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à trop de contention d’esprit, ni à des efforts trop pénibles ; qui permet assez de loisir pour se livrer à ses intérêts privés , à la culture des sciences, et même, avec réserve , au goût des arts ou des lettres : tels sont les premiers avantages que le pharmacien peut trouver dans son art. Mais il en est d’autres qui ne manquent jamais, non plus, à celui qui s’elForce de les mériter : la confiance, l’estime et la considération publique.
L’estime, ce premier degré que l’on acquiert dans la bonne opinion des hommes, n’exige pas toujours de hauts talents ou des qualités brillantes. Celui-là estestimablequi, dans ses relations habituelles, ne soulève contre lui aucun mécontentement, et accomplit avec exactitude les devoirs attachés à ses fonctions. La considération exige d’autres vertus, un mérite plus éminent, des services rendus à un plus grand nombre. Elle sert de récompense à ceux qui , doués de talents remarquables, animés de mouvements généreux, franchissent la limite naturelle de leurs obligations, pour éclairer leurs semblables, adoucir leurs maux, ou accroître leur bonheur. La considération , cette gloire sociale, élève l’homme dans sa propre estime; elle l’inspire, l’encourage dans son dévouement à l’intérêt public, et lorsque d’autres succès lui échappent, elle le venge, l’indemnise ou le console des injustices du sort. C’est elle qui place les hommes à leur véritable rang social, non ce rang que l’on doit aux avantages fortuits de la naissance ou de la fortune , mais celui auquel chacun a droit de prétendre selon l’étendue de ses talents et son propre
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mérite. Sous ce point de vue, la place du pharmacien est déterminée d’elie-même par les rapports de sa profession avec les sciences , la médecine , l’industrie, le commerce et les arts.
Appuyé sur les sciences les plus relevées et les plus abstraites, l’enseignement de la pharmacie est professé, comme toutes les hantes études , dans des écoles spéciales et gratuites. De ces écoles sortent chaque jour des hommes qui les rendent célèbres, en agrandissant le cercle des connaissances qu’ils y ont puisées , et en élevant ces connaissances à la hauteur de toutes les autres branches de l’arbre encyclopédique. Des savants du premier ordre ont toujours figuré et figurent encore parmi les professeurs de ces écoles. La plupart d’entre eux font partie des plus illustres académies, quelques-uns tiennent le sceptre des sciences qu’ils professent , et en font rejaillir la gloire sur un art qu ils honorent et dont ils se trouvent oorés. Liée à l’art de guérir, qui ne saurait se passer de son secours et de ses lumières , fondée sur les mêmes principes et dirigée vers le même objet, la pharmacie s’est toujours montrée digne de cette honorable confraternité. Elle y a répondu par un zèle constant et quelquefois par d’éclatants succès. Parmi les progrès récents dont fart médical a droit de s’enorgueillir , les pharmaciens peuvent hautement revendiquer leur part de gloire; aussi les voit-on figurer avec honneur dans toutes les sociétés savantes, dans les conseils de salubrité, dans les académies, et dans ce corps illustre
qui réunit les diverses branches de la médecine et toutes les célébrités de cette vaste science. Sous le rapport de l’économie politique, la pharmacie est représentée par six mille établissements répandus sur le sol de la France, et auxquels se rattachent le commerce de la droguerie exotique et indigène, les raffineries de sucre, les distilleries, les fabriques de produits chimiques, d’eaux minérales, et une multitude d’industries secondaires qu’elle soutient et alimente. On connaît les nombreux et importants services que lui doivent les arts. Il est évident qu’une profession qui repose sur l’étude de tous les corps de la nature, qui s’applique b les traiter isolément ou combinés sous tous les points de vue possibles, et qui fonde ses recherches sur les données qu’elle emprunte à toutes les sciences, devait répandre d’immenses lumières sur l’industrie. Aussi la pharmacie a-t-elle donné naissance à tons les arts chimiques, fourni des matériaux, des procédés, des ressources à tous les autres, au point qu’il n’en est peut-être pas un seul qu’elle n’ait éclairé par ses principes, perfectionné par ses applications, ou enrichi par ses découvertes.
