‹ Principes généraux d'une théodicée pratiqueChapitre 14 sur 25 · C. XXXVIII, V · texte numérisé non relu

C. XXXVIII, V

puisque ajouté à d'autres nombres, il leur donne une valeur décuple.

La matière élémentaire a pour limite d'un côté le néant, et de l'autre la vie, l'être qui ne lui est pas encore donné. Elle est donc par rapport au néant dont elle forme la limite; elle n'est pas par rapport à l'être, à la vie, qu'elle ne possède point encore, est nm est. De la sorte, la matière n'est encore, comme dit saint Augustin, ni corps, ni esprit; elle n'a ni figure, ni couleur, elle est sans forme, vide, invisible, inanis^ vaeua, irwisibilie. Ce n'est pas tout à fait le néant, non omnino nihil, mais ce n'est pas f être. Comment le nommerons-nous? Une négation , une limite , un zéro. Vienne la vie, ou si vous l'aimez mieux l'agent de la vie, qui s'empare de ces éléments pour les agréger, leur donner une forme, une couleur, et alors vous retrouverez la loi d'antinomie dans tous tes êtres qui composent le monde.

Qu'est-ce, en effet, que la création tout entière, de la-' tome aux globes qui marchent dans l'espace, du minéral à la plante, à l'animal, à l'homme? Rien autre chose qu'une ascension toujours progressive de l'être, de la vie, par une négation incessante et toujours plus élevée de la limite, processus hégélien, négation de la négation, dont nous avons longuement décrit le procédé dans notre premier chapitre sur l'indéfini. La vie minérale est déjà une négation de la limite qui sépare entre eux les atomes, les corps simples, La vie végétale, passant de la négation de la limite externe à la négation de la limite interne, assimile par intususeepr tion ce qui, dans le minéral, n'était qu'aggrégé par Juxtaposition. La vie animale vient ajouter, à la négation externe et interne, la négation de la limite dans l'espace, en donnant k l'être nouveau un mouvement qui lui est propre. Non

230 DE LMNDÉFINI

pas, Hi qu'a n'est pas, pHÎsqH'il vient etpasi* I

ce que cette conception de la créirtion,// / '

sa double face antinoffliqtie, où la Vie / •' ^^^^^

..j Q i -" delali-

etidem? 1 j • ^ M

Ainsi la matière est et nestpof// f \ P^^^^^^'

par rapport an néant propre»/// ' / i^ ^ •

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limite dans l'espace. « L enf / / . . , , , . ....

• X. j P -1 ^ o«- V 7 • / *i^ côté de la vie, illi-

qm a ét4?ndu 1 aquilon s*<r// '^ ^ '

, . , jc, # V. / en est donc une simple

le néant, ^^ fl»p«M<feH^/, / , . „ . ^

* V 1'^,-. . //; ^ brise-t-elle incessamment

par rapport à 1 Etre ry/r „ ^. „ , ^ „,

' ,[ , " -elle, finitrclle pour cela? Tout

car elle « a pas '7 ^.^^ . • ^ . ,, . , . . -' iidefinie et inépuisable qu a cette simple négation, ^ ? ^

' et de recomposer sans cesse les formes que vous a^^z ' ^ o -. \ . i. • 1 • , ^ . est un fait constant en physiologie, c est

stanceco4»«i ... r j o

., ., .s se renouvellent incessamment jusque dans quammw , . ,., . .,, , \

,;orps, a ce point qu il est impossible de tixer un

^^ de seconde, un espace de temps appréciable, où ^ /yi^rme soit absolument identique. Dans cette négation . \^^ts continue de la négation ou de la limite, on n'appelle 'Zi que la transformation de la forme générale ou du corps i^ êtres organisés ; mais comme il est constant que celte (ovïXit générale est toujours en dissolution ou en état de mort, comme elle est toujours en recomposition ou en état de vie, et que ces deux mouvements n'en forment au fond qu un seul, il en résulte que ce qu*on nomme la mort et la vie ne sont que les deux faces d'une seule et même chose, t^num et idem, La vie, c'est l'être niant la limite, c'est-à-dire dissolvant le corps par l'action même de cette vie. Mais cette négation de la limite, cette dissolution du corps, c'est pré* cisément la mort. D'un autre côté, si la vie est la négation de la limite, lorsque cette négation est non plus partielle

^t que le corps se dissout complètement par ce

mort proprement dite, c'est Tessor, c'est le

'vt \ vie. De sorte qu'en y regardant de plus

tellement et véritablement, avec tous

> ce qu'on nomme communément

omme ordinairement la vie. On

^-'^ ^ustin, dire de l'existence terrestre

^ la vie », et de notre trépas que c'est « la

. » Faut-il s'étonner, après cela, d'entendre

écrier : « malheureux homme que je suis, qui me

.era du corps de cette mort*?» La matière, en effet,

.e corps, c'est la limite : « Ma substance est comme le néant

devant vous, dit le prophète, substantia mea tanquam nihi-

lum ante te. »

Nous ne pouvons supposer que les diverses écoles de philosophie rejettent Texplication que nous avons donnée de la formule antinomique « de l'être et du non-être. » En effet, ne TadmeUenl-elles pas eu Dieu, où elle ne saurait se trouver, l'infini n'ayant dans sa nature qu'un seul et même aspect? N'ont-elles pas enseigné et n'enseignent-t-elles pas encore, queTidée du fini n'est que l'intelligence divine ellemême, identifiant ainsi, non pas dans une antinomie, mais dans une contradiction absolue, les deux natures opposées? Ne serait-ce point là la cause du panthéisme contemporain? Nous aimons donc à croire, qu'après y avoir réfléchi, on sera aussi disposé à repousser de la notion de Dieu ou de l'infini cette contradiction, qu'à admettre dans la créature l'antinomie, loi universelle des êtres dont la synthèse est dans le Verbe, comme nous l'expliquerons bientôt. Cette manière de concevoir la vie des êtres n'était pas in-

^ Rom.^ C. Tll, T. 42.

252 Dfi L'INDÉFINI

contents de ces points généraux de la sérK ' tout savoir création, parcourez un à un tous les annf àidamentales de la vie inorganique et organique, et ^^^ huit koouas

de cette échelle, vous remarquerez ^g L'invention de jnite, plus complète que pour le tr ^^^^ ^ p^^ ^^ g^^^raet moins imparfaite que pour le ' .nboliques se retrouvent Toute forme de la vie étar ^bje nom de livre de Vumté tative et finie, ne rend ou d* ^^ expriment en effet cette antimitée et indéfinie en elle ^^^^^ p^^e souvent en la nommant négation, une limite. ' ^^^^^^ ^^ q^j'i^ ^^^^^^^ ^omme le printoutes ces formes. ^^^.^ Hg expriment la distinction dans Tiau contraire, ellr ^^ ^^^^ l'immuable, rindéfini dans le fini, condition de d^'^anlinomîe mathématique de l'indéfiniment de la matièr^^^j^j^gjjij^^jn^ p^^^^ ^^^^ jj fy^ }g premier proque ces fy^^^ ^j^t, dit Frédéric Schlegel, comme dans les le mém y^^it\t\ côtés oxygène et hydrogène d'une colonne y/^!fflique, les deux extrémités positive et néga- ^^^ /]^é/ectricité, enfin, lu force attractive et répulsive des ^ ^ ie l'aiguille aimantée, manifestent et constatent nne ^ftfon et un jeu dynamique entre les forces et les phé- JJdnes de la nature ; il parait que, dans la doctrine des Chijg, ridée abstraite de cette opposition et de ce jeu dynamique de l'existence se trouve indiquée comme la base de 0\A savoir*. » Voici, d'après la traduction de M. Abel Résumât, comment TY-King expose cette doctrine de l'antiiiomie ou des opyomiions dans Vvtnité : « Le grand principe primitif a engendré et produit les deux égalités et les deux différences, en un mot les deux règles fondamentales de l'existence. €«6 deux règles, ce« deux eonirastes^ savoir le yn et le yang, ou en d'autres termes le tepûs et le mou-

