L. II, c. iT.glett
« Celui qui Uquv^ tout dans ranité> qui rapport^ tput à Tunilé, #t voit toui dans runité; peut avoir le cœur stable et demeurer en paix c Dieu. Vérité, qui êtes Dieu même! faites que Je sois une même se avec vous, par une étemelle charité. » (Imitation, 1. 1, c. m, S S.)
manifestations externes, à Tidée qu'elles expriment, par cette idée au Verbe qui les contient, par le Verbe à Tinfini, à Dieu.
Mais il faut avant tout que l'homme « trouve tout dans Tunité, rapporte tout à Vunité, voie tout dans l'unité,» c'està-dire qu'il agisse en union avec la Sagesse infinie , pour apprendre par cette action même à voir, entendre et sentir Dieu présent dans l'univers et dans la société universelle. Ainsi ramené sans cesse de la sagesse pratique ou la vertu, à la sagesse idéale ou la science, et de la sagesse idéale à la sagesse pratique, Thomme accomplit le but de la vraie philosophie.
IV. Selon les anciens, comme nous l'avons dit, la philosophie est « la raison des choses divines et créées. » Nous adoptons cette définition, parce qu'elle embrasse l'ensemble des connaissances destinées à l'homme. Le problème k résoudre est celui-ci : Gomment l'homme peut^il arriver à la véritable raison des choses ?
Gicéron semble toucher, théoriquement, la solution de ce problème, lorsqu'il dit : « Il existe une raison émanée du principe des choses, qui pousse au bien, qui détourne du mal : celle-là ne commence point à être loi du jour seulement où elle est écrite, mais du jour qu'elle est née ; or, elle est contemporaine de l'intelligence divine ^ » Et ailleurs : « Gette raison de Dieu, une fois qu'elle s'est affermie et développée dans l'esprit de. l'homme, est la loi. Il y a donc, puisque la raison est dans Dieu et dans l'homme, une première société de raison de l'homme avec Dieu, une ressemblance de l'homme avec Dieu '. » N'est-ce pas là le
« De LegibuSyWh. II.
» /6., lib. I.
e divin, le Logos de Platan, de ce sage, que Numéuios ulée nommait « Moïse parlant la langue d'Athènes? » nous entrons dans le fond mén^ des phénomènes in- 3tuels et des phénomènes visibles qui s'accomplissent )us et hors de nous, nous verrons que la raison de tout ni existe dans le temps est l'idée modèle qui vit dans diligence de Dieu. Ainsi , pour avoir la raison des es créées, pour la saisir en elle-même, il faut la prenlans ridée ou le monde archétype qui est en Dieu. Or, fionde invisible, comme nous l'avons dit, se trouvant le Verbe divin, qui est Jésus-Christ lui-même, il a que lui qui puisse nous faire connaître la raison de opérations. D'où Ton peut déjà Conclure qu'au fond,* me le dit saint Augustin, la religion et la philosophie une même chose.
'est-il pas évident que, durant tout le temps de notre ation terrestre, nous sommes dans l'impossibilité absole nous mettre en rapport immédiat avec le monde in- )le? Entre ce monde et notre âme. Dieu a placé notre fs et la création matérielle. D'ailleurs, il ne saurait y r de rapport direct entre le fini et Tinfini. De là, selon enseignements de la foi, le Médiateur unique et néces- 3 par lequel Dieu fait toutes choses, et par lequel il se en rapport avec la créature. C'est donc par ce Médiaseul que nous entrons en relation avec le monde invie. Nous ne pouvons connaître les mystères qu'il renie que par la révélation ; et le révélateur seul possible it ce Médiateur ou Jésus-Christ, il ne saurait exister de osophie certaine, positive, en dehors de la révélation, lomme on le voit, nous ne nions pas la philosophie ; s la replaçons à son rang.^ Elle demeure ce qu'elle est
170 PHILOfiOPW».
▼éritableoiont, la recherche de la raison des ehoiei diviaes et crééaa« Seulement sop but prend un ^utre caractère que celui que le» rationalistes lui donnent. Au lieu da poursuivre la vérité par intuition, puisque» enfennés dans le visible et dans le temps, nous ne pouvons pénétrer directement dans ' l'invisible et dans Téternité, elle cherche dans la création et la société les notions générales et toujours imparfaites que Dieu a destinées à l'homme pour le préparer à la vision de la iubêtance même de la vérité.
Les philosophes exclusivement rationalistes n'admettent point cette doctrine. Mais qu'ils nous disent alors quel est le but réel de Tapparition de Thomme sur la terre? Pour* quoi ces deux natures dont il est composé , Tune qui touche au monde des esprits, l'autre au monde des corps? N'estil pas évident que ce caractère mixte de notre nature nous révèle que nous sommes destinés à remonter des effets à la cause, du fini k l'infini? Et comme, dans ce travail, nous savons parfaitement que nous pouvons mai voir, mal oon* oevoir, mal juger, qu'on nous dise par quel moyen nous ar« riverons à la vérité, si ce n'est par une parole, une révéla* tion de ce monde dont nous avons le pressentiment, vers lequel montent toutes les aspirations de notre nature, mais qu'ici-^bas nous ne pouvons voir en lui-même?
