‹ Principes généraux d'une théodicée pratiqueChapitre 17 sur 25 · DIEU. I7S · texte numérisé non relu

DIEU. I7S

David S écoutait d«Qs la ravissement du «Ueoee rhymne chanté par les cieux k la gloire du Créateur 1 s'il suivait la main du Tout-Puissant, modulant Tharmonie des sphères et traçant à chaque filobe le cercle immense dans lequel il l'enferme jusqu'à la fin des temps ; s'il recueillsit avec tant à'timour le dialogue du jour avec la nuit, et de la nuit avec le jour, se racontant la science et la sagesse de Celui qui en règle les beuresL Saisi par la réalité de la présence de Dieu dans tout l'univers, il portait le défi à toutes lesintelUgraoes qui vivent sur la terre, pour peu qu'elles soient attentives, de ne pas comprendre les voix innombrables de la création, chantant en chœur Celui qui fit éclore le monda au souffle de sa parole. Il a dressé , s'écrie-t-il , sa tente dans le soleil, ce géant de la lumière, image la plus splendide de l'Être mystérieux» source unique de toute vie dans le temps et l'espace.

Ah ! je comprends Pythagora écoutant « sous la langue des nombres, l'harmonie des astres 1 Vous aves cru, peutêtre, que, par une hallucination de son esprit, il recueillait les bruits que les sphères produisent dans leur marche à travers respace.^on, non! son âme contemplait l'Unité sou^ veraine conduisant en chœur les nombres mystérieux, qui ne sont que les êtres innombrables de la Création.

Dieu, Moteur universel et Force infinie, qui marehes devant nous sur les cieux, dans le chœur des sphères célestes et Tharmonie des mondes, dans le rayon de la lumière et le souffle des vents, vous en qui et par qui se meuvent, de Tatome aux orbes planétaires, tous las 4tres, faites qu'em*-

« Psaume XVIII.

portés, noas aussi, au-dessus de cette vibration universelle» par votre esprit de vie, suprême moteur des âmes, nous gravitions, selon la loi de nos destinées , vers vous , notre divin foyer, dans le chœur des élus et Tharmonie des anges qui chantent l'hymne éternel de votre nom !

III. Qu'est-ce que les lois de la nature? Si l'on regarde au fond de cette expression, ou ce mot n'a aucun sens, ou il désigne la volonté suprême du divin législateur. Les lois de la nature sont permanentes et infaillibles dans leur accomplissement. Or, la permanence et Tinfaillibilité ne sauraient être les caractères du fini. La loi détentes choses est donc la volonté de la parole éternelle, par laquelle tous les êtres subsistent et persévèrent dans l'identité de leur nature, et dans la reproduction des mêmes phénomènes. La croyance universelle de l'humanité primitive voyait la volonté et l'action de Dieu lui-même dans chacune des lois de l'univers. Cette croyance reposait sur ce principe incontestable , que toute action intelligente suppose nécessairement un être intelligent qui la produit, et que cette action étant permanente et indéfectible, l'être intelligent qui la produisait ne pouvait être que Dieu, seul permanent et indéfectible. Pour ne point confondre, comme les païens, Dieu et l'univers, nous nous représentons les lois de la nature comme une sorte d'entité métaphysique, pure abstraction de l'esprit, à laquelle nous donnons malgré nous une réalité concrète et vivante. En un sens, rien n'est plus exact , car ces lois sont, en effet, une idée en action, une idée manifestée extérieurement. Maïs nulle idée n'existe et ne saurait exister en dehors de l'être qui la produit et indépendante de lui. Toutes ces

conceptions intellectuelles, qu'on nomme lois de la nature, sont les idées de Dieu, renfermées dans son Intelligence ou son Verbe. Mais ce Verbe est lui-même un être, une personnalité réelle et vivante. Ce serait donc revenir par une autre voie au cosmothéisme de l'idolâtrie, que de considérer cette loi comme quelque chose d'indépendant de Dieu et de son Verbe, existant et agissant par une force qui lui soit propre. Vous supposez, il est vrai, que tous les êtres matériels accomplissent fatalement le mouvement dont l'impulsion primitive leur vient de Dieu. Mais ce mouvement ne saurait persévérer qu'autant que cette impulsion persévère; et comme en Dieu tout est nécessairement éternel, cette impulsion est aujourd'hui comme elle était hier, comme elle sera demain, c'est-à-dire que l'action du Créateur en son Verbe est permanente et continue ; et c'est précisément cette continuité et cette permanence de l'action de Dieu que nous nommons une loi delà nature.

Toutes les lois de la nature, comme tous ses mouvements et toutes ses formes, se révèlent donc à nous comme autant i' idées ; et ce monde idéal ou typique est la raison du monde phénoménique, ou plutôt ce dernier n'est que la manifestation extérieure du premier. Toutes ces idées ne sont que les formes diverses d'une seule et même Idée qui est le Verbe divin lui-même , en tant qu'archétype de la nature créée, qui s'unit en lui à la nature incréée, représentant ainsi à la fois Dieu tout entier au sein de la création, et la création tout entière au sein de Dieu.

Ou peut donc parfaitement concevoir la création du monde matériel. Dieu a en lui sa Raison, sa Pensée, son Verbe, parole éternelle qui exprime Dieu et exprime toutes les créatures, en d'autres termes : 1^ Il y a dans le Verbe divin

t78 DIEU.

ridée de Tinfinî, laquelle, étant infinie en elle-même, est Dieu ; S* ridée de l'indéfini réel ou Tindéfini de tous les possibles idéalisés en Dieu ; partant Vidée du fini ou de la manifestation extérieure des possibles, réalisés dans le temps et l'espace, et arrivant ainsi à avoir conscience de leur propre existence. Le Verbe divin se trouve donc le médiateur éternel entre l'infini et le fini et réciproquement, le centre, le point d'union et de passage de Tincréé ou de Tinvisible au créé et au visible, et vice versa. Il représente à la fois et en même temps Dieu au sein de la création et la création au sein de Dieu. Dieu parle dans le temps, par son Verbe divin, les êtres qu'il parle éternellement en lui. Le Verbe, parole intérieure et extérieure de Dieu, traduit Tidée éternelle en signes sensibles, et ces signes sensibles sont le monde phénoménal. La matière élémentaire est comme l'alphabet de cette écriture vivante, à la fois idéographique et symbolique, dont il se sert pour en tracer dans l'espace les hiéroglyphes sacrés. Chacun des êtres, ainsi réalisés dans Tunivers sous tant de formes diverses, est comme un des mots temporels de cette langue divine ; et tous, s^unissant a travers toute l'étendue des sphères dans une immense et ravissante harmonie, composent ce discours intelligible à tous, que Dieu tient à sa créature pour l'élever à l'aide des visibles aux invisibles qui sont en lui. Ce discours est lui-même une action vivante d'un amour infini et d'une intelligence sans bornes, par lequel nous communions au Verbe divin.

Ne serait-ce là que de poétiques images? Cet exposé ne contiendrait-il point une profonde et sublime vérité? La raison qui, par l'observation des faits, comprend parfaitement que tous nos actes extérieurs ne soient que la matérialisation de notre vie intérieure, conçoit avec la même

évidence que les aeles extérieurs à l'esgence divine ne sont et ne peuvent être que la manifestation de sa Pensée intérieure, de son Idée nécessairement éternelle. L'intelligence, éclairée de cette double lumière de la raison et des faits, est-elle dans la vérité? La persuasion où elle est que les choses se passent ainsi peutrcUe être confirmée par la révélation? Nul doute sur ce point.

L'école, n'ayant considéré le Verbe divin que relativement à la déchéance et à la rédemption du genre humain, garde plus ou moins le silence sur cette question capitale de la philosophie chrétienne. Ses adeptes se bornent à dire que, par sa toute-puissance, Dieu a créé de rien la matière et l'univers physique. C'est à peine s'ils ont effleuré Tidée du monde typique, s'ils ont entrevu que la création visible est faite d'une création plus parfaite, puisqu'elle est éternelle, et vivante au sein de l'intelligence divine. A cet égard, aucun progrès n'a été accompli depuis deux mille ans, et nous sommes presque restés en arrière de Platon et des anciens Pères. Plusieurs ont même été jusqu'à confondre l'idée éternelle et immuable en Dieu avec Tidée passagère et fugitive qui est dans Tbamme, n'accordant pas plus à Tune qu'à l'autre de réalité en soi.

