DU PLA>- DES ABATAGES
Explication .
Dans l'administration d'un bois, qui ne doit pas être exploité légèrement et livré au hasard, il faut prendre pour base un plan qui s'étende à l'avenir et persister à le suivre.
C'est ce qu'on appelle le plan d'abatage, comprenant sous cette dénomination l'ordre des abatages établis à l'avance pour une série d'années, et ayant pour but en cela de ramener, le pluspromptement, le plus facilement et avec le moins de sacrifices possible , l'état actuel d'un bois à celui que l'on considère comme l'état normal, ou du moins à celui qui est le plus convenable.
(>)!ulili')n^ .
11 est très-essentiel, dans rétablissement du plan d'abatage, de distinguei' d'abord pour la transition à un état plus normal , mentionné au paragraphe précédent, ce qui peut se faire tout de suite et en quelque sorte instantanément, ou seulement peu à peu et successivement; car il est notoire que beaucoup de forêts sont de telle nature, que rien n'empêche de les considérer comme étant très-près de l'état normal, pendant que d'autres se trouvent dans un si grand désordre, par exemple, lorsqu'elles ont un sol si détérioré, des essences si maladives, qu'on ne peut d'abord prendre que des mesures préparatoires générales, et qu'il faut subordonner le reste à Ta-
venir.
CoiisiiJc'ialion ultoriiiiiv.
Le délabrement d'un bois pouvant être non-seulement très-grand, mais encore extrêmement multiple, on ne saurait désigner en quelque sorte à l'avance , pour chaque degré de délabrement , le mode à suivre; mais il faut se conformer au cas parrticulier qui se présente chaque fois.
Dans toutes les forêts, cependant, qui donnent une certaine garantie par la nature de leur sol et de leurs essences, rien ne fait obstacle à la lixation, à Tavance, d'un plan d'abatage pour une longue série d'années,
et c'est ici d'autant plus le cas de le fixer, qu'en embrassant pour l'avenir, dans une forêt d'une grande révolution, trois périodes et plus, l'on peut ainsi juger des abatages à faire, et des autres mesures d'économie à prendre avec la prévoyance nécessaire, assurer d'une manière convenable le revenu des périodes suivantes, et bannir du traitement le vague auquel elle est si facilement sujette.
l'iégles.
Par la division en cantons économiques et en surfaces périodiques développées aux § § 229 et 230 , nous avons donné la charpente du système du plan d'abatage; maintenant, pour ce qui concerne l'ordonnance des abatages entre les diverses divisions des surfaces, il faut en cela procéder en ayant égard aux règles en vigueur pour l'ordre des coupes; mais , avant tout , il faudrait pourvoir à ce que les essences soient peu à peu placées dans la ligne des séries qui les garantissent le mieux contre les influences atmosphériques, de manière que les bois de croissance chétive tombent bientôt dans la coupe, et que les meilleurs soient abattus plus tard.
Pour les forêts de futaie, la 2' et la 3*^ période demandent le plus de considération, parce que dans ces périodes il faut prendre presque tout tel quel , tandis que pour les autres périodes on peut arranger maintes choses à sa fantaisie, et les coordonner de la façon qui répond le mieux au but.
Exécution «lu plan il'abatagc.
Comme en dressant im plan d'abatage il n'est pas rare qu'il y ait à observer des considérations directement opposées les unes aux autres, qui souvent se croisent tellement , qu'on n'est en état d'obtenir un aperçu complet que lorsqu'on a sous les yeux le plan d'aménagement, nous commençons alors à le dessiner provisoirement sur une carte, en indiquant non-seulement les espèces de bois par des couleurs distinctement choisies pour chacune d'elles, mais encore en différenciant les périodes par diverses nuances d'une même couleur, de telle sorte que la plus foncée désigne la première, et la plus claire la dernière période. Un pareil des'îin contribue principalement à faciliter la mise à l'épreuve du plan d'aménagement, dont il donne le mieux l'aperçu.
Après que l'on s'est convaincu de l'utilité du plan d'aménagement, on divise toute la forêt comme on l'avait tracée jusque-là sur le plan.
