BUT GÉNÉRAL
Posez l'unité dans Thomme, alors la vérité est siœuitanément et au même degré sentiment-idée-acte inséparables. Ce n'est plus une simple connaissance de Tesprit, le cœur se Tassimile par Tamour qui le manifeste dans ses œuvres. Le sentiment du cœur n'est pas un instant sans la lumière de l'intelligence qui l'éclairé et sans l'activité qui le réalise; la conception de Tesprit sans le sentiment qui la vivifie et la force qui l'applique ; et cette dernière elle-même pas un instant sans les deux premiers : chacun réagissant réciproquement l'un sur Tautre.
Alors l'homme s'offre réellement à nos méditations comme expression créée de la Trinité, — force , intelligence, activité ou amour, — reliés et harmonisés dans l'unité indivisible de tout l'être.
Aussi concevons-nous la philosophie s'emparant» sous la simultanéité de ces trois aspects , de Thomme tout entier poui^le faire rentrer dans l'unité du plan divin, en communion avec le tout de l'œuvre de Dieu, et par elle avec Dieu.
Il faut une doctrine qui oilre à l'intelligence la vérité de telle manière que le cœur, la saisissant par l'amour, ne puisse pas dire : a Je ne te connais pas, tu n'es point pour moi ni moi pour toi ; » et que l'activité Tincame en manifestations pratiques.
Est-ce là ce que la science a fait jusqu'ici? Soit qu'elle contemple le ciel ou regarde la terre, soit qu'elle plonge dans les mystères de l'infini, ou s'arrête aux limites du temps et de la durée, elle est demeurée sans résultats pour le développement moral des individus et des nations. Pourquoi cette impuissance?
Au lieu de chercher la vérité pour en faire la loi de nos actes, on la cherche comme une spéculation de l'esprit; au
DE LA PHlLOSOPfflE. 5
lieu de se placer au cœur des réalités positives pour en faire jaillir la vie, on se nourrit d'abstractions qui n'ont pas même, comme celles des mystiques, le pouvoir de nous détacher des sens. On veut une science qui ne commande aucune vertu, comme si science et vertu n'étaient pas les deux aspects d'une seule et même chose. Loin de marcher de front vers Ja vérité, on se passionne pour des opinions. Dans tous les travaux de Tesprit, c'est Thomme seul qu'on aperçoit; Dieu ne s'y rencontre que parce qu'il est impossible qu'il ne soit pas en tout; mais il n'y est pas comme foyer de la vie.
De nos jours, la vérité ne gouverne point le monde spirituel. Jamais l'opinion n'eut un empire plus absolu : monde politique , monde philosophique , monde religieux , tout semble lui être soumis; et comme Teffet naturel des opinions est de diviser, la vérité seule ayant la puissance de l'unité, l'anarchie a fait invasion partout. Elle est descendue de ridée religieuse à la philosophie, et de celle-ci à ridée politique, chaos universel où Ton ne rencontre plus que des partis, des sectes, des ennemis qui se combattent, tandis que tout marche au bouleversement et à la mort par la division.
L'homme est-il donc sur la terre pour disputer? Ses jours lui ont-ils été comptés pour qu'il les perde dans ces stériles combats de paroles, pour qu'il recommence sans terme ses labeurs, ses incertitudes, ses essais, et qu'il ne vive pas un instant de cette vie pleine et harmonieuse qui est le cachet de la vérité?
En nous repliant sur nous-mêmes et sous le regard du Christ, nous avons repris l'enseignement qu'on nous donnait dans notre enfance, et nous avons compris que toute
H BUT GËNÉIUL H lA PHILOSOPHIE.
pkitonopbie vraie éuU riy^ur eusmneiU conteoue dans la formulo caUiolique de nos destmées terrestres. — « L'boaitte» dit le catéchisme, a été créé pour coKoaitreDieu» ou la vérité : voilà l'intelligence; « pour l'aimer : » voilà le cœur; « pour le servir : » voilà la mauifestaioude sou intelligence et do son amour daus la vie pratique. Le but de notre trar vail est de fiiire saisir et d*appliipier cette loi, sous soi triple aspect^ à tomes les grande» vérités, base de nos rapports avee Dieu» rknnaaité el la créatkuu
mr gENTJMËNT dé: ltM)éfïni ou dé la perfection.
L'unité en tout. *- Fayev unique de l'iuiilé. * Qu'ert-«e q/m VTk^mkae ? ^ Loi d'autinomie. — Antinomie dans l'homme. — Uoi , non moi et leur rapport. — Wétr, Te Christ et Mlwmrae. — Verfte. — Absolu. — Qu'est-ce (|W la tkiT^ m%élL -^fVM«»pe «b IfMlÉftCM é&ê cétél^n/Hm ^ Ëmî Augustin. -^ V^sa^ii %vm^ t- la ftirnwto. ^ fcé» dWMi \MWÊmé^}fn/ê^ nomie ramenés à Tunité par Tamour.
We riniiéfliil.
Ego Dew omnipolens : ambula
Tous les élvê» leodeAt à runité^ C'est la loi uMV^rseH't. de la vie ; rhomme U chercbe ea UMète& eh4^$«&. Ce u'e^ pas là uue tbéarie^mais uafaît, cpi8 eoiisUieTei^âervatiM; il ne se discute pas^ il est. 1>'m vient q^ Id sâisnee* ne \% pas encore vu, ou, si elle Ta quelquefois presseHt^y q^f^'eU^ii» Tait pas appliqué à iouf^ses toava»K c4Mnnfte.Urè|^ nm^verselle et invariable, kr poii^i de dé]^arlyle iMye» ei le but 4e toute activité de Tespcii et de toiUe cenitudci, qui ne s'étabUi qu'en ranaenaiit toutes choses à Vunilié d unpviiteipeiiiMque?
Isolant Tune de Tautre toutes les avenues, touies te» branches de la science^ofi eii a faîiaulantde sf^ialités eon^ tradictoires« Pourtant, diviser c'est atteindre et détruire la-, vie dans sa source. Saii& doute les conditions de noire taiure §rnie ne nous permettent pas, comme à Dieu, d'embrasser d'un seul regard de Kesprii et daiis^ une seule pensée l'ensenible d'un tout quelconque, à plus forte raison Tensenible ch ioate»
choses. Nous sommes obligés d'étudier successivement, et une à une, les idées qui dérivent d'une idée première et fondamentale. Mais distinguer n'est pas isoler; et si l'analyse doit distinguer, la synthèse doit unifier. Loin de vouloir que nous isolions quoi que ce soit de son foyer, la raison, au contraire, nous dit que nous ne pouvons connaître vraiment et parfaitement chaque point de l'ensemble que dans Tunité qui le relie au tout. Par exemple, décomposer Tidée pour en faire tantôt une pure abstraction, tantôt une pure sensation, la séparant ici de Tabsolu, là de la réalité vivante ; opérer sur Tesprit comme le chimiste opère sur le diamant, pour analyser les substances dont il est composé, mais sans le recomposer aussitôt et en même temp6 par la synthèse, c'est mettre une fiction, un rêve, k la place d'un être vivant, c'est briser Tunité de la science en brisant l'unité de la vie, c'est disséquer un cadavre pour y chercher un homme. Il faut que nous ramenions tout en nous à un foyer unique, afin de voir toutes choses, tous les êtres et nous-mêmes dans l'indivisible et universelle unité, qui est la circulation même de la vie.
Mais, dira-t-on, ce principe, ce foyer unique existe-t-jl? Où trouver ce centre absolu et universel? Gomment ramener toutes choses à l'unité, la morale, l'art, la science, la théorie, la pratique. Dieu, l'homme et l'univers? Le monde visible et le monde invisible peuvent-ils se résoudre en l'unité dans leurs éléments constitutifs? Pour être mathématicien, astronome, chimiste, est-il nécessaire de voir Dieu dans les mathématiques, dans l'astronomie, dans la chimie? Ramènerez-vous à l'unité cette dualité qui se nomme la matière et l'esprit, et cette autre qu'on appelle le fini et Tinfini, l'homme et Dieu?
ou DE LÀ PERFECTION. 9
Eh bien, oui, c'est cette unité que nous cherchons, c'est elle qu'il faut trouver, et trouver à tout prix, car en dehors de cette unité le bien, le vrai, le h^au, Dieu, Tbomme et le monde, tout en un mot reste sans base, sans certitude, sans lien de rapport, c'est-à-niire inconnu pour nous dans son principe et dans ses relations.
