‹ Principes fondamentaux de la science forestièreChapitre 60 sur 105 · USAGE DES BAIES, CHAMPIGNONS, LICHENS, MOUSSES ET HERBES · texte numérisé non relu

USAGE DES BAIES, CHAMPIGNONS, LICHENS, MOUSSES ET HERBES

La recette en argent que le propriétaire peut reti-

■^ Pour ce chapitre e{ le suivant, consulter Linné, Jussicu, deCandolle et Tournefort ; sur les champignons, particulièrement , Paulet

rer, par l'usage des productions de la forêt ici nommée, est si modique, qu'elle mérite ordinairement à peine considération *. Toutefois , comme la récolte de ces produits est très-utile à beaucoup de pauvres , à titre de pain , et que plusieurs de ces fruits sont extraordinairement nécessaires dans l'économie des ménages , nous sommes forcé de jeter ici un coup d'œil rapide.

Des baies.

Les baies les plus connues sont celles qui vont suivre :

1 ° Airelles rouges , — raisin d'ours , — ronce épineuse d'ida {vacciniinn vitis idœa);

2° Airelles à mousse (vaccinium oxjcoccos);

3° Airelles, — baies de mYrtiWe (vaccinium mjrtillus ) ;

4° Fraises, — caprons, — grosses fraises {frcLgaria vesca ) ;

5" Framboises (rubus idœus);

6° Baies de ronces, — mûres communément [rubus fruticos us ) ;

7° GenévreSj, — genièvres communs (juniperus communis ) .

* Cependant , d'après ce qui est dit à la page 76 du premier cahier des six premiers mois de i'anne'e de l'Arcliive des forets et chasses (181 7), il paraît que , dans un district de la lorèt de Lebelinker (Saxe), nommé le bouquet Zippnosche , il a été touché annuellement (200 tha- 1ers — francs ou écus) 780 francs de bail à ferme pour l'usage du champignon de feu ou agaric-amadou

Relativeaient aux airelles des mousses et aux airelles rouges, il est particulièrement important de veiller à ce qu'on ne les récolte pas avant maturité. Pour toutes les autres baies cela est moins à craindre; ce n'est que pour les premières qu'il faut examiner avec soin , parce que souvent elles prennent la couleur de la maturité après qu'on les a récoltées, et néanmoins elles ne sont pas réellement à point et bonnes.

§ iSl.

Des champignons.

Le champignon de feu, agaric-amadou [boletus Jomentariiis) y est de tous le plus connu, et forme dans beaucoup de contrées un article de commerce assez considérable.

Les champignons suivants se mangent comme extrêmement délicats , lorsqu'ils sont convenablement apprêtés :

1° Le potiron ou champignon-bolet bon à manger

( holetus edulis) ; 2" La barbe - de - chèvre ( champignon des chevreuils), la coralloïde clavaire jaune, à grappe, crépue (a. Clavaria coralloides , b. C.flava, c. C, hotrytis , d. C. crispa); 3" Le champignon jaune, la morille-chanterelle

( merulius caniharellus ) ; 4° L'agaric à frire , à fluide laiteux ( agaricus

lactifluus ) j 5" Le champignon ordinaire de couches {agaricus campestvis) ;

6" Le mousseron mamelonné (agaricus mam-

mosus ) ; 7" Les lycoperdons rouges à petits chapiteaux rougeâtres , — communément vesse - de - loup (agaiicus deliciosus ) ; 8" La morille — morchelle et elvelle bonne à manger ( morchella escidenta et helvella esculenta) ; 9° Les truffes propres à être consommées ( tuber

cibarium).

On estime surtout les truffes , et elles se payent plus vheY. On élève particulièrement des chiens qui les découvrent, et on appelle improprement leur recherche chasse aux truffes.

Des lichens, mousses et herbes d'une application particulière.

Plusieurs de ces plantes sont employées dans la médecine, par exemple la mousse d'Islande, dont on recueille aunuellement quelques quintaux dans la forêt de Schœnecker, pour les livrer aux pharmaciens. D'autres servent à la teinture et à toutes sortes douvrages de spécialité; mais cela nous mènerait trop loin de les énumérer toutes , d'autant plus qur la caisse forestière en reçoit rarement un bénéfice.

IVeuilèuie chapitre.

DES TOURBIÈRES (DE l'eXPLOITATION DES TOURBES AVEC LA bêche).

Développement.

La tourbe est une composition de parties végétales désorganisées, niaisnonenpulréfaclion. Cette agrégation s'opère d'une double manière, ou bien des masses inertes de diverses algues qui se forment dans les eaux stagnantes, et qui, après leur dépérissement, se rabattent au fond de l'eau et s'agglomèrent ainsi peu à peu en couches de tourbe, ou bien ces couches se forment principalement sur les hautes montagnes, au moyen des plantes suivantes :

1" De la tourbe des mousses, — herbe rameuse

des msirais (sphagniim palustre); 2° De l'arbuste qui porte les myrtilles, — canneberge qui vient dans les lieux humides {vacciniuni uUginosum) ; 3° De la bruyère des marais, à filets quadrangu-

laires [erica telralijc); 4" Du romarin sauvage ou des marais (ledum

palustre) ; 5° De l'andromède à plusieurs feuilles {anciromeda poljjolia) ;

6° Uu jonc des marais, — srirpe ramassé en touffe Çscirpus cœspitosus) ;

1" De la laîche ou carex portant espèce de pain (carex panicera);

H"" Et de la laine des marécages ou souchet vaginé, engainé, — linagostris ou linaigrette vaginée (eriophorum vaginatum).