Voilà quels sont les droits de la pharmacie à la considération publique , et la place éminente qu’elle mérite parmi les professions scientifiques et libérales. Mais c’est au pharmacien lui-même à s’en rendre digne par ses qualités personnelles , autant que par ses lumières et ses talents. Aussi cette noble récompense n’a-t-elle jamais manqué à celui qui, à une habileté reconnue dans son
art, «1 su réunir un mérite propre fondé sur une édu cation soignée , les goûts et les manières qui distinguent les classes élevées de la société. Et que l’on ne pense pas que ces avantages soient le privilège exclusif de ceux qui sont placés dans une position exceptionnelle , au sein des grandes villes. Ceux que le sort tient éloignés de ces grands foyers de la civilisation , de la science et de la fortune, n’en possèdent pas moins, quoique dans une sphère plus restreinte et dans des proportions moindres, les mêmes éléments de prospérité et de bonheur; seule ment , les peines , les travaux et les inquiétudes se trouvent aussi réduits dans la même proportion. Les jouissances de l’amour-propre sont peut-être les seules qui grandissent avec l’étendue du cercle dans lequel on les éprouve; mais sont-elles donc les plus douces, les plus pures et les plus durables ? Félicitons-nous , au contraire , de ce que notre profession , par le peu d’éclat qu’elle répand autour d’elle, nous soustrait naturellement à cette vaine recherche, et nous permet de tourner notre ambition vers un but plus utile et plus noble. Rendons cette justice aux pharmaciens , qu’ils n’ont jamais répudié cet heureux privilège des professions savantes ; que partout ils se montrent avec ce caractère de réserve et de modestie, apanage honorable de ceux qu’animent le goût de l’étude et l’amour de la vérité. Voyez le rôle que remplit le pharmacien dans les plus petites populations, comme dans les plus grandes cités : partout, sa place est marquée dans les académies, les conseils , les dispensaires, les bureaux
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de bienfaisance, l’administration des hospices; partout c’est l’ho mine utile, éclairé, remarquable par son zèle désintéressé et par son dévouement. Le voyageur, le savant, ou le naturaliste qui visite pour la première fois des contrées éloignées, s’approche d’une petite ville; où trouvera- t-ii des renseignements sur les objets qui l’intéressent, au milieu du pays qu’il parcourt? L’administrateur est d’un abord difficile et froid; des soins divers retiennent ou préoccupent le médecin, l’homme de loi, le pasteur du lieu ; le pharmacien est toujours disponible. Reconnaissant
de l’estime qu’on lui témoigne en s’adressant à lui, il in-
dique avec empressement les objets remarquables , les ressources que présentent les localités. Il vous aidera dans vos recherches, il vous accompagnera dans vos excursions, et, flatté de se trouver en contact avec le mérite, la science ou la célébrité, il vous laissera convaincu que le goût d’apprendre, le désir d’être utile, est entre vous et lui comme un lien de confraternité, un sentiment qu’il est heureux et fier de partager avec vous.
Assez d’aisance pour n’avoir jamais à redouter le besoin, assez de travail pour tenir l’esprit et le corps dans une certaine activité, assez de loisir pour cultiver l’étude et se livrer à ses goûts ; paix autour de soi , estime et considération parmi les hommes , est-ce donc là une condition à dédaigner , un bonheur vulgaire digne des mépris d’une âme supérieure? Non, sans doute; mais, toutefois, dans l’âge où le besoin de la gloire parle impérieusement à un cœur généreux, si, pressé par le sentiment de vos forces
et l’espoir de vous rendre encore plus utile, vous n’hésitez pas à sacrifier votre repos à une noble émulation, rien ne s’oppose à ce que vous suiviez une carrière plus vaste et plus séduisante. Celle des sciences qui se rapportent à la Pharmaceutique s’ouvre naturellement devant vous. Loin de chercher à vous en détourner, vos maîtres, vos émules, suivront de l’œil vos progrès, ils vous exciteront de la voix et du geste ; et s’il était besoin d’animer votre zèle par l'exemple de ceux qui vous ont précédé , les noms fameux ne manqueraient point pour servir à votre encouragement, comme à l’honneur de notre profession. Ils vous rappelleraient ces savants illustres qui, sortis d’une modeste officine , et après avoir puisé dans l’art de préparer les médicaments le goût des hautes connaissances sur lesquelles il se fonde, ont étendu chacune des branches des sciences physiques et naturelles, communiqué à de nombreux élèves, ou consigné dans d'importants ouvrages, le fruit de leurs veilles et de leur expérience ; qui ont créé, pour ainsi dire, la botanique, la matière médicale, la chimie; la chimie qui, suivant l’expression prophétique d’un grand homme, doit opérer un jour dans l'industrie une révolution égale à celle qu’a produite la poudre à canon dans l’art de la guerre. Ils vous diraient que si la reconnaissance des peuples s’attachait à ce qui contribue d’une manière plus efficace à leur bien-être et à leur gloire, la pharmacie aurait droit à l’une des places les plus éminentes dans leur respect et leur estime. Ils montreraient le résultat des efforts de ceux qui l’ont exercée, pour les progrès de l'cs-
prit humain et l’avancement des sciences; comment ils ont contribué au développement de l’industrie et au perfectionnement des arts. Ils citeraient avec orgueil les noms de ses naturalistes voyageurs, de ses philanthropes, de ses agronomes, de ses industriels* et prouveraient que, dans leur zèle pour la science, elle eut aussi ses héros et ses victimes. Voilà ce que vous apprendrait la notoriété publique, et ce que rediront les fastes de cette profession respectable. Votre ardeur généreuse, excitée par l’exemple de pareils talents unis à tant de vertus, s’efforcerait d’atteindre à de si beaux modèles, et comme eux, quelque jour, vous répondriez dignement à ce qu’attendent de vous la science , votre art et l’humanité.