DU PATURAGE DES BOIS ( PACAGE ) ET HERBAGE DES BOIS
Du pâturage des bois.
Le pâturage des bois est, à proprement dire, incompatible avec la bonne économie ordinaire des forêts ; car, ou le bétail n'y trouve pas de pacage, ou il occasionne dans ce même bois beaucoup trop de dommages. Si chaque petite place fertile de la forêt
se trouve peuplée selon la règle d'une bonne et régulière économie forestière, il y a dans l'âge du bois un moment où , comme on dit , il échappe à la gueule ou à la dent du bétail comme s'étant trop resserré pour lui en permettre l'entrée , et , de plus , dans plusieurs espèces de forêts, il advient qu'il n'y a pas assez d'herbe pour pouvoir en rassasier le nombre considérable des bestiaux. Alors qu'arrive-t-il? c'est que les localités où se trouvent les plants trop jeunes sont pâturées, et alors le dégât qu'occasionne le bétail par le broutis est trop considérable.
C'est encore une grande erreur, en général , que de croire qu'il ne peut y avoir de dommage dans les pâturages des bois que par le pacage; je renvoie, pour plus de détails, à ce qui sera dit sur ce chef dans l'instruction relative à la garde des forêts.
En attendant, nous devons souffrir le pâturage des bois , à cause des droits existants , ou lorsque nous voulons l'exercer avec nos propres bestiaux. Sortant de l'économie ordinaire des forêts, les pâturages sont le plus souvent encore avantageux dans les cas dont nous allons parler avec développement dans le chapitre qui vient immédiatement après celui-ci.
De l'herbage des bois.
Dans un grand nombre de localités, qui pour un temps encore long ne sont pas propres au pâturage, croît souvent une excellente herbe entre les sillons
ensemencés et les jeunes plants ; il est à conseiller de l'enlever à propos : pour tout dire, on doit avouer qu'il serait souvent encore mieux de la laisser pourrir sur pied entre le jeune bois, et dans l'intérêt de celui-ci. Seulement, l'avantage que promet l'usage de l'herbe peut encore être toujours supérieur au bienfait qui résulte de sa conservation, et, par conséquent, l'herbage des bois est, avec juste raison , compté parmi les profits secondaires.
Septième chapitre.
CLLTIVATION DES FllUITS DE LA CAMPAGNE (oU CEREALES ) DANS LA FORÊT — AUTREMENT DIT SARTAGE *.
Observations introductives.
Si nous considérions nos forêts avec attention , nous nous apercevrions infailliblement que la surface de leur terrain est, pour la plupart, profilée
* On connaît deux espèces de sartage ; celui qui va être décrit s'appelle sartage h feu couvert. Dans le sartage h feu courant , on procède comme pour sarter à feu étoufie ; seulement on e'corce sur pied , on abat et on vide la coupe, on conduit le feu avec de longues perches munies de crocs , on entoure les bandes sartées de fossés ou fascines un peu élevées ; on éteint le feu au moyen de branches ; on porte le feu surtout , sur les vieilles souches, pour les faire repousser par leurs racines les meilleures. L'opération ainsi faite, commence alors le semis
sans économie. IN ous conservons, la première année, un espace mille fois plus grand que le nécessite la jeune plante, et nous coupons, pour lui maintenir sa petite place, une étendue beaucoup plus grande que l'arbre propre à être coupé ne le demande ; et lorsque nous considérons que cet arbre a à peine besoin d'un quart de surface de terrain , même pour beaucoup d'années, nous devons nous étonner, dans le fait, que l'on ne tire pas de tout cela un meilleur emploi. Le jardinier apporte de bonne heure les végétaux convenables entre ceux qui profitent tardivement, et plante^ par exemple, des salades entre des concombres, choux et autres produits de jardin, parce que ceux-ci, au commencement^ lorsqu'ils sont encore petits, permettent cette culture dans leurs intervalles. Mais, si le jardinier gagne par ce soin un profit appréciable , en employant les petits espaces qui se forment entre les plantes, combien plus grand serait le bénéfice pour l'économe forestier s'il savait utiliser, comme le jardinier, les grandes places intermédiaires ouvertes entre les semis de bois et les plantations : on semble avoir déjà reconnu cette vérité dans différentes localités, ainsi que le prouvera le paragraphe suivant.
des céréales, après avoir, au préalable, pioché légèrement le sol, sur le^ quel on a répandu, entre les souches exploitées, les cendres des menues branches qui n'ont point été mises en bois de fagots, ainsi que les cendres des gazons et plantes qui croissent sur le sol .
{Note du traducteur.)
Des ioièts laboiiit-es avec le Imyaii, ou montagnes pelées au hoyau.
Dans plusieurs pays, notamment en Pfalz, dans rOdenwald (grand-duclié de Hesse), et dans la principauté de Siegen, on emploie déjà depuis longtemps la culture des céréales dans les taillis simples et composés. Les bois dans lesquels cela se fait se nomment forêts houées ou bien montagnes bouées, et le cadastre d'Eberbacher, de l'année 1509, mentionne la même chose comme existant alors depuis déjà quelques centaines d'années. Leur traitement dans le Siegen s'opère comme il suit :
Dans les taillis de cette principauté, sur une révolution de 15 à '20 ans depuis le jour où ils sont sur pied, on vide seulement les gaulis et perchis vigoureux, aussitôt après l'abalage qui a lieu en mars (et en mai à l'égard des forêts soumises à l'écorçage), à l'effet de pouvoir venir au secours des plants nécessiteux : quant aux faibles ramilles, on les laisse couchées sur lieu et place. Alors on y réunit les gazons, les souches, de manière que les places ou espèces de tas en four contiennent environ (1 5"^ — pied) 282™'""" de largeur, 282 à 564'"'"'"' de longueur, et (2 à 3 3oU — pouces) 54 à 81'"'"''" de profondeur. Ces morceaux de gazon sont un peu recourbés par-dessus; et, par là, on peut se hâter de les sécher en les liant fréquemment. Aussitôt que cela est opéré, on porte, avec une température douce, les faibles ramilles restées couchées sur de petites pla-
ces en forme de piles réunies ensemble; on les couvre avec des gazons secs, — après que le côté supérieur a été retourné et mis en dessous, — et on met le feu aux piles, qui , sous la garde nécessaire, sont réduites en cendres dans l'espace d'environ quarantehuit heures; puis on répand cà et là cette cendre avec des ensemencements de sarrasin ou blé noir et de seigle (ordinairement appelé seigle multicaide — Secale céréale multicaule) , après avoir remué la terre à la houe. On recouvre lesdits semis avec cette cendre; on profite de cette manière tout taillis, ordinairement pendant deux ans l'un dans l'autre , par la récolte des céréales , laquelle récolte est souvent excellente; et, par ce moyen, on procure, après la nouvelle coupe des souches, avec deux brûlées annuelles, une préparation qui avance de beaucoup le moment où le bois pourra de nouveau être exploité comme tel, et suivant sa vraie destination.
C'est surtout avec les forêts de taillis composés, mélangés, mais où cependant le chêne est l'essence dominante, que le résultat de ce sartage est important. Le bois supérieur ou de réserve s'y trouve conservé éloigné de ( 1 5 êd)nttc-pas ) 8"* ,460"'" l'un de l'autre, et n'est nullement gênant pour cultiver les céréales, tandis que par la chute des graines il procure un lecru de sous-bois propre au bois de travail ou d'ouvrage. Dans les forêts bouées d'Odenwald on trouve également un bois de charpente provenant de rejets de souches après la coupe effectuée ; depuis, dans des local-ités particulières, on trouve
des bois qui sont conservés dans un ordre d'aménagement des plus complets , au moyen de la récolte des céréales, et que l'on appelle/or^^^ houées (V exception ou exclusives.
Dans la principauté de Siegen, les montagnes pelées à la houe occupent une superficie de (100,000 ?îor= malmorgen-arpents ordinaires ou acres ) 5,384, 1 04 ares ou 53,841 hectares 04 ares ; le climat y est même assez rude; car, dans plusieurs parties du pays, aucun fruit ne mûrit, l'avoine seule peut y venir.
Pour l'exploitation de ces montagnes sont des fonderies et forges, qui consomment annuellement (3,500,000 ^ubitfu§ - pieds cubes) 78,470 mètres cubes de bois à passer en charbon , et dans ces lieux les habitants sont appelés à travailler à la houe les forêts, pour subvenir aux jeunes plants qui souffrent et pour produire des céréales. Ces forêts fournissent à peu prés la plus grande partie du blé nécessaire, et en outre de cela, dans la règle, après six ans d'aménagement, elles peuvent servir au pâturage du gros bétail.
Considérations sur l'économie des forêts sartées ou passées au oyaii. et sur la culture des céréales dans le bois en général.
Si Ton en est arrivé à ce point, que les forêts sartées depuis déjà si longtemps n'ont pu encore se répandre en Allemagne d'une manière générale , il faut en conclure avec fondement que l'utilité qu'on peut retirer du sartage doit être très-limitée; ce qui est facilement explicable, puisque la manipulation et le
— J67 — labour à la iioue des Forêts par eux-mêmes eh sont pénibles, et de plus en ce que ce labour est d'autantplus difficile, qu'il faut soigneusement épargner, tout en opérant y les racines des souches et arbres qui se présentent partout.
Un écrit particulier, qui remonte à plus de dix-sept ans *^ a été fait avec attention sur cet objet ; mais différents adversaires le combattirent, et montrèrent après que l'union de la culture des champs avec celle des bois n'était point partout applicable; on démontra que c'était pure théorie de vouloir cultiver le bois comme les champs, et que dés lors la récolte des céréales en forêt était chose infaisable. Ces assertions paraissent sans doute concluantes; toutefois aussi la conclusion suivante est frappante d'anomalie : «parce qu'on ne peut pas partout élever des céréales, il faut partout les rejeter. » Sans doute il n'est pas raisonnable de vouloir récolter en même temps , en tous lieux, et les bois et les produits agricoles , mais il arrivera aussi que de grandes surfaces pourront être exploitées avec avantage non-seulement comme bois, mais encore comme fruits des champs , gazons ; cela ne peut être combattu que par un homme prévenu. Or, dés l'instant oii ce double usage ne peut être suivi que là où il est possible, ce que nous disons se comprend de soi-même.
Que peut-on objecter, avec quelque apparence de
* [maison de la culture des champs avec la culture du bois, mi économie des arbres de lit ctmipngne , par Henri Cotta. i8iy.
vérité , contre la culture des céréales dans le bois ? Que le travail de la terre est notamment trop pénible et dispendieux; mais cela est réfuté d'avance par le sartage des montagnes situées dans le Siegen et dans beaucoup d'autres lieux, où la manipulation, comme cela existe en effet, est beaucoup plus pénible, et le rapport des céréales infiniment plus faible que par le mode que j'ai indiqué ci-devant. Mais nous trouvons encore une réponse plus puissante à l'objection posée, dans l'expérience approfondie des Etats autrichiens , où le traitement des biens agronomiques en forêt est suivi dans de nombreuses localités avec le meilleur résultat. Sur la couverture de la première édition de cet ouvrage relatif aux bases fondamentales de la science forestière , étaient indiqués les heureux avantages de la récolte des céréales dans les bois. Avec la présente, d'après le désir de l'auteur, cette citation a été passée sous silence.
Uuîtiènie chapitre.