Le commencement de la formation des tourbes a lieu le plus souvent par la mousse des tourbes, qui, sur les hautes montagnes , ne tarde pas à se produire dans toutes les places humides où l'eau ne peut percer, et elle s'étend par le haut avec abondance, pendant que les parties inférieures dépérissent. Cette herbe rameuse des marais retient l'eau des neiges et l'eau pluviale. Après, les autres plantes dont nous venons de parler ne tardent pas à paraître, et il se produit dans la partie marécageuse des racines certains acides végétaux et minéraux, qui empêchent la corruption des débris des plantes mortes. Au-dessus des plantes détruites, il en croît toujours de nouvelles; tandis que celles qui se trouvent au-dessous se décomposent de plus en plus et finissent par former des couches de tourbe, dont les gisements inférieurs sont toujours les meilleurs en combustibilité.

De la bêche de la tourl)e.

C'est là un objet de haut enseignement pour l'économe forestier; car non-seulement on gagne ici un

grand nombre de matériaux propres au chauffage, dont la vente procure un bon revenu à la caisse forestière , mais encore des surfaces entières de sol forestier, qui seraient sans cela non exploitées, et que l'on rend ainsi à la culture des bois : la production du pays, à son tour, s'augmente donc considérablement.

Les travaux préparatoires pour l'extraction de la tourbe consistent, en général ,

1° Dans l'examen de la capacité et de la qualité de l'assiette de la tourbe, et dans la reconnaissance des difficultés plus ou moins grandes qu'off"re l'exploitation. A moins qu'il n'y ait (4 5u^ — pieds) z)"' J28'"'"™ de profondeur, on peut douter que le produit couvre les frais, et s'il se rencontre beaucoup de souches, bois enfouis et racines d'arbres dans la tourbière , la levée devient infiniment plus pénible ; 2° Dans le dessèchement, à régler jusqu'à un certain degré.

L'opération même commence au printemps, aussitôt que les gelées le permettent, et n'est continuée que jusqu'à la fin de juillet, parce que plus tard les tuiles de tourbe ne sèchent plus convenablement. On trace d'abord des fossés de r ,97 /.-'"'■" à 2% 25gmiiiim. jg longueur, dont on doit extraire la tourbe, puis on tire des lignes de l'étendue que nous venons d'indiquer, et on enlève après la couverture entière jusqu'à la couche de tourbe; on creuse alors le fossé jusqu'à une profondeur qui laisse la faculté à l'ou-

vrier d'extraire commodément la tourbe avec la bêche. Si la tourbe est située à une assiette tellement basse que l'enlèvement ne puisse plus se faire par une simple tranchée, on entreprend une seconde ouverture; et, lorsque cette fosse est épuisée, on en pratique une nouvelle, faisant suite immédiatement, et on continue toujours ainsi.

L'extraction s'effectue par morceaux de grosseur convenable , qui , d'après Eiselen , doivent avoir (12 3oU — pouces) 282'"'"''"- de longueur, loe"'"'" de largeur et HT"""!'" d'épaisseur, — mais d'après V Économie des tourbières, de Moser, 329 de longueur, 117 de largeur et 141 de hauteur.

La tourbe qui ne peut être détachée en morceaux de forme régulière semblables à ceux indiqués, ou qui s'en va en petits fragments, est aspergée d'eau, réduite à l'état d'une masse pâteuse, et ensuite pressée dans des moules comme les tuiles de terre marneuse; et la tourbe ainsi obtenue s'appelle tourbe pétrie ou bien aussi tourbe modelée et pressée.

Pour sécher la tourbe , il faut nettoyer et aplanir une place pour le dessèchement à proximité de la fosse; c'est surtout à ce dessèchement qu'il faut apporter beaucoup de soin , parce que la tourbe bien séchée est la seule qui brûle bien.

Puissance de la chaleur de la tourbe.

D'après l'indication du conseiller des mines Eiselen ,

976 pièces de tourbe de la meilleure sorte, 1 ,302 — de moyenne bonté,

1,953 — d'inférieure qualité,

doivent former l'équivalent d'une corde de bois de pin de (1 08 SHtjcinlanbifc^en ^ubttfu§cn — pieds cubes rhénans) S"^'^"^""^' 343"'"''" ', la tuile étant prise de SIA""^""" de longueur, 118 de largeur et 131 de profondeur. Une pareille pièce de tourbe séchée contient alors ordinairement ( 1 00 ^ubitjoU — pouces cubes )

Qm. cubes Ci A ^millim. c.

D'après beaucoup d'expériences faites en grand, Eiselen admet que 33'" " 437'"'"''" " de tourbe bien séchée procurent, terme moyen, le même service au chauffage que 33"" " 437'"'"*'" " de bois de pin bien séché.

Pour cuire de la chaux il s'est établi une autre . proportion : il a fallu pour cette opération 61"" ' g^gnniiim c ^g tourbc, taudis qu'il ne fallait pour cela que 60"" " 61 •"'"'■" " de bois de pin.

Dixième chapitre.

LES CARRIÈRKS DE CHAUX ET PIEKRES , LES FOSSES DE TERRES ARGILEUSES, GLAISERIES, SABLONNIÈRES ET MARMÈRES.

Notice générale.

Dans bien des contrées, les carrières de chaux se prêtent à une exploitation secondaire considérable et les carrières de pierres sont aussi très-productives et importantes : dans la Suisse saxonne, par exemple, des milliers d'hommes trouvent leur subsistance au moyen des carrières de pierres qu'on y rencontrcv

TROISIÈME DIVISION

LÀ GiRDB DES FORETS.

INTRODCCTiON. *

Idée de la garde des forêts.

Nous entendons par garde des forêts toute la surveillance possible tendant à protéger le bois contre tout ce qui pourrait y porter préjudice en dehors de son exploitatioji légale.

Énumération des faits par suite desquels il peut résulter du dommage pour les forêts.

Les forêts sont exposées à des dangers ,

Page 1