Pour procéder à cette recherche avec méthode, et partant avec fruit, plaçons-nous au centre même de notre point de départ naturel, je veux dire l'homme, essayons de pénétrer ce qu'il est en lui-même. En connaissant l'homme, nous le connaîtrons nécessairement dans ses rapports avec Dieu et avec l'univers, et, par conséquent, nous saisirons l'unité fondamentale et universelle qui relie toutes choses en une.
L'homme a besoin de savoir ce qu'il est, pour se distinguer de tout ce qui n'est pas lui, et pour atteindre la fin qui est dans sa destinée. Dieu seul connaît l'être en soi. Il ne nous donne la connaissance des êtres qu' « en les opposant l'un à l'autre, » comme dit l'Écriture ' . C'est ainsi que la matière est opposée à l'esprit, la pluralité à l'unité K Chaque être en lui-même et dans son principe porte ce caractère. Considérée dans son origine, cette loi est-elle une loi de dualité, d'opposition, de contradiction? Est-ce le dualisme antique, le manichéisme d'Ormuzd et d'Ahriman qui est sorti des mains du Créateur 7 A Dieu ne plaise qu'aucune bouche humaine puisse proférer ce blasphème. Non, ce n'était pas une loi de dualité, mais d'antinomie. Dans sa nature vraie, chaque être est un, comme tous ensemble sont un; mais
« Contra maluin bonum est, et coDtra mortem Tita, sic et contra viram jastom peccator. Et sic intnere in omnia opéra AUissimî : dao et dno ei unum contra annm. (Liber Ecclesiastîd, c. xxntii, ▼. 15.}
s M., fd.
10 DU flEvrimn ûë lindéïini
éans ckactf», eMane en touly cette voilé inplîfue fai ^isiibciim. C'est ee que la Sagesse mpféVà arHeiir» )'imicti« nrn^ tiplex \ Unité el ^istiDetirt»»^ il y a éouble ai^mel^ ma»» dans la simplicllé d'ne m^vislbèe omtév C'est Ui ee <|ue imis a^^lmks la toi d'attihiomie. Sentement si l'être* libre fait ée cette distinction une scissioB^ «te séparalîofil, «lovs cohh nence TeppesilÂiMi^ la dttalhéy la eo»tf adieUtoo-^ Élàéteiis cette Ui wam dass sa èéviatten preèiisaBl ta inaSêi^ fRais daa» sa eoiMepftim ankiiiomqiie^ cseame iéée ■éme 4e toutes les œsypes ée Die».
Partout, e» nevs comiie autMir ée nom^ loinr Vi7««>y MHS toikcliem cette antiatMe radtcate qti senie eut la M vraineat mâfiarseUe. « E» tovte» choses*^ ëiiFéMiotty mm tvettvetts cewne éeux prineifpe» an éedaKsd0n(e«is.»L''or- *re artronBiiifg tovt enierseiésont daaslalei amiiiMi^ que d'altraetJMf et àt répubÎM, MBultmëmeat forée ce»* trîpète etfi^ee eeatpîfiife. Tout Tevére cUnwfuei et pli^ifMv dans Pa»tiiieaic0ée Vélectarieilé à la M» et ea Doâne teoysi pesitive et néptive, déeMif#saut l» êtres p» la farœ w4me qui les reeoiiq)ese et récipr9i|ueflieftty ée sof te fM éaiis teiir principe la fie et kb ttert sent réellement imum et ii0m^ cewme ions le fêtvoÊ»^ en sen iîeu. Tant f univers tteiblNt non» offre rmiiversette anÉinofiiie de* la tanière et ée» ténèbres-^ da nenTeneM et du repos, de t'n et da HraMple» Tout Fordre de Ha vie relative des êfre» se réeamie âaM l'antînoiDie ée Fiadîtidu et ée Fespèee^ du^ particulier et é« l^nérab Fovére dé m^ sentinesta dans cdlê du iMibnir et de la peine ; celui de nos conceptions dans celle du réel et de Tidéal ; celui de notre volonté dans les deux états antinomiques d'activité et de passivité. EuÂBy l'ordre divin lui- « c. vu, V. as.
OIT K LA PSKilcriew. Il
même m se résovtfîl pas ddw VantiMnie «Êftéme on b éistiflctÎM de b penmwaHté dans FânLté Ae- TÊtre^ Amt la farmul» esl la Sainte-Trimté.
Hâris^ fevcttôns) à l^omme. L'bemine est encore pew les pbitoâoplies une énigme înééchifirabte. PeurqMî? C'est qu'il tfe snlftl pas de le eoBstdérer eemme ét;ant plaeé enfle DieH et Tmévers visibley A finit le eeneevoî? dan» se» eah raetère ée médiateur de Vm àr i*aiitre. Eo vam im diret* f ous ^e rkoAMie est esprit ei eerps : je wm»' ilenianée èi me fanre c^naltre^ non ees^ âeox: fermes tmufk^i», ïàm l'idée sioqfAe ^1 réMhe 4e leur umn. Jttscfse-Ià vous> tté m'avez rieit dit. Il y a dam fbemme quelle ekese qfte je ▼ois, que je leuelie, ^ je pms d^iser smis 1^ sealpel, rééiim> en corps simpte» dans me^i erensetist. Étidemmeirt ce s'e^ pas là Fkemme, j'ent^ids le me« InMaif». Asfire^ ment îl fendrait dke qite k personutatité homiaiDe es« la maliève elte-môme, et qu'elle se £sii« pliante après être Ae* ▼enue détritiis. C'est \k ce qœ la langue et 1» pbysMfae nomment coi^, vérhal»ie d<M»aine du mendie fieibief «à la persomialité humaine se mianifèfste^ mais qui if^esi pas «Me.» D'un autre côté, Tesprit en lui-même et dans sm essence, c'est Kindétermiiié ; ee n^'est deme pois le moi proprement dit, la personnalité déSnie en tislinele. ¥eus voye2 stj'af ais raison de dire que les- idées de eorps ef d'espfMr n'ont leur significatioiï précise et coDfl^lète qn'antânt qii'e* per^te ridée simple qui résulte de Ymim de ces deux terftes eo» plexes. Cette idée est la vétitabfe défimtfon de ntromme sons ses a^ets divers ^ elfe ums eonlÉîra k l'unité mirerselle, en nous donnnnlla eteP de tens ses rapptsrts avec Bieu etl'unrrers.
i'aminMiîe qne nens tenons è'i n di fmy se meiit^ dtfne
tous les rapports de Thomme avec Dieu, avec le monde et avec lui-même. Ainsi, pour ne considérer Thomme que dans ses rapports avec Dieu, nous trouvons en lui partout et toujours la foi et la raison, la religion et la philosophie. Est-ce que la foi est sans raison, sans intelligence? xMaîs alors la foi n'est plus un acte libre de notre volonté , mais une simple passivité. Est-ce que la raison est sans foi, sans croyance simplement acceptée, étant ainsi à ellemême sa démonstration absolue ? Mais alors ce n'est plus la raison humaine , c'est la raison infinie, c'est-à-dire divine, l'homme est Dieu. En cherchant l'homme qui est simultanément foi et raison, vous cherchez donc en réalité l'idée simple et indécomposable qui résulte de l'union de ces deux termes complexes, l'intermédiaire, la moyenne proportionnelle de l'un à l'autre. Or, cette idée simple , cette moyenne entre la raison pure ou définie et ta foi dépourvue de toute raison , c'est l'iNDÉFim ou ce qui se définissant sans cesse, sans l'être jamais complètement, a par là même une double face simultanée, l'une intelligible à la raison, l'autre dont l'obscurité mystérieuse n'est accessible qu'au sentiment par la foi.
n n'y a donc pas en réalité, comme on le suppose vulgairement, deux choses, l'une qui est la religion, l'autre qui est la philosophie, mais seulement une idée simple et indécomposable, union de ces deux termes complexes, dont la partie mystérieuse reçoit spécialement le nom de religion, et le côté intelligible celui de philosophie. La religion sans raison ou philosophie serait l'absolu inintelligible ou le zéro comme vérité; la raison ou philosophie sans religion serait l'absolu intelligible ou la vérité infinie comprise par nous dans l'absolu, comme Dieu lui*méme la comprend. Le«
ou DE LA PERFECTION. 43
deux termes complexes s'unissent, disons mieux, s'identifient dans ridée simple que nous avons nommée Vindéfini^ parce qu'elle exprime quelque chose à la fois et en même temps intelligible et seuti, raison et mystère, philosophie et religion, comme disaient les premiers chrétiens.