> Philosophie de l'histoire, leçon III, p. 116. -

h non), ont donné naissance aux quatre

qui , à leur tour, produisirent les huit

avec toutes les autres combinaisons

^ question de l'être et de la vie. « Ma

.lî prophète , est devant Dieu comme le

tilts, vous avez cherché ce que c'était que la

, ce que c'était que la vie ; que sais-je ce que

n'avez pas cherché? Maïs qn'avez-vous trouvé? Nous

allons le résumer au bas de cette page, en en appelant atix

plus illustres philosophes*; et dites-nous si, après toutes vos

définitions, je sais quelque'chose de plus qu'avant de vous

* Les philosophes ne discutent pas prccisémenl sur Têlre, mais sur ce qui le censUuie. Qu'est-ce qiie la substance, base de l'être ' Qu'cst-co que la ne dans les deux ordres de n}a4ité£ .eréées, or^<e cpi«9i4iel et ordre oaatériel?

c( Tentends par subslaoce, dit Spinosa, ce qni est en lui-même, ce qui subsiste de lui-même, ce qui ne peut se concevoir que par lui-même, ce doQi la notion n'a pas besoin de la notion d'autre ebose cemoie ayant dû la former.» Ainsi comprise, la subs^iice çist Pi^ ipième, car ^ul rintini a sa raison d'être en soi. Get^e déilnitioA ne aurait donc convenir à la substance des êtres Unis. Lorsqu'à Toccasion de tout être soninfs à nos investigations on écrit, comme ii est nécessaire de les écririS. ce» fnots, forme, limijt^s, npioi>r!e, on fious-enteod foroément celui de cause qyi donne TesLisleAce et la forme.

Selon saint Thomas, « la substance est toute chose à laquelle l'être convient, sans avoir besoin d'un support ou d*un sujet autre qu'ellemême. » Ainsi, la substance serak «n^re. La question se trouve-t-eile résolue? Évidemment non. D'ailleurs , comme nous le verrons, aucun être ne peut subsister en soi ; il faut nécessalreiyent concevoir Dieu soutenant tout être qu'il appelle à l'existence; tout ce que Ton peut dire, c'est que les substances créées ont une existence distincte de celle de Dieu.

Selon Deseartes, ta substance est ce qui n'a pas besoin d'autre chose pour exister. Cette définition n'est qu'un écho de celle de saint Thomas en même leHifS que par son vague die ouvre 4a porte à celle de Spi'^

avoir lus. Cette impuissance des philosophes à résoudre le problème de la nature de la substance tient pour tous à la même cause : on se sert de la raison, on oublie les sens. Ou en appelle à Tintuition, en laissant de côté l'observation. Pourquoi ne profUerions-uous pas des progrès des sciences naturelles pour rendre à l'ontologie la vie qui lui manque? Pourquoi elle aussi ne servirait-elle pas à notre progrès moral, en nous ramenant avec plus de certitude, de ce que nous voyons à ce que nous ne voyons pas, de la création à Dieu?

En consultant la science, et en eu appelant ensuite à la révélation pour confirmer ses théories, nous verrons que tout être se compose de deux éléments essentiels, la substance et la vie. Si nous étudions les êtres du monde visible, nous reconnaissons qu'ils se composent de molécules élémentaires, que la chimie réduit aux substances simples, plus la vie organique ou inorganique de ces êtres. Autre est la molécule du corps de la plante ou de l'animal, autre la force vivante qui Taggrége.

Il nous semble que les philosophes qui ont traité de la substance l'ont entrevue seulement à l'état à'être. Eu la considérant, ils n'ont pas fait abstraction de la vie, qui lui est postérieure. La substance est la base de l'être, mais n'est pas l'être toute seule. Ainsi, la substance des êtres matériels est la matière à l'état élémentaire, sans forme, sans mou-

nosa. Elle nous dit que la substance est une existence réelle; elle ne nous dit pas ce qu*est la substance elle-même.

Enfln, selon Leibnitz, la substance est tout ce qui a de la force. Ainsi ce grand philosophe confond deux choses parfaitement distinctes, Têtro et la substance, la force et Télément qui on est le substratum. La force ou la vie, qui dans les êtres matériels unit les éléments dont ils se composenty n^est-elle pas parfaitement distincte de, ces éléments?

vemerit, sans vie. La vie, lumière-chaleur-électricité, venant s'emparer de cette matière que la chimie nomme corps simples, les aggrége, et voilà Tétre, qui est la substance ma* térielle, plus la vie qui lui convient.

Loin de nous la prétention de dire ce qu'est la substance eii soi; car nous ne pouvons connaître te tout de rien. Mais nous savons ce qu'elle est pour nous, appelés à voir les œuvres de Dieu pour nous élever par leur intermédiaire jusqu'à leur auteur. Lorsque l'homme demeure dans les conditions de sa nature, il sait tout ce qu'il peut savoir de Dieu, du monde et de lui-même, s'il ne s'isole pas de Celui qui l'a placé entre la lumière à sa source et son rayonnement limité, n'oubliant jamais qu'il est ici-bas pour s'initier seulement, à travers les œuvres créées, à la vision des réalités qui ne peuvent être qu'en Dieu.

Dans le monde visible, les êtres organiques ou inorganiques se composent de la substance matérielle, plus la vîe, organique ou inorganique. Dans le monde invisible , les êtres intellectuels ou idées sont des notions venant de la Parole divine, plus la vie éternelle.

Les êtres spirituels se composent d'uue substance spirituelle ayant la faculté d'aimer, de connaître et d'agir, plus la vie immortelle ; et si, oubliant un instant le monde et ses phénomènes, nous nous élevons jusqu'à Dieu, nous verrons qu'il est la substance spirituelle, la puissance infinie, plus la vie éternelle. Mais l'infini étant nécessairement unique par essence, sa substance et sa vie ne font pas nombre, elles se confondent dans l'unité. Dans le fini, au contraire, dont la nature est à l'inverse de celle de l'infini, on ne peut confondre dans l'unité sa substance et sa vie, sans identifier la créature au Créateur.

â3B DE L^INDEFINI

Ainsi, daD9 tous hsf êtres créés^ on doit logiquement ^tinguer la substance delà vie. Voilà pourquoi vous pouvez facilement concevoir la vie des êtres et non pas leur substance. Toute vie a sa raison d*étre en Dieu, dans l'aetton de sa volonté pour la vie de la nature, et dans le rayonnement de la lumière éternelle pour la vie des intelligences. La vie existe donc avant les êtres qm sont destinés à y participer. Ainsi encore, vous pouvez concevoir la substance des êlres finis existant et n'ayant pas encore la vie ; car la substance est parfaitement distincte de la vie. E^t-ce que nous ne concevons pas la matière à cet état de désagrégation absolue, atomis tique et élémentaire, qui exclut toute idée de division, et, par conséquent, dépourvue de toute forme, de tout mouvement, de toute vie? car la vie de la matière, c'est la force qui unit les molécules pour en former tel ou tel être.