Par quelle secrète influence Thomme a«t-il pu arriver à la prétention de constituer une science réelle par le simple effort de ce qu'il nomme sa raison 7 Mais y songez-vous 1 c'est bannir Dieu du monde spirituel, c'est lui dire : Activite infinie, arrêtez-vous ; voici un autre créateur, contem* plez son œuvre! Vous reculez, j'en suis sûr, devant ce blasphème. Dieu, dites^vous, est la source de toute idée et de toute vérité, mais c'est moi qui la juge. «^^Commeot ! vous
ivesEpas ^ où habita U lumière,» vous ignorez coni^ elle pénètre les âmes, et seul, tout seul, vous cônes les secrets, les mystères de Dieu 1 Osez ni«r le e qui les révèle, faites abstraction de cette Parole que ent les échos de tous les âges et de tous les mondes^ is dites-uous les idées que vous avez trouvées, en de* de cet infaillible dépositaire de toute vérité I îs vérités! mais la science en découvre tous les jours. t dans quel ordre? ^ Mais dans Tordre des faits, répon^ mus, en astronomie, en géologie, en chimie. ^ Vous lez cela des vérités? ainsi un tableau, par exemple, •ne vérité ? J'avais cru, moi, dans la simplicité de mon ance, que la vérité du tableau, c'était l'idée de Tarliste; 3 que ridée demeure toujours, tandis que la manifestatie sera pas demain. Le tableau est vrai, s'il est conforme I idéal, qui est sa raison d'être ; voilà tout. Ainsi, de tous ïits, à quelque ordre qu'ils appartiennent i ils ne sont les manifestations temporaires d'une idée qui demeuFi lellement. Je veux bien, avec certains philosophes ca» ques, dire : « La vérité est ce qui est, » pourvu qu'ils teut « ce qui est éternellement. » Et parce que ce qui est lellement est nécessairement dans le Yerbe, c'est dans 3rbe qu'il faut chercher la vérité ; dans le Verbe, parce i est la vérité elle-même, ainsi qu'il nous Ta dit» . Etrange destinée de la philosophie 1 Si vous interrogez plus célèbres représentants, ils vous diront que la philo* lie embrasse tout, contient tout, qu'elle est tout. Mais, ur tour, les plus grands penseurs, les savants les plus )tres vous diront qu'elle n'est rien. Lesquels croire? serait-elle pas plutôt nu intermédiaire, un milieu entre 1 et tout ? La s^nce du monde visible, d#puis l^a voie^
lactées jusqu'à ratoœe, n'est certes point la philosophie. Cependant, si Ton exprime de ces données, purement scientifiques, les conclusions morales et spirituelles auxquelles elle aboutit, mais qui déjà ne sont plus en elle, on obtient, sur la limite de ces deux mondes, un produit mixte résultat du sentiment de Tindéfini en nous, s'exerçant et se développant à Toccasion du monde extérieur. La science de rhistoire ou l'étude de Thomme, tant individuel que social, étudié dans sa vie active ou réelle, depuis le premier jour de son apparition dans le temps jusqu'au soleil d'aujourd'hui, n'est certes pas non plus la philosophie. Néanmoins, si Ton exprime de tous ces faits et de leur enchaînement historique les conclusions dans Tordre moral, spirituel et divin auxquels ils conduisent nécessairement, ce n'est plus rhistoire proprement dite, c'est l'essor de Thomme qui, emporté par le sentiment de la perfection, s'élève, à travers la formule morte, des faits de Thistoire, vers l'idée dont ils ne sont que la révélation visible. Ainsi, les sciences physiques et les sciences historiques, demeurant dans leur véritable voie, sont comme une sorte de creuset où toutes les données de la science réunies se résument, en se sublimant, en une essence plus pure, plus simple, d'un ordre supérieur, qui nous montre la création et Thomme dans leur principe, leur vie, leurs causes originelles, médiatrices et finales, telles que la science peut les saisir. Incessamment progressives, comme la science elle-même, ces conclusions spirituelles et morales forment le champ de travail et d'observation d'une science nouvelle : cette science, c'est la philosophie pratique.
Mais que vient faire la philosophie sur ces conclusions dernières de toutes les sciences humaines, soit physiques,
listoriques? Que peut-elle y ajouter? que peut-elle en icher? Rien ; car elle-même n'est point une science ement dite. Dans Tordre du monde physique, comme celui de l'humanité, elle ne saurait rien découvrir par nême, puisque c'est l'œuvre propre des sciences dont venons de parler, et dont elle ne fait qu'accepter les usions morales. Quelle est donc Tœuvre de la philoie?
le vient faire ce que fait Tapprenti auquel on a appris 't ; elle vient appliquer, pratiquer les leçons qu'elle a 3s. «Philosopher, c'est apprendre à mourir, » disait la Sophie socratique. Or, toutes les conclusions morales
1 science de l'univers physique et de l'histoire détreni que ce monde de l'espace et du temps n'est que gne manifestateur d'un monde plus haut , de Dieu et éternité. Ce sont ces conclusions qu'il s'agit de mettre iction , en pratique, dans toute notre vie , pour vivre Il la véritable fin de notre destinée suprême. Cette ) en œuvre est précisément toute la philosophie ; de
2 que la philosophie est absolument l'inverse de ce n l'a faite de nos jours et depuis tant de siècles. On la ! exclusivement abstraite; elle est rigoureusement prae; on en a fait une spéculation de la pensée, elle doit
un acte vivant ; on en a fait une théorie dans les ;s ; il faut qu'elle soit l'homme lui-même tout entier s ses œuvres. Ah ! vous vous imaginiez que, pour être osophe, il suffit d'être tranquillement assis devant un e, poursuivant d'abstractions eu abstractions le rêve trait de votre propre image ! vous pensiez que l'amour tique de la sagesse c'était l'éternelle argutie du subjectif le l'objectif ! Non, non ! le philosophe ou le sage, comme
ditaientles anciens, c'est celui qui met en actions vivantes ses leçons, qui sont des œuvres, et sa science, qui est la vie ; c'est celui qui opère dans le monde la vertu, la sain-^ teté et le sacrifice ; c'est celui qui passe en faisant partout le bien; celui qui aime, et dont Tardente charité se répand sur le monde en actes vivants, pour le transfigurer et le soulever vers Dieu, en nous y soulevant nous-mêmes. C'était là ce que les premiers chrétiens entendaient par le titre de philosophes, qu'ils portaient avec fierté jusque dans les amphithéâtres et sur les bûchers ; c'était là le cuite de la logique ou du Logos, tel qu'ils le comprenaient. Même dans l'antiquité, Socrate et Platon, sous la pression du sentiment de la perfection, ne conçurent jamais autrement la philosophie. Voilà pourquoi ils la définissaient en disant :« Philosopher, c'est apprendre à mourir; » car la mort, qui est le sacrifice suprême, résume en elle l'idée de tous les sacrifices, c'est-à-dire de toutes les vertus.