De même, comme nous le montrerons plus loin, la notion de ^indéfini est l'idée simple qui exprime l'union des deux termes complexes, esprit et corps, et qui ainsi représente la nature constitutive et fondamentale de l'homme.
Or, Vindéfini supposa à la fois et exclut la limite. Tel est le fond de la loi d'antinomie que nous avons signalée en chaque être et dans tous. Qui me donnera la notion claire, exacte et complète de cette antinomie ou de cette loi double dans un moi simple, unique et indivisible? En vain le demanderai-je aux philosophes : ils ont tout divisé. Ne pouvant rien connaître par intuition, j'ai recours à l'observation. Appuyé sur elle, je découvre en moi un sentiment que j'appellerais la loi de mon être, s'il n'était mon être lui-même dans la plénitude de sa vie : c'est le sentiment, la conscience de rindéfini par laquelle je m'affirme moimême en me distinguant de tous les autres êtres. Qu'estce que cette conscience, sinon l'homme lui-même dans sa personnalité à la fois et en même temps sentie et distincte, sentie qui dit moU distincte qui dit autre? C'est par le moi que l'homme s'affirme, en se distinguant de tout ce qui n'est pas lui. Ce sentiment, cette conscience de soi-même implique la limite tout en la niant. Je ne puis m'affirmer , dire moi qu'en me distinguant de tout ce qui est autre^ de tout ce qui n'est pas moi. Dire autre^ c'est poser la limite où le moi s'arrête et finit. Mais si la personnalité, le moi s'arrête et finit à une limite par rapport
14 DU jnmimnr de ludétini
sm. attires ébtm, M«rt illaulé m l«i-«iéaHi, «t bim ft'afMii UA t^mmeoûUÊeai^ m iam ipe créé, i tsi saiis te, pme ^'A «st suMUditel. Il eKdm dose Umle lîfliite k ee 4armer pÛHt 4e «ne, <ea «Ame teofs qu'il l'inplUpie au premier. Si rhomme pouvait dire aif i 4' une muière absolMt il nj aurait plus pour lui de lûnUies, il «^ait Tiiifim , il serait Dieu. D ui autre «(Mié, 6'il ne poinraii excluce la lioiîte, À elle «était obsotee «i M, fl serait «Hre, il n'existerait plus lui-même. CMMoeat ees deux drases, niUnîté et k limite, la persoimaiité et la ^toinctioii pettreat^ettes subsister dans «a seul et tnéme élire , «lb, sim^ et iodifîsibk? Cest le mystère <de la vie, c'est Taatiiamie eentrale et imiversette que MUS retreavans en tout et partout, coanae nous Ta^aas BMMitré, et qui a son priadpe, sa raisoa et sa fia sapréme daas TantiaoBiie de la divine Trinité, e^^existeaee iafiaie des personnalités distiuctes daas Tdaité ie l'Être.
C'est là ee <pia les psychoiogaes ont nommé le moi, le aoarmoi et leurs rapports, termes non-seuleeieat iusépa'r^Mes, mais indivisibles, bi^ qae parfaitemeai distinets daas leur siamltauétté. Seidemeat, faute de pouvoir comprenére «ette iadivisioa, qui est le mystère même de la vie, iisies oat en réalité séparés, faisaat du moi, Tbomme ; du oon^mai, le amnde; et 4e leur rapport, Tidée. Étrange aveuglemeac qui s'obatiae à sdader la fie ( Le secret 4le ùtàkd i^ie et sa aienreiUe taefeble, «'est ppéeisément cpie Tbomme pane ea lai le mande et Tidée, saas «pi'ils aateat lai. Le amndea'estpasaoasyetcepeudaatnousporteas dimsaoti^e corps l'iuaiié et la s^fatbèse du moade et de ses to, ce fui a fait nommer Tkamma «a mierocosme. L'idée a'est pas naus^ et Aéaomaîas, comme oa le vena pfais loia, mm pionfaNis dâas aatre (Mpait l'idée^ la ramau aoiaerseile,
W M Là PIWBBrmi. fô
la L^ets, (MêI mnâUê 4e aos teitf , «e fii fiiit i ri«WM M flBéevK U cfarAàM for tes f)èr«i^ «a mm Quifii, Ae softe 4pB f teonM porte ém% cm iMi k hm^ «M et l«iir rapport^ to«t ctevMMit aiesi soUdM» dMs 1'»-
I« Me ta luNte M VHÀ, H fMriamt je tonebe hk linite to$ Ae«it4)e 9ii fDitn^'mm^- Sv^oiMi 4pp je M\afv6(e i te sjtt^ peDMfiÎM 4f rim èi <M àmm — 4 ec 4'é(re, v^ «e (pî éiît «riirer iiécessâireMMt liès que le pbik<* ftififie reHtéiine ftéèki àb leâ de te iefiqiift.fii j'i»fieniQie nt m«M9 «teias la ^oMoœftetteii Ae te jyjMte, je m'évaMNiifi «i
tevifiiUe i^i, daias te» preloMkiim de cmmi être, s'«is«rge fM)iiti^ liiuk^ iHBrae^i: t'esitle maiénjdtgiBe eniratn^t jifirès tel i'aUiâffifie^ éMit te tooctevitefi éeraiène est te négatioii MiyerseUe. Au iseulmne, el je 01e teiese emboîter 4e tout i'étefi 4e la |Ntt6sjttce îwisiMe tfpw e^^af*^ en ma fers Tia- &H« «î îe )^de de ^«e k JMte, }e «l'éYMeiiîs dans les «bimes de j'ilofini : e'iest te )^«Hàéésae. Tâot îl est vm 4fie te 4i«teîw e'eat ta ntttte, U drieeteites^ te aerti
Jjîiatate «^e«s se eenHiSitreK TiMBiBiie ee te plftçaat «teifte^ aeet m te^ee 4e 16e «fie tous e^ppetes te 9u»4e. Les êtres vteibte» f»î w'efiEiiiimet tte <s«at (pe te immum de «ete 4<|)ei«sihte^ ils te peuvent «eus dcnaoerte vjéritaUe ees*sciteiice 4e wm^s^éms»^ wàêl panée ifu'ite «Mt eafenaés dju^ te le«i|^« siMt parce qu'iii «eaisfuieÉs. Nitts «ofooies ^et^ens:^ mm m dehors et «iHlefMie S^kl. Ite «nt leur irte«teiirrepM» te«tf èenAew Asus te inibet nm jV étoffe et JV «enrs. Hlm ^«mv^ ee immt 4one du e6té 4e mm élre 4^ eet le* 4dH)rs et eiirAessttc d'eux. Putesaade «msible sans limiteB ^s aes kodenees, aa persefiaelité «e
saurait se définir qu^en face du seul être réel sans limites, qui i2st Tinfini lui-même ou Dieu. Tout le reste est limite et fini : or, comment l'illimité pourrait-il trouver sa définitiou dans la limite, l'indéfini dans le fini? En me prenant tout entier dans ce non-moi réel, je me distingue de Dieu, et par lui de toutes les autres créatures ; je sais mon origine et le but de mon apparition dans le temps. Si mon non-moi est Dieu lui-même, en tant qu'infini radicalement distinct de moi, qui lie suis qu'indéfini, le rapport du moi au non-moi est ridée même de l'indéfini qui est en moi par mon union au Verbe divin, raison absolue de tout être et de toute personnalité, Christ, Logos, loi universelle de tous les rapports. Et comme ce Logos contient le principe, la raison et le terme de toutes les relations des êtres, c'est en lui et par lui que s'établissent mes rapports réels, véritables, vivants avec mes semblables et toutes les créatures. Dans sa plus haute acception philosophique, on doit donc concevoir Thoinme comme Yunité indivisible d*un moi vivant se définissant en DieUy qui est son non-moi spirituel^ par le Verbe ou le Christ, qui est le rapport de rhomme à Dieu et réciproquement, c*est'à'dire le point où s'unissent et se distinguent à la fois Dieu et f homme. Ainsi l'homme est un composé du divin et de l'humain, unis dans la simplicité d'une personnalité unique, qui est le moi en tant que l'homme s'affirme lui-même, divin en tant qu'il se définit en Dieu par le Christ, reliant ainsi Dieu à la création, et réciproquement la création à Dieu. Aussi l'homme doit-il vivre dans ses semblables et dans toutes les créatures, pour faire vivre toutes créatures en Dieu. Quoi de plus admirable que cette conception de rhomme ramenant l'univers à l'unité, sou principe éternel, sans que la distinction s'efface nulle part!
