USAGE DES ÉCORCES ET SEVES DES ARBRES ET ARBUSTES
Usuf^e des t'corccs.
L'écorce des chênes et épicéas sert à tanner, celle des aunes, bouleaux et noyers à teindre , et celle des tilleuls et ormes (principalement la seconde écorce ou le liber) sert à la pre'paration de ce liber pour des cordes; mais , pour l'économe forestier, l'exploitation la plus abondante et la plus profitable est celle quia rapport au tannage des cuirs. Dans une foule de contrées, on trouve des contenances entières de taillis simples en chênes, que l'on nomme forêts d'écorces y élevées uniquement pour l'écorçage lorsque le bois a atteint l'âge voulu. Cette opération se fait à l'époque de l'enlèvement du feuillage rompu , ou bien encore après que l'individu a été abattu , et le rapport en argent de ces forêts d'écorces dépasse souvent celui que l'on obtient de tous les produits ensemble des autres forêts de chênes. Aussi, dans les futaies de chênes et d'épicéas , le nombre des arbres fournissant l'écorce nécessaire aux tanneurs est-il considérable, et les revenants-bons pécuniaires, comme profits secondaires, très-avantageux. Pour écorcer de la manière la plus naturelle et la plus facile, il convient d'opérer en temps de sève, car à
ce moment les écorces contiennent le plus de tannin ou salin de tan lessivé.
La délivrance des écorces se fait ou en fagots ou bourrées, liés au nombre d'environ soixante, ou réunis régulièrement en tas (j^laftcr — ou écorces de toise), autrement dit en piles d'écorces de 1 mètre en longueur à peu près , et environ 2 mètres de couche oti de largeur sur terre et 2 mètres de hauteur. (V. note,§ 369.)
Usaf^e des sëves.
Du suc de quelques arbres , principalement des érables, on peut fabriquer du sucre ou sirop; de celui des bouleaux , on retire une boisson semblable au Champagne; et du jus des arbres à feuilles aciculaires, découlent la térébenthine et la poix. Pour ce dernier but on distingue d'abord l'épicéa, et le forestier doit, de préférence à tous autres sucs, s'attacher à celui de ce dernier arbre, relativement à l'exploitation de la poix et du grattage de la résine : c'est aussi pour cela que nous n'allons parler ici que de ces deux derniers usages.
L'enlèvement ou le grappillage de la résine se fait de la manière suivante :
Vers la fin d'avril ou au commencement de mai on ouvre sur les épicéas, à différents côtés du tronc, de deux à quatre bandes, prises dans l'écorce, larges de ( 1 à 2 S^U — pouces ) 27™'"""- à ô/j-"""'"" et longues de (3 à U ^ufi — ^ pieds) 846'"'"'"' à 1"'
128'"'""" ; on avance en profondeur jusqu'à l'aubier; et les rigoles, qui ne doivent descendre que jusqu'à 282'"'"''" à 564"'^'''" de terre, se nomment marques ou lits. Avec les grosses tiges on les répète de deux en deux ans, à peu près : aussi une semblable tige finit-elle par être sillonnée par un grand nombre de marques. La résine provient, dans ces lits de rigoles, de la sève qui découle seulement tous les ans ou mieux tous les deux ans; on la recueille vers la fin de l'été , dans des vases , et après cela on procède à la bouillie de la poix.
Toutes les fois qu'on veut ramasser de la résine, les marques doivent être rafraichies.
Or, comme on gagne tout d'abord d'un épicéa pourvu de dix marques de coupures , à ne récolter que de deux ans en deux ans au plus, 500 grammes de résine de chaque lit, on peut espérer en totalité, du grattage de celle-ci, un très-bon rapport en numéraire; et ce revenu, dans les forêts d'épicéas, est incontestablement le plus important profit secondaire.