Quant à la manière de procéder dans la recherche de la vérité, il est nécessaire, avant de dire notre pensée, de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire de l'esprit humain pendant les siècles qui se sont écoulés jusqu'à nous.
vn
vant. — Phases de la méthode chrétienne.— Consentement commun. *rdiique.-^|Autoirité.— La raison tians les sciences physiques et dans iciences spirita«Ues. ^ D'oU l'activité de la raison?-» Oh la vérité? Ipinions. — La vérité et le vrai. -^ Divorce de la terre et da ciel. ~ X méthodes.— Méthode d'autorité. — La logique ou science du Logos, imour, communion, sacrifice. — Gymnastique intellectuelle. — Sylsme et indaetiou. — Synthèse de l'êspril humain.
Gelaf qal «roit mtoIf, d'est qa*!! ne Mit pas cooment 11 faot savoir.
(SWKT Paul, i Coà., o. ^iii, t. V)
Nous ne remonteroos pas au delà de Tère chrétienoe. ;ré les travaux, d'ailleurs si remarquables, des orienta* i, trop d'obscurités planent encore sur l'histoire reli- ;e et philosophique de Tantiquitéi pour qu'on puisse en
autre chose que des inductions incertaines. Tout ce n peut affirmer d'incontestable, c'est que plus on re* te avant dans les traditions primitives^ plnd on constate l'unique méthode des nations et des individus part da ;eignement révélé. Aussi les Indous s'appellent-ils d'a- 1 Àryas ou hommes enseignants » de même que les an« sMèdes et les Perses. L'histoire si connue du peuple confirme pleinement ee fait universel. L'esprit humain 'exerce plus tard que sur cet enseignement antérieur; ei qu'il cesse de le prendre pour buse, il s'évanouit, comme rouve l'histoire de l'Inde et de l'Orient, dans le natura* le, le polythéisme et le panthéisme^ pour aboutir au nihi* e de Bouddha.
le christianisme apparaît : il résume toute méthode en 'ait historique, qui est la vie du Christ, expression de
toute vérité, le Christ étant la Raison de Dieu incarnée, la Vérité divine faite homme. Dans ces premiers âges, si purs et si pleins , la foi arrive au cœiir et à l'intelligence avec les miracles des apôtres et le sang des martyrs. On accepte sans effort, pour démonstration, la preuve de témoins qui se font égorger, afin d'attester la vérité des faits sur lesquels repose la doctrine qu'ils annoncent. Alors on ne discute pas, on aime, on vénère cette révélation qui, replaçant l'humanité dans les véritables lois de sa nature, rend à l'individu comme au genre humain sa dignité, sa grandeur, sa vertu, et le secret de ses immortelles destinées.
Après les persécutions, l'Église entre dans la paix de sou triomphe. L'hérésie remplace le paganisme dans ces luttes ardentes contre les enfants du Christ. Elle essaye de diviser ce que le Verbe a fait un. A ses efforts conjurés le christianisme se contente d'opposer le consentement traditionnel des fidèles, unissant les siècles présents aux siècles passés, dans l'unité indivisible d'une foi commune. Vincent de Lérins a la gloire de formuler, dans son Commonitorium *, cette magnifique méthode; et à la preuve du fait vivant par l'histoire , vient s'ajouter la preuve par le fait vivant de la tradition universelle de la chrétienté. Il ne s'agissait de rien moms que de détruire la religion sortie victorieuse des catacombes et des amphithéâtres. Appuyée sur la croix, qui est sa véritable force, sa sagesse, et toute-puissante par cette méthode de l'unité traditionnelle de foi commune, l'Église continue son chemin à travers les ruines spirituelles que l'erreur avait faites autour d'elle.
Les barbares, comme un océan qui rompt ses digues, s'étaient répandus à flots pressés sur le monde devenu chré-
1 Ch« II, etc.
tien. Innombrables furent les ruines qu'Us amoncelèrent sous leurs pas : arts, sciences, richesses, puissance, industrie, subirent leur expiation , car tout avait servi le mal. On crut toucher à la fin du monde. En effet, comment assimiler au christianisme ces barbares? Par l'histoire? lis n'en cour naissaient d'autre que la force de leur épée, et ne savaient pas même lire. Par l'argument de l'unité traditionnelle de la foi commune? Us n'auraient pu le comprendre; et l'eussent-ils coaipris, qu'ils n'y auraient vu qu'une preuve d'esclavage. L'Église , désarmée de tous côtés , n'avait à leur opposer que la preuve par la sainteté. Ces hommes, barbares mais non corrompus, la comprirent. A la vue d'une religion de charité, qui fait aimer même ses ennemis et ses bourreaux, et donne la force sublime de l'humilité et de toutes les abné^ gâtions, ils s'inclinèrent, pleins d'admiration, devant cet héroïsme moral dont la vie ascétique leur offrait de si beaux modèles, et dans laquelle ils voyaient la spiritualisation de leur héroïsme matériel. Une nouvelle méthode était acquise à l'esprit humain, la démonstration de la vérité par le bien qu'elle produit, du dogme et de la théorie par la pratique, en un mot, de la vérité universelle par la charité universelle. On croyait à la fin du monde. C'était, en effet, l'ancien monde qui croulait. A l'ombre de la croix et par l'inauguration de cette méthode pratique, l'Église trouva une vie nouvelle dans l'assimilation qu'elle fit de ces éléments en apparence si opposés. Tout se retrempa dans l'esprit chrétien, sous ce déluge qui paraissait devoir tout engloutir.