ou DE LA PËHFEGTION. 17
Développons cette pensée foudameiUale. Eiuu' abstrayant de la limite , je rencontre riUimité. Maïs riUiniité ne peut pas être cause, le noot le dit assez, car n'étant pas infini, il a nécessairement un commencement. D'un autre côté, Tillimité étant inépuisable ne peut être que l'effet d'une puissance infinie, qui seule peut produire l'inépuisable. Ainsi rhonufie, créé par Dieu et prenant conscience de lui-même par rillimité, se pose entre Tinfini et le fini; il est le moyeu terme qui les unitdans la conscience de Tindéfini. Obéissant à ma véritable nature, borné de toutes parts et borné en moi*méme dans toutes mes facultés, j'incline toutes les puissances de mon être sous l'action de ïindéfini qui est en moi, qui est mon moi vivant, et que rien de ce que je vois n'a pu me donner, car tout autour de moi est captif de la limite. Alors, transperçant toute limite comme l'électricité tous les corps, je m'élève par une progression sans termes vers l'infini lui-même, en unissant, dans la conscience de l'indéfini, le fini et l'infini, la création et Dieu.
C'est en regardant au Verbe divin que l'on comprendra notre pensée. Dans le Verbe, comme nous le verrons, il y a éternellement l'idée de l'infini et l'idée du fini, puisque, comme la foi nous l'apprend, là est toute la science de Dieir, par conséquent la nature modèle de toutes les créatures. Il y a donc dans le Verbe divin Yindéfini réel, c'est-à-dire la totalité de l'idée de tous les possibles: là est le rapport, le moyen terme du fini à l'infini, ou plutôt ce rapport, ce médiateur dans la plénitude de son acception, c'est le Verbe lui-même. Cette idée de tous les possibles, renfermée dans la parole divine, estbienTindéfini ou l'inépuisable, puisque cette idée contient toute la raison du fini, effet d'une puissance^ d'une intelligence et d'un amour infinis. Dieu ne pou-
YâDt nous donner ri<lée de l'infiai» eair nous ne saurions la contenir, nous a donné le sentiment, la conscience de Vindélini qui implique Tinfini, en impliquant en même temps le fini. De sorte que nous devons échapper à la limite, qui nous enserre de toutes parts, et à la tentation de nous identifier avec l'itifiui que nous ne pouvons embrasser. Voilà pourquoi l'apôtre, posant la base de la philosophie positive , nous dit que nous devons aller des visibles aux invisibles» et des invisibles à la ver^u et à la divinité de TÊtre infini.
L'éeueil contre lequel ont fait naufrage tant d'intelligences d'ailleurs si élevées, c'est le mot malheureux d^ absolu. Ce terme générique est une puce abstraction, ce que les philosophes allemandes ont complètement oublié, lorsqu'ils ont été amenés par cette idée de l'absolu à faire u& tout de Dieu, de Thomme et de l'univers, dans l'unité de substance, d'idée ou d'acte. Il y a trois sortes d'êtres : Tèfere infini ou Dieu, Tôtre indéfini ou l'idée comprenant tout le fini réalisable possible dans le Verbe, et l'être fini réalisé. Da»s cette réalisation est un être à part dans sa nature, rhaamie, fini, et indéfini dans ses tendances, l'honuBe vmish sant réeUem«ut en lui, quoique dTune maniée relative,. Dieuv le Gbrist en Thumanité. Si l'on veut à toute force em^^jer le mot d'absofaimab sans jamais exclure la distinction, Tab* soin, t'est l'unité ée Irdrs en un qui se retrouve en l'homme, parce qu'elle est en tout e( partout.
Si nous nous arrêtons si longtemps pour faire sakir l'homme da)is sa véritable nature « et pour montrer sous des formes divéïrses ce qu'il faut entendre par l'indéfini, c'est qn là est la notion réelle de la vie telle que nous la coneevops, telle que nous devons la coneevoiir, et que cette mim d€ ta vie une fois bien, comprise , t(wt s'éclaire et
ou m LA PERFECTION. 49
s'expUqud cMuae de s<»*-ip4fne. La tie ^e^h pa& m m^k mouvepenl extérieur, mouvem^ot de Xéive par pq)port aux autcesétr^Sy Biais eaaore et suftout un mouvement inteame, dont l'axe eat luhmème un élan louJQurs emporié par le moteur infini, qui est Dieu. I)aBS ce mouveoitnt tmirersel dont il est lui-inétte Tua des foyers vivants, rayon du foyer divin, rhemine ne pooviait éviâenuftent s-orjJsnter qu'en supposait des points fixes, ooaime les astronomes imaginent le zéniià, )e nadiir eè lesr pmnts cardinaux. G'est une des conditions itt^pensables de notre propre mardis intellectuelie. Mais recueil, c'est de poendre ensuite poupdes redites les points fixes que l'homme n')a supposés gp»tuitemeKt que peut se guiéer dans sa marche, comme l'astronome qui viendrait à s'imaginer que les points cardinaux sont des entiités réelles, des êtres vériiables, et non de simples termes relatift, lesquels n'occupent jamais deux kistanits de suite le même point du ciel, quoiqueexprimant toujours lemèmerapportdugh^be avec son milieu toujours nouveau. Eh bien, c'est là précisément ce qu'ont fait les philosophes en vouknt renfermer la vie, o'est-Jh^ive k mouvement, dans de$ points fixes et iflunobUes. GoipuMiU;, pat exemple, définir l'homme qui est préciséoaent l'indéfini? Gommant renfermer dans la Umitei ce qui l'oxekkt? mais aussi commont connaître, sans le définiv par la: limite, ce qm IHmpliqiiet Étrange antinomie qui S0 reproduit toujours et partout.
L'ittdéfini, avons-nous dit, imptiqt^ et excht à h^fois lalimle. Tel est le sens vrai, réel et profondément novateur de la méthode logiqne d'Hegel. Un des philosophe^les plus émments de ce sièete dit, avec ce tact exqws de délicatesse cpii va aux profondeurs des choses : Tous les hommes s'en* tendraient, si l'oft savait retrouver, sous les mots qui Tex*
priment souvent mal, la vraie pensée d'un homme, et sous celte pensée elle-même, toujours imparfaite, la vraie pensée, (le Dieu. Appliquons cette belle maxime de charité intellectuelle à la méthode hégélienne. On a réfuté la monstrueuse application qu'Hegel et ses disciples en ont faite à toutes choses : cela devait être. Mais a-t*on bien pénétré dans la méthode elle-même, dans sa constitution intime, sa valeur intrinsèque, uniquement comme théorie de Tindéfini ou dé la vraie nature de Thomme , aussi incontestable dans cet ordre qu'elle devient fausse en s'appliquant, soit à Tinfini ou Dieu, soit au fini ou au monde purement matériel, soit à l'ensemble de ces trois ordres confondus. Sans doute il est difficile de dégager cette méthode du chaos d'erreurs souvent monstrueuses sous lesquelles elle est comme ensevelie, et de saisir, sous sa forme abstraite et métaphysique, le principe éminemment fécond qui en forme la base. Nous allons essayer de le faire.
Par son fameux axiome « je pense donc je suis », Descartes posait en réalité dans le moi le principe de l'absolu. Spinosa, appliquant ce principe à Dieu ou plutôt à la totalité des choses, en déduisit, comme conséquence logique, le panthéisme. MaisEant le premier, faisant de la philoso* phie une véritable algèbre métaphysique, vint démontrer qu'à ce point de vue de l'absolu la raison théorétique et la raison pratique ne peuvent arriver à la certitude de la réalité d'aucun objet extérieur, et qu'ainsi l'homme ne peut véritablement rien connaître. Fichte, Schelling et tous les philosophes allemands, se servant avec une merveilleuse subtilité de la métaphysique du philosophe de Kœnigsberg, essayèrent, mais en vain, de passer du moi absolu de Descartes et de Kant à la réalité objective, et leurs prodigieux
ou DE LA PERFECTION. 2i
efforts, restés sans résultat, n'aboutirent qu'à prouver l'impossibilité complète d'arriver à connaître quoi que ce soit, en partant de Tabsolu. C'est alors que parait Hegel : éclairé par l'insuccès de ses devanciers > iLpose le problème sous une nouvelle forme, en le faisant sortir de l'absolu. L'être, dit-il, c'est l'indéterminé absolu, en face duquel vous êtes comme serait l'œil en face de la lumière dans toutes ses splendeurs. Le soleil, placé en face de votre œil, vous éblouirait, vous aveuglerait, et vous ne verriez rien précisément parce que le tout vous frapperait simultanément, sans que vous puissiez vous fixer sur aucune partie distincte. Ainsi de votre esprit en présence de l'absolu. Ce qui est absolument sans lirnites est pour vous comme s'il était égal à zéro, le tout devient identique au rien , l'être absolu au néant. C'était quelque chose de bien hardi et de bien novateur qu'une telle assertion, car elle avait pour conséquence rigoureuse de montrer qu'il nous est radicalement impossible de connaître Dieu directement, et d'une autre manière que par. un intermédiaire, un médiateur entre lui et nous. C'était le coup mortel porté au rationalisme et au déisme, qui ne semblent pas encore s'en être aperçus. Cette méthode nouvelle contenait du reste en elle tout un monde de conséquences aussi profondes qu'innombrables. Hegel, qui en pressentait l'incroyable fécondité, en fut lui-même aveuglé et saisi de vertige. Par une de ces mystérieuses contradictions qu'on retrouve chez la plupart des grands novateurs, Hegel, infidèle au principe de sa méthode, la donna ellemême comme l'absolu, et retomba ainsi dans cet abîme d'où il se vantait d'avoir tiré l'humanité. De sorte qu'en y regardant à fond, il y a dans Hegel deux hommes : l'un qui, rompant avec la recherche de l'absolu, pose la méthode
it DU fSESmimt ÙE L'INÉUÊPINI
aiitkiimii(iue en vertu de laquelle rien ne^nufdit être connu que parla Hinite qui le définit en le déterminant; l'autre qui, considérant cette méthode comme étant elle-même l'absolu, y voit j' explication de toutes cfaèseset se trouve Bimi jeté aux deniiëres monstruosités du panthéisme et de Taihéisme. Ce dernier 'bomtne, on en a fait depuis longtemps jifsttce , c'est pourquoi uous n'en parlerotis pas : le second nous semble encore presque inconnu, au linoius en France, afussi est-ce celui-là que nous devons signaler.
Le principe de l'identité de» contraires, qui constitué toute la méthode de Hegel, a-t-il été compris? Nous ne le pensons pas. Ovi s'est épuisé à n'y voir que cette impossible et radicale absurdité qu'une même chose, corrsidérée sous le mémie tappoi^t, peut être à la fois et ce qu'elle est et le contraire de ce qu'elte est. En vérité, c'est par trop préjuger de l'ignorance humaine que de croire qu'une philosophie qui a remué, non paâ seulement des écoles mais des peuples tout entiers, puisse être fondée sur une telle ineptie. Non, non, trensez au fond, et vous y rencontrerez une vérité profonde. On dit vulgairement de personnes d'opinions les plus opposées qu'elles ^nt aux deux pôles. Cette image, empruntée au monde physique, rend exactement la pensée. Mais s'ensuit^ll ^ue ces deux pèles soient deux choses en réalité contradictoires, et que le pOle arctique exclut le pôle antarctique? Non, ce sont tout simplement les deux limites, les deux termes extrêmes d'une Ishose une et indivisible, qui est le diamètre du globe terrestre. Tel est le sens dans lequel il faut comprendre le principe de Hegel. Appliquonsle, par exemple, à l'homme. Hegel pose le principe môme d'où nous sommes partis, savoir que lliomme est une antinomie. Il représente Têtre sous les deux termes contra-
ou DE LA PERFECTION. 88
éictaires <iiii le constituent, et qui sont : l^ce quelque chose ^'indéfini et d'indéterminé en soi que Ton nomme esprit ; S^ ce quelque chose de purement déterminé et défini que la langue vulgaire nomme corps et la langue philosophique limite. Là est {'antinomie radicale. Mais ces termes ne sont que des points fixes imaginés pour notre orientation. L%omme, dans ce qui le constitue, dans sa vie réelle, est le mouvement même dont ces iermes expriment, non le point d'arrêt, mais la double orientation, lune vers Dieu, l'autre vers la création. De ce que ces deux mots forment opposition, on pourrait même dire contradiction, il ne s'ensuit point qu'ils s'excluent. Au contraire, car si Tindéterminé ou l'esprit restait à jamais sans limite, sans formule qui le définisse et le détermine, il ne connaîtrait rien, ne pourrait rien connaître. Ces deux termes, en apparence opposés et contradictoires, s'impliquent donc et s'unissent dans un terme simple qui, donnant à l'indéterminé une formule qui le définit en le limitant, constitue la conception, l'idée, la détermination. Mais les contraires ainsi conciliés, unis, identifiés, l'antinomie reparaît. En effet, celle conception, idée ou détermination formulée, contient elle-même deux choses : i^ Tesprit vivant qui en constitue l'essence ; 2® la formule ou lettre morte qui en est la forme limitative, la borne. Ainsi, par exemple, l'astronome, après avoir constaté le mouvement de la terre sur elle-même en vingtquatre heures, constate son mouvement autour du soleil en trois cent soixante-cinq jours. Ces deux mouvements opposés, j'allais dire contradictoires, il en identifie le principe dans la notion d'une force unique qui produit l'une et l'autre. Mais, l'antinomie effacée, revient aussitôt sous une autre forme et ainsi de suite indéfiniment, comme le démontrent
2i DU SENUMENT DE L'INDEFINI
les tbéorëmes astronomiques, série indéfinie d'équatk^as se résolvant toujours en équatioos plus hautes^ sans cesse plus approximatives delà vérité astronomique totale vers laquelle elles s'élèvent sans fin , sans pouvoir jamais Tembrasser complètement. Là, en effet, est une des manifestations de Tinfini que nous retrouvons partout. Ce qu'il fait en astronomie, Thomme le fait dans tous les aspects delà vie. Sans cesse il se formule lui-même en sentiments , en pensées, en actes qui sont comme les termes divers du mouvement de sa vie, mais n'en sont jamais la borne. Car sa vie, sans cesse plus active et plus vivante par ces déterminations progressives, brise successivement ces formules mortes au même instant pour ainsi dire où elle les émet, pour émerger dans des sentiments, des idées, des actes nouveaux qu'elle dépasse encore pour continuer sans relâche son mouvement indéfini d'ascension.
L'homme est un composé de fini et d'indéfini, par conséquent il implique et exclut la limite, ce que Hegel exprima en disant qu'il est êlre et non-élre. Comme nous l'avons fait remarquer, il est impossible que le philosophe d'outre- Rhin ait voulu dire que la même chose est et n'est pas sous le même rapport. N'aurait-il pas emprunté sa formule à saint Augustin? Voici, en effet, comment l'évêque d'Hippone s'exprime en parlant de la matière élémentaire : « C'est quelque chose et ce n'est rien, nihil aliquid, c'est l'être et le non-être, est non est. » Enfin, pour faire comprendre que cette loi d'antinomie ne renferme aucune contradiction fondamentale, il dit à Dieu : « Vous m'avez enseigné, Seigneur, qu'avant que vous eussiez donné une forme à la matière informe pour la distinguer, elle n'était pas quelque chose, Moti erat aUquidy elle n'était ni fignre, ni corps^ ni
ou DE LA PERFECTION. 2S
esprit, ei cependant ce n'était pas tout à fait le néant, omnmo nihilj mais le milieu entre l'être et le non-être*. » C'est bien là la loi d'antinomie, ou la conception d'une seule et même chose offrant à l'esprit deux caractères opposés sans contradiction. En en appelant aux mathématiciens eux-mêmes, Tinfiniment petit est-il la contradiction de rinfiniment grand? N'est-ce pas la même donnée dont les rapports sont changés? Et ce double infini antinomique nVst-ii pas l'indéfini plutôt que l'infini, par lui-même en delK>rs de tout nombre et absolument incalculable?
Hegel, pour faire comprendre qu'il ne considère nullement l'être d'un côté et le non-être de l'autre, accolés dans je ne sais quel dualisme monstrueux, quel manichéisme stupide, applique ici son priucipe de l'identité des contraires, c'est-à-dire que ces deux mots être et non-être^ par lesquels est représentée Tantinomie radicale, ne sont autre chose que des termes qui expriment, non la chose identique en elle-même, mais ses deux limites extrêmes, comme les deux pôles de la pile n'expriment pas au fond deux électricités, mais deux termes extrêmes d une seule et même électricité identique et indivisible en son essence. Si l'esprit s'arrêtait à la formule qui le limite, il ne serait plus indéterminé, indéfini, il deviendrait lui-même limite. Si la formule qui le définit était, de son côté, quelque chose d'indéterminé, ou en mouvement, et non un point fixe, une limite, elle ne déterminerait rien. Ainsi l'antinomie radicale réapparaît incessamment. Mais ces deux termes s'excluent-ils? Non, évidemment, puisque l'esprit ne se définit et ne peut se définir que parla formule, comme la formule n'est quelque chose que par Tesprit, la conception vivante dont elle est le signe. Toute
* Cmfestions^M^. Xlf, ch. m cl vi.
^ DU SENTIMENT DE L'INI^EFINI
dëtermmatiidfi étant une négation en ce sens que, bornée par sa nature limitative, elle ne saurait jamais contenir tout Tes* prit, indéfini de son essence, il s'ensuit qu'amené par son propre développement à nier la formule qui n'en est que l'expression incomplète et limitée, Vesprit nie incessamment ses propres formules (ce <{ue Hegel appelle la négation de la néffatton), pour s'affirmer incessamment lui-même, en revêtant toujours de iH>uveltes formules, ce qui est le pro^ eessm hégélien. Telle est, en effet, la marche de Tesprit humain, et rexpérience le démontre mieux encore que la lofique. Prétendre que cette méthode efface toute distinction entre le bien et le mal, la vérité et Terreur, le beau et le laid, c'est une méprise évidente. Tout ce qu'on doit en conclure, c'est que le bien ou le mal, la vérité ou l'erreur, le beau ou le laid, ne ëont point, quant à leur essence, dans la détermination, dans la form^ule qui change, mais dans Vesprit vivant de cette détermination ; bonté, vérité, beauté quand ils restent l'aspiration , la marche toujours constante vers l'infini ; mal, erreur et difformité quand ils deviennent une halte, une exclusion qui arrête cette ascension continue. C'est ce qu'exprime, sous une autre forme, la théologie lorsqu'elle dit que le bien ou le mal est dans {intention (in îendere)^ c'est-à-dire dans la tendance de Tes* prit. Pour bien se rendre compte de cette méthode, il ne faut jamais perdre de vue ces deux principes : !• que toute formule étant en elle-même purement limitative et finie ne traduit jamais que par un côté l'esprit, qui de lui-même est illimité et indéfini ; S"" que dès lors toute formule étant bien plutôt une limite qu'une expression de l'esprit, il faut toujours chercher l'identit-é , ou mieu)c Téquation des termes contraires, pour avoir la donnée de plus en plus approxima-
or DE LA raMPEGVIOK. «7
%m «t vraie 4^ ce qoi est conlemi ienire leam extrêmes. Qu'est-ce en effet que les ihols de la langue inimaine? Des termee eesHiie on les nomme, c'est-à-dire des Hmttes. Il en est à cet égard des signes de la langue mathématique et de tous tes autres comme des mots de ia langue vulgaire. Qu'est-ce de même que les faits visibles, soit plvfsiques, soit humains, phénomènes du monde matériel o« phénomènes de Thistotre? Ce sont de simples signes aussi, des limites, il feut donc remonter du signe à Tidée qu'il Hmite, puis cherchant par >ramom* sous cette idée elle-même le sens indéfini qu'elle contient, en réaliser en nous et dans nos actes pratiques lu réalité vivante. Cette œnvre de Ta-^ moiir dans la conception et renfantement de l'InteHigence est ce que n'ont saisi ni ilégel ni les antres philosophes. F)t cependant, cet amour est l'esprit vivant qui seul transforme incessamment latettre morte. Seul il réalise en actes pratiques la vérité toujours aneiefine et toujours nouvelle, perçant le sens des formules, pour en agrandir toujours plus ridée me\, qùi'he bessed'élre'latméme.bien qn'eMe apparsÛBse sous un jour sans ce^e nouveau. C'est cet amonr féoond, effu^on dé l'étemeUè charité, qui concilie ce qui parmssâh opposé, M^MUifie ce qui semblait contraire. Toujours mère sousle ^ulle ^ Dieu, cette cbartié conçoit dans une înefEvble unité, maiis sans eonfosioD, Dieu et l'homme ttnis>âanÀ4e prototype absolu, qui est 4e Verbe divin in^ carné. Aittsi, duMS le Christ, k vérité, tonjours ancienne et toujours nouvelle, est h conoeiption toujours féconde que Ttesprit de Thomme exprimera éternellement par des noms nouveaux sai^s pouvoh* jubiais répuiser.
«La lettre tue », c'est la formule, la borne; «l'esprit vivifie » , c'est l'amour qui marche de formules .en formules,
sans s'arrêter jamais. Lorsque, contintte Tapôtre, rhomme se tourne vers le Seigueur, le voile>de la lettre est déchiré, la for^ inule est brisée. « GarleSeigneur est Esprit; là où est TEsprit du Seigneur, là est la liberté. Nous tous, réfléchissant à face découverte la gloire du Seigneur, nous serons tranformés en la même image, de clarté en clarté, comme par Tillumination de l'esprit du Seigneur ^ » Vous le voyez, la loi d'antinomie se retrouve au ciel, ainsi que sur la terre, comme le dernier mot de la vie. Seulement, dès que Thomme est passé dans Tordre de Tinfini, cette antinomie revêt un caractère nouveau, et apparaît dans la plénitude d'une harmonie qui exclut à jamais toute contradiction. Sur la terre, la formule est ténèbres et servitude, au ciel elle sera clarté et liberté. Dans le temps, le sentiment de l'indéfini n'échappe à la formule qui le limite que par une lutte, qu'accompagnent la douleur et trop souvent le découragement. Dans l'éternité, au contraire, la formule est vivante; et loin d*arréter Télan de Thomme, comme nos formules mortes d'ici-bas, clarté céleste, elle développe, par une clarté toujours nouvelle, notre essor vers Tinfinie perfection, qui lui échappe toujours en se donnant toujours à lui, à lui « toujours avide et toujours satisfait (saint Augustin). C'est ainsi que, par cette clarté vivante, nous sommes transformés en Timage de Dieu ; car notre liberté, qui, darts la voie de l'épreuve, n'est qu'une contrainte, un effort contre nous-mêmes pour nous affranchir « du poids du x^orps qui aggrave l'âme, » deviendra dans a la cité qui demeure » l'harmonieuse ascension de notre nature elle-même dans les joies inénarra* blés de son indéfectible unité. Ne nous étonnons pas de
* Cop., f, III, V. 6, 17, 18, elc.
ou DE LA PERFECTION. 29
cette transfiguration, « car là où est l'EspriC du Seigneur, là est la liberté. »
Si Dieu eût pu donner à sa créature la conscience proprement dite de Tinfini, elle eût été infinie comme lui, elle eût été non plus créature, mais Dieu. La conscience de l'infini ne peut être que le caractère du Verbe divin, expression totale de Dieu et de toute sa science. D'un autre côté, si rhomme était le fini pur, il serait sans conscience de luimême et de Dieu, il ne serait plus un homme, mais un être simplement organique. L'homme étant destiné à s'élever de Tœuvre à l'ouvrier, Dieu a mis dans les profondeurs de sa nature humaine le sentiment de la perfection, disons mieux, le sentiment de l'indéfini qui est la conscience de lui-même, qui est son moi, ou Thomme tout entier. Qui ne conçoit maintenant que la logique, qui veut passer du fini à l'infini, a naturellement son principe et sa loi dans ce sentiment? Alors l'homme est véritablement le verbe créé, image du Verbe éternel, qu'il porte en lui et par lequel il est porté.
Ainsi, le sentiment de l'indéfini, qui est en nous, n'est autre chose que nous-mêmes, c'est notre vrai moi dans la couscience qu'il a de soi-même, puisque c'est par ce sentiment que l'homme, en se distinguant dans sa personnalité, échappe à la tentation de se confondre avec la matière ou avec l'infini. Nous posons ce principe comme foyer de toute notre vie, base de toute logique, loi de tout rapport et seul centre d'une philosophie véritablement positive et pratique. Nous le nommons sentiment de la perfection.
30 DU SENTIBIENT DE LINDÉFINI
Soy«a ddie parmi* ooinw vtitra
Père céleste est pvfaU.
(8. Matth., C. V, T. ké.)
Nous devions d'abord ni^oiUrer le^ ]i)ut où. tendant touJiM choses : ce but c*est ruiûtç universel^, Nou$; deviimi^ eisi^iie préciser le moyeu d'atl^iudre ce but : cq moyeu q^s^t le sentimeni d^ rindéjSjii, qui i^*e^\ autre chose qaie \t vm ou la personnalité humaine. elle-méDae, ayant aonsei^uca dQ sa prppre yiç comm^ mppçmc^nt d'^pir^ip^ ^^m boi!|^ ver^ tout CCI qui est beau» bo^, juste ei^vrai. Qr, q^'est-cn que cette a^piratiq^i sinioo le sentiment de la p^ffection an toutes choyas?
Nos sens sont impressionnés paii ks êtres pi çoo^in^k^iu notre monde;. ilq«s sommes infailitibleinent e^rtarns qu*il existe entrç eujx etno<^d^ rapports constants; a^ce»'e9t pas dans ^s êtres que nous trouvons les idées d^jit il^ sont le $igne indicateur ; ce n'est pas en eux qoQ nau^ trouvons la base de nos app£^c;iatioA$, la i^ai^OiU des lois qui les gouveruent et de^ r^pp^t^ q^i 1q$> unissent. Vous jugiez, n^us jugeons tou$ de U vérité des étrei»; mais la r^i^e et le critérium d@ nos jug^mQ^t^ n'est pas no«^, bien qu'il goit e» nous. Noust portons eA nous le tribunal i^dfécUnablA» Tar*^ bitresouveiçain qui pron^Q^ ^on jugenii^nt sur la Ip^nté, ta vérité, la beauté de$ êjL^e^ et sur lenr$i rapj^Qi;t$t«. Sa aous sommes attentifs à ce qui se passe au fond de nous-mêmes, nous entendons une voix mystérieuse qui casse ou approuve nos arrêts. C'est ce critérium qui juge lui-même de la validité des critérium philosophiques successivement proposés
ou BE LA P»FEGTfQN. 31
par les écojies diverses; c'est lui qui juge tout et n'est jugé par perQOQue.
Ce tribunal^ ae juge, c'est le seotioient ou la conscience de la perfection. Quels que soient les noms divers qu'il porte^ selon qu'on Tenvisage comme type du beau dans Tart, règ^ i\k vrsii dans la science, conscience du bien dans la morale et la pratique» voix de Dieu au point de vue religieux, conscienae^ de soi-même au point de vue humain, unité, vérité, justice au point de vue social, ce sentiment est dans tous les bommes. Ou Je retrouve en tous, toujours et partout; ei sous les formules, sous les aspects les plus différents, souvent taénie les plus contradictoires en apparence, c'est en réalité une seule et même chose. Mais on n*a pas sjinihétisé dans, ce loyer universel, da^s ce centre dî^in, les éléments si divers qui embrassent toutes choses et les relient dans lunité de l'esprit humain. Â peine Ta-t-on appliqué, vague^ ment et incomplètement encore, au côté moral de Tbomme. On ne lui ^ point demandé la solution des problèmes que posent incessan^ment devant nous ces trois teirmjes insépar râbles, quoique (tistinets, Dieu» l'bomme elFunivers. Dans cette lumière qui Claire tous les hommes, on a ealrevu le critérium du bien moral; mais on n'y a pâs vu la source do tout sentiment, de toute idée, de tout acte, tant das» l'ordre du beau et du vpai que dan^ celui du bien ; ob t'y a; pas vt| la base de la logique donnée à l'homme pour s'éJevev du fini à l'infini, pour conclure de la perfectioii relative kk perfection absolue, du temps que le sokjl mesure a l'éternité qui est la durée de Dieu ; on. n'y a pas vu la règle de nos sentiments coj^me celli^. de nos idées, le criteriuni individuel comme 1^ cri^rijiw ^oiû^U ^ s>w*tout le term« du rapport de l'un à l'autre; on n'y a pas vu ce milieu des choses, ce
modm da sentiment et de la pensée dans l'acte qui est comme Taccord parfait» lunité de synthèse harmonique où s'unissent à la fois toutes les puissances de notre être ; on n'y a pas vu, en un mot» l'unité où toutes choses aboutissent comme autant de rayons h leur centre.
L'homme a-t-il en lui le sentiment de la perfection? Faire cette question» c'est demander si l'homme distingue le beau du laid, le vrai du faux, le juste de l'injuste, le bien du mal, et s'il trouve telle chose ou tel être plus ou moins parfait que tel autre ; c'est demander, en un mot, si l'homme a le sentiment, l'idée, la volonté de quoi que ce soit. Ce sentiment est tellement le fond de notre âme, ce qui nous constitue tout entier, qu'on le rencontre encore jusque dans les monstres les plus odieux, jusque dans les sauvages les plus dégradés, et que lui seul subsiste partout où il reste le moindre vestige de la nature humaine. Selon Platon, ce sentiment est « le divin qui nous tient suspendu à lui par la racine ; » c'est c< le mouvement des ailes de l'âme, l'élément divin, Tamour ailé. » Suivant Aristote, c'est « l'attrait du désirable et de l'intelligible qui meut seul sans être mû, et meut comme objet d'amour. » C'est le démon ou génie familier de Socrate, dont ce sage disait : « Il y a une voix divine qui me parle. Cette voix s'est fait entendre depuis mon enfance. » Or, d'après saint Justin et d'autres Pères, cette voix était la voix même de Dieu. Ce sentiment de la perfection, c'est, selon Thomassiu, un certain sens mystérieux, seiisus quidam arcanus, qui, placé plus haut et plus centralement que le sentiment, l'intelligence et la volonté, touche à la fois et en même temps Dieu, nous-mêmes et toutes les créatures, et qui est a dans l'homme l'unité même de son âme, son centre
• Plat., Ajpol.
ou DE LA PERFECTION, 33
le plus profonde » Ce sens mystérieux, Bossuet l'appelle « un ressort cadié, une voix qui s'élève du centre de Tâme ; » et Leibuitz, m une voix d'éminence ou de perfection, via emû nenliœvelperfèctimis. »
Ainsi, de Platon à Bossuet , d'Aristote à Leibnîtz, tous les esprits d'élite ont parlé de « ce sens divin , » comme ils disent, d'où tout émane dai^s le nu>nde. L'artiste le nomme le sens du beau ; le philosophe, le sens du vrai ; le publiciste, le sens du juste; le moraliste, le sens du bien, et le christianisme, résumant dans l'unité tons ces noms divers, rappelle la charité, grâce ou don ineffable de TEsprit-Saint.
Ce sens mystérieux, caché au fond de nos âmes, ou mieux qui est notre âme elle-même, sa vraie vie, doit être considéré comme principe ou point de départ de toute notre activité spirituelle , comme règle invariable de toutes nos recherches sur Dieu, Thomme et l'univers; comme critérium universel dans tous les ordres. Nous l'appelons la conscience de l'indéfini, le sentiment de la perfection absolue, parce qu'ainsi compris il s'étend k tout art, à toute science, k toute pratique, à toutes choses en un mot, pour les diriger et leur servir de critérium infaillible.
Ce sentiment dans l'ordre du bien, c'^st la conscience ; dans l'ordre des arts, c'est le beau ; dans l'ordre intellectuel, c'est la vérité ; dans Tordre pratique, c'est la justice. Dans la logique , il est la base et le critérium de nos prémisses pour conclure. du fini à l'infini. Sous tous ces aspects, ce sentiment implique trois choses : — un type de perfection absolue auquel on compare tout ce dont on veut juger; — un rapport entre ce prototype et l'objet ou l'être qu'on lui
* Dogmes théologiques, liv. T, oh. xix, clc.
DU SEirmiENT DE LHIDËFINI
cdurpapé; — ettft» uft acte qui juge ivi lappovt 4e perfecr tioB de Vu» k l'aoue.
Le type vivant de perfection absolue^ c'est ce ifÊè totttes les langues humaines ont nommé Dieit. « Ntm-seiriemeiit , dit Descarte», je connais (pie je «lis^ uod diose imparfaite , incomplète et dépendaBle d'autrttt, qui tend el aspive sans cesse à qfielqne chose de plu» grand et de mâUeur que je ne sais; mais je connais aussi en môme temps fie cehii dttquel je dépens possède en soi tMites ces grandes choses auxquelles j'aspire, non pas indéfiniment et snuknent en puissance , mais qu'il en jouit en effet , actoeHemeal et infiniment, et ainsi qu'il est Dieu *. »^
Le rapport entre Dieu, perfection absohie, et Thomme, c'est le Yerbe divin oa le Christ, unissant em lui les deux ivatures, finie et infinie. « Natte âme^ dit Thomassin, ne naft sans JésHS-Chrfst. Voilà comment le Christ se révèle en neu», plutôt en nous qu'à nous, puisque c'est Lui dont la nature dépose en nous le germ;e, quand elle met en nolre^ àme la semence de la loi éternelle. C'est ainsi qu>*il occupe le milieu et te centre de chaqHO âme, afin de les éclairer toutes. De sorte qne eenx-là même que rÉvangrki et les prédieatiens n'alteigneM pas par le dehoi^s , ceux-là le Christ lés provoque et les sollicite au dedans; le Christ, c'est-à-dire h Raison même, la M éternelle, le germe inné delà vertu. Four être chrétien, il ne faut pas se jeter hors ie soi, mai^ rentrer et se reoneitlir en soi-même, et quand; un homme quelconque va tPo«rver sa- raisw, la seiMiet à réternelle Raison, el soumet à Tune et à l'autre son corps, cet homme devient participant da Christ. C'est pcfurquoi saint Paul dit qu'il ne faut pas aller chercher le Christ au
1 Méditations, 1. 1, p. 390.
ou DE LA PI»FECmOW. 35
loiB, pmftqiill est dans le i^tanr, â»s l'Ame, i^m le souffle de vte de ckicun. Jésus^-Cturisi est aw eeHtre de chaque âne, ear il B*esl que la parfaite et souveraiiie raiaott des* cendue dass Fbmnaftité ^ » Pourqœi ims ae y^Meiideftl^ ils pas eelle voa? C'est que les seas assourdissent Tâme. Dieu B'est pas euleudu au uiilieu du bruil des passions. Fsîtes-vousv comme dit saini Augustin, uae solitude au fend de votre âme ; soyez homme de méditation et de reciMiUe* ment; &ites laîre Vhomme, et von» efttendrei Dieu.
L'acte qui attrme le rapport entre le type divin de perfeetion absolue et nous ou un dire*, uae action quelconque, c'est Bous-méma dans notre liberté , jugeant à la fob par notre inleUigen«e, notre amour et noire volonté. « Ce qui constitue Thomme , dit un piiilosophe moderne, c*e8t la personnalité; et le centre de cette personnalité , c'est le cœur, qui est tout à la fois amour, r«son et volonté; Tamour c'est sa vie ; la raison c'est la connaissance du but de sa vie; la volonté e^esl son po«rroir de diriger librement cet amour vers ce but ^. » $î te centre de toutes tes facidtés humaines c'est te eœ^r, le centre de l'homme lui*méme tout entier c'est Dieu. Aussi Thomassin dit-il avee Bossnet : A Dieu considévé comme Père répond en nous l'être, à Die» considéré comme Fils répond Fintelligeaee , à Dieu considéré comme Esprit-Saint répond Famour ou la vie 3, «Mais k l'unité même de Die», ee principe, qui se conçoit en quelque sorte comme antérieur, doit réponse dans Thomme Ittimé même de l'âme, son centre le plus profond*. » Or,
» De Incarnat., lib. 1, c. 9.
. « D^rUmtésfi^rUmlie, par iUair âaiaA-Boviet.
* Thomassia» Dogmes ihéQk>9iques,Ms, I, cb.xix; liv.IIL— Bossuel, De la Trinité,
ce centre de l*unité humaiue, répondant au centre de Tunité divine, n ce sens mystérieux qui touche Dieu , » c'est le sentiment, la conscience de l'indéfini ou de la perfection* Ainsi l'homme rentre dans le type de perfection absolue ou Dieu ; il y rentre par le Médiateur, en qui se consomme Tunité de la nature humaine et de la nature divine, les trois termes que nous avons indiqués se résumant en un terme unique.
. C'est ce triple aspect sous lequel nous considérerons successivement le sentiment de perfection dans Tordre moral pu du bien, dans Tordre esthétique ou du beau, dans Tordre intellectuel ou du vrai, dans Tordre pratique ou du juste, eu un mot, dans tous les ordres dont il constitue le centre universel de Tindivisible unité.
De ta CoBselenee.
Qu*est-ce dans Thomme que la conscience? L'homme est un être libre , par conséquent responsable , bon ou mauvais, au jugement de celui qui Ta créé, même à son propre jugement. Voulant Thomme moral, Dieu a dû mettre à sa portée la loi du bien, impliquant par négation le mal. Il a dû Técrire aux entrailles même de sa créature. Partout et toujours Thomme a dû pouvoir accomplir Tépreuve de sa libre initiation. Cette épreuve consiste dans le choix qui nous est offert entre Tinfini, qu« nous voyons seulement des yeux de Tesprit, et qui est le dernier terme de nos destinées, et le fini que voient et touchent les sens de notre corps. Le mal ou le péché n'est que la préférence du fini à Tinfini, comme le bien vivant la préférence de Tinfini au fini. Partout et toujours Thomme a donc dû posséder un
au DE LA PERFECTION. 37
critérium infaillible, une règle immuable selon laquelle il peut faire librement son choix. C'est le sentiment de la perfection, conscience du souverain bien que recherchaieut les sages de l'antiquité. Il constitue la loi naturelle , s'il n'est pas même celte loi tout entière. C'est selon cette base de tout bien que sera jugé l'homme qui n'a pas connu la loi positive. Lorsque cette conscience s'est trouvée altérée , qu'elle eut perdu le mouvement moral, le Verbe divin se fit homme, pour apprendre aux hommes àbriser l'animalité, afin que l'esprit repdt la plénitude de son essor, sous le souiBe de ce sentiment. Comme le Christ le déclare