‹ Principes généraux d'une théodicée pratiqueChapitre 15 sur 25 · C. XLV, V · texte numérisé non relu

C. XLV, V

» IV, c. I.

* Pascal.

* Saint Jean, c. i, v. 18; c. vu, v. 46. — Saint Matth., c. xi, v. 27.- I Tira., c. VI, V. 16, etc.

initiation, de me sentir être, vivre et mouvoir en vous, et de sentir être, vivre et se mouvoir en vous tous les êtres, tous les mondes. Mon Dieu, vous êtes bien l'Invisible du Saint des saints, Tlncompréhensible du tabernacle de nos intelligences, et nul ne saurait vous contempler face à face, sans que toutes les limites de son âme et de son corps n'éclatent devant l'infini de votre grandeur. Votre vue foudroie les esprits de sa majesté suprême et les fait rentrer dans leur néant. Inclinez donc nos fronts, courbez nos genoux, et que, le visage prosterné contre cette création, miroir de votre être, nous puissions vous voir à travers ce voile qui tempère l'éclat de vos rayons, et, à force d'adoration en esprit et en vérité, rendre le voile toujours plus trans-* parent, pour vous adorer plus saintement encore, à mesure que nous approcherons de vous davantage !

Dlea danm lem meîeneett.

L'Esprit da Seigneur remplit tous les mondes, et comme 11 contient toat, il a aussi la science de tout.

(.Sageue, o. i, r. 7.)

Dieu, ditla révélation, est leMattre des sciences^. C'est lui qui les enseigne à sa créature ; il ne les lui donne pas toutes faites; il eu sème, pour ainsi parler, le germe dans notre âme, et c'est nous qui, par notre travail intellectuel, leur donnons les développements dont elles sont susceptibles.

Les faits confirment-ils cette assertion de la révélation sur l'origine des sciences? Oui, et aucun fait ne s'offre à nous avec une semblable évidence.

La notion, la conscience que nous avons de la perfection

* Sag., c. I, Y. 5.

suprême au ^e Vki6s^ %si k ïiukl^mùè hwwMpe et à ses idées ce^i'^st :le soleil a la «Adw^e f)èy»iqiie et aunpliéM^ luèives dont elle est le 4}béâtre^ Sif^r kf^nsée \o»s éteôgiieE le soleil, le tnonde j^eatre aiis&itôit4(i«s le chaos ^'oàk ki'ixuère le lit écWne^ Jiâik&i de Tifdée 4e il' wifiiiM . L'hcMnooe iaenrt auâsit&t intellectueUe^uent, &i vMsla mff^ei\Ai&eïÉ(t <le«0o esp^rit. Si la Inmiiè^e j)ihén(iaiétti^ «st fageot 'vjtal ëe la iumtioii visy^iie, la soUon «de tl'JAfoi (Oiu âe la {^erfèctidn so«veraiue est la lAHniàRe liuvi&ibk, viieiàe ia eréatÎM sptritueUe. De mèi«e .que a-ous tfte fKOiuvoitô coiicevoii* Dieu daas >le monde ooat^riei, s»u« sm :icUa ité indéfectible {xw doimer è la aiatièreilesler»if)es diversiesiqtii «ib»iHifies(be#U ses Hét^éier-neUe$,4e(rx^meifHi neipeutt cûiakprenâneAieiiida«sile*Dft«iMte 4es ^ijpnits sans sm activiirté souveraine fkOAir Am (iUwftkMsr et leur donner la vÂe «qui leur «e^uvieftt.

L'homme a beau vouloir se passer de Dieu ; comme Taiguille aimantée, quelles que «oient ses oscillations, revient toujours au pôle qui lattire, mù TiAtelligence humaine, quelles que soient les erreurs vers lesquelles elle s'incline toojoars, par le fait même de, sa nature, se sent attirée par

Ptoiu* pr^tcééer «avec ordre à la 4émoiisiraDio« 4e cette vérité éORdflnaeRide ^»i^ bien comprise, 4oit temiKfl<er les débats CBtPe la iphilosiipbie H la théoio^, ^pi ont pour «Mment A^ iemt division les rapports de la rarâsou avec la foi ^ .exaninons 4'i)bord Viiée de Oieii« J»ase 4e 'toute vie <iR* telleouiefle.

Av^iis-ttoiis Téelkmefit l'idée de Dieu, l'idée de l Intinif Si par idée de Dieu on veut eni-endre la f^roeptiofi daine de la aature déviée, cette idée n'est f>0Mi4 eu nous. Sl(ms en avons le sentiment, la conscience, la notion ; eUe ne manque

à ftttciiB€)ÎDt6Uigdftee{ se^leB^efit^epr^ndlas ^los divers de cause, 4e f^eRfeotiott, de vérifié, deboDté, de iteâulé, de providefttc«, et mille autres. Le |)hilosopbe de K.<BDi£sber.g 8Qulji6ttt<[iie ridée 4e Dieu qui est en nous ne démontre pas rigoureusement son existence, sans doute parce ^ue , ne pouvant jamais comprendre sa nature, il nous est impossible de prendre <eii lui les prémisses de notre raisonnement. A ious ceux ^ui partageraient cette doctrine, nous demanderons siiaplement : <}^'est-ce ^que le sentiment de la perfection qui est en vous ? D'où vous est-il venu ? L'avez-vous eiifanté au dedans de vous par votre propre énergie? Mais alors, vous pourriez aous dire ce qu'est TÉtre dont cette idée réveille la notion ; et vous ne le pouvez pas.

Est-elle v^nue en vous par la contemplation des créatures? Mais alors les créatures en seraient rexpressiou. Or, U n'en est rien. Il n'est point d'œuvres si jaagoifiques, point de créatures si parfaites qui épuisent le sentiment de perfection ^prâme qui est en vous. Toujours, Qn voyant la perfection, la beauté, la bonté créées, vous dites : Toutes ces choses pourraient étreplus belles, meilleures et plus parfarites encore . Et, en ajoutai>t.sans cesse uu degré de perfection à ces êtres, toujours vous direz, toujours vous pourrez dire : Je conçois qu'on tpuisse y ajouter un nouveau degré de perfection, «t ainsi sans fin. Il y a donc en vous un sentiment ^lue vous n'avez pu vous donner voius-mémes, parce qu'il dépasse dans sa puissance toutes vos conceptions ; qu'aucune créature n'a pu vous inspirer, parce qu'aucune n'en est TexpressioB vivante. Mais vous allez plus loin ; vous comprenez parfaitement que rien ne puisse jamais réaliser complètement la perfection dont vous av^la conscience. Il existe donc une beauté, une bonté, une perfection plus grandes que toutes

î26i DIEU.

les beautés, bontés et perfections que pourrait rêver votre imagination. Quelle est donc cette perfection irréalisable, irréalisée pour vous, si ce n'est la perfection infinie ouDieii? C'est ainsi que votre vie spirituelle tient de toutes parts à Dieu, connue le rayon au foyer d'où il émane.

Vous le voyez, le critérium de nos jugements, cen'estpas notre raison. Quelque chose de supérieur à elle s'impose à son action, comme mètre et archétype intellectuel, jugeant avec elle tout ce qui est soumis à notre étude. Tandis que notre âme, sujette aux changements comme tout ce qui est créé, passe des ombres à la lumière, du jour aux ténèbres, de la vérité à l'erreur, du bien au mal, la règle de nos jugements demeure immuable ; jusque dans ses écarts, ce n'est que par un abus de ce sentiment de perfection que notre raison s'éloigne de Celui qui, par une étreinte pleine d'amour, s'est révélé à nous pour être le critérium et la règle de tous nos jugements.

L'idée de perfection souveraine implique l'idée d'unité. « Si nous cherchons, dit saint Augustin, cequiplait en toutes sortes d'arts et d'ouvrages, nous trouverons que ce n'est que ce qu'on appelle proportions ou convenances, et que cela seul fait tout ce qu'il y a de beauté et de perfection dans chaque chose. D'ailleurs, il est visible que qui dit proportion et convenance, dit une certaine tendance à l'égalité et à l'unité, soit par la conformité des parties de même grandeur qui se répondent les unes aux autres, soit par la diminution proportionnée de celles qui sont de grandeurs inégales ^ »

Si nous n'avions aucune notion deTunité suprême, nous ne rapporterions pas, comme nous le faisons, tout à l'uuité, qui est le principe, la mesure et l'harmonie de la création. D'où

< De vera Religione, cap. xxx.

nous vient cette notion fondamentale, règle de tous nos jugements sur les oeuvres de la nature ou de l'homme? L'unité n'est nulle part dans la création ; elle n'est pas en nous. Tout, dans le temps et l'espace, est multiple et soumis à la loi du nombre. L'unité type, absolue, voilà la source de tout ce qui n'en est qu'une imitation. Cette unité, mère de tous les nombres, ne peut être aperçue par les yeux ni par aucun de nos sens. L'intelligence seule en est saisie, pénétrée, remplie, sans pouvoir dire ce qu'elle est dans son essence ; elle s'en sert comme d'un critérium infaillible, car seule elle demeure immuable au sein de notre esprit, qui change et varie sans cesse. Ainsi, toujours et partout, nous trouvons au dedans de nous l'antinomie, le fait vivant de la réalité de deux natures inverses, la nature infinie et la nature finie : l'une cause, l'autre effet.

« Il faut encore remarquer attentivement que toutes les choses qui touchent les sens, soit celles qui ne sont que l'ouvrage delà nature, soit celles qui sont l'ouvrage de l'art, ne sont belles que par rapport au lieu ou au temps; au lieu, comme «elles dont la figure fait la beauté ; au temps, comme celles dont la beauté ne consiste que dans les proportions de leurs mouvements. Mais Yégalité parfaite, et ïunité sou* veraine qui nous sert de règle pour juger sur le rapport des sens de toutes les beautés corporelles, quoiqu'elle ne soit visible qu'aux yeux de l'esprit , n'est rien de borné à un certain espace, ni de sujet aux vicissitudes du temps *. »

Ainsi, le sentiment de la perfection et de l'unité qui règle tous nos jugements n'appartient ni au temps ni à l'espace, quoique jugeant toutes les grandeurs, toutes les beautés, toutes les perfections temporaires. Et parce que Dieu

* M., ib.

266 mEU.

seul eai étranger à i«us ces oaracAères éi âaU le «entimeiài de la peffedk^ et de l'unité en nom i^'est 4o«€ que le rayiMBuetnent de ïm&sii dajis nos âmes.

Ail seiDitikttent de Tibiuité H .de la perfeclim s'uoit (naturellement la 4iotion de la v<éri(é, qw en .est nue des faces. Qu'est-ce que h vérité eu eUe-môme, ^ oe t'est Je Verbe éternel qui contient la raison dernière de toiute chose? La vérité est-«Ueidans.la nature? est-elle aativeinient eu oous? Mais la vérité est iudépeodajftte de rexistence 4e la M'è^& et de rintellig6»ce humaine, die ne vtar-ie pas cowue -eUes. L'univers cesserait d'être, avec I^his les létr^es qu'il -cMitieut, que la vérité serait toujours vérité.

d'est par le sentiment de la vérité <iu.e nous jugeons «toutes choses. A>elleAauS'CompaPMisettes€duviiesde Tart et les actions de Thoinme, et nous les acceptons oule^ •condamuoAS «elon qu'elles lui sont ctoniormesiou 4^osées. Ainsi , parce •que rien, soit dmis leflMude soit m aous, ne eontietttla vérité dont nous pcEPtmsJa notiaii ii>effaçable, eti^ue nous ne pouvons dire ce qu'elle est en elle-même, cette vérité (éternelle, aotérieure et supérieure à tout, n'est autre^ue Sieu.

C'est «pourquoi l'Apô^^e dit que le cbrétîeu, lorsqu'il est plein de l'Esprit de fiten ou delà vérité, étant uu même esprit avec lui, )uge de tout, parce qu'il (possède la règle iofaillible et la <raison suprême de toutes choses, et n'est iti^par personne, parce qu'il f»ut être au-dessus des choses pour en juger, et que ma -n'est «u-dessus de cet Esprit ou de cette vérité, qui règne dans le cœur de l'Église et de ses vrais enfaivts^.

Dieu n'est doncipas seulemeut visible dans k monde matériel, il r.est encore dans le monde des ftmes; et parce qu'il

* De ver a R^gione, cap. xxzi, p. 168.

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