Une autre assimilation , plus longue, plus laborieuse et
plus difficile, restait à faire, celle de la science antique par
le christianisme. Nous allons le voir procéder à cette œuvre.
La nécessité où furent les peuples de ne plus songer qu'à
178 BIETHODB.
se dtfendre leur avait fait abandonner la calture des scieuees, pendant les siècles de destruction. Quand le monde put reprendre le cours de sa vie intellectuelle, il fallut d'abord ensemencer les âmes, avant de leur parler de la loi du progrès. Ce premier travail impliquait nécessairement la méthode d'enseipement par voie d'autorité. Aristote, pour la connaissance de la nature, saint Augustin et toutes les illustrations théologiques, pour la science religieuse et morale, furent le critérium de la vérité. Leur nom était si grand, si légitimement vénéré ! En résumant dans ses derniers représentants toute la science de Tantiquité , le moyen âge montra qu'elle était renfermée tout entière dans la société chrétienne. C'est alors que s'éleva le monument le plus étonnant de l'esprit humain , la Somme de saint Thomas d'Aquin, conception unique dans les fastes de la science, et qui de nos jours encore est appelé en témoignage de la foi. Il fut constaté que le christianisme n'est que la synthèse, le corps de doctrine qui unit, coordonne et relie en la vérité universelle et absolue les vérités éparses au fond de tous les systèmes. « C'est, dit Lactance, parce que les philosophes n'ont pu établir ce corps de doctrine qu'ils ont pu méconnaître la vérité. Ce n'est pas qu'ils n'aient vu et développé la plupart des choses dont ce corps de doctrine est composé ; mais chacun d'eux les a énoncées et établies d'une manière différente : aucun d'eux ne les a liées ensemble, en rapprochant les causes des effets et les principes des conséquences ; tons se sont livrés à la passion aveugle et Insensée de contredire. S'il y avait eu parmi eux quelqu'un asscE sage et assez éclairé pour rassembler toutes les vérités éparses et les rédiger en un seul corps, sa doctrine eût été entièrement conforme à la nôtre; mais cela ne
pouvait être fait que par celui qui eût possédé la véritable science; et la véritable science est uniquement le partage de ceux que Dieu lui-même a daigné iojitruire ^ » G'e^t la méthode que nous appellerions volootiars d'univenaUiatim, et par laquelle le catholicisme se pose 4M>Biine étant l'unité^ la synthèse de tout ce qui Ta précédé, disant aux philosophes : « Je suis Théritier du Verbe, et tout ce qu*il y a du verbe dans le monde m'appartient. »
Après quatre cents ans de règne incontesté de cette mér thode, qui se formula au treizième siècle, comme une sorte de révélation^ preuve de la protection dont Dieu couvre Thumanité, afin qu'elle ne soit jamais privée de la lumière qui doit éclairer sa marche vers Téternité, la raison individuelle se réveilla. Personne n'ignore les magnifiques conquêtes que firent les sciences naturelles, en substituant Tétude des faits au principe d'autorité , conquêtes qui démontrent la légitimité de la méthode rationnelle dans Tordre du fini, comme son impuissance radicale en philosophie démontre son incompétence dans Tordre de Tinfini. Cette scission entre la raison et la foi rendit souvent les sciences naturelles hostiles à la religion. Il appartenait à la vérité absolue, dont TÉglise est dépositaire, de diriger la science du monde visible, et de la faire servir à sa propre gloire. Par cette seule raison que le monde visible manifeste le monde invisible et que (( les choses. que nous voyons nous font connaître celles que nous ne voyons pas, » il est évident que les deux mondes s'expliquent Tun par Tantre. Puisque TÉglise possède tous les éléments de la science du monde spirituel ou invisible, c'est donc à elle k inspirer la science qui, en se renfermant exclusivement dans le monde matériel, a perdu toute signi-
1 De Vita beata,\ib. VII, n.7, p. 660.
18l> MÉTHODE.
fication vraiment scientifique et tout caractère religieux et social.
La mélhode qu'on a cru devoir conserver exclusivement tient les esprits enfermés dans un cercle où la science ne veut pas entrer. Immobilisés dans les formules de la vérité, on semble avoir oublié que la vérité, demeurant toujours la même, porte dans son sein la lumière que réclament sans cesse les esprits avides de connaître toujours plus parfaitement. L'intelligence de la vérité ne doit s'arrêter ni dans le temps, ni dans Téternité. La raison, élément relatif et fini, en s'exerçant sans cesse sur la révélation, élément absolu et infini, y puise le progrès sans tenue qui est l'œuvre même de son éternelle destinée. Pour cela, il faut avant tout qu'elle accepte les quatre conditions fondamentales de la méthode catholique, que nous avons successivement énumérées :
1® Le fait historique et permanent de la révélation , comme base ;
2<> Le fait de Tunité traditiounelle, ou l'autorité de l'Église, comme critérium ;
3^ Le fait de Tuniversalisation de toute vérité dans le christianisme, comme synthèse ;
¥ Le fait visible de Tincarnation de la vérité dans la vie morale et pratique, parlant aux sens, qu'on n'a pas fait intervenir jusqu'ici dans les motifs qui établissent la certitude des vérités de Tordre spirituel.