Mais celui-ci est aussi trés-pernicieux, parce qu'il diminue l'accroissement du bois d'une façon extraordinaire, et a pour résultat d'entraîner la maladie des tiges ainsi que la corruption du bois. Là où, dès lors, on veut prendre la résine à titre de profit secondaire, le bois étant la principale exploitation, le grattage ne devra se faire que sous les limites les plus sévères, et, sur ce point. Ton doil donner aux forestiers des instructions suffisantes en ce qui concerne la garde des forêts.
tJiuqiiièiiie cliapitre.
DE LA LITIÈRE DES B01*i.
Explications.
Oïl entend par litière des bois les productions des forêts qui sont employées pour faire la litière du bétail.
Elle est ou
A. Un produit des arbres, ou
B. De la terre.
Dans le premier cas, elle comprend ou bien les feuilles feuillues et feuilles aciculaires déjà tombées à terre , et on la nomme alors litière à râteau, — à râteler y — ou des Jeuilles; ou bien el le résulte des abatages des rameaux aciculaires et des rameaux feuillus, et s'appelle ici paille de litière des ëinondages (elagageSj, ébranchages, voire même des recepages). Toutefois les bois résineux, et surtout l'épicéa, sont, par préférence, employés à la litière des émondages.
B. Les productions de la terre qui sont propres à la litière consistent en bruvères, genêts, airelles noires ou baies de myrtille, et airelles rouges, mousses , fougères, joncs et autres semblables végétaux croissant dans les forêts. Nous donnons à ces productions le nom de litière des plantes.
On cherche à atteindre deux ciioses en ce qui concerne la litière des bois :
1° Le maintien du bétail à une place constamment sèche, 2° L'augmentation du fumier ou terreau.
Remarques sui l'usage de la litière à rûteau ou à râteler (litière des feuilles).
On considère, avec juste raison, le dernier but cidessus indiqué (l'augmentation du fumier) comme le plus important : on sait trop bien que les champs ne peuvent supporter une privation d'amendement.
Que dirait-on maintenant de l'agriculteur qui voudrait vendre l'engrais, dont ses champs ont besoin, pour obtenir de cet engrais un profit secondaire agronomique? Il agira sans intelligence, l'économe forestier qui considérera le feuillage tombé et les feuilles aciculaires comme un profit secondaire, et qui, comme tel, le vendra. Non, celan'est pas un profit secondaire, mais bien, au contraire, une destruction des bois. Oui, il n'y a pas de destruction plus certaine, dans un temps plus ou moins éloigné, que celle qui provient de l'enlèvement, passé en principe, de cette litière des bois. Aucune terre n'est assez nourrie et inépuisable à l'égard des plantes, pour pouvoir sans cesse donner et jamais recevoir. Ceci est connu de tout agriculteur : aussi recherche- t-il évidemment pour elle la paille h litière.
Mais pourquoi ne veut- on pas concevoir que les
arbres, pas plus que les fruits des champs, ne peuvent profiter s'ils sont assis sur une terre privée de substance? et pourquoi ne veut-on pas reconnaître que la terre est appauvrie dés qu'on enlève la litière des feuilles? Les hommes ne peuvent pas engraisser le bois comme nos champs, jardins et prairies : aussi la nature a, pour cela, pris soin que, pour la grande masse de bois, il y eût une compensation; et nous l'enlevons à la forêt. Les arbres tirent , par leurs feuilles feuillues et aciculaires, beaucoup de nourriture de l'air : en effet , la quantité du bois ne pourrait pas être élevée SQflisamment si la terre devait tout fournir. Or, (ous les ans, il tombe des feuilles et épines en abondance des arbres feuillus et résineux; elles pourrissent sur le sol et développent précisément cette matière qui favorise la croissance des plantes. Ces feuilles et épines, décomposées par corruption, sont en partie soulevées par l'eau de pluie et de neige, pénètrent avec cette eau dans l'intérieur de la terre, et de cette manière le terrain est fécondé, même dans sa profondeur.