Tout ce qui constitue l'univers dans l'Intelligence divine est purement spirituel. Dans notre nature finie, Tidée ne peut se définir et se comprendre que par l'expression sensible, le signe qui la matérialise en la limitant. De la sorte, la notion intellectuelle, impression toujours fugitive et sans consistance, ne saurait être considérée en elle-même et dans sa substance, mais simplement dans le signe visible, dans l'expression phénoménale qui la recouvre, soit qu'elle nous arrive du monde visible quand elle nous est transmise par les

sens, soit que, purement spirituelle, elle se rattache seulement au monde typiqve. On conçoit que dans ce sensrien^ne soit moins stable qu'une idée en nous, puisque cette idée ne devient une réalité compréhensible pour nous et nos semblables, que lorsqu'elle est rendue sensible pur la matière ou la parole qui lui sert de signe. Dans la nature divine, qui est Topposé, tout se passe précisément à l'inverse. L'idée, infinie dans son Verbe, dans son expression comme dans son principe, se définit par elle-même de l'esprit à l'esprit, et sans l'intermédiaire d'aucun signe qui la limite en la matérialisant. C'est la substance se révélant directement à la substance, la vie à la vie, l'amour à l'amour, sans qu'il y ait rien entre eux que l'éternelle visibilité des essences ellesmêmes. Tout y est immuable, parce que tout y est infini Ainsi, l'idée typique de la création, au lieu d y être fugitive et transitoire, sans substance en elle-même, y est dans une stabilité et une réalité absolues, puisqu'elle est éternelle. Sa vie dans le monde visible n'est qu'une phase 'de l'idée archétype, car, dit l'Âpôtre , les visibles sont faits des invisibles.

Par cela seul qu'elle est éternelle, cette idée renferme en une unité indivisible le passé, le présent et le fiitur de toutes choses ; tandis que sa manifestation visible et fragmentaire est une incessante évolution, une transformation perpétuelle, où aucun point de l'espace et de la durée ne reste un instant le même. Dans le monde physique, tout est phénomènes, apparences ou fantômes (phantasma), simples signes symboliques de la réalité invisible qu'ils manifestent. Dans le monde typique, au contraire, est le règne immuable et indéfectible des essences, l'invariable empire des réalités.

Selon la révélation, l'idée éternelle de Dieu et l'idée éternelle de tous les êtres réalisables possibles constituent le

DIEU. 28i

Verbe divin, eu sorte que prétendre que l'idée du fini en Dieu n'est pas une réalité, ce serait uier la réalité du Verbe, au moins dans son rapport avec la nature créée. Ainsi Ta conçu saint Jean, le disciple bien-aimé auquel Dieu a révélé d'une manière si claire la génération éternelle du Verbe divin, contenant en lui avant tous les siècles la vie de tout ce qui a été fait dans le temps et Tespace. « Ce qui a été fait, s*écrie-t-il, a vie en lui (le Verbe). Toutes choses, dit saint Paul, sortent de lui, toutes choses sont créées par lui et en lui. » Peut-on exprimer plus nettement que tout avait vie dans le Verbe divin avant la création visible? que c'est d'après cette création invisible, et parla parole qpi la porte en elle, que toutes choses ont été réalisées ou manifestées extérieurement au moyen de la matière.

Considérée sous un autre aspect, cette vérité apporte à l'intelligence une telle clarté , qu'il nous semble impossible de garder aucun doute sur sa certitude absolue. Un être est réel lorsque se trouvent réunies ces deux choses, la substance, soit spirituelle, soit matérielle, plus la vie de l'ordre de ces substances. Toute vie, par conséquent, implique une substance qui en jouit. L'idée éternelle de Dieu, qui a pour objet la nature finie, ne peut être évidemment Dieu luimême ; ici la substance est l'idée qui vit dans la Parole divine. Par conséquent cette idée, plus la vie éternelle dont elle jouit, est un être à la réalité duquel il ne manque rien. Cette conséquence est puremeni logique , mais elle est confirmée, comme nous venons de le voir, parla révélation écrite; elle est donc incontestable. La Parole divine, comprenant l'idée de Dieu ou du moi divin et l'idée de tous les êtres possibles, il est évident que tout puise sa vie dans ce Verbe divin, comme l'enseignent saint Jean

itt Dira.

et saint PaaK De sorte qne tout, jusqu'à nos idées si fugitives, si transitoires, ont la rie étemelle, parée qu'avant de venir en nous à l'état de notion, elles étaient écrites dans l'éternelle Parole par la science infinie de Dieu. Au flambeau de cette vérité, tout ce monde des phénomènes s'éclaire d'une éblouissante lumière. On comprend que ces apparences pbénoméniques, fantdmes vides de réalité par eux-mêmes, deviennent par le Yerbe, leur divin idéal, la manifestation visible du monde typique éternel, et qu'ainsi toutes ces révélations de la vie invisible s'offirentà nous,^comme autant d'initiations sacramentelles , par lesquelles nous prenons conscience de nous»mémes et de notre personnalité. L'u<nivers physique acquiert, dès lors, une signification, un but. C'est l'atelier de la création, où chaque être, encore meonsdetit de lui-même en Dieu, vient prendre conscience de sa vie propre, dans le Yerbe et par le Verbe, qui contient de tonte éternité Tidéal réalisé de cet être. Il lui fait prendre possession de son individualité personnelle sous les espèces visibles de cet univers, qui lui voile assez Dieu pour que sa personnalité ne soit pas engloutie dans la sienne, et le lui montre assez pour qu'il se rattache sans cesse à lui, en son divin idéal.

Voici comment saint Thomas exprime cette vérité fondamentale : « Dans le Verbe est le rapport de Dieu aux créa- « tures. Car Dieu, en se connaissant , connaît toutes créa- « tures (en Dieu, il n'y a et ne peut y avoir qu'un seul acte; (( l'infinité exclut toute idée de successivité) ; par conséquent a le Verbe, la parole conçue dans l'esprit est représenta- « tive de tout ce que l'intelligence perçoit dans ce seul acte. « De là en nous sont des paroles diverses, selon les divers tt objets que nous intelligeons. Mais parce qu'en Dieu, son

« intelligence infinie conçoit par un seul acte son moi divin « et celui de tous les êtres, son Verbe unique est l'expression « non-seulement du Père, mais de toutes créatures. Et, « comme la science de Dieu est seulement intellectuelte, « quant à son moi divin, tandis que celle relative aux créa- « tures est à la fois intellectuelle et réalisable, de même le « Verbe de Dieu, la parole divine est seulement expressive « de ce qui est dans Dieu le Père, taudis qu'elle est à la fois « expressive et réalisable pour tout ce qui est relatif aux u créatures ( c'est parce que la parole divine à l'égard des « créatures est tout à la fois leur image et leur créateur). « G*est ce qui explique ces paroles du psalmiste : Il a dit et « tout s'est fait, parce que la parole divine porte en elle le « mode de réalisation de ce que Dieu fait*. »>

Christ, idéal divin de toutes les créatures, aidez-nous à concevoir cet univers , afin qu'élevant nos âmes de ce monde visible à Vinvisîble, et percevant, & travers ses phénomènes qui passent, son immuable essence, nous concevions toutes choses en vous et par vous, et que tous les actes de notre vie ne soient que la manifestation du culte d'adoration, dMntelligence et d'amour que nos esprits rendent, sous le signe sensible de la matière, à rêternelle vertu qui nous a créés!

IV. Essayons de poursuivre, jusqu'à leur source originelle, les êtres soumis à nos investigations, et de saisir dans son infinité cette force toute-puissante, devant laquelle le néant lui-même recule sans cesse, ou plutôt se transfigure, de la mort à la vie.

* Summa /^quaBst. 34, art. 3.

2ai DIEU.

L'idée que nous avons de cette puissance créatrice a pour objet la cause même dont l'existence nous est démontrée par ses effets. Nous ne pouvons voir la vie en ellemême, mais elle se révèle à nous par les phénomènes qui accusent sa présence dans l'ujiivers. Mystérieuse dans son essence et jusque dans le mode de son action, elle s'impose à noire foi, en se manifestant en tout, partout, toujours, dans tous les éléments dont se composent les êtres, dans toutes leurs formes, dans tous leurs mouvements, et ne cessant jamais un seul instant d'agir.

Cette vie est-elle la propriété des créatures? Est-elle une vertu, une énergie inhérente à leur être et qui leur soit exclusivement propre? ou bien , Dieu est-il là toujours, à leur origine d'abord, ensuite dans tous leurs développements successifs, et enfin au dernier moment de leur apparition dans le temps? La vie finit-elle avec les êtres qu'elle animait? ou bien tout dans la nature demeure-t-il soumis, à tous les moments de la durée, à l'action souveraine du Créateur?

Lorsque, par ignorance ou par le triste besoin de se passer de Dieu, les naturalistes ont avancé, comme un axiome qui n'a pas besoin de preuve, que l'univers possède par luimême une sorte de force plastique suffisante pour former les êtres qui vivent à sa surface, leur hypothèse n'a nullement résolu le problème de l'origine du fini et de ses modifications diverses. Quelle est cette force plastique, souverainement intelligente , et il le faut bieu , car tout dans l'univers atteste une suprême sagesse, un plan parfaitement combiné et admirablement exécuté dans l'ensemble comme dans les plus petits détails? Quelle est cette force une, car l'unité, l'harmonie, caractère de cette œuvre, se reflète sous toutes ses faces? indéfectible, car elle est là tou-

DDSU. 285

jonrs présente, toujours agissante^ sans défaillir et sans se tromper jamais?

Les sources mystérieuses de la vie n'ont été qu'entrevues par les hommes de la science. Après l'avoir demandé aux corps simples de la chimie et l'avoir cherché dans la géologie jusqu'aux entrailles de la terre, ou dans l'embryogénie jusqu'à la racine des germes, tous se sont arrêtés à une certaine profondeur devantles limites du mystère. Ceux qui, loin de repousser la vérité, la poursuivent avec ardeur, n'ont pas cru que la physique ou la dynamique donnassent raison des phénomènes de la vie. Derrière tous ces effets appréciables aux sens, ils ont placé un principe vital immatériel. Encore un pas, et ils salueront avec nous la présence et l'action de Dieu dans l'univers, vivifiant toutes choses ; de même que l'enfant des solitudes salue avec transport le lever de l'astre qui lui apparaît comme le foyer de vie des créatures, ombre du divin soleil des âmes.

Oui, c'est à Dieu seul qu'il faut demander la clef de la science de la vie de tous les êtres, dans le monde de la matière comme dans celui des esprits. Quel inépuisable trésor de connaissances est promis à l'humanité, si elle entre dans cette voie! Avec ce principe, uni à l'étude des agents visibles employés par Dieu comme autant de médiateurs, pt)nr manifester son action on parviendra à formuler d'incontestables théories, qui auront le double avantage de satisfaire l'esprit et le cœur, de développer l'homme tout entier, comme être intellectuel et comme être moral.

Existe-t-il dans l'univers des vertus occultes, des énergies inhérentes à la matière, auxquelles on puisse raisonnablement attribuer la reproduction et la vie des êtres qui se succèdent sans interruption? Ces vertus, ces énergies sont-

elles actueUement indépendantes de Taetion du Créateur?

D'abord effets, ensuite causes, les êtres qui se repro«duisent, se reproduisent-ils en vertu d'une force qui leur soit propre , de telle manière qu'on puisse dire avec la science incrédule : Pour les premiers individus il a fallu, il est vrai, l'intervention d'une cause première» afin de les faire passer k Texistence, mais une fois réalisés, ils peuvent se passer et se passent en effet de cette cause?

Pour admettre ces forces occultes, reste de Tancienne physique de Tantiquité et du moyen âge, il faut les supposer gratuitement et sans preuves. Or, dans les données de la science actuelle» toute hypothèse de ce genre doit être éliminée.

Le monde visible n'étant que la manifestation du monde invisible, ils ne peuvent être divisés, ils s'expliquent Tuo par l'autre; les lois qui régissent le monde physique sont la copie de celles qui gouvernent le monde moral. Si vous bannissez Dieu de la création matérielle, si cette création vit, se conserve et se développe par une vertu, qui lui fut donnée sans doute , mais qui lui est devenue tellement propre, qu'elle n'a nul besoin de l'action actuelle du Créateur, vous bannirez Dieu du monde spirituel comme du monde pbénoménique.

Si Dieu est absent de son œuvre» le déisme seul est logique. Si Dieu ne se mêle plu3 des êtres de cet univcs's parce qu'à leur origine il les a dotés des moyens de vivre et de se perpétuer sans lui, à travers leurs destructions successives, comment concevoir alors qu'il ait déshérité l'homme de cette prérogative de contenir eu lui-même, sinon la raison de son apparition dans le temps, au moins celle de sa continuation et de ses transformations diverses? Comment l'être ie plus

DOCU. 187

élevé dans la hiérarithie d« ta création^ et qtti réaume en lui tous les autres, serait*il dépourvu d'une puissance inhérente aux degrés les plus inférieurs de la vie?

Pour nous, nous croyons que les créatures sont au Verbe étemel ce que la parole proférée est au verbe humain. Celle-ci ne continue d'être qu'autant que le verbe intérieur de rhomme la produit au dehors. Ainsi les créatures, parôle matérielle expriûoant les idées de Dieu, ne vivent* ne se conservent et ne se développent qu'autant que la Parole éternelle les parle ineessamment. Nous verrons iciletémoi* page de la raison confirmé par celui de la foi.

On conçoit donc que nous ne puissions admettre dans le monde, des vertus occultes, des forces cachées au fond des êtres, comme causes propres et indépendantes de la perpé« tuité des phénomènes de Tunivers. L'action du Verbe dans la création, action t<mte*puissante, souverainement intelli gente et indéfectible^ explique seule la vie et la persévérance des êtres dans toutes leurs phases. Devant cette vérité qui éclate partout, s'évanouissent tous les systèmes d^ causes secondes indépendantes. Il n'y a hors de Dieu que des instruments, des moyens de révélation de la cause unique de toute vie. Placé au faite de la création, et participant par son esprit ii l'action providentielle de Dieu dans le monde , l'homme lui-même n'est qu'un instrument librement associé à cette œuvre. « Car, dit TÂpôtre , nous sommes les coopérateurs, les aides de Dieu, et vous êtes le champ que Dieu cultive, Tédificc que Dieu bâtit ^ » Un être, cause principe et indépendante des effets qu'il produit, serait créateur, infini par conséquent, et c'est là le caractère incommunicable de Dieu.

* ï Cof., c. m. ▼. aj II Cor., ti, 1.

elles actuellenrant indépendantes de raction D'abord effets, ensuite causes, les êiveÊ duisent, se reproduisent-ils en vertu d> ^ soit propre , de telle manière qu'on, f |

passer à l'existence, mais ^^^ÉaÎ

passer et se passent en effet if ^^

Pour admettre ces forcr/^l 5[^ | f

physique de ranUquitéer;/| ^ '

e^7 I J; I ,^ ser gratuitement et s^ / 1 f & ^ ' iorces

de la science actoelle, fi fi au nouveau,

éliminée. | | ^ ^^^ ou de celui qui

Le monde visi^^ ' .^me, chef et point cul-

invisible, ils u'V ae tâtonnnements en tâtonne-

parrautre; \ erreurs, chaque force, chaque vir-

copie de ce' ^.^ ^ iofeillible dans son action et in-

nissez Di ^^^ son activité! Mais ce sont là évidemment se conF .^ês de linfini, seul infaillible, seul indéfecUble. ^^^ ^ rottlei que le germe de la plante produise une plante ^ ^^h par la Tenu qui lui est propre? Mats prenez garde, litf vertu doit être intdligenle, pour choisir, entre les élé- ^*«i$ dont se composent les £tres, ceux qui vont à sa con- .iiiNtion. Ne dites pas qu'elle agit ainsi fatalement, car vous «¥«Terseriez vous-^nème voire hvpothèse. Qu'est-€e en effet ^'agir fiitalement, sinon suhîr passivonent Fadion d'une livrée étrangère qui vous ment et vous dirige? Cette force, est celle de Dieu« Si les èlres maloids la sulMssent fatale- ^^V, elle n^esi donc point une vertu qui leur soit propre. Mais pour la formation d'un être, il findrn quelque chose encore de plus que cette infiàDible hitdUgence, il faudra

donner à cette force occulte une activité qui la rende présente à toutes les molécules de matière dont Tétre se compose, présente à tous les éléments dont est formé le corps humain, par exemple. Il lui faudra, avec les mêmes principes élémentaires, les mêmes gaz, former des corps d'organisation diverse, sang, nerfs, artères, muscles, os, distinguer Tun de Tautre, et savoir à fond tous les secrets de la physique et de la chimie. Il lui faudra le don d'ubiquité comme celui d'omniscience. Si c'est un simple instrument aveugle, toujours dans la main de Dieu, rien n'est plus facile à comprendre. Mais si cette vertu agit par son énergie propre, en vérité la cause que vous assignez à ces merveilles est plus mystérieuse, plus inexplicable que les plus incroyables rêveries consignées sous le nom de sciences occultes. Dieu crée un être, et, comme un ouvrier pressé d'abandonner son œuvre , il y dépose la plénitude de sa science et de sa puissance, et dès lors, cet être, indépendant de sou Créateur, agit par une vertu qu'il ignore sur sa propre nature qu'il ne connaît point ! Que de contradictions pour arriver à dire qu'on ignore où est la source de cette force universelle qui maintient, développe et transforme tous les êtres par une sorte de création continue !

Cette force c'est Dieu, voilà tout le secret du problème, et ce n'est pas là nier l'existence des causes secondes. Dieu agît dans l'univers par son Verbe, médiateur unique entre le créateur et la création. Ce médiateur suprême agit dans la création au moyen de tous les êtres qu'il appelle à l'existence, et dont il fait autant de coopérateurs, de médiateurs secondaires, agissant à leur tour, en lui et par lui. Dès lors tout s'enchaîne et s'explique ; tout être est effet et cause, associé, selon sa nature et dans l'ordre de sa hiérarchie, à

t90 PIEU,

l'action une et uniyeraelle du Médiateur suprême , et participant soit fatalement, soit librement, à sa virtualité absolue, devient un des agents de son œuvre dans la création continue des êtres. Ainsi, tout est solidaire, Dieu en son Verbe, sou Verbe en la création, et tous les êtres créés entre eux et avec Dieu. Tous concourent à l'œuvre de la création univer* selle, mais tous puisent leur force et leur vie dans un centre unique, l'étemel Créateur. Il réalise les premiers couples, et il veut que toutes les générations qui doivent les continuer sortent d'eux. Mais tous ces médiateurs associés, ces causes secondes n'ont de force et d'énergie que par Taction générale et la volonté toute-puissante de Tétemelle Parole sur la matière de lunivers.

Ainsi, le germe ne contient pas l'individu qui doit remplacer celui qui n'est plus. Cette vieille théorie de C. Bonnet est aujourd'hui complètement éliminée de la science et de Vembryogénie. a Tout être, dit M. Chaubard, commençant a par des molécules élémentaires de matière, ne peut ren* « fermer en lui des embryons pour se reproduire. Par consé» a quenttilestuntemps où les embryons n'existent pas encore « dans le végétal. Lorsque ce végétal est ensuite parvenu au « point de développement où ces embryons peuvent exister en « lui, il faut donc que Dieu, à qui seul est la puissancede don- « ner l'être, crée ces embryons par son action sur la matière « de l'univers, c'est-à-dire, par l'action de la lumière cha- « leur. D'ailleurs, ces embryons doivent eux-mêmes subir « toutes les phases que subissent uécessairemeut et inva- « riablement tous les êtres de l'univers. Il faut qu'ils corn* a mencent par être idées non réalisées de Dieu, ou êtres du « monde intellectuel, puis idées matériellement réalisées, « ou matière élémentaire, puis substance gazeuse, puis

<( substance liquide, puis substance charnue» enfin em* « bryon. »

Pour saisir la vérité de cette loi de la génération des êtres, il faut d'abord reconnaître que depuis la création de Tunivers il n'existe nulle part de matière élémentaire en liberté, c'est-à-dire îie servant à aucun corps. Chaque être qui apparaît dans le temps est une création identique à celle du premier jour, avec cette différence qu'à la genèse des choses, la puissance créatrice, pourformer les êtres, employa la matière élémentaire qu'elle avait réalisée, tandis que pour leur reproduction, elle part d'un germe qu'elle réduit à l'état nimentaire. Or, quelle est la force qui peut étreindre ainsi toute la matière, de sorte que pas une molécule n'échappe à son actiou, si ce n'est la force infinie?

On veut que Taffinité suffise pour expliquer Taggrégatioii des éléments qui composent les êtres. Mais qu'est-ce que l'affinité? Est-ce uneforce aveugle ou intelligente? Aveugle? elle n'est donc que Tinstrument passif de la puissance di* vine qui agit par elle. Intelligente? elle n'est donc point propre à la molécule, qui ne pense pas et qui ne saurait s'entendre avec toutes les autres, partout et toujours. « Pour ordonner, ditNewton, ce système avec un ensemble admirable de mouvements, il faut une intelligence suprême, une cause qui juge, compare, apprécie, règle, assigne, etc. Afin de mettre en rapport et d'ajuster toutes ces choses dans un ensemble si varié et si parfait, il faut bien certainement non pas une cause fortuite ou aveugle, mais Tintelligence du géomètre le plus habile et du mécanicien le plus consommée » Mais, dira-t-on, est-ce que Dieu peut moins qu'un simple horloger qui n'a pas besoin de demeurer attaché à son œuvre,

1 Utirw de NewUm à Bmihey,

292 ÇIEU.

et à qui il suffit de lui avoir imprimé le mouvement? D'abord, le mouvement de Vhorloge n'est point indéfectible , permanent et universel comme le mouvement qui est dans l'univers. Le mécanicien n'est nullement la cause du mouvement; il ne fait que disposer les pièces de la machine dans laquelle la loi de la pesanteur et la dynamique des forces s'exercent sans lui et en dehors de lui. Dans l'horloge, comme dans le mouvement des atomes ou des mondes, c'est donc toujours la force motrice suprême qui agit. Si la puissance et l'intelligence de l'homme n'aboutissent, en dernier terme,qu'àdisposer les conditions dans lesquelles s'exercent les lois qui gouvernent tous les êtres de la création, comment prêter à la molécule de matière un pouvoir dont ne jouit pas l'homme lui-même ?

Dieu est partout et toujours présent dans le monde. Son activité souveraine et indéfectible s'exerce sur la matière de l'univers par un simple acte de sa volonté, cette action peut seule expliquer toules les lois et tous les phénomènes de la création, elle donne de chacun d'eux et de tous le dernier mot de leur apparition et de leur permanence : un esprit logique a-t-il d'autres solutions à chercher?

Dieu, étantla source unique de toute existence, maintient, développe, reproduit et transforme tous les êtres, par l'effet même de son acte créateur, continu et éternel. Tout ce qui, sortant de sa puissance, apparaît dans le temps et dans l'espace, se manifeste successivement ; mais ce carac* tère de successivité, inhérent à toute manifestation, n'atteint pas l'idée modèle, éternelle comme l'être qui la produit. Dieu ne saurait communiquer à un être créé aucun des attributs qui conviennent exclusivement a sa nature infinie, la créature, par cela seul qu'elle est créature, ne peut trou-

ver en elle-même la raison première et dernière d'aucune de ses opérations. Derrière les causes secondes, nous sommes donc forcés d'adorer la cause première, toujours agissante , manifestant en tout et partout soù action indéfectible, par l'intermédiaire de tous les êtres, associés fatalement ou librement à l'action de sa puissance infinie.

Portant plus loin Texamendes phénomènes de la nature, nous dirons que la vie n'est point, comme on Ta prétendu, Teusemble des phénomènes organiques durant un temps limitée L'ensemble des phénomènes est, au contraire, le résultat de la vie, sa manifestation extérieure. Est-ce que l'ensemble des opérations de l'âme humaine est la vie de Tâme? Non ; mais cette vie se manifeste, au contraire, par ses opérations.

De même les naturalistes sont le jouet d'une illusion lorsqu'ils traitent de la vie des êtres, comme si cette vie était une substance, une entité individualisée, et propre à chaque être. Dans TÊtre infini seul, la vie et la substance sont une même chose, puisque tout dansTinfini est l'infini lui-même. Mais, dans l'être créé, la substance est parfaitement distincte de ia vie dont elle peut être animée. Toutes les créatures sont solidaires dans leur existence, et toutes la puisent en Dieu, leur centré unique, leur foyer universel. Nulle n'est isolée et se suffisant à elle-même. La personnalité de chaque être vit de la personnalité de tous, comme tous vivent de leur personnalité avec Dieu dans le Verbe, oti est leur principe, leur raison d'être et leur esprit de vie. Dans cette chaîne universelle et continue de toutes les créatures en Dieu, l'être, la forme et la vie ne sont personnalisés que spirituellement

* Richerand.

S9i DIEU.

dans les (Créatures Ubres et conscientes d'elIeMoéfliés , k mesure que, s'associant volontairement à Taction de Dieu, leur esprit devient participant de son Esprit. Mais dans l'être matérie, la raison conçoit parfoitement les éléments dont il est composé sans forme et sans vie. La révélation nous dit que tel était Tétat de la matière avant l'apparition de la lumière. Ainsi l'être matériel n'existe que lorsque la matière élémentaire est animée par la lumière; de sorte que la formule générale du monde visible est celle-ci : « Matière atomîstîque 4- lumière calorique. »De môme dans le monde spirituel, Têtre n'existe qu'h la condition de l'esprit personnalisé dans la lumière de cet ordre-, qui éclaire tout homme venant en ce monde.

Aussi vous ne concevrez pas plus les êtres matériels sans la lumière phénoménique, que vous ne pouvez concevoir Têlre spirituel sans la lumière intelligible. La lumière phénoménique ^ n'irradiant d'aucun point localisé de l'espace, ayant son foyer dans la puissance créatrice elle-même, et la lumière spirituelle étant sans raison d'être, ailleurs que dans le Verbe, il faut nécessairement admettre l'action de Dieu dans les deux mondes visible et invisible, pour expliquer tous les faits qui s'y accomplissent.

Observateurs du monde, avec nos sens et notre raison, mais aussi sous l'action de l'infini qui se fait sentir k nos âmes, nous ne voulons point bannir notre Père de la maison qu'il nous a construite. Nous ne séparerons pas la création de son Créateur, qui en est la vie. Gomment s'éloignerait-il de ceux que, par amour, il appelle à l'existence, pour les conduire, à travers ses œuvres, jusqu'à la contemplation de lui-même, dans les mystères de son éternité ? Partout nous voulons le contempler, le sentir, et entendre sa parole

mEU. §98

"ice, retentir à travers les générations,

'd'hui justice de la théorie des aiaginée pour remplacer Dieu par %^^ **■' les germes de reproduction manquent

lies, ils se jouent même de la volonté hu- Tartifice de Thomme, dit M. Chaubard, iû- Ae en effet; qu'il supprime dans une plante, même .aelle, les organes de fructification ; vous croyez peutêtre qu'il a coupé le fil de la future postérité? Nullement: c( il n'est pas au pouvoir de l'homme d'arrêter ainsi la voce lonté d'un Dieu tout-puissant. Cette plante annuelle» dont « on a supprimé les organes reproducteurs , cette plante « qui devait périr au commencement de l'hiver, continuera « à végéter et à vivre une seconde année, afin de remplir le « vœu de là loi divine , en fructifiant et laissant après elle « sur la terre les germes de sa reproduction. Et, devant de « tels faits, il est, hélas ! des hommes assez pervertis pour « oser nier une Providence dont la sagesse préside à tous « les mouvements de la matière de l'univers ^ » Plus 00 remonte avant dans les traditions primitives des

^ Nous avons nommé Tauteur de V Univers expliqué par la révélation. Nous ne saurions nous taire sur Tobscurité calculée où la science semble avoir condamné ses travaux et ses découvertes. Gomment lui pàrdoniierait^eUe Tanathème éolairé que Boa esprit chrétien avait prononcé contre elle? Pendant de longues années que nous avons vécu avec lui dans une intimité de frères et dans un commun amour de la vérité, nous l'avons toujours vu aussi élevé dans la pensée qu'il était modeste dans sa vie. Passionné pour la science, il ne la cultivait que pour remonter à Dieu. Il ne voulut pas la gloire : il la redoutait. Après quelques emprunts qu*elle lui a faits sans les avouer, la science lui rendrat-eUe enfin justice ? De grands esprits Tont déjà fait. Quelqu'un le proclamait « le plus grand botaniste de l'Europe » ; un autre , « un pionnier

peuples, plus ou trouve permanente et universelle la croyance du genre humain à cette action incessante de Dieu dans tous les phénomènes de Tunivers. L'idolâtrie n'a pas d'autre origine. Si l'on creuse le paganisme, on rencontre à une certaine profondeur, dans toutes ses conceptions religieuses, ridée d'un Dieu immanent dans Tunivers et dans l'humanité, à ce point que bientôt, par une pente rapide, le vulgaire prit tous les phénomènes du monde pour Dieu lui-même. Tout en se séparant par un abime de cette idolâtrie, la Bible conserva, mieux encore que toutes les autres traditions , la croyance à cette immanence de Dieu dans la création. Dès qu'on se livre à l'étude approfondie de la langue sacrée, cette foi apparaît frappante de grandeur et de majesté. « Dieu fait des créatures les messagers prêts à exécuter ses ordres, desflammes du feu ses ministres, et des esprits ses ambassadeurs i; sa pensée apaise les abîmes ^ ; toutes les créatures attendent de lui leur force et leur vie ; quand il détourne d'elles sa face , elles sont dans le trouble; quand il recueille leur souffle, elles expirent et retombent en matière élémentaire ; quand il leur envoie son esprit et son souffle, elles sont créées, et Dieu renouvelle la face de la terre ^. » On respire Dieu, on le sent, on le voit, on le touche partout. Tout est plein de lui, tout le manifeste, l'exprime et le glorifie. A chaque point de l'espace el de la durée, comme en chaque acte de sonexistence,rhommevit

envoyé de Dieu pour déblayer le chemin de la science chrétienne. » En attendant cette gloire posthume, qu'il reçoive ce vœu d^un ami, lieureux de jeter ces quelques fleurs sur sa tombe!

* Ps. cm, V. i.

' Ecclés., ch. XLiii, V. 25.

> Ps. cm, V. 27-32.

réellement au sein de Dieu. Mais il fallait que,par un sublime effort, rhomme se détachât des apparences du monde pour se rapprocher davantage de son principe. En effet, plongé et comme englouti dans Tanimalité dont il est revêtu, l'homme confondait trop encore le phénomène avec sa cause divine, le fini avec Tinfini, la création avec Dieu. Il fallait qu'il apprit à les distinguer d'une manière complète. Le christianisme, en crucifiant la matière sous la loi de Tesprit, ouvrit dans toute sa largeur cette voie à la projection de Tinfini. Par ses plus puériles superstitions, tout le moyen âge, en plaçant pour ainsi dire Satan dans chaque atome de matière, exhaussait 1 esprit humain dans sa tendance à passer du visible à Tinvisible. D'un autre côté, les conceptions physico-religieuses de l'antiquité, réduites en pures abstractions métaphysiques par Aristote, préparèrent le chemin aux sciences modernes qui, dépouillant les phénomènes de leur déification idolâtrique et de leur abstraction métaphysique, nous les montrèrent comme de pures apparences visibles, manifestation de quelque chose d'invisible. C'est là que nous sommes arrivés aujourd'hui. Il ne reste plus qu'à nommer cet invisible, ou Dieu, et, rattachant le progrès moderne des sciences naturelles à leurs origines traditionnelles, montrer partout, sous le phénomène et le visible, Dieu, immanent, agissant, à chaque point de Tunivers et de l'humanité comme dans son ensemble. Il ne reste plus qu'à rattacher le phénomène à sa cause, l'apparent à l'inapparent, la manifestation à son principe, et alors nous aussi nous pourrons voir, sentir, toucher, respirer Dieu partout, tout étant plein de lui, l'exprimant, le manifestant, le glorifiant, et nous-mêmes vivant réellement en son sein , partout et toujours. Sans cette conclusion, qui seule les rend fécondes.

tm DUO.

les Bdences physiqoes ne soot qa'mi énigme chaque jour pins indéchiffrable, nn effet sans cause, un mirage sans but, un rêve de notre vie, sommeil pénible, qui n'est sans doute lui-même qn un rêve dans le néant. En dehors de la nôtre» c'est la seule solution où ont abouti, où peuvent aboutir les penseurs de quelque puissance, dont la logique entraînera bientôt la foule avec eux dans Tabime.

Dieu tout-puissant, préservez-nous de cette horrible apostasie, en illuminant nos esprits de la lumière de votre sagesse, et nous montrant que ces choses terrestres « ne sont que la figure des choses célestes*, » ces biens du temps que l'ombre des biens étemels*, » afin que « nous ne considérions point les visibles mais les invisibles^, » et que, remontant des phénomènes aux essences de ce monde, à vous, mon Dieu, nous vous adorions en tout, toujours et partout !

» Hébr., c. IX, T. 23.

• 11 Cor., c. Ti, v. tS.

Marie, ma soDTeralne, qae dlnl-Je oo que terti-je? Je suis dans les ténèbres, et Je ne rois pas la lamlère en «tel. Où irai>Je, où me dërobarai-Je aui regarda de Tolre Fils, notre Juge ? Où irourerai-Je un refuge, I rurieol«an midi, ou couohaiit, « l'aquilon ou dani les profondeurs de l'abîme? Partout votre Fils, partout tout enti§r, partent prêtent, partout discernant, Jugeant tout, et habitant au-dessus des deux. (S. Anselmb, Orafio ai( ianotum Kirf itMVi Jttartam.)

Le mourement Infini, c'est le repos.

Comment notre raison pourrait-elle concevoir l'action de la puissance infinie, se manifestant sur tous les points de l'espace, sur toute la matière de l'univers, avec tous ses caractères de simultanéité et d'indéfectibilité, si Dieu n'est lui-même présent partout à la fois et en môme temps? La puissance en Dieu est Dieu lui-même. Dans Tordre même des créatures, l'activité est Inséparable de l'agent. Mais comment concevoir cette présence à tout et dans tout, si Dieu est immobile? Une fois la donnée de l'infini acquise à notre intelligence» nous déduisons son omniprésence de Timpossibilité pour l'Être infini d'être contenu dans un lieu, ou dans un moment de la durée. Si Dieu était immobile, il serait donc présent à tout par la diffusion de sa substance? Mais Dieu est pur esprk, par conséquent sans étendue. D'ailleurs, dans l'hypothèse de son immobilité, il ne serait nulle part tout entiefi Puisqu^on ne peut admettre que Dieu soit partout immobile, sans lui donner l'étendue , et que d'ailleurs il est partout, parce qu'il est infini, il faut reconnaître qu'il est en mouvement» et en mouvement infini, tout dans l'infini étant nécessairement de nature infinie.

Avant de pénétrer plus avant dans cette question si importante, et qui seule peut résoudre nettement plusieurs problèmes qui découlent des rapports de la créature avec Dieu, il est indispensable de fixer d'abord le sens rigoureux de ce mot, infini.

L'infini réel est nécessairement unique et personnel. Cependant, avec les philosophes et les mathématiciens, nous concevons deux autres infinis, Tinfini négatif et Tinfini mathématique. Aucun des deux, comme on va le voir, ne détruit l'unité du véritable. En effet, le premier est une pure négation, et le second une simple abstraction métaphysique.

Que faut-il entendre par Tinfini négatif? Nous avons vu que Tinfini réel et personnel contient tout, tout ce qui est et tout ce qui peut être, Tinfini comme essence et le fini comme effet de sa puissance. Si, par la pensée, nous faisons abstraction du fini réalisé dans le temps, que reste-t-il hors de Dieu? il reste le néant absolu. Voilà Tinfini négatif. Bien que pure négation en lui-même, il peut être intellectuellement conçu comme négation de toute créature ; et Ton doit en tenir compte, ainsi qu'en mathématiques on tient compte des quantités négatives , ainsi qu'en morale et en philosophie on tient compte des négations. De même que toute affirmation implique son contraire ou la négation, ainsi rinfini réel et personnel , avant toute manifestation en dehors de son essence, impliquait son contraire, Tinfini négatif et impersonnel. Cet infini négatif est ce que la langue biblique nomme le néant ou le vide, et que nous appelons Tespace. « C'est Dieu , dit Job , qui fait reposer le pôle du septentrion sur le vide « et qui suspend la terre sur le néant ^. » Expression sublime qui nous révèle Dieu por-

« C. XXVI, v.^T.

tant tout et soutenant tout de sa vertu toute-puissante ! Que Tespace doive être infini en capacité, la raison le voit avec évidence, puisqu'il doit pouvoir contenir l'indéfini des possibles ou des créatures, qui vivent dans le Verbe à l'état d'idée : cette capacité étant purement virtuelle, étant toujours une simple possibilité, jamais un acte, le nombre des créatures, quel qu'il soit, ne pourra jamais égaler cet infini, et comme d'ailleurs il est impossible de concevoir deux infinis réels existant simultanément, l'espace n'est et ne peut être que l'infini négatif.

L'infini mathématique n'est autre chose que cet infini négatif intellectuellement conçu et transporté dans les sciences. Pure négation, il est absurde et contradictoire en soi, puisque qui dit nombre dit quantité finie, que l'infini exclut tout terme, tout rapport, et qu'il n'est pas de nombre qui ne puisse être augmenté ou diminué d'une unité , d'une fraction d'unité. Mais considéré selon ce qu'il est, comme asymptote, pure abstraction et simple idéal, cet infini qui n'est plus que l'indéfini du possible contenu dans le Verbe, devient pour la science un et immuable, à l'image de l'infini divin. Comme en effet cet idéal asymptotique est avec Dieu, dans son Verbe, Tarchétype des créatures, et que l'infini est dans tout, principe et fin, alpha et oméga du fini, cet infini comme asymptote, en assurant la marche de la raison, a ouvert devant l'humanité des horizons toujours nouveaux. Ce n'est jamais stérilement que l'on appelle Dieu dans les sciences, n'importe sous quelle formule.

Ainsi, l'infini négatif, vide, néant ou espace, n'est que la négation absolue dont l'idée, la conception intellectuelle, constitue l'infini dit mathématique. L'infini mathématique, à son tour, n'est que l'idée de tout le fini dans le Verbe conçu

302 LE MOUYEHSNT INFINI.

comme principe idéal» asymptote suprême du mouvement d'ascension du fini vers l'infini, de la création vers Dieu; de sorte que ce double infini n'étant qu'une double abstraction, Tinfini réel demeure éternellement unique.

Revenons donc maintenant à la présence de Dieu dans tout lunivers. En tant qu'infini réel, Dieu est nécessaire* ment partout. Pascal appliquait-il dans sa pensée à Tin** fini divin son axiome sur le point mathématique ? Nous sommes porté à le croire. Mais toujours est* il certain qu'il admettait la nécessité du mouvement infini, pour ex* |

pliquer la présence simultanée d'un même objet sur tous i

les points de l'univers. Ainsi de Dieu. Insaisissable à toute créature, il ne saurait être contenu en aucune ni en toutes. Ce qui ne peut être renfermé dans aucune limite exclut toute idée de localisation, partant d'immobilité. Dieu donc se meut sans résistance ; et parce qu'en lui tout est infini, le mouvement en Dieu est le mouvement infini.

C'est ce que la révélation nous donne à entendre, lorsqu elle dit : « La Sagesse (la seconde personne de la Trinité) surpasse en vitesse toutes les vitesses ^ » Or, la vitesse qui surpasse toutes les vitesses ne peut être évidemment que le mouvement infini. C'est ainsi, continue le livre de la Sagesse, que cet « Esprit d'intelligence, un en soi, multiple dans ses effets, et que rien ne peut empêcher d'agir, stable et infaillible, peut tout, voit tout, renferme en soi tous les esprits, et, plus actif que toutes les choses agissantes, atteint partout, et, toujours immuable en lui-même, renouvelle toutes choses *. » Saint Thomas n'entendait pas, sans doute, l'immobilité de Dieu autrement que nous. Être

* Sag., c. VII, T. Si.

à la fois et en même temps tout entier sur chacun des points de l'espace et sur tous, c'est n'avoir pas besoin de passer successivement de l'un à Tautrc, c'est donc l'inertie absolue ou l'immobilité par rapport au mouvement fini. Mais être ainsi présent partout , sans cesser d'être présent à soi, c'est n'avoir point, comme la créature, soi-même pour limite, c'est le mouvement de Tinfini, qui, ne pouvant sortir de lui-même, lors môme qu'il se meut, est ainsi toujours relativement immobile. En Dieu, ce qui est mouvement infini par rapport à nous est donc aussi immobilité absolue, ou la négation même de tout mouvement successif. Voilà comment on peut déduire l'immobilité absolue de Dieu de son mouvement infini, ou le mouvement infini de son immobilité absolue. Autrement, comment saint Thomas aurait-il pu concevoir la présence réelle de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie, sans localtsatUni? Voici ses paroles :

tt Le corps du Christ n'est pas dans l'Eucharistie selon le mode propre, la quantité commensurable, mais plutôt selon le mode de la substance. Or, tout corps qui occupe un lieu est dans ce lieu, selon le mode de sa quantité commensurable, c'est-à-dire en tant qu'il est mesuré par ce lieu, selon cette espèce de quantité. D'où il résulte que le corps de Jésus^Christ n'est pas dans ce sacrement comme dans un lieu ^ »

« Jésus-Christ, dit le même docteur, ne commence pas à exister dans l'Eucharistie par un mouvement local : 1** parce qu'il s'ensuivrait qu'il cesserait d'être au ciel. Car, ce qui est mu par un mouvement local n'arrive dans un lieu qu'en quittant celui qu'il occupait auparavant; 2® parce que

tout corps qui est mû locatemeut passe à travers tous les milieux, ce qu'où ne peut dire ici ; 5® parce qu'il est impossible que le même mouvement du même corps, mu localement, ait simultanément pour termes divers lieux. Il faut quMl ne puisse commencer à être dans ce sacrement que par le changement de la substance du pain en lui-même ^ »

Ainsi, Jésus-Christ n'est pas contenu dans le sacrement de son amour comme dans un lieu, il ne se meut pas à travers divers milieux, il ne quitte point le ciel , et il est cependant à la fois et en même temps dans tous les lieux où reposent les signes eucharistiques. Il ne va pas d'un lieu à un autre ; et, comme un corps soumis aux lois du fini ne peut être en plusieurs lieux simultanément, il faut dire que le corps de Jésus-Christ est sous les lois de Tinfini. Seul Tinfmi ne peut être localisé. Mais le fini peut-il posséder une des qualités de l'infini? Non, car alors il ne serait plus le fini; mais il peut être additionné à Tinfini, faire une somme avec rinfini (consummati in unum^ cum-summa). Par conséquent, il peut participer à Taction, aux prérogatives de rinfini. Le voyageur emporté par la vapeur n'est ni le wagon qui le contient, ni la force motrice qui le meut, mais il participe, quoique en repos, au mouvement qui l'emporte, et sans sortir du wagon où il est renfermé, il est présent en tous les lieux que ce mouvement parcourt. Ainsi du fini uni à l'infini.

L'union de la nature finie et de la nature infinie dans le Médiateur divin constitue une personnalité unique, la personnalité du Fils de Dieu, du Verbe éternel. Il est impossible, sans anéantir le mystère deTIncarnation, de séparer l'humanité de Jésus-Christ de sa nature divine ; par consé-

quent le Verbe dÎTrn emporte avec hrî, en lui, son humanité partout où il est; ce qui faisait dire à saint Anselme que Jésus-* Christ est partout tout entier ^ « ubiqne totus^ » partout Dieu et homme. Mais n'est-ce pas là la doctrine de l'ubiquité? Non! Tubiquité tendait àiiier la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie^ en disant que le Christ n*est point dans un lieu particulier, mais dans tous. Or,, dans la théorie du mouvement infini, au contraire, le corps même du Christ n'est localisé nulle part. Participant aux prérogatives de Tinfini, consommé (cum-summa), additionné à lui, il ne fait plus partie de l'espace et du temps. Par conséquent, Thomme, qui yil dans un ordre inverse.de celui du Christ, Thomme, qui occupe un point de l'espace, un instant de la durée, ne peut entrer dans Tordre de choses où est le Christ, ppur s'unir en lui, à Dieu, que là où un signe divin, qui occupe un lieu, en exprimant ce qui n'en occupe aucun, lui sert de médiateur entre le temps et Téternité, pour s'unir à son Sauveur^ présent partout où se trouve ce sacrement, ce signe vivant.

Il en est de même de tous les sacrements, de toua^les rapports célestes qu'ils établissent entre le Christ et nous. Toute grâce, lumière, régénération, venant en nous de notre union^avec lui, car il est la vigne %i nous sommes les bran* ches, Jésus-Christ dans sa sagesse a consacré des signes sensibles qui sont les médiateurs entre lui et nous, comme les signes graphiques de l'écriture sont la voie médiatrice de communication entre les personnes occupant des lieux distants l'un de l'autre. Ces signes sont placés à la limite des deux mondes , le monde éternel et le monde temporaire, pour faire passer notre âme du second dans le premier, de même que la parole, placée à la limite du monde physique

806 LE MOUVEMENT INFim,

et du monde intellectuel, &it passer la pensée d'un homme en un autre honime par le souffle, ce signe sensible qui Texprime. Admirable économie de la grâce et de l'amour ! C'est comme un pont jeté entre le temps et Téternité, le visible et Tinvisible, la matière eti'esprit, entre le Christ dans la gloire, dans Tordre de Tinfinr, et nous voyageurs sur la terre, où le temps nous mesure, où la limite nous tient captifs*

Avec le mouvement infini on conçoit que le Christ soit présent pour nous partout où se trouve le signe que sa parole a rempli de sa vie, et qu'il fût présent sur tous les points de la terre et de l'espace, si sur tous reposait FhosUe eucharistique. Alors il serait partout, sur tous les points de l'espace, sans localisation dans aucun. On comprend alors avec l'Apôtre que « celui qui est descendu des cieux (c'est-à-dire qui s'est rendu visible par rincarnatiou) est le même qui est remonté (c'est-à-dire est rentré dans Tordre deTinfini) pour remplir routes choses. »

La révélation évangélique nous fait connaître la différence du corps de Jésus-Christ, après sa glorification ou son entrée daiTs Tordre de Tinfini, et auparavant, pendant sa vie mortelle. Durant ces jour;» de sa inission, nous ne voyons pas dans TEvangile qu'il soit apparu en plusieurs lieux simultanément. Lorsqu'on voulait, s'emparer de lui, il fuyait. « Jésus, sachantqu'ils devaient venir Tedlever peur le faire roi, s'enfuit de nouToau sur la montagne, fugiL d Après sa réîîurreciion, au contraire, ayant vaincu le temps et conquis l'éternité , il ne fuit plus ; mais, comme devant les disci^ pies d'Emmaûs, il s'évanouit, et ipse evamU ex ocuUs eerum^. C'est-à-dire il cesse d'être visible. De même il ne

* Saint Jean, c.Yi^.v. 15.

■ Saint Luc, c. xwv, v. St

vient pas vers eux, mais leuf apparaît tout II coup, app«mit ») oêtensus est in aliâ effigie ■, êtetit •. Il leur apparatl, les portes étant fermées, et se manifeste à eux plutôt qu'il ne se rend visible, cUm fores essent chusœ, venit Jésus et stetit in medio *, manifesiavit se iterUrriy hoe jam tertio tnanifestatus est *. Vailà pourquoi son Rivlsibilité dairt TEucharistie ne tient pa«, dit saint Thomas, aux espèces qui le couvrent, « mais à ce que son corps n'est pas en rapport avec le milieu qui environne ce sacrement. » Qu'esi-ce à dire, sinon qu'étant dans Fordre de Vinfini, il n'est pas en rapport afvec ee qui n'appartient qu'à ce monde fini.

Comprenons-nous maintenant le mystère de la présence du Christ, sans tocalisation, partout où se trouvent les espèces visibles? Certainement non, puisque mus ne pouvons comprendre le mouvement infini. Mais nous comprenons que le mobile en mouvement infini soit sur tous les points à la fois et en même temps. Nous comprenons que l'humanité de Jésus-Christ étant unie à la nature divine, de manière que les deux natures constituent une personnalité unique, Thumanité du Christ est nécessairement aussi partout où se trouve sa divinité.

Nous concevons que ce mouvement étant purement spirituel, est, comme ditla Sagesse, un acte pur qui atteint tout et partout à cause de sa simplicité et de son indivisibilité ; qtfun et éteroel en soi, multiple et temporaire dans ses effets, cet acte absolu, dont rien ne peut empécherl'action, pénètre tout à la fois, et, toujours immuable en lui-même,

* Saint Macc, c. Sivi, v. 9, U.

« /d.,fd., V. 12.

» Saint Luc, c. xviv,v. 36.— Saint Jean, c. xxi, v. 4.

♦ /(l.,c. xx,v. 19, 86.

» ia.,c.xxi, V. 1,14.

renouvelle toutes choses^. Pour nous, le mouvement infini est lacté par lequel Dieu agit à la fois et eu même temps sur tous les points de l'espace, sur tous les êtres créés.

ce L'esprit créateur, dit saint Augustin, se meut éternellement et sans localisation^. » Ainsi toutes les choses de l'espace et du temps sont mues par une puissance créatrice, restant elle-même en dehors de l'espace et du temps. C'est pourquoi saint Jean Damascène compare Dieu à un « point indivisible autour duqu^el semeut Tunivers^. » En ce sens, les docteurs du moyen âge raisonnaient juste, en attribuant à Dieu l'immobilité , car ce point indivisible étant l'infini lui-même, il embrasse tous les points de l'espace et du temps, les touche tous simultanément sans être touché par aucun, parce qu'il les atteint dans leur essence même etnon pas seulement dans leur mantfestation phénoménale. C'est ainsi que l'âme, présente tout entière à tout le corps et à chaque partie, le meut, non en atteignant tel ou tel point de sa surface, puisqu'elle est spirituelle, mais en l'atteignant dans sa force motrice, dans son principe vital lui-même. Elle est immobile par rapport au mouvement matériel qui agit par déplacement de lieu ; elle est essentiellement en mouvement par rapport à la f6r<;e motrice spirituelle qu'elle met eu action, pour modifier par elle les milieux finis, sans s'y localiser.

Au reste» les expressions humaines manquent pour raconter les mystères de l'infini; et le sens des mots, toujours variable suivant TaccepUon qu'on lenr donne, ne permet de bien comprendre les écrivains qu'en expliquant les termes

« C. vil, V. 22-27.

* Geoes. ad liil., g. xx.

* Voy. s^ainl BonavenL, Compendium, n» 15.

dont ils se servent parla pensée générale qu'ils expriment. Ainsi saint Thomas, admettant, par exemple, que Jésus-Christ ne change point de lieu, et qu'il est néanmoins présent dans tous les lieux où se trouvent les signes consacrés, quand il parle de Timmobilité de Dieu, ne saurait entendre par là Timmobilité dans le sens d*inertie comme on l'applique aux corps soumis aux lois du fini, mais bien dans le sens d'acte pur et spirituel embrassant simultanément, sans se déplacer, tous les points de Tespace, parce qu'il est infini. En ce sens nous pouvons dire que Dieu est immobile, mais sans statûm. Or, un tel repos n'étant clairement conçu qu'en admettant le mouvement infini, nous disons : Dieu est le mouvement infini, et ce mouvement est adéquat à l'immobilité sans station.

Notre raison conçoit la présence en tout et partout de Dieu en mouvement infini; dans cette omniprésence et cette action divines est la vie de toutes les créatures. Voilà la démonstration de ce que nous avons dit, en établissant les preuves de la présence de Dieu en toutes choses ; la persistance des êtres créés ne pouvant s'expliquer que par l'action permanente et indéfectible de la puissance éternelle* ment agissante qui les crée« les meut et les relie à Tidée dont ils sont les signes.

Le mouvement infini résout le problème des apparitions du Christ au milieu de ses disciples, les portes fermées. Puisque, selon saint Thomas, le Christ ne traverse pas divers milieux pour être dansThostie, il n'a pas besoin de traverser les murailles pour être au milieu de ses apôtres. Il se manifeste sous un phénomène visible, manifestavit, ostemus est, a|t^amt, comme il disparaît par la cessation du phénomène visible, evayiuit ex oculis eoruniy prenant la

510 LE MOUVEBIENT INFINI.

physionomie qu*il lui platt, àitemus est in aliâ effigie. Au reste, selon sa promesse, il est toujours partout où sont ses disciples, même lorsqu'il ne se montre pas visiblement à eux, et pourtant il ne cesse pas, comme le veut sa nature infinie, d'être présent partout à la fois, soit qu'il se manifeste visiblement dans son humanité, soit qu'il ne s'y ma» nifeste pas. Un corps qui n'occupe pas de lieu peut se manifester phénoménalement comme il lui piatt à ceux qui en occupent un , ou se rendre invisible en rentrant de Tordre des phénomènes dans l'ordre des essences pures. Ainsi s'explique le mystère de l'Ascension. Après sa résurrection glorieuse, Jésus-Christ n'était vu daus aucun des lieux qu*il avait occupés auparavant ; il n'était visible qu'à ceux pour qui il voulait l'être , car alors il n'était plus soumis aux lois de l'espace et du temps. Le nuage qui enveloppa le Christ lors de son ascension figurait, ainsi que l'exprime le texte*, la limite de la vue humaine, ne pouvant entrer dans l'infini que par l'œil spirituel ou l'esprit, qui seul discerne les invisibles ; ainsi ces mots a monté aux cieux » ne disent autre chose que son passage de l'univers matériel au monde pur des esprits.

La conception du mouvemeut infini eu Dieu donne au mot ciel sou véritable sens. L'Ecriture l'emploie pour expri-, mer : 1^ le ciel visible ou le mode de manifestation de la lumière phénoménique ; 2^ le ciel spirituel, dans lequel vivent les esprits, mode de manifestation de la lumière intelligible dans le Yerbe ; 3^ le ciel de Dieu, l'infini dans lequel vit la Trinité divine. Aucun des trois tt*est un lieu. Le premier n'est que l'immensité de l'espace, l'absence de tout être matériel, le vide» le néant, ce que nous avons nommé l'iu-

> Aci. des Ap.j e. iv, v. 9.

LE MOUVEBIiSNT INFINI. 311

fini négatif. Le second n'est que l'expression du rapport de toutes les créatures entre elles et avec Dieu, dans la concep* tion idéale qui est leur limite indéterminée, leur asymptote inaltiugible, dans le développ^ent continu de leur éternelle ascension vers Dieu. C'est Tinfini, non ]dus comme négation pure, mais comme abstractioa, comme idée. Le troisième est Tinfini réel et personnel. Celui-ci, bien moins que les deux autres, s'il est possible, ne saurait être un lieu, Dieu ne pouvant être locali5é. Comme il est partout et tout entier à chaque point et à tous les points de Tespace, il s'ensuit que le ciel de Dieu est partout, que le ciel des bienheureux, des élus, n'est que leur addition, leur sommation k Tinfini, pour jouir de ses prérogatives. C'est cequeTÉcriture ttoua représente dans son laconisme admirable : « Moi*méme« dit Dieu, je serai ta récompense infinie. » Dieu dira à l'élu : Sors du fini pour entrer dans l'infini, « Entrez dans la joie de votre Seigneur. »

En face de cette vérité, ne demandez plus si les saints et les élus entendent nos prières. Croyez-vous que ces 4mes bienheureuses occupent un lieu? Croyez-vous qu'il y ait une distance quelconque entre vos ânoes et elles 7 Triomphantes dans la gloire, unies à Dieu et emportées ainsi partout avec lui dans, son mouvement infini, elles demeurent associées à notre vie spirituelle, sans participer à ses conditions limitatives do fini, car elles sentie corps vivant du Christ« L'amour apprend toutes ces choses à celui qui aime^ qui aime ceux qui sont remontés à leur source. La tombe n'est pas une borne qu'on ne puisse franchir pour épancher son âme, mais la limite où les corps seuls s'arrêtent, pour laisser les esprits unis dans la même vie par-dessus le sépulcre, ceux-ci dans Tamour, ceux-là dan$ l'espérance^ qui n'est qu'une

U± LE MOUTEaiEKT IHRKI.

des faees del'iMMr, Rs«i»tks lédités élerneUes à traders ks phénoBèacs ém teaps.

L'enfer Bw ptas D*est pas in Kea, mais un mode d'existence. Pov les réprovrés, amme pour tous, la mort n'est qse le passage dn temps dans réteroité. Or» dans réternité, qui est Fini ui, il n j a ni temps, ni espace, ni lieu ; le réprooré tombe donc, comme Télo, dans Tinfini. L'un uni à Dieu, l'autre sans lien aTcc lui, par conséquent Tun participant à tous les biens, l'autre placé dans l'absence de tous les biens; et, comme l'absence de tous les biens est pour un être moral la présence de tous les maux, le réprouyé est réellement Youé à toutes les souflranees. Pour concevoir le bonheur suprême des uns et le suprême malheur des autres, comment les premiers sont unis à Tinfini et non pas les seconds, quoiqu'ils soient tous dans l'infini , il suffit de se rappeler que tout rapport du fini avec Tinfini est impossible sans le Médiateur en qui s'unissent les deux natures. Pour être sommés avec l'infini, il faut nécessairement que nous soyons un avec le Médiateur. Or, quiconque meurt en dehors du Médiateur meurt en dehors de tout rapport avec Dieu ou l'infini, et par là même à jamais séparé de la source de tout bien.

C'est ainsi que le mouvement infini nous fait comprendre comment les saints forment le corps du Christ. Ce n'est point une figure, mais une réalité vivante. Pour en concevoir avec l'Apôtre toutes les magnificences, élevons-nous des visibles aux invisibles. Dans l'univers visible» une force qu'on appelle attraction, peu importe le mot, s'empare de tous les éléments du monde et en constitue une unité vivante, un corps universel dans lequel vivent, sans s'y confondre, tous les corps particuliers. Foyer de tous les mouvements qu'accomplissent

LE MOUVEMENT lOTlNI. 315

aniour de lai les planètes et leurs satellites, le soleil est le centre du système dont ils sont les rayons. Us constituent tous avec le soleil un seul corps sidéral, uue seule lumière» une seule chaleur, où chacun des astres cependant conserve sa nature, sa forme propre, son individualité. Ce système planétaire, joint à tous ceux d'une même voie lactée, forme à son tour un seul corps sidéral, et ainsi de tous les systèmes réunis, soit d'étoiles, soit de nébuleuses, ainsi de Tunivers tout entier. C'est ce qui faisait dire aux anciens philosophes avec plus de vérité qu'on ne pense, quoique avec une erreur au fond, qu'une âme universelle animait l'univers. Cette âme, c'est l'action du Verbe divin, étreignant toute la matière des mondes.

Partant de ces données de Tunivers visible , pénétrez dans l'éternité oii se consomme l'œuvre commencée dans le temps. Pour l'humanité la force d'attraction c'est la grâce, que rbomme reste toujours libre d'accepter ou de repousser. Le Médiateur, un dans la nature infinie et homme comme nous. Dieu lui ayant donné d'avoir la vie en lui, et par lui nous donnant de l'avoir en nous, lumière, vérité, justice, sainteté de tous, irradiant dans tous comme le soleil dans la nature, aucun élu ne peut se dérober à son action, pas plus qu'aucune créature à la chaleur de l'astre qui les éclaire, et il répand sa beauté surhumaine sur tous. Chacun des saints peut lui dire : Je vois ta beauté dans ma beauté, ta vie dans ma vie, ton diadème est sur tous les fronts, ton sceptre est entre toutes les mains ; un avec ton Père, tu es un avec nous, et nous par toi un avec Dieu. Telle est la réalité éternelle.

Avant d'être dans le temps, diront les élus, nous vivions en toi dans l'éternité, mais sans conscience de nous-mêmes.

314 i£ MouYEiflnrr infini.

Par toi, nous entrâmes dans le temps, et, à travers les images fugitives des réalités qui vivent à jamais en toi, naus sommes remontés à notre source, et maintenant nous sommes un en toi, par toi, avec toi, dans la dilatation incessante de nos personnalités en la tienne par Tainour. Ainsi Tunité invisible sera éternellement manifestée dans les splendeurs de la gloire. Tout était en Dieu avant que les cboses fussent rendues visibles. Après que le temps aura passé, tout sera avec Dieu dans et par le Christ.

Cette présence de Dieu partout et à tous les êtres, qui résulte du mouvement infini, résout merveilleusement aussi le problème du bien et du mal sur la terre. Le bien, le vrai, le beau, dans son caractère absolu, c'est Dieu. Le bien, auquel participe la créature, est le résultat de Taetion de Dieu à laquelle s'associe et coopère Taction libre et spontanée de la créature. Partout donc où est le bien, le vrai, le beau, Dieu est là : c'est TEmmanuel, « Dieu avec nous. » Le mal, le faux, le laid n'est pas un être, mais Tabsence de l'être, c'est-à-dire de la présence et de l'action de Dieu. Le mal, c'est rhomme seul, ou agissant sans Dieu et en dehors de Dieu. Mais l'homme n'étant pas créateur et ne pouvant l'être, le mal n'est que l'homme mauvais lui-môme, c'est le vide du bien. Partout oii est le mal, Dieu n'est pas, Dieu ne peut être agissant.

Page 1