Ce sont là des faits ; et nulle science positive ne saurait les récuser, sans se récuser elle-même.
IL Avant d'aller plus loin, qu'on nous permette de jeter un coup d'œil sur les diverses méthodes suivies par la raison dans la recherche de la vérité.
Dans sa Somme contre les Gentils , saint Thomas distingue
deux manières d'arriver à la vérité ; t*une , par la révélation ; l'autre, parla raison. « Quant à ce que nous pouvons connaître par nous-mêmes sur Dieu, dit-il, il a été nécessaire que l'homme fût instruit par la révélation, parce que la vraie notion de Dieu n'aurait pu, à Taide seul de la raison humaine, être acquise que par un petit nombre, après de longues années de labeur, et avec un mélange de beaucoup d'erreurs ; par conséquent, pour faciliter et pour assurer le salut du genre humain, il a été nécessaire que l'homme fût instruit des choses de Dieu, par le moyen de la révélation divine*.»
On a conclu de ces paroles que Thomme peut, par luimême, arriver à la connaissance des premiers principes, sans pouvoir, il est vrai, aller au delh. Mais saint Thomas se borne à dire que l'homme n'arriverait qu'à une notion mélangée de beaucoup d'erreurs, c'est-à-dire, à quelque chose qui ne serait pas la vérité absolue. D'ailleurs, le problème de l'origine de la connaissance n'est rien moins que résolu, par cette sorte de compromis entre ceux qui accordent trop ou trop peu à la raison. Pour terminer ces longues luttes, qui fatiguent l'esprit humain, sans aucun profit pour la vérité, il faudrait d'abord poser la question dans ses véritables termes, la confusion des idées tenant beaucoup à la confusion des mots.
Que faut-il entendre par le mot raison? Aucun philosophe , que nous sachions , n'a conçu la raison comme une entité ou une existence personnelle dans l'homme. La raison c'est l'homme lui-même, en tant que jugeant, approuvant ou rejetant les idées qui s'offirent à son intelligence.
i Sum, adv. G,, quaest. i, art. 1.
iS'i MÉTHODE.
Ainsi prétendre que la raison humaine peut par eUe-même arriver à la vérité, c'est dire que rhomme peut seul, indépendamment de tout secours, l'atteindre et se l'assimiler avec la certitude qu'il ne prend pas Terreur pour la vérité. C'est là une simple assertion : nous en attendons la preuve ^
L'activité spirituelle qui nous met en rapport avec l'infini, avec l'immuable vérité, nous vient de Dieu, comme l'activité physique, qui nous met en rapport avec le fini, nous vient de l'agent delà vie universelle des créatures visibles. Cet agent, comme nous le prouverons, n'est autre que la volonté toute-puissante du Verbe sur la matière de l'univers. On ne saurait trop le répéter, la substance spirituelle, pas plus que la substance matérielle, n'est cause et principe de sa vie*
Qu'on nous dise comment la raison pourrait chercher Dieu
1 « Noire verbe , dit saint Augustin , est conçu par amour^ soit du Créateur, soit de la créature, soit pour Timmuable vérité, soit pour les choses du motide périssable. » C'est pourquoi il appelle la pensée , le vet*be humain, « tilB du cœur.» Nous ne pouvons donc acquérir Is vérité qu'ion proportion dd notre vertu, de notre sainteté ; et comme nous n'apportons naturellement avec nous que « Tamour de la créature et des choses du monde périssable, d nous ne saurions puiser que dans reflusîon de l'Êspl-ll de Dieu en nous « Pamourdu Cré&lour elde l'im* muab!e vérité. » Naturellement Guis et bornés, nous no pouvons que faire Dieu et la vérité à notre image. En effet, dit saint Clément de Rome, « quiconque veut chercher la vérité par lui-même est induit en erreur, car il conclut du visible à l'invisible; ses inclinations se réfléchissent dans ses cohcepifons, de sorte qne le résultai de ses réflexions n'est autre chose que l'extrait de ses désirs. C'est ce qui fait qne les systèmes philosophiques sont si différents les uns des autres. Les philosophes confoiïdent ainsi la conséquence de leurs maximes avec la vérité, tandis que toutes les conséquences sVcroulent quand le principe est faux. C'est pourquoi il faut se borner à croire les prophètes. » [Hom. 1,2, c. 10.)
M£TH0IMS. 183
et la vérité, si elle n'en avait déjà reçu aucune notion? Il est vrai qu'une fois Fâme humaine illuminée par le sentiment de la perfection» on conçoit facilement qu 'elle puisse fouiller dans le monde de l'idée, comme la matière, animée par la lumière de la vie qui lui convient , accomplit tous les mouvements qui en sont la manifestation. Avant d'affirmer ce que la raison peut et ce qu'elle ne peut pas, il faudrait commencer par déterminer la nature des rapports de l'intelligence créée avee la vérité, et les conditions de l'existence de ces rapports. Où l'homme puise*t-il le principe de son activité et Taliment de sa vie spirituelle? Dans la révélation traditionnelle et dans le monde visible* Comment se relient et s'unissent ces deux ordres de son activité ? L'idée est l'élément spiritud sur lequel s'exerce notre activité, comme elle s'exerce sur le marbre ou le bronze, pour en faire les manifestateurs de l'idée conçue. L'homme ne crée ni la pensée, ni la matière qui lui sert à la rendre sensible.