Mais le meilleur plan d'aménagement n'aurait point de valeur, si on ne pouvait, à toute époque , retrouver dans la forêt les divisions faites; il faut donc qu'elles soient marquées et déhmitées par des signes durables. Là où cela ne peut se faire par des limites naturelles invariables, il faut alors établir des bornes artificielles, ou marquer les limites par une ligne d'arbres abattus.
On appelle ces lignes, selon leur plus ou moins de
^argeur, lignes des séries , ailes , ou bandes-lisières d'économie.
Les premières ne doivent servir qu'à la délimitation des divisions, et il suftit qu'elles soient (d'une demi-îHutbc- perche) 2'"-, 152""" de largeur.
Les secondes doivent être en même temps utilisées comme chemins , et leur largeur doit être déterminée d'après cette considération.
Pour ce qui concerne les dernières , il en sera question d'une manière plus circonstanciée au § suivant.
Des lisières d'économie.
Si l'on doit considérer le fractionnement duti district en plusieurs cantons ou ressorts d'économie , comme particulièrement important et nécessaire, et si les gorges , places de prairies et autres lignes naturelles données de ce genre, souvent ne suffisent pas pour cet effet etpour délimiter ces cantons d'économie, mais doivent être complétées par des limites artificielles, l'établissement de pareilles lignes artificielles mérite une attention spéciale. Jusqu'ici on n'est jamais mieux parvenu à atteindre le but que par le tracé de ce qu'on appelle des bandes de lisière économiques. Il faut entendre par là des places vides de bois, sur les bords desquelles les essences limitrophes peuvent former des arbres de lisière qui, comme on le sait, non-seulement résistent aux vents et aux tempêtes, mais encore, ce qui est d'une très-grande
impoilarice, pré.sejvcFU de l'ardeur desséchante du soleil et des courants d'air.
La largeur de paieilles lisières d'économie se régie d'après les climat, terrain , sol et espèces de bois. En cela on s'arrête préférablement au principe de donner à ces sillons à peu prés la moitié de la largeur que doit occuper en longueur le bois , lorsqu'il est arrivé au point de Tabatage. Los lisières peuventelles se concilier avec les chemins, il y a beaucoup d'avantages pour ceux-ci, car la circulation plus libre du courant d'air contribue à sécher ces chemins, et en général à les maintenir en bon état. Ces lisières peuvent encore être souvent employées pour élever des herbes, des plantes, des pâturages pour les bestiaux, comme dépôts des bois, etc.
D'ailleurs, il s'entend de soi-même qu'on n'établit point ces lisières dans des régions de bois déjà avancés, parce qu'alors le but de l'éducation des arbres de lisière serait manqué , et parce que les inconvénients du genre de ceux que l'on veut éviter ne sauraient être occasionnés ; l'opération des arbres de lisière, par lemoyen de places ouvertes par des abatis, ne doit avoir lieu, par conséquent, que dans déjeunes taillis , qui ne se sont pas encore purgés de la première faiblesse.
Espaces trentamement des coupes (on espacements de sûreté).
Pendant que les lisières d'économie doivent servir
à rendre possible l'isolement des cantons, une antre mesure semblable , quoique seulement passagère, devient quelquefois nécessaire dans les forêts de bois résineux. En effet, il y a des peuplements dont la forme ou l'étendue fait naître le jusle désir de les exploiter, malgré l'égalité d'âge, en raison de la suite des coupes, à des époques entièrement différentes, de telle sorte que la partie située vers l'ouest commence à tomber sous la hache plus tôt que la partie située vers l'est, et que par là il y a à craindre un danger résultant de cette coupe partielle ouverte sur un point.
