu s trie.
Après avoir conduit le jeune élève à travers la longue série de ses études et les diverses périodes de son éducation pharmaceutique, il nous reste à dire quelques mots sur les
épreuves par lesquelles il doit se montrer digne du titre qu’il ambitionne, et à la hauteur des fonctions qui y sont
attachées. Nous avons montré dans un autre écrit1 la
nécessité de Sonner à ces épreuves un haut caractère do certitude et d’authenticité qui ne puisse laisser aucun doute sur le mérite des candidats qui les ont subies. Nous avons appuyé sur de nombreux motifs Futilité de les ren dre plus sévères et plus probantes. Nous avons demandé qu’à l’avenir il n’y eût qu’un seul ordre de pharmaciens admis à des conditions égales; que le nombre des écoles fût doublé, et que l’ensemble des cours fût complété dans chaque école; enfin, que les réceptions reçussent un nouvel éclat de l’intervention des pharmaciens exerçants, dans les actes probatoires. La plupart de ces mesures ont déjà reçu de l’opinion publique une sorte de sanction, et nous ne doutons pas que le gouvernement ne témoigne, en les adoptant, sa ferme volonté de hâter les perfectionnements de notre profession. Une mesure à laquelle nous attacherions aussi une importance réelle, serait d’exiger des récipiendaires qu’ils eussent à présenter et à soutenir une thèse écrite, sur l’un des points capitaux de l’art pharmaceutique ou sur une proposition relative à l’une des sciences accessoires. Il est évident que la thèse imposée encore aujourd’hui par les réglements, n’est qu’une formalité presque illusoire, tandis qu’une dissertation inaugu-
1 Rapport sur la Réorganisation de la Pharmacie en France , fait à la Société de Phaimacie de Paris, et à la Société de prévoyance des Pharmaciens de la Seine , au nom d’une commission, etc. Paris, i.854, in-8°.
raie , préparée à loisir et écrite avec soin , qui viendrait couronner tout F ensemble des épreuves, serait un bien meilleur témoignage de la capacité et de l’instruction du candidat. Déjà quelques hommes, jaloux de multiplier les preuves de leur aptitude, ont donné cet heureux exemple» et nous ne saurions trop encourager les jeunes gens à le suivre, en attendant que cette mesure devienne, dans une nouvelle loi, une condition expresse pour les réceptions à
venir.