La philosophie, dit Lactance, est la recherche de la vérité. Mais on ne peut tendre à l'inconnu qu'en partant de quelque chose de connu, qui est nécessairement douné et antérieur à notre raison. Le point de départ, selon nous, est le sentiment de la perfection, premier rayonnement de la lumière divine, souffle tout-puissant qui anime et vivifie notre intelligence , et qui produit notre activité spirituelle. Ce sentiment est une révélation de Dieu, l'action de sa présence dans nos âmes, produisant avec nous les phénomènes spirituels, comme l'action de sa volonté, présente à tous les points de l'univers, donne à tous les éléments la fora>e, le mouvement et la vie.
Vous prétendez arriver à la vérité par la seule puissance de la raison. Mais vous savez donc d'avance ce que c'est
que ta vérité? caraotrement à quoilareconnaitriez-yous, en la distinguant de ce qui n'est pas elle? Si vous la possédez déjà^ pourquoi la cherchez-vous? Et, si vous ne la possédez pas, comment pourrez-vous savoir en quoi elle consiste, et partant la redonnaître? Avez-vous un critérium pour la distinguer avec certitude? Si vous n'en avez pas, à quoi donc la reconnaltrez-vous ? Si vous en avez un, quel est-il?
La vérité, dites-vous, est ce qui est. Comment ! tout ce qui est, est la vérité ? Mais vous avez d'abord besoin de la vérité universelle, absolue, en laquelle se synthétisent et se concilient toutes les vérités partielles ; autrement celles-ci continueront à se contredire, à se nier, et vous ne pourrez adopter Tune qu'en rejetant Tautre. Or, cette vérité absolue, infinie, c'est Jésus-Christ lui-même, selon sa propre parole, Jésus-Christ se communiquant à l'homme par la révélation. Il vous faut donc indispensablement la révélation, pourvoir ensuite, à son flambeau, la vérité en tout ce qui est. La vérité, est-ce ce qui est dans le temps? Mais la vérité est éternelle. Est-ce ce qui change? Mais la vérité est immuable. Est-ce le contingent, le relatif, le fini ? Mais la vérité est nécessaire, absolue, infinie. Ainsi, elle n'est dans rien de créé. Elle est avec Dieu , elle est Dieu, éternel, immuable, nécessaire, absolu, infini. Oui, la vérité, c'est le Oirist, Parole éternelle qui contient toute la science de Dieu, c'est-à-dire toute vérité, par conséquent la vérité de tout ce qui est dans le temps. Ainsi, la philosophie n'est qu'une conversation de notre esprit avec le Verbe de Dieu, touchant les choses divines et créées.
Cette base fondamentale de la science n'avait pas échappé aux anciens, ce qui faisait dire à Pythagore, comme nous l'apprend Lactance, que Thomme, quels que soient les efforts
de sa raison , ne saurait parvenir par lui-même à la vérité. Le travail humain seul n'est pas la voie qui y conduit : autrement, ceux qui Font cherchée avec persévérance l'auraient évidemment Rencontrée. Or, il serait facile, l'histoire à la main, de prouver que les labeurs des grands génies ont ordinairement eu pour dernier résultat d'altérer les vérités qu'ils avaient reçues de la tradition. Le travail n'est pas le moyen de la trouver, mais seulement la condition à laquelle Dieu la donne. L'homme est condamné dès l'origine à manger^ à la sueur de son front, le pain de Tâme comme le pain du corps.
Quel est donc le rôle de la raison dans la recherche de la vérité? Il est évident que la science ne peut sortir de notre propre esprit comme de sa source. Nous ne concevons que deux ordres de vérités; celles de Tordre de l'infini, et celles de l'ordre du fini. Dans le premier, il n'y a qu'une seule vérité, qui est Dieu, car l'infini est unique. Dans ie second, elles sont sans nombre, comme les êtres et leurs rapports, étant un effet de la puissance et de Tintelligence infinies. Par conséquent, il n'appartient qu'à Dieu de posséder la vérité, comme principe, lui seul pouvant être la cause de tout ce qui est, car l'infini seul tient tout de soi. D'où Lactance concluait avec raison qu'en philosophie il ne peut y avoir que des opinions. Or, entre des opinions, quelle est celle qui contient le plus de vérité? Aucune, d'une manière absolue. Qui pourrait d'ailleurs décider entre elles? Une opinion encore, c'est-à-dire un arbitre dont la sentence ne peut jamais être sans appel. Comptera-t-on les votes au lieu d'en peser la valeur? fera-t-on jiîge le plus grand nombre? Mais une opinion ne change pas de nature, pour être défendue par un nombre plus ou moins grand.
iae METHODE.
Si personne ne peut avoir la certitade qu'il est dans la vérité, comme disait Soerate ; si» comme l'enseignait Zenon, il ne faut pas défendre des opinions, que devient la philosophie séparée de la révélation ou de la lumière infaillible? La seule philosophie possible alors est le scepticisme. En effet , au milieu du flux et reflux d'opinions contradictoires, ne pouvant sans inconséquence admettre que la vérité est dans toutes, puisque chacune repousse avec énergie comme fausse Topinion qui lui est contraire , il s'ensuit qu'elles restent toutes incertaines, et doivent disparaître, détruites l'une par l'autre , car « toutes ont des glaives pour tuer, aucune n'a un bouclier pour se défendre^ »
Il ne s'agit point ici de savoir si l'on peut, par le travail de la raison, arrivera la certitude de l'existence des phénomènes du monde visible. Leur nom seul de phénomènes ou d'apparences indique que ces faits, de nature purement passagère ou phénoménique, n'emportent aucune certitude qui dépasse les limites du phénomène lui-même, aucune certitude rationnelle et immuable. Ils disent : voici ce que les sens perçoivent, rien de plus. Mais la réalité , la nature de l'essence, dont le phénomène n'est que la manifestation extérieure, voilà sur quoi sens et phénomènes ne peuvent rien nous dire. Or, nous parlons de la vérité que les faits expriment. Elle n'est pas plus dans les faits que l'idée n'est dans l'écriture qui lui sert de signe. Nous devons nous servir des faits pour nous élever jusqu'à la vérité ; mais , dans le passage du monde visible au monde invisible, nous pouvons nous tromper. U nous faut donc nécessairement un critérium posé dans ce monde où nous cherchons à voir, c'est-à-dire la Parole divine. Si l'on n'accepte pas l'épreuve de chacune
^ Lactance.