Si de pareilles essences ont déjà atteint un âge avancé, de plus de 30 ans, par exemple, il n'y a plus rien à y échanger; mais, si elles sont encore jeunes, au contraire, il y a des mesures à prendre ])Our les exploiter à des époques convenables. Cela se fait par l'établissement d'espaces d'entamement de coupes ou lisières de sûreté, ce qui veut dire les lignes d'espacement par lesquelles on sépare les essences là où un jour doit commencer la coupe. Une largeur de 1 2"' ,91 2""" à 1 T'" ,21 G"'" a sulVi ordinairement. Le long de ces lignes de protection se forment également des arbres de lisière qui garantissent les essences contiguës, et donnent ainsi , par exemple, la possibilité de réserver, dans la II'' période , une partie de peuplement située vers l'est dans cette même période, et par contre, à l'égard de la partie conliguë située vers l'ouest, la possibilité de la renfermer dans la 111' période , et de la couper
avec cette dernière, sans danger pour la surface de la 11^ période, placée derrière.
Des pierres de sûreté.
Pour assurer la division de la superficie de la forêt , il est nécessaire de poser des bornes aux limites des divisions, et surtout là où les lignes des séries se croisent. Cela s'effectue le mieux par la pose de pierres solides que l'on marque de numéros faisant suite, et qui s'appellent pierres de sûreté. Elles servent principalement comme points d'appui pour tous les arpentages postérieurs , et sont d'une utilité principalement remarquable , alors qu'il s'agit de construire de nouvelles cartes.
Observation finale.
L'utilité d'une division régulière de forêt est di rectement et indirectement beaucoup plus grande et plus féconde en conséquences que beaucoup de personnes ne le croient. C'est ainsi que , par exemple , elle est un des meilleurs moyens pour reconnaître et embrasser promptement l'état et le rapport régulier d'une forêt ; elle donne à l'administration des forêts non-seulement le moyen d'acquérir l'ordre régulier des coupes, mais elle l'y oblige en quelque sorte , etc. En général , elle porte ei conduit insensiblement, sous d'au très rapports aussi, le forestier en fonction , souvent même sans qu'il
s'en doute , à un certain arrangement et à une certaine régularité dans l'exploitation des forêts.
Cependant une division de ce genre n'a pas été parfois vue seulement de mauvais œil, elle a encore été souvent exposée à beaucoup de récriminations dans les moyens d'exécution : par exemple, à l'égard des lignes de séries , des lisières d'économie, comme c'est le cas ordinairement pour toutes choses qui s'écartent de la commune routine.
La répugnance contre un arrangement et , en général, contre un ordre d'économie déterminé à l'avance , dérive principalement , sans doute , de ce que l'homme préfère se voir sans aucunes obligations que soumis à celles-ci , et qu'il lui est plus commode d'agir selon les inspirations du moment que de se voir astreint à une certaine rigueur de conséquence et à un certain plan. L'aversion contre les lignes des séries , etc. , doit évidemment être fondée en un sens , sur ce qu'elles figurent parmi les moyens et les conséquences de l'organisation , et , dans un autre sens , sur ce qu'on les considère en elles-mêmes comme nuisibles , comme une dissipation du sol forestier.
Abstraction faite de ce que celui qui veut la fin doit aussi vouloir les moyens , et de ce que , jusqu'ici, on n'a pas encore trouvé de meilleurs procédés que ceux indiqués ci-dessus pour la délimitation des divisions , cantons d'économie et surfaces périodiques , il règne encore souvent une grande exagération dans la manière dont on estime la perte
qu'elles doivent occasionner en réduisant la surface productive.
Les lignes des séries ordinaires, larges seuleoieni de 2°',152""'"''" , ne portent certainement, par la surface qu'on y emploie, aucun préjudice au rapport de la forêt , parce que les racines des arbres les plus voisins profitent de tout l'espace de la superficie. Pour les lisières d'économie , il est vrai , une plus grande surface , qui , en partie, ne donne pas d'utilité immédiate, devient nécessaire. Cependant là où des lisières d'économie sont réunies aux chemins , cette surface inoccupée diminue essentiellement, et dans les endroits mêmes où cette réunion n'a pas lieu , elle n'est pas, relativement au préjudice porté à la quantité du bois , aussi grande qu'elle le parait au premier coup d'œil , parce que, comme le savent d'ailleurs tous ceux qui sont familiarisés avec la nature de croissance des arbres , l'espace libre de bois permet aux arbres environnants d'étendre d'autant plus leurs racines et leurs branches.
Troisième chapitre.