Est-ce que nous ne concevons pas la substance spirituelle existant sans activité propre^ sans idée, sans lumière spirituelle, et, par conséquent, sans la vie qui lui convient? Est-ce que sans doute ce n'est pas là la condition de Tenfant dans le sein de sa mère, où la vie mên)e de son corps n'est que celle d'un parasite? Est-ce que la destinée de Thomme spirituel n'est pas d'entrer en communion avec le monde spirituel, au moyen seulement du monde phénoménique ? Est-ce que , pour penser, il ne faut pas d'abord que l'organisme de Tenfaut arrive au développement nécessaire pour pouvoir servir de médiateur à l'homme-esprit? Cette conception des conditions de la vie spirituelle n'estelle pas confirmée par la révélation, qui nous apprend que c< le Verbe illumine tout homme venant en ce monde» » et qu'ainsi, de même qu'avant l'apparition de la lumière dans

l'univers visible, il n'y avait que la matière rudiiuentaire et atomistique dont Dieu devait formev tous ks étres^ de même avant l'apparition de la lumière spirituelle en nous^ il n'y a que la substajice spirituelle destinée à recevoir la pensée? Au principe de la création, k matière était à son dernier état de division, comme dit le syriaque, ou invisible, selon les Septante, comme elle Test encore» quand on décompose un être pour en former un nouveau : elle était vide et sans formes. La substance des êtres préexiste donc à eux ; et pour qu'un être soit, n'importe dans quel ordre, il faut deux choses, la substance, plus la vie de Tordre où cet être se trouve placé.

 la substance matérielle unissez la lumière-chaleur^lectricité, et vous avez l'être matériel. A la substance spirituelle unissez la lumière vraie, amour-intelligence-volonté, et vous avez l'être spirituel.

Nous savons maintenant ce que c'est que la vie, mais à la condition de ne pas poser la question d'une manière générale. Car, ainsi posée, la vie, la vie absolue, la vie de tout, ou la raison de toute vie, c'est Dieu. Yoilik pourquoi vous ne pouvez concevoir aucun être vivant hors de Dieu, hors de son action, « in Ipso vivimitSy movemur et sumus. »

Qu'est-ce que la vie dans les règnes de la nature? C'est la lumière. Mais comment une créature peut-elle être la vie des créatures? Parce qu'elle est la manifestation de la présence du Verbe divin dont l'action produit tous les phénomènes de l'univers. Voilà pourquoi la lumière n'irradie d'aucun foyer, comme nous le ny^utrerons ; elle n'a sou centre nulle part dans le monde visible .

Qa*est-ce que la vie des esprits ? C'est leur communion avec le Verbe divin, qui contient en lui toute la science de

Dieu, et partant tonte idée qni éclaire les intelligences.

Ainsi tout vient de Dieu, tout gravite vers Dieu, tout retourne à Dieu, comme au principe, au moyen et à la fin de tout. Ainsi la créature, à quelque ordre qu'elle appartienne, demeure dans sa substance et dans sa vie, sous la dépendance continue de Celui qui Ta appelée à l'existence.

Que gagnerez-vous à prétendre le contraire? Est-ce que votre raison elle-même ne proteste pas contre les révoltes de la passion? Écoutez-la un instant. L'infini, vous dit-elle, par cela même qu'il est infini, est partout, et partout actif. Tout repos dans Faction, tout point d'arrêt dans Tun de ses attributs, le dépouillerait de Tinfinité, qui ne connaît et ne peut connaître qu'un seul acte. Or, s'il agit toujours, il produit toujours; par conséquent il est toujours la raison de tout ce qui est, et rien de tout ce qui est ne saurait, à aucun moment de son existence, s'isoler de l'action divine où est son principe et sa fin. La raison le dit, et avec une telle force, qu'il est impossible d'y résister. De son côté, la révélation, qui justifie toujours la raison, quand la raison est dans le vrai, nous dit que « Dieu opère incessamment, » et que son Médiateur, qui est le nôtre, « opère incessamment aussi.» Elle nous dit que « c'est le souffle de sa bouche qui est toute la vertu, » toute la force, toute Texistence des créatures. Elle nous dit que sans ce divin Médiateur « nous ne pouvons rien faire; » que nous ne pouvons ajouter « un seul jour à notre vie, » non plus <c qu'une coudée h notre taille, » et que « pas un cheveu de notre tête ne tombe sans la permission de Dieu. » Elle nous dit que « c'est en lui que nous vivons , que nous agissons, que nous sommes. » Nous n'en finirions pas si nous voulions rappeler tous les textes qui confirment nos déductions.

Quel est donc Tintérét si puissant qui pousse les hommes à vouloir s'isoler de Dieu, en se faisant le principe de leur activité spirituelle, en prétendant que leur raison peut quelchose toute seule? Qu'espërent-ils eu isolant la nature dd son auteur, en supposant dans les êtres qui se succèdent une vertu qui est en eux-mêmes, sans doute, pour se reproduire seuls? Est-ce que tous les êtres n'unissent pas leurs voix pour confondre une telle prétention? Est-ce que leur permanence, leur simultanéité dans leur nature respective , ne montrent pas qu'il y a dans l'univers une force, une vertu universelle, indéfectible, c'est-à-dire Tinfini avec son activité sans bornes, Tinfini vivant ou Dieu?

Gomment, vous si fiers dans votre néant! lorsqu'un rayon de la gloire divine tombe sur votre front, lorsque l'Infini luimême vient vous chercher pour vous élever jusqu'à lui, vous ne voulezpas toucher à Dieu, entrer en société avec lui, sentir son action eu votre esprit et en votre corps, et les exhausser jusqu'à son ineffable lumière, son éternelle beauté Î^Vous ne voulez pas voir son regard plein d'amour dans la lumière qui éclaire toute créature, sa bonté dans le parfum qu'exhale autour de vous la fleur? Vous préférez que les mondes roulent dans l'espace, aveugles, solitaires, sans l'Intelligence qui préside à leur harmonie? Vous préférez le désert, avec ses sables arides et son silence de mort à Toasis, avec ses frais ombrages et ses eaux vives et limpides? Gomment, sur la terre d'exil, dans les solitudes, au milieu des steppes, la voix d'un ami vient frapper votre oreille ; il vous ouvre ses deux bras pour vous presser sur son sein, et tout votre être ne tressaille pas parce que cet ami c'est Dieu. Pourtant vous retrouvez la joie, la patrie, l'espérance, lorsque sur la terre étrangère vous rencontrez un visage aimé, sous

sm l'égard I0fd(|tlë §à iflàitl presse 18 YÔtté, iâ ^dlitUdé se peuple^ le désert s'àttime , le souHfé épàiloUlt tos levfes, et Amk Idrmeë, en tombant, bétiisâeut lé tM qui vous â retidu uii frère !

Et TOUS ne sentiriez pa^ les salfits eiithôùëiasUies bdiidir datis votre cœur, et tout totté ôtfô edâter d'âmoiii' et d'extase en Voyant Dieu âppâtâitté partout, de Tatotne aux étolle^i de la fleUi* ftU solefl, dans votre cœur ^ votre esprit, dans le satig qui anime vôtre corps! Mais alors, 6û est votre supériorité sUf Tânltoalî II n'entend, lui, que le^ mu*» gissenients de la tempête, ne voit que le soleil qui se lève ou se couche, l'ombre du bois, Therbe de la prairie 5 il ne sait pas DiéU, lié le Voit nulle part. C'est que Dieu a creilsé un abtmë entre Tanimat et l'homme. L'anitiiâl étifend, il n'écoute pas; l'animal voit, il ne regarde pas : l'hôtume voit pour regarder j pouf (ioilcenirer ion âme avec toutes ses puissances sur Tobjet de sa vision, pour aimer, pour corn* prendre, pdUr agir, en s'élevant du phénomène à l'idée qu'il manifeste^ et de la raison du phénomène jusqu'à Dieu, à Mou Dieu^ envoyez un législateur, aflh qu'ils sachent qu'ils sont hommes. » Oh I Verbe divin, qui vous êtes fait notre frère en prenant notre nature^ élevez^nous jusqu'à vous, afin que le diadème que vous avez posé sur notre frout reprenne sou éclat, afin que nous cessions de nous perdre dans de stériles abstractions, pour vivre et pour agir à h face de Dieu et de nos frères !

Vous le voyez, nous ne cherchons à définir ni la matière ni l'esprit en soi, parce que ndUs en avons recohnu avec toute la science moderne TimposâiWlité. Faisant ainsi de lio-» tre intelligence Ttisâge le plus digne, <icfus ne l'appliquons qu'à connaître ce qui peut nous aider à accomplir nôtre ma-

DANS La titlEJlTtON. !2tS

gnid^âedëâilttéft dëttiéaiàteMr ëhli'ë Diéa «t âSs l«uyfe§. En ruhivèf» tîdiume ëti tioUs; dàitâ 18 brëaitidh tOUt éiUièfe , noiis âvonâ VU déUM6h6sed 1 1» UUiitë, qaieâtlâ lUbstâflce, el l'itidéfitii, (|tli ëét là Vie. Ld limite pilfë^ ou Id matière élémedlaire,- m VellUe se poë&r ëii face du tié^tit^ et elle à pu lui dire : ^é suis l'ël!*e par rappdrt à tot^ parce que je puis recevoir là fortuë, le inouvement et la t ië, toi, Itt tiële peux pas^ Mais je Mè en Mm teiupë le noh-étre par fappoi't k la vie^ car elle ti'èst i)as de ntoi^ elle n'est pas par mifl^ elle li'eat pds itidl t je la rëcdis^ lufiis rtë lu fais point t je la manifeste sans la contenir^ eftf elle est riudéflni et je suie le fini pur; Cette vie, s'emparant de la matière pour se manifester, la conduit progressivement et pà& à pas de Tatome aux orbes célestes^ de la poussière dui lichens, de la plante eilcore à demi-minérale au roi des végétaux , de là à ranimalitéi depuis le zdophjte jusqu'à rhotnibe visible. Dans cette série toujours croissante, la limite pure est devenue une individualité^ d'abord simplement externe dans le règOe inorganique^ puis interné dans le règne organique^ et edfln ^ complète, parfaite^ achevée dans l'homme^ où elle n'a plus qu'à prendre conscience d'eUe-mémé pour être un moi, une personnalité vivante, indestructible^ immortelle; Alors Thomme^ posé vis-à-vrsl de Tunivers visible et de toUs les êtres maté* riete^ peut leur dire à soU tour s 8eul| dans cet univers < je suis Tétre par rappott à vous, ear j'ai eenseience de mon moi vivant^ de ma personnalité immortelle, comme amour^ intelligence et volonté^ ëtvousneravezpas: Cependant je ne suis en méine temps qu'une lâlmple négation^ une limite par rapport à Dieu^ source unique et universelle de la vie^ car lui seul eoUtientenluileptineipe^ la raison^ la fin de monamouri de mon intelligence èl de mou activité. Séparé de Dieu; je ne

suis rien, ne connais rien, ne peux rien que subir Tépouvantable supplice d'une aspiration sans bornes d'amour, de science et d'activité, s'épuisant dans le vide» enfer sans nom qu'aucune expression humaine ne peut rendre. Avec lui, en lui, au contraire, je suis tout, je sais tout, je peux tout; car la vie même de Dieu, à laquelle je communie dans le Verbe, devient ma propre vie, toujours possédée par moi, sans être jamais individualisée, car Thomme n'en jouit que par Tabnégation même qu'il fait de son amour, de son intelligence et de sa volonté, dansTamour, dans rintelligence et la volonté de Dieu. Félicité suprême étemelle, que rien ne saurait exprimer I

Nous avons vu en nous la limite ; mais, suivant en môme temps la projection de notre vie dans son côté indéfinissable, nous avons nié la limite et nous avons rencontré l'infini, en obéissant au sentiment de la perfection ou de l'indéfini. Placé en face des créatures visibles, nous avons dit : voilà la négation, la limite, et ce n*est pas en elles que nous pouvons trouver l'indéfini que nous cherchons. Pourtant, elles doi* vent en être une manifestation, car elles sont destinées à nous ramener à notre principe. Ce sont des précepteurs muets, et cependant, comme dit le prophète, <k il n'est aucun peuple, aucun homme qui ne puisse comprendre leur langage symbolique, » et lire leurs caractères hiéroglyphiques* En effet, regardez attentivement et dites-nous s'il n'est pas vrai qu'en nous heurtant dans tous les sens contre la limite, nous ne voyons, nous ne sentons partout que l'illimité 7 Qu'est-ce, en effet, que nous percevons? La limite sous laquelle la vie se manifeste ? Non ; car cette limite, n'étant en soi qu'une négation, nous reste toujours inaccessible. La vie indéfinie en soi partout et toujours manifestée ? Oui , voilà ce que nous

percevons. La limite , c'est Tabstractioii , c'est le vide : aussi ne constitue-t-elle et ne saurait-elle jamais constituer une science. La vie, c'est le réel, c'est le vrai : aussi toute science est-elle la constatation d'une réalité vivante.

Prenez tel être que vous voudrez, le minéral dans le rocher, la plante sur la terre, l'animal au sein de la nature, et votre corps et le mien, partout la borne, mais aussi partout la vie. Où est son foyer? d'où rayonne-t-elle? Croyez-vous que la plante, que l'animal individualise la vie ? Non ; tous y communient, mais aucun être ne l'arrête, ne la fixe en lui. De là cette transmutation incessante des formes, cette palingénésie universelle où la vie recompose partout et toujours, parce qu'elle décompose toujours et partout. Elle est là sans cesse en action, brisant successivement toutes les formules, toutes les formes par lesquelles elle se manifeste, pour les renouveler sans relâche dans une perpétuelle métempsycose. Chaque individu puise dans un trésor commun qui appartient à tous, et qu'aucun ne possède exclusivement.

Ce que nous disons de la vie, il faut le dire du mouvement, qui n'est que la vie en action. Tous les êtres disposent de la force universelle, qu'aucun cependant n'arrête et ne fixe en lui. Ainsi, en tout et partout, l'illimité et la limite, la vie et la mort, l'être et le non-être, l'afSrmation et la négation, en coexistence simultanée, forment l'antinomie universelle à laquelle tout est soumis.

Quand donc vous avez borné votre intelligence à l'étude de la nature visible, vous Tavez enfermée dans la limite . Là, poussant un cri de détresse et d'impuissance, vous avez dit : Plus de théories, car nous manquons de principes immuables; bornons-nous à recueillir les faits. Mais les faits ou phénomènes, c'est encore la limite, la négation, le zéro.

846 P^ LWpÉFlNI

MuUipliez-l^s p^^r ôui^Twérnes (^pt qu'il vqu; plaira, vqus n'qliUôndre? jaipaj^qi^e le ?érQ. N^ rgve^YOi)$i pas proclamé vous-ifiétnes lorsque, pour l^s (l^sigpef, vpi)s ^vez créé c^ mot de phéqpïnèpes oh 4'(ïPJ»flJ»'^»W» wi veut dire « l'être qui n'est pac;, te rien quelque ahuftf » Ifi fpilieu entre le qodêtre et l'être qu'où m Pflunaîl gu>n l'iguorant, » pomme s'exprime sainf Augiigiio. M\^^ plus loiu, pt yqus verrez que le zéro le pepr^ieptu si ei^apieppent ju^qu^ dps ^a forpie, qui pst celle du puipti de l'atome, ^e^ orbea et gloires célestes ou terrestres , pt I9 figure-sypt^ësp ^e toutes les formes, en même temps que re^pressipn de toutes les uégatipqs. Ce n'est pas ]^ la vje, 1^ vjp qi^i dilate rhouipop, le ^éyploppe sous tou^ ses asppc^^, lui fai( ap^omplir ^^ loi pomiqe cpptre de I3 crpaiiqu, et rayon 4e piep dans le Christ,

Qp que la matière élémentaire e^t k Tunivers visible^ l'univers visible tout eptjer Tpst 2\u fflP^dp spirituel, Cet univers inatpripl, ^ans popscj^nce réelle pt perçionuelle de luirméu^e, u'pst Yéri(;)blempnt qu'une négation, une limite^ par rapport QH WVindei des psprits, où l'homnte, ay£(nt la conscience réelle Pt ppr^nuplle ^e lui-n^ême en pieu, principe, raison et fin 0e son qn^opri 4^ son ju^^Uigeuce pt de s^ yolpu^é, ejÂs[e ^lorf vérit^iblpippu^ d'une existence indestructible, iu)|portelle. l^p corps e^\ dpuc non point notre êtrp^ mais sf^ limite ; nou ppipt notrp vie péplle, qui est indéfipie, j/u^]^ au contraire son terme limité, c'est-à-dire sa négatiou; uou point notrp pprspuu^lité, qui est la conscipnce de cette perfpctlon s^ps bpnies, mais bien sou opposé, car tout eq lui es( borué- L.e monde visible est Télément rudifuentaire de notre création spirituelle, |p chaos priipitif qui précède cette gpuè^e. Nous y frquvops, nous y puj^ops, p^r la vie pratique, l» cpu^pience ^ notre pprsopnîiUté, 4p pp^p ppr-

DAMS M Cfi$AT|ON. 247

sonpalité qui p^^t t^m U CQnscieDce dq npu^mémea, en taut qu'i^tre indéfini, p|i a^pipitiiop san^ bornes ^ la perfec^ tion supréota. Cette Gonsmenc0 est la limita spirituelle qui npus constitue distincts de Dieu, puisque Dieu est cette perfectiop infinie ella-piéme, et que nous ne sommas que Taspiration iUimitéa à catta perfection qui est lui. Mais 3uffit-il de nous poser distiuct^ de piau? Non, évidemment, puisque notra prioeipe, nçir^ raison d*être et notre fia étant en lui, il faut qpe pou^ noi)s pos^ioqs an méma tamps comme immolant en lui, parle sacrifice, cette limite spirituelle, afin d'asr socier, d*unir notre amour à son amoi^r, qptre intalligeoae à son intelligence, uptre action à son action , et d'être un avec lui et en lui, par le Gbrist. hk astle vrai but de notre rôle ici-bas ; alors notre personnalité q'est plus une simpla limite spirituelle, une pure négation limitative; la vie divine descend en elle, s*an empare et la pénètre, comme h vie pbysique descendit au premier des jours dans )a matière rudimentaire,s'en empara et la pénétra de toutes parts, pour en tirer ce magnifique développement indégpi, sans conscience de lui-mém^i W ^^^^ nommons la création, et dont les sublimes h^roaonies ppus ravissent, l^a formatioq das esprits dans la société spirituelle ou l'Église est doua littéralement, et dans toute la rigueur du mot, une création comme celle que nous voyons sortir avec toutes ses magnificences du cbaos primitif, au lever de la lumière. Seulement, ici, ca n'est plus la lumière phéooménique ou pure manifestation, mais la lumière essence, 1^ lumière yr^ia et intelligible, c'est le Verbe divin, en un mot, qni fait sortir du cbaos primitif de nos âmes les inénarrables magniÇcences de ce monde des esprits. Ainsi, tout sa résuma dans le Yarbe incarné, dans le Christ.

iéS DE LlNDÉFCa

D'après ce qai précède, Q est fiidle de comprendre en qael sens le brabmanisme a raison en ne considérant l'univers matériel que comme une illasion , nn fantôme vide de réalité. Ici la reUgion de Tlnde se place au point de vue deTinfini ou de Dieu. Or, à ce point de vue, le monde matériel n'est en effet, en lui-même, qu'une simple négation, une limite; et c'est en ce sens que nous voyons l'Écriture sainte l'appeler un néant, mhilum. Le prophète dit : Omnes génies quasi non sint sic sunt coram eo, et quasi mhilum et inane reputatœ sunt, et extendit velut mhilum cœlos. Ecee, vos estis ex nihilo , et opus vestrum ex eo^ quod non est ^. a Tous les peuples sont devant Dieu comme s'ils n'étaient pas ; il les regarde comme un vide et un néant. Yous êtes de rien et votre œuvre vient du néant» (du non-être). Mais le brahmanisme , en présentant la vie universelle dans la création, comme l'action même de Dieu dans le monde, n'a considéré comme une illusion sans réalité que les formes visibles et tangibles sous lesquelles cette vie se manifeste à nos sens, et non point cette vie en elle-même. Cette vie invisible, impalpable, effet incessant de la puissance infinie de Dieu, n'est pas plus la matière sous laquelle elle se révèle que notre esprit n'est le corps par lequel il se manifeste. C'est en ce sens aussi que sont profondément incontestables et vrais les arguments des philosophes qui, comme Berkeley, nièrent Texistence des corps, que Malebranche lui-même proclamait indémontrable par la raison. C'est en ce sens, entin, que les sciences physiques ont justement conclu, en ne reconnaissant que le caractère de simples apparences phénoménales à tout Tordre des choses visibles.

Ils avaient donc profondément raison tous ces innom- « Isaïe, c. XL, V. 17, sa ; c. xu, v. «♦.

brables mystiques dont les pressentiments sublimes, devançant et préparant le progrès de la science, appelaient rtiomme au détachement complet du monde et de toutes les choses visibles. Ce qui ne semblait alors qu'une exagération de leur élan spirituel est aujourd'hui la conséquence rigoureuse d'une logique inflexible. Ce que nous avons dit de Tindéfini en est la démonstration positive, la notion scientifique; et nous pouvons maintenant comprendre ces paroles profondes de saint Âmbroise, qui ne sont qu'une expression parfaitement exacte de la vérité, a Ce monde, dit-il, ce monde est comme un songe où nous voyons sans voir, nous écoutons sans entendre, nous mangeons sans nous rassassier, nous nous réjouissons sans nous réjouir, et nous courons sans parvenir au but. Chimérique illusion de Thomme en ce monde, qui poursuit ce qui n'est pas, comme s'il était ! Apparences vides de réalités, vains fantômes qui viennent et s'en vont, apparaissent et s'évanouissent comme des rêves ! Fumée qu'un peu de vent nous apporte et dissipe, on croit les tenir et on ne tient rien. Aussi celui à qui TÉcriture dit : <K Réveillez-vous, vous qui dormez, »sort du sommeil de ce monde des ombres , comprend que tout est faux, que tout fuit et s'évanouit, patrimoines, pouvoir, richesses, honneur et beauté. Car tout cela n'est que songes, qui n'abusent que ceux qui dorment et ne touchent point ceux dont le cœur s'éveille au monde des véritables réalités ^ »

Quelle théorie philosophique a jamais conclu à une pratique plus élevée, plus sublime, plus éminemment religieuse ! Mais, direz-vous, si dans le sens vrai et suprême de nos destinées le monde visible n'est et ne doit être pour nous qu'une négation, une limite, pourquoi notre passage ici-bas?

1 L. VI!, ép. XLIV, p. 1063, 1061.

250 DP i'IKOËPIlil

Pourquoi? Pour aepQwplir libreqtentl^repoiioeiBent à eette oégation, à cette limite, pi mériter par ce $aerifice la vie éternelle à laquelle Qpu$ ^Qinmes appelas* 81 k iéro est la représentation iflfitbéffifitique de la liRiit^t la croit est k son tpiirla représentatiop géqpiétiique de notre iniiiaticin, Par )^ point où ses deux \\ga^^ ^ rencontrent en se coupant i angles droits, la croit est la ^guro géon^étrique du renopr cément à soi-méipe ou flu sacrifice, loi de notre existence terrestre. Par la projection illimitées de ses quatre lignes allant aux quatre poipt^ de r^orizon, et embrassant ainsi virtuellement tipute étendue réali§ée nu pessiMe» la $roix est la forme symboUque 4e Viodéôni, qui constitue le loarapt^e de la création f t de notre proprq nature, sentimwt de l'indéfini qui est la force vive par l^iqueUei brisant toute limite» nous accomplissons incessjtmm^nt l^ \^\ du sacri$§e qui nous élève de plus en plu^ vers pieu. Par le oentre invisible, quoique gépp^étcriqil^m^iït vrai, ou se joignent cps quatre lignes d'Iuterspctioni comme autant de rayons à leur foyer, la croit, unissant sa double ligne, signe de Tindéfini, en ce centre, cercle ou limite idéale oi^ ftUes ^e fondent, est l'etpression de Tamour ou de la charité en nous, charité double en sa manifestation, rayonnant en Dieu et en nos frères, bien qu'unique et indivisible dans son principe, qui est k la fois et en mém^ temps Tillimité PU Dieu en nous, et la limite ou nous-mêmes en Dieu. Représentation géométriquement exacte dp n<>tre destinée terrestre tout entière , U croix Texprime 4pPP ^ous ses trois faces indivisibles, ep résumant ainsi en ellç la Ipi du Christ. Par son ceiUre elle expriqte Tamour pu la charité upi^pi'selle, qui est toute la loi. Pur IHuter^ectipn de se^ d^Ut branches elle exprime le renoncement à soi-même ou le sacrifice, con4ition de la pratique

de U ebarité ep qe mondq. Par ses quatrei ligiies, eip))fds^ant tas quati^ ppints dp rhorizon S elle ç^xprime la pQflscience QU le ^entimeq^ de rindéfini, qui esit Te^^or otépae et la foFoe vive de notre personnalité^ ^'élançant incessao^ment vers Dieu. Enfin, par ce centre, qui est Tunité en chacnn» ce point 4'inter^ec(|oD, unité de rapports et e^sor indéfini des quatre branches, qui est l'unité de tous en e)iaeun ^t de chacun en tous, la croix exprinie le trjple aspect de l^ c^fn^iuttion universelle des êtres en pieu, entre eux et en eu^-ipêines. Lliistoire tout entière d§ notre destiné^ terrestre est donc géomélriquementreprésentéepfirla crpii^, coinw§ la nption de la lin^i^e par le zéro.

Mais la destinée suprérpe de Thûinme n'est pas sur U terre, elle est au cipl. ybon^me est un être indéfini : or, qui c|ît indéfini dit ipin^ortel, pomnr)e qui dit infini dit éternel. L'éternité est Tét^rpel présent ; rimmprtalité Tétôruel avenir. (< Dieu, dit la Sagesse, n'a point fait la mort. Il a créé Tbomnie inexterpinable ; il Ta fait pour être une image qui lui ressen^blât^. 9 Dieu, en créant un indéfini, crée par là mêoie une immortalité. Concevez, si vou^ Iq ppuvez, la des-

^ Ce que noiis disons de la croix est oon-seuleipent i^stifié par les monuments et les explications archéologiques^ mais même par FÉcriture sainte. « Dieu, dit saint Paul, était dans le Christ se réconciliant le monde A pa? le sacrifice de la croix. Placé entre le eiel et la teçre, pour les unir en Iq, il embrassa^ le pfionde entier daps spp apiçiur, et sop sang qui coulait au Calvaire baigna tout Tunivefs, dit Ori^ène. L'Église de Rome célèbre ainsi le mystère de la mort de PHomme-Dieu : « Son sang a purifié la terre, les astres, le firmameai et les mers. » Nous ajouterons, po|«r ceu]( qui saveat ^'élev^r de3 choses visibles ^ux invisibles, que le Christ immolé ne touchait ^ la terre cL\\e par la cfoix , symbole du sacrifice, afin que le monde apprit que c'est par la croix seulement que noas arrivons au divin Médiateur.

truction d'un être que Dieu a voulu indestructible. Supposez Dieu anéantissant Thomme, vous posez une contradiction dans les termes mêmes. Ainsi la puissance de Dieu, qui considérée en elle demeure éternellement infinie, se limite éternellement elle-même devant Tindéfini qu'elle réalise. Est-ce une borne, une limite imposée à Faction extérieure de Dieu? Tout au contraire, l'infinité de cette puissance, ainsi que sa sagesse et son amour, éclatent et se manifestent bien plus dans la création d'êtres indéfinis, et partant immortels, que par le vide ou par l'anéantissement des créatures.

Maintenant, si vous voulez vous faire une juste idée de la grandeur de Thomme, posez-vous en face de Dieu lui-même avec vos tendances indéfinies, et la conscience de votre immortalité. Avec vos tendances indéfinies, vous pouvez dire à Dieu : Il vous a fallu être un amour infini pour vous poser devant moi comme but de toutes mes aspirations, pour vous placer dans l'admirable nécessité de ne jamais mettre de bornes au don de vous-même, de sorte que vous ne pourrez jamais me dire : Tu aimes, tu connais, tu possèdes assez. Toujours, et toujours plus, il vous faudra dérouler incessamment devant mon incessante aspiration les trésors toujours nouveaux de sentiment, d'intelligence et de félicité. Mettre des bornes, à quelque âge des siècles que ce soit, à ma soif inextinguible d'amour, de science et d'activité, à son développement et à sa satisfaction toujours croissants, ce serait vous contredire par le changement des lois immuables de votre sagesse, et cesser d'être inépuisable dans Tinfini de votre amour. Dans la possession indestructible de mon immortalité, je dis à Dieu : Oui, à la limite de la vie, j'aperçois làbas sur la terre mon berceau ; vous, vous êtes sans origine parce que vous êtes infini. Je n'étais pas dans le passé, mais

tout Tavenir est à moi. Immortel parce que je suis indéfini, vous ne sauriez m'anéantir, car aucune contradiction ne saurait entrer en vous. Indéfini, c'est-à-dire immortalité et anéantissement sont une contradiction. Or, si vous pouviez jamais vous contredire, vous ne seriez plus Dieu. Mais vous Têtes, voilà pourquoi je suis immortel.

Qui dira cette aspiration éternelle de Thomme dans le ciel? Qui pourra dire aussi la communion universelle de tous en un dans le Christ? Déjà, dans le monde visible, la solidarité de tous les êtres se manifeste à nos regards. Tous donnent et tous reçoivent pour donner. Chaque acte se répercute, en se prolongeant d'anneau en anneau, jusqu'au bout de la chaîne électrique et dans toutes ses directions, parce qu'une force unique les relie tous pour les faire tous un. Dans Tordre de la véritable vie, c'est le principe même de cette force universelle qui unit en lui et à lui-même tous les cœurs, toutes les âmes. Vous ne le voyez pas, vous ne pouvez le voir des yeux du corps; mais regardez avec Tœil de Tesprit, et vous verrez que là surtout, tout est en solidarité, en communion. Source inHirissable comme Tinfini d'où elle jaillit, la vie étemelle s'épanche à flots en tous. Et parce que Taction de chacun et Taction de tous se produisent sous Taction même du Christ, dans cette chaîne universelle des esprits à double courant sympathique, non-seulement le moindre mouvement se répercute et se prolonge dans toutes les directions, mais la chaîne étant sans extrémité et se rattachant à elle-même, ce mouvement va s'élargissant et s'accroissant éternellement dans son cours, en même temps que la force vive qui Tengendre s'accélère et se multiplie éternellement dans son principe et dans la coopération active de chacun eu tous, et de tous en chacun. Dans cette éter-

m Si ti1ffb«FM

nêll« ééihffittiiidn m âàtiiU^ \û fié, le§ teérite^ «t IC bHH^ hëtir de thiUm deviëtlrieiit la vie, leà liléritéS et le boii-^ béUr de tous, ^'augmentant toujourë âânè limite» dâils là progfes^idn iDdéfinie de TâmoUr^ èomme danâ le nombre illimité de céul (llil y participent. Sphère vitântc et divioé du Dante, qui ta ^'élargissant toujours sous les torrents d'amoilt, de bdiiheur et dé fie qtii en débordent salis cesse davantage \ vous li'ôtes qu'une image^ un testige, une ombre dé cette universelle communion deë âmes !

Mais àusslj Nombre Dante, peintre infleklble des enfers, qttë idii pincead UaVrant est une esquisse imparfaite encore dei^ douleurs i^ans nom de Tâmeisdlée de Dieu ! Que le cei*ëlè fatal qdl étteint dans ton verS de lieu sans ëspéraface est eiieoré |Jlêin de vie devant la réalité dii cycle Vidë^ ofl tombe rhomme en se séparant de Dieu ! Ah ! le progrès est encore dànà la négation, danâ la limite, ebmmë il est dans la vie^ parce que ë'est la loi éterhellë; Mais c'est le progrès dans le ♦idë. Asplter de plus en plus à l^amoUr pour s'avancer de plus en plus dans la haine ; sentir son cœur se dilater & chaque instant davantage pour le remplir d'un vide à chaque instant plus profond ; aspirer de plus en plus à la Vérité et s'avancer de plus en plus dans Terreur ; sentir s'accroître tt Chaque instant le besoin irrésistible de connaître, et comprendre à chaque instant dé moins en moins ; voir les ténèbres plus épaisses, à mesure qu'ott désire plus ardemment la lumière ; éprouver la soif et la faim Sans cesse croissantes de l'action, de la volonté, de la vie^ et voir ses mains retomber de plus en plus dans le tide, sa volonté ne pouvant 8*e*ercer qu'à se haïr elle-même, et sa vie qu'à chercher une mort (|ui recule sans ces^ë; indéfini, c'ëS(-âdirë indestructible, aspirer à tout toujours plUs, et n'arriver

à rien qu'à se creuser dans le vide un vide plus profond encore : Seigneur ! Seigneur! détournez à jamais nos yeux d'un tel spectacle, et s'il nous est impossible de ne pas reconnaître que telle doit être nécessairement la destinée de quiconque se sépare de vous, laisaex-nous vous prier que cette séparation ne puisse jamais s'adtomplit eomplétement pour âticuil de iib&frêrés!

nêll« éëihffiiltiidn m bâtiiU^ Id fié, leâ yrlte| hëUr de dhadiiH deviëHrient la vie, le* itlérir f he«r de tous^ é'augmentattt toujours Uwt^ % progfesSidh iDdéfinle de l'âttiollr, êofflf | ^. '^ illimité de ceux (fUi y partldpént. Sj^| | f^ > du Dante, qui ta &'élargis&ftnt toi^'| | | * d'aiïiôilt, de boiiheui* et de tie qlf | davantage \ Vous d'ôtéfe qu'une 1^ de cette universelle comfflunir

Mais aussi, Nombre Dâiir qîlë tôii pinceaii ttaVrant e dôâ douleurs feans hom f èle fatal qdi Ôlteint f e&t eilCoré pléiii de '

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encore dans la p proférée. Aussi Dieu n'a

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à chaqil ^ divers que la terre lui donne ne disent point Vérité avent dire ce qu'il est dans son insondable nature, s'ac^ . sont que l'expression imparfaite de l'Être incomprélia* ^(isible dont le sentiment est au fond de toutes les âmes, t ^omme le foyer où s'allume leur vie. Pures appellations des bienfaits de cet Être adorable et de ses opérations hors de son essence, l'homme les emploie,, comme de smoiplcs signes, pour fixer sa pensée qui, sans ce frêle secours, s'évanouirait à l'instant dans les abîmes de Tinfini.

Par ces noms multiples, nous apprenons à le distinguer de tout ce qui n'est pas lui, et à le connattre comme peut le

^ S ombres du temps, la créature enfermée

^^ les étroites limites qui bornent toutes

^ 4y^ une parole humaine, intérieure

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origine, la solennité mystérieuse de . profonde, et le caractère si vivant de son aable majesté. Nom mystique et sacro-saint, aaieut seuls ceux qui entraient dans le sanctuaire en .laël, il se prononce iaou { JÉHOVAH), et signifie Était- Est-et-Sera*. «Voilà son nom dans toute l'éternité et dans ia suite de tous les siècles^, » nom ineffable, unique, incom-

^ Il offre d'abord pour radical le signe même indicateur de la vie, racine qui n'est jamais employée comme nom, et la seule qui jouisse de cette prérogative. Elle est dès sa formation un verbe unique, dont tous les autres ne sont que des dérivés. Ce verbe, devenant un nom propre, se complète du signe de Téternité dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine et un futur sans terme. Ce nom admirable signifie donc exactement rÊTRE-gw*-ÉTAiT-gui-KST-ei-gut- SBRA. Quelquefois, le signe de la puissance étant substitué à celui de la durée, ce nom devient d'autant plus mystérieux que, la première personne du futur remplaçant ia troisième, il semble n'appartenir qu'à l'Être qui le porte de le proférer. Il signifie alors MOI-l'êtab-qui- S1II9 - gtit - FUS -ef-^tit- SERAI. (Exode, c. m, v. 13, U. — Clément d'Alexandrie.-— Fabre d'Olivet, Co«mo^om> de M)i;s0^ versions littérales, cb: II, p. 68.)

• Exode, c. m, V. 15.

Dieu, sans nom. — Jéhovah. -^ L'Infini. — Dieu caché. — Dieu, perfection^ vérité, unité, justice. — Dieu dans l'arithmétique, la géométrie^ Talgëbre et le calcul infinitésimal. — Dieu ou l'infini partout dans la science. — Dieu partout et toujours dans le monde visible.

Dleo Mn en toof, koqtM ehoMi.

(Saiitt Paul.)

Kolfon générale.

Dieu, dit Origène, ne peut être compris dans aucuae parole humaine, soit intérieure, soit proférée. Aussi Dieu n'a point de nom propre. De tels noms ont pour but de distinguer les individus dans Tespèce, parmi les êtres semblables ou qui se touchent en quelques points. Dieu est seul dans son ordre, il est tout son ordre.

Les noms divers que la terre lui donne ne disent point et ne peuvent dire ce qu'il est dans son insondable nature. Ils ne sont que l'expression imparfaite de l'Être incompréhensible dont le sentiment est au fond de toutes les âmes, comme le foyer où s'allume leur vie. Pures appellations des bienfaits de cet Être adorable et de ses opérations hors de son essence, l'homme les emploie, comme de simples signes, pour fixer sa pensée qui, sans ce frêle secours, s'évanouirait à rinstant dans les abîmes de l'infini.

Par ces noms multiples, nous apprenons à le distinguer de tout ce qui n'est pas iui^ et à le connaître comme peut le

coDiiaitre, dans les ombres du temps, la créature enfermée de toutes parts dans les étroites limites qui bornent toutes ses facultés.

Bien qu'aucun nom, aucune parole humaine, intérieure ou prononcée, ne puisse exprimer Dieu, puisqu'il reste entre elle et son objet toute la distance du fini à l'infini, l'homme doit nécessairement en employer pour fixer sa pensée. Aussi existe-t-il un nom qu'un jour Dieu se donna à luimême, comme pour aider notre faiblesse à s'élever jusqu'à lui, et qui semble un souvenir de l'Eden, perpétué par Moïse et la tradition primitive. Nous devons regretter qu'il ne soit pas demeuré dans toute langue humaine avec Tauréole de son auguste origine, la solennité mystérieuse de sa signification si profonde, et le caractère si vivant de son incommensurable majesté. Nom mystique et sacro-saint, que portaient seuls ceux qui entraient dans le sanctuaire en Israël, il se prononce taon ( JÉHOYÂH), et signifie Était- Est-et-Sera'. «Voilà son nom dans, toute l'éternité et dans 4a suite de tous les siècles 3, » nom ineffable, unique, incom-

< Il offre d'abord pour radical le signe même indicateur de la vie, racine qui n^est jamais employée comme nom, et la seule qui jouisse de cette prérogative. Elle est dès sa formaliou un verbe unique, dont tous les autres ne sont que des dérivés. Ce verbe, devenant un nom propre, se complète du signe de l*éternité dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine et un futur sans terme. Ce nom admirable signifie donc exactement rÊTRE-gttt-ÉTAiT-gm-EST-ei-gut- SBBA. Quelquefois, le signe de la puissance étant substitué à celui de la durée, ce nom devient d'autant plus myslérieux que, la première personne du futur remplaçant la troisième, il semble n'appartenir qu'à rÉtre qui le porte de le proférer. Il signifie alors MOI-l'êtaequîsuis - 9tii- FUS -ef-gtit- SERAI. (Ëxode^ c. m, v. 13, U. — Clément d'Alexandrie.— Fabre d'OUvet, Cosmogonie de MoHise y y ersions littérales, ch: II, p. 68.)

* Exode, c. III, V. 15.

m^wîcalH^, p-arce- q»'il WerniSe ei^ uft testtoi» termes d€ h (ierée, et Ventila durée, pareenséquent^estrj^/lnipr^^Kml.

Il n'en est pas ainsi du nom de Dieu, emprunté aux langues pïtïennes. II » élé prodigué à tîntes lî^s eFéatures, à tontes les passions, à teus les crknes^ è& Yhonam, tandis que Jéhovah est demeuré d^ns sa solewnelle inviolabilité, exprimant l'Être absolu, qui setil est invariablemeut et iranmablement tout ce qu'il est. C'est le reflet de ee mm qui, jusqu'au sein du paganisme, se retrouve encwe daiis les pbiilosepkies' et s«¥ les monuments de ra»Btiquitié, *- « Diet que les pères de itos pères, dit Platan, ont nommé Je commencement, te Mïlie» et la fîn- de tous les êtres»» ; » — « Dieu trn, existant réellement par soi-mÔBae, et renfermant ca un seuï point présent toute l'éternité, » camme le définit si bien Plutarque^ et q«e rappelait merveilleiïsemettt cette inscription gravée à Feutrée du tempte de Sais : — ce Je suis ce qui « été, ce qui est et ce qui sera; »rt mortel' me soulèvera jamais me^n voite ^. »

Et parce que ce mm si^mlie tout à la foi» et simwlilafién^ent le passé, le présent et le futur, il nous révèle l'Être éternel, l'Être qui est de soi et par soi, qui est à Ini seul, et qui, par conséquent, est distingué substantieltement de tout ce qui est et ne peut jamais être qu'un pur effet de sa puissance, effet qui n'était pas hier, qui est aujourd'hui et qui ne sera pas demain.

Développez maintenant Tordre logique qu'implique ce nom sacré. L'Être éternel ou l'Être infini en durée est nécessairement infini sous tous ses aspects;* toutes les pro-

* De Legibus, lib. ni, oper., t. Vïï, p. 185.

> Pluiarque, De Isideet Oriside.

s Traité sur Vinscription du temple de Delphes,

DrEtr. 259

pf iAés i*vtn ftre sont rigoureusement Je même nature que l'être (pi-'effes caractérisent, par conséquent, Dieu est l'Être infini. Ce nom, d'ans notre langue, dit beaucoup mfeux. que celuf de Dieu, ce qu'^est l'Être que nous adorons dans son incompréheirsibfc- essence. C'est ce nom qui seul domine notre trarail'; il en est comme Talpha et Teméga, le principe, le roiïfeiï et la fin, fl circule dîans foutes nos pensées, dont rtam voulons quiï ^i! Funique séVe , et (p'iï fe pèièfre» jusqu'à la moelîe de son esprit de vie.

Car nous croyons que si rinfini*, inoculé dans ïes mathématiques , quo'?qu'un nombre infiniment grand soit une •impûssîbilité absoftre, a ouvert devant cetîte science des horizons sans limites appréciables, nous croyons que la présence de Tinfini réeï toujours senti'é, toujours vivante dans l'étude des questions religieuses, moraïes et philosophiques, doit ouvrir devant nous, non pas des régions nouvelles, mais (tes ho^rizons nouveaux de' ce monde de h vérité*, et nous founuhr des appfications plu^ appropriées attw: besoins actuels de l'esprit humsHff, qui ne peut croire çue ïa science ait dit son dernier mon sur ces hnmenses problèmes*.

Nous srvotts tr^op perdit fe sentiment de fa grandeur ib-

1 Bien pluii, les maÀimmdlw^f^ b^ccmçoWmi rin£»i qosé'imeBH^ nière abstraite el négative, c'est-à-dire par éliminalion de tout absolu et de toute unité vivante, comme on représenterait, par exemple,, la totalité du monde par un point : de sorte c^ue riniini malhémati^iue eâi bien moins l'iniini proprement dit que Tindéûni, le rapport inassignabie d'indéterminés qui, dit Pascal , « sa soutiennent tous entre le néant et l'inlini, éiant toujours infiniment éloignés de ces extrêmes.» {Pensées, art. 2. Réfleocions sur la géométrie en général.) La science religieuse, au contraire, conçoit IMnûni d'une manière concrète et positive, c'e&l-à dire par la synthèse de la vie dans toute la plénitude de son indivise unité, par Te sentiment, rintelligeuce et la possession de son absolue rôaliié, comme on figurerait le monde entier par la pensée unique qni en repré-

énarrable de Dieu, dont étaient si profondément empreints le culte juif et celui de la haute antiquité ^. C'est en vain qulsaïe, déjà sous Tancienne loi, disait : <c Vous êtes vraiment le Dieu caché ^. » C'est en vain que le concile de Latran a formellement déclaré que « Dieu est incompréhensible^. » La moindre théodicée essaye de définir ce Dieu « infiniment incompréhensible^ », comme si toute définition n'impliquait pas, par la limite, par le terme même qui la définit, la négation de l'infini qui constitue la nature de Dieu. Tout chrétien sait assez, par la déclaration réitérée de l'Évangile, que nul ne peut connaître Dieu, et que le Verbe incarné ou Jésus- Christ est le seul qui puisse nous en donner connaissance ^ . C'est donc par la révélation de Jésus-Christ perpétuée par rÉglise, et en elle seule, que se trouve pour l'homme la vraie connaissance de Dieu.

Dieu! que le cœur distingue de tout ce qui n'est pas vous, mais dont le nom ne peut éclore sur nos lèvres qu'avec tous les mystères de l'Être infini, je veux vous chercher et vous contempler en vous-même, je veux vous voir, vous sentir, vous aimer et vous comprendre dans toutes vos œuvres ; vous pouvez, vous devez garder le secret de votre incommunicable nature ; il me suffira, pour poursuivre mon

senteraità la fois et en même temps tout l'ensemble et tous les délails yivants ; en sorte que là seulement est TlnGni absolu dans sa notion véritable et créalrice, là est Jébovah.

' 6« Catéchèse, § S.

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