des vérités rationnelles par la révélation ; si on ne confirme pas, par cette parole révélée, les conclusions qu'on en déduit; si enfin on ne fait pas intervenir la démonstration vivante, par Tincarnation delà vérité dans la vie humaine, afin que Thomme tout entier, cœur, esprit et corps, soit saisi par elle , on n'a point la certitude absolue d'être demeuré dans la vérité, en exposant la doctrine révélée.
Saint Augustin distingue la vérité du vrai. Le vrai, dans la pensée du docteur philosophe, ce sont les réalités visibles, lorsqu'elles sont conformes à leur type idéal. Ainsi, par le fait même de notre nature, et comme conséquence des relatious que nous avons avec ce monde visible» nous pouvons arriver à la connaissance du vrai, des réalités relatives, de Texistence des corps et des phénomènes qui se produisent dans Tunivers, mais non pas à la vérité dont ils ne sont que le rayonnement limité. Nous ne pouvons en avoir que des notions : ces notions, pour être revêtues du caractère de la certitude, doivent être confrontées avec la vérité elle-même ; et, comme la vérité qu'elles manifestent est uniquement dans le Verbe, lui seul est le critérium suprême. N'est-il pas d ailleurs le Médiateur uni<{ue entre le monde et l'idée du monde, puis((ue seul il contient le type selon lequel lui-même Ta réalisé ?
Le but essentiel d'une philosophie positive est d'aspirer à la contemplation des idées, exemplaires des êtres, pour y découvrir, autant qu'il nous est donné, pendant les jours de notre épreuve, la vérité même. La matière ne servant qu'à copier les idées , celles-ci sont plus parfaites que la matière. Mais le principe même de ces idées, le Verbe, étant plus parfait que les idées, le seul travail digne de l'homme est de tendre, par d'infatigables efforts» à s'unir à ce prin-
cipe, que tout en lui et hors de lui révèle, comme sa dernière fin, et à préparer ainsi son association à son éternelle unité.
Ce n'est pas seulement en philosophie que les hommes ont fait fausse route, en s'isolant de la révélation, mais dans l'art et en toutes choses. Le beau, le vrai, le bien, le juste, ont leur raison d'être dans le Verbe éternel. Il faut donc communier à lui pour avoir le sentiment et l'intelligence de son Idéal, qui se reflète dans les créatures comme dans un miroir. Quand la lumière qui jaillit de cette éternelle vérité cesse, notre âme s'affaisse, s'éteint, et les ténèbres se font plus épaisses pour les peuples et pour les individus. Dans cette nuit de l'esprit, tout se dégrade ; l'art ne modèle que la nature morte, n'atteint que la forme séparée de l'idée. Alors, la désolation et les ruines se multiplient sans fin, les empires s'écroulent, et leur disparition coïncide toujours avec ce divorce de la terre et du ciel.
III. Il n'y a que deux méthodes, qui résument toutes les antres. Dans la première , la raison part d'elle-même pour revenir à elle-même. Tout ce qu'elle ne trouve pas dans ce qu'elle appelle sa lumière, elle le rejette, ou parce qu'elle ne le comprend pas, ou parce qu'elle n'en voit pas en ellemême le fondement. Elle est son souverain arbitre, sou juge, sa seule autorité. La raison n'osant sérieusement se dire infaillible, si elle est seule, le scepticisme est tellement son dernier résultat, que presque tous les rationalistes ne sont au fond que des sceptiques, et qu'en définitive leur méthode conclut au doute, à la négation de tout.
Dans l'autre méthode , la raison a son point de départ dans une autorité, soit divine, soit humaine. Quant à l'autorité humaine, nous n'avons qu'un mot h dire : elle peut
METHODE. im
donner la conviction, jamais la certitude. L'autorité divine est la parole de Dieu, écrite ou non écrite : ce principe est immuable, il est infaillible. La méthode, qui le prend pour point de départ, diffère donc essentiellement de celle qui part de la raison humaine.
Mais qu'on nous permette de dire ici toute notre pensée, La méthode de Tautorité peut se défendre contre ses détracteurs. Elle n'est point vicieuse en elle-même, comme des esprits frondeurs le répètent, mais seulement incomplète. C'est la méthode la plus simple pour donner renseignement élémentaire, la seule qu'on puisse suivre, pour jeter les fondements de la science dans les esprits qui n'en ont pas les premières notions. Mais le tort de ceux qui la soutiennent, c'est de vouloir qu'elle soit exclusive, comme si elle était le dernier mot du progrès.
La philosophie ne peut être une science positive qu'en possédant une méthode vraiment démonstrative, c'est-à-dire qui conduise rigoureusement et incontestablement à la certitude. Or, s'il est un fait universellement reconnu, c'est que cette méthode manque à toutes les philosophies. La scolastique est la moins incomplète, lorsque, partant de la révélation , elle reste inébranlable sur ce fondement divin , ne pouvant jamais conclure à l'erreur, tant qu'elle ne sort pas des formules mêmes de la vérité absolue. Mais dans l'exposition qu'elle fait, ou les déductions qu'elle tire des principes immuables , elle rentre souvent dans le domaine des simples opinions , parce que , tout en partant de la révélation, elle ne fait pas la contre-épreuve de ses conclusions. De là l'étonnante diversité d'opinions qui divisent les écoles catholiques. Un écrivain, qui réunit à un haut degré les études philosophiques aux connaissances théologiques, dit
que la scolastique « part des idées communes, de la raison générale, des croyances constantes et universelles de toute Thumanité, » et qu'elle prend pour critérium de certitude « les doctrines catholiques, » Mais si « les dogmes et les lois du christianisme, » c'est-à-dire la révélation, servent de principe kla scolastique, comment «les doctrines catholiques, » qui ne sont que la révélation, seront-elles le critérium de leur certitude? N'est-ce pas répondre à la question parla question, et donner pour preuve la thèse elle-même? Est-ce que, de Taveu des écoles, les traditions générales, les croyances communes du genre humain ne sont pas la révélation , conservée ou transmise? A ceux qui contestent la révélation vous opposez cette révélation même qu'ils vous somment de prouver. Est-ce là de la logique?
La logique ! nous venons de prononcer ce mot dans lequel on résume toute méthode. Après ce que nous avons dit, en traitant du sentiment de la perfection, de la pratique et de la loi du sacrifice, et même dans les chapitres qui suivent, il semble superflu peut-être de répéter que la logique doit embrasser Thomme tout entier, cœur et volonté comme intelligence , qu'elle doit être amour et pratique en même temps que démonstration intellectuelle. Mais cette vérité, si évidente et si simple , est depuis longtemps tellement obscurcie, qu'on ne saurait trop y revenir.
Qu'est-ce donc que la logique?C'estla science du Logos. Le Logos, c'est le Verbe, la Parole, la Pensée éternelle de Dieu même révélée à l'homme. Ce Verbe divin dont Socrate et Platon attendaient la venue , c'est le Christ. La science du Logos ou la logique n'est donc autre chose que la science du Christ. Savoir le Christ et le Christ crucifié, comme dit l'apôtre , là est toute la logique. Or que fait le Christ? Il
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nous prescrit, par son exemple, d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, en toutes choses > et d'aimer en lui toutes les créatures : — charité universelle, voilà la première méthode par laquelle il se révèle et se démontre k notre cœur. Il s'offre lui-même k nous, comme médiateur, entre Dieu et rhomme, venant fonder par la communion de son propre corps l'unité universelle de tous les êtres : — unité ou communion universelle, voilà la seconde méthode par laquelle il se révèle et se démontre à notre esprit. Enfin il accomplit sur la croix le sacrifice de lui-même et de sa propre vie, afin de nous apprendre à « renoncer à nous-mêmes et à tout ce que nous avons : —sacrifice universel, voilà donc la troisième méthode par laquelle il se révèle et se démontre à nous comme loi vivante et pratique de notre vie. Ces trois méthodes ne constituent au fond qu'une seule et même méthode; car l'amour implique la communion des êtres et le sacrifice, comme l'unité suppose la charité etrabnégation, comme le sacrifice implique l'amour, qui en est le principe, et l'unité, qui en est le résultat. Voilà toute la logique du Christ et de l'Évangile. Aimer, pour tout consommer dans l'unité par l'abnégation de soi-même, voilà toute là méthode de Jésus- Christ. Or il n'y a que celle-là que nous n'ayons jamais trouvée dans aucune logique.
Ce qu'on appelle vulgairement logique est l'art ingénieux de mettre en inductions ou en syllogismes ce que l'on a déjà dans l'esprit, à apprendre, en un mot, ce que l'on sait d'avance. Cette gymnastique intellectuelle peut être un système d'hygiène, conservant et même développant les forces rationnelles. Mais y voir autre chose, et supposer qu'elle trouve ou démontre une idée quelconque , ce serait supposer que la gymnastique crée le muscle, la force qu'elle
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exerce ou le sang dont elle presse la circidatioD. La méUiode par syllogisaie on dédaction ne démontre jamais que ce qui est déjà dans la démonstration , c'est-à-dire ne prouTC rien , comme on le reconnaît aujourd'hui. Voilà pourtant à quoi le moyen âge a dépensé les efforts gigantesques de son esprit ! i La méthode par induction ou transcendance, qu'on a essayé
I d'inaugurer de nos jours, est sans conclusion possible, car
elle laisse toujours i'abtme entre le fini et l'infini , le sujet et l'objet; elle est un contre-sens, une contradiction, voOà tout. Si ces deux méthodes peuvent servir à autre chose qu'à amuser Tesprit , ce n'est que dans l'ordre du fini , oii les mathématiques les suppléent. Mais l'homme étant en rapport avecTinfini, il y a , il doit certainement y avoir une logique donnée de Dieu. Cette logique, nous venons d'en lire plus haut le traité complet dans l'Evangile. Ce n'est certes ni le syllogisme, ni Tinduction , mais la loi même du cœur, de l'esprit et de la vie pratique, dans la conscience de leur harmonieuse unité. Que voulons-nous de plus? , Jésus-Christ ne nous a-t-il pas dit qu'il était lui-même la
Voie, la Vérité et la Vie? Comme Pilate, tous les philosophes lui tournent le dos et s'en vont , en lui demandant : Qu'est-ce que la vérité?
Ailleurs qu'avez-vous trouvé? Après douze siècles de travaux gigantesques , les philosophes, arrivant enfin à saisir, dans toute leur clarté et toute leur lucidité, les règles dont Dieu sans doute avait doté la raison , afin de la conduire à la vérité, formulèrent ainsi la synthèse de Tesprit humain :