Mais , si nous prenons ces feuilles et épines aciculaires du sol de la forêt, nous dérobons à la terre la plus grande partie de l'engrais qui lui est assigné par la nature et qui lui est nécessaire sous tant de rapports pour profiter; et si nous poursuivons ce dépouillement longtemps, alors le terrain perd en qualité et doit devenir complètement sans fertilité : celle-ci n'est malheureusement que trop répandue dans nos bois, et notamment dans les forêts aux environs de
Dresde, placées sous nos yeux ; d'après elles, la vérité des faits avancés ressort clairement.
Il V en a qui croient que, dans le cas où ces peuplements seraient épargnés étant jeunes et jusqu'à la moitié de lage où ils sont propres à l'abatage, on pourrait, à ce dernier moment, profiter de la litière des feuilles sans trop de dommage , soit. Supposons qu'une futaie ait été entièrement mise en pleine réserve d'aménagement jusqu'à l'âge de 50 à 60 ans, alors, il est vrai, la terre sera jusque-là améliorée; seulement les racines d'arbres se seront répandues particulièrement dans ce laps de temps à la superficie, et si, de la surface, vous enlevez une fois alors la couverture bienfaisante, vous amenez immédiatement, et avant tout, une influence extrêmement dangereuse sur les contenances en bois , aussi grande dès ce jour que si vous vous étiez livré habituellement à l'usage de la litière des feuilles , et le sol est détérioré à ce point que vous n'avez rien de bon à attendre du vieux bois ou des jeunes essences.
Nous pouvons, par conséquent, opérer comme nous voudrons ; l'usage de la litière des feuilles sera toujours excessivement préjudiciable aux bois, et on devrait , par cette raison , le rayer entièrement du chapitre des profits secondaires des forêts.
De la litière des eiîiondages.
On agit tout autrement avec la litière des éniondages. Nous usons de celle-ci au moyen des
éclaircies et des petits rameaux résineux avec les feuilles aciculaires y attenantes, abattus dans les bois. Nous obtenons par là un bien meilleur procédé pour le fumier qu'après la jonchée des épines des arbres résineux , et nous perdons seulement peu de chose sur la matière propre au chauffage, parce que la feuille aciculaire tombe ordinairement avant les branches, qui doivent plus tard servir comme bois à brûler.
De la litière des plantes. «
Les végétaux qu'on emploie ordinairement à cette litière portent peu à peu avec eux l'amendement au sol, si toutefois le contraire même n'a pas lieu. Le raisonnementprincipal, quel'enlèvement delà litière des feuilles est pernicieux, cesse donc d'exister ici , du moins dans la règle. Néanmoins , la prise souvent répétée de la litière des plantes peut encore devenir nuisible pour le bois; car, comme la litière des feuilles, celle des plantes produit une enveloppe protectrice des racines d'arbres; une ruine semblable peut donc en être la conséquence.
Parmi les plus faibles dommages reconnus, entraînés en général par l'enlèvement de la litière des feuilles et des plantes, on admet cette circonstance que, sur un sol en forêt, dépouillé et mis à nu, l'eau de la pluie va se perdre davantage dans la terre : en effet, avec une petite pluie , l'eau reste sur les arbres et s'évapore de suite; mais, avec une pluie d'orage,
elle ddcoule vite sans produire aueiin bien, tandis que, dans ce dernier cas, avec un sol couvert, elle est retenue plus lonf^temps à la surface, et est forcée de n'entrer que peu à peu jusqu'au fond des terrains.
Résultat.
La conclusion de tout ceci serait que l'usage de la litière de la terre ou des feuilles, des abata(5es des arbres, ou des herbes des forêts, en quoi qu'il puisse consister, pris en totalité, doit être, dans l'ordre des choses, extrêmement funeste; seulement, que dans quelques cas isolés on pourrait, sans préjudice, utiliser les herbes, comme litière, dans l'intérêt bien entendu du bois.
!S»i!dlèii>e cliapifre.