‹ Principes généraux d'une théodicée pratiqueChapitre 6 sur 25 · D'UNE · texte numérisé non relu

D'UNE

Les rectifications et les explications qui suivent ont été écrites à Rome, sous les yeux du savant théologien chargé d'examiner notre travail. Qu'on nous permette d'ajouter, qu'après avoir relu les Principes généraux (Tune Théodicée pratique^ nous ne doutons pas que ce livre, beaucoup trop concis, vu surtout la nouveauté des idées et de la méthode, ne renferme nécessairement des expressions encore obscures. Un secoaid volume viendra bientôt développer toute notre pensée.

i^ Lorsque nous donnons le litre de Médiateur au Verbe divin avaat son incaroittion, ce mot n'exprime que le rapport universel et réciproque de Dieu à U créature et de la créature à Dieu, sans implî^uer ridéedu sacrifice volontaire comme après rincamalion. Avant les abaissements iaeCEiblesdu Verbe fait homme, son litre de Médiateur ne rappelle qu'une seule chose, c'est qu'en lui se trouvent ridée de Tintiii, qui eU lui-même, et Tidée du fini, en tant qu'arcbéiype de teute créature ; car, comme la foi nous l'enseigne, c'esl par lui que loiites choses ont été laites dans le temps et l'espace.

2f^ Quand nous posons l'indéOni dans le Verbe, ce mot n'exprime que rinépuisabilité de l'idée du fini ou des créatures qui peuvent être réftlisées dans le temps. Nous désignons seulement par là les iéées qui sont dans le Verbe et leur maaifestation temporaire selon

l'ordre de leur successivité. Nous appelons ces idées rindéfini, dans ce sens ou'aucune manifestation ne pourra jamais les épuiser, puisque la pmssance de Dieu est infinie.

3<* (page 17) : « Il y a dans le Verbe Tindéfini réel, c'est-à-dire la totalité de l'idée de tous les possibles. » — Disons ici, une fois pour toutes, que quand nous parlons du Verbe nous n'entendons jamais Tisoler sous aucun aspect ni du Père, ni du Saint-Esprit. Nais, selon les enseignements mêmes de la foi, nous considérons dans le Verbe ce qui le distingue personnellement des deux autres personnes. Et parce que c'est dans le Verbe, dit saint Paul, que sont tous les trésors de la science de Dieu, c'est en lui que nous considérons l'idée du fini, que nous appelons l'indéfini réel ou en acte, parce qu'il est le produit d^une intelligence infinie.

4° (p. 18) : a II y a trois sortes d'êtres réels, etc. » — Ce n'est qu'improprement que nous donnons ici à l'idée du fini, qui est dans le Verbe, la dénomination d'être^ car, comme nous l'expliquons formellement plus loin, l'idée du fini n'a pas dans le Verbe d'existence propre, parce que celle idée ne constitue avec celle du moi divin qu'une seule et même idée, une seule et même parole, le Verbe divin, et qu'elle a la vie éternelle, qui n'appartient à aucune créature que par participation ou par communion.

S» (p. 54) : « Le Christ, c'est-à-dire la raison même, la loi éternelle. » — Nous repoussons de toute l'énergie de notre âme toute idée, toute expression dans laquelle on voudrait voir une généralisation, une identification de Jésus-Christ avec les créatures. Ainsi, quand nous disons que le Christ est la raison même, nous le considérons comme étant la raison de Dieu, laquelle éclaire toute raison qui vient en ce monde. L'homme communie à cette raison personnelle et éternelle, il ne se l'identifie pas; elle peut être en lui, elle n'est jamais lui. Notre livre tout entier témoigne à cet égard de notre pensée.

6° (p. lit) : Le Christ est Tunique et éternelle définition de la personnalité ou du moi humain. » — Nous voulons simplement

dire que Thomme ne peut se définir selon sa véritable vie en dehors dtt Christ, son éternel prototype pour sa création comn^e pour sa régénération. En effet, la foi même nous enseigne qu'il n'y a que celui qui a l'esprit de Jésus-Christ qui sente son mot dans toutes ses harmonies, en lui-même, avec Dieu et avec la création. Ce que nous rendrions peut-être plus rigoureusement en disant : « Le Christ est Tunique et la parfaite expression de la personnalité ou du moi humain. )»

7^ (p. 14) : a Nous portons dans notre esprit Tidée, la raison universelle, le logos, Christ invisible de nos âmes, etc. » — Ici le mot porter a le sens que l'Apôtre lui donne, lorsqu'il nous dit : a Portez Pieu dans votre corps. » Il est évident que nous ne voulons dire autre chose, sinon que nous communions à Tidée, à la raison divine, au logos, lumière de notre esprit, amour de notre cœur, ce qui fait nommer le chrétien par les Pérès un autre Christ.

S^ (p. 190} : «La sciemse du logos ou de la logique n'est autre chose que la science du Christ. » ^ Lisez : « science pratique du Christ. »

9^ (p. 307) : <{ L'humanité du Christ est nécessairement partout où se trouve sa divinité. » » Il faut dire, selon la formule théologique : « L'humanité du Christ est toujours unie à sa divinité. »

iO^ Lorsqu'à propos de Tascension nous disons que Jésus-Christ n'est pas monté, nous voulons exprimer que ce mouvement n'est pas celui d'un corps mortel, mais d'un corps glorieux : ce que saint Augustin rend parfaitement en disant de l'homme glorifié : « Le corps sera instantanément où nous le voudrons. »

11® (p. 12) :.« La religion sans raison ou philosophie serait l'absolu inintelligible ou le zéro comme vérité, etc. a — C'est-à-dire, comme cela résulte de tout ce qui suit et précède, que ce qui serait complétemerht incompréhensible ou mystère absolu serait pour Tespril humain comme n'existant pas, ou plutôt n'existerait réel-

lement pas pour lui, puisqu'il ne lui serait accessible par aucun point. Savoir que Dieu est incompréhensible parce qu'il est l'infini, c'est déjà connaître sa nature par son iucomprékensibiUté même.

\^^ Quand nous parlons plus haut (p. i%) de la foî^ nous n^entendons point par ce mot la vertu surnaturelle, mais la simple croyance qui ressort de la double nature de l'homme , et par laquelle il donne librement son adhésion à ce qu'il ne peut voir ni saisir par aucun oi^ane des sens.

15<> (p. 26) : a L'esprit indéfini dans son essence, etc.» — Notre pensée, comme nous le précisons ailleurs de la manière la plus formelle, n'est pas que Tesprit soit indéfini d$ns sa nature, mais seulement dans ses tendances.

C'est improprement aussi que nous disons (p. iS) que a la notion de l'indéfini représente la nature de l'homme. » Il faut dire que cette notion résulte de Fanion des deux termes complètes, esprit et corps, et qu'elle représente ainsi le but suprême de l'homme et forme son caractère distinctif et fondamental.

14*> (p. i6) : a L'homme est un composé du dirîn et del'humain.)) — Locution à remplacer par celle-ci : Dans l'Jioa&me s'unissent le divin et l'humain dans la simplicité d'une personnalité unique.

15<» (p. 104) : (c L'homme isolé, séparé de Dieu, ne peut rien, car la force qui agit en lui n'est plus que la force même qui anime la matière. )) ~ Ces expressions dépassent notre pensée , car nous reconnaissons partout que, si Themme séparé de Dieu ne jpeutrien dans Tordre de la grâce, il peut cependant agir spontanément dans la force de son propre esprit individuel, et non pas seulement par la force qui anime la matière des mondes. Autrement, l'homme ne serait plus libre et responsable.

16« (p. 36i, 362, 563, 364). Bien comprise, la définition de l'école : « L'homme est un animai raisonnable, » n'est point en dés*

accord avec les idées que renferme notre chapitre sur l'homme. Aussi ne devons-nous j[)as la rejeter. En effet, celte définition contient deux idées : celle d'un animal et celle d*un être spirituel ou raisonnable. L'idée d'animal implique Tîdée d*un corps, plus l'animation ou anima des anciens, comme l'idée implique celle de l'esprit, mens.

Il n'est donc pas nécessaire d'avoir recours à trois opérations de la part de Dieu pour créer l'homme; deux suffisent : l'une pour faire l'animal, Tautre pour lui unir un esprit, ce qu'expriment admirablement dans son unité ces paroles du Concile de Latran : anima creando infunditur, et infundendo creatur.

Nous reconnaissons aussi avec TèoDle que Tesprit personnalise la vie du corps, mais que la vie pàssive'du corps ne saurait personnaliser celle de l'esprit (p. 575, 377). Nou^ proclamons bien haut, comme tout notre livre le proclame,, que, dans les desseins de Dieu, lorsque l'esprit est uni à un corps, il doit être le maître de toutes ses opérations dans Tordre des manifestations intellectuelles et morales. La liberté, comme la responsabilité de l'homme, est à ce prix.

Nous reconnaissons avec saint Thomas que les trois mots de saint Paul, spiritus^ anima et corpus^ expriment plutôt trois opérations de l'homme que trois éléments divers. Ces opérations sont celles que Técole désigne sous les noms de « raison, sensualité et corps. })Gela nous est d'autant plus aisé à reconnaître que^ voyant la loi d'antinomie dans tous les êtres, Fesprit restant un dans la multiplicité de ses aspects, le corps est son instrument nécessaire pour se mettre en rapport avec la création, taudis qu'il louche luimême au monde spirituel, vers lequel il doit remonter à travers les^ choses visibles.

Si r homme rompt l'unité de ces deux aspects, se laissant entraîner par le^ôlé qui louche à la matière, il ne manifeste plus que l'homme animal; au contraire, ne regardant qu'au côté qui pénétre dans le monde spirituel, mais oubliant l'infini qui l'attire, il s'évanouit dans les rêves de son orgueil et de sa raison divinisée.

iV (p. 310, ligne 28j. Effacez « aucun des trois o'esl un lieu, » ainsi que la ligne S, p. 312.

Dans le travail qui suivra, nous montrerons comment le mot lieu> pris dans sa signification de Tordre du uni, ne peut s^appliquer au mode d'être des corps dans Tordre de Tinfmi, ces deux ordres étant inverses Tun de Tautre.

N. B. — Ajoutons, pour les lecteurs peu habitués à la langue philosophique, que quand nous disons qu'il faut briser et nier la limite, cela implique précisément son existence, puisqu'on ne peut briser et nier que ce qui est. Ainsi^ lorsque le Christ nous commande de nous nier et de renoncer à nous-mêmes, cela suppose d'abord que nous existons, mais qu'il y a quelque chose de supérieur vers lequel nous devons nous élever, en sortant de nous-mêmes.

TYI>06RAI>niB IIEKMIYKR, HUE DU BOULEVARD, 7/ BàïlGNOLLKf. UoiileTard exlèrioar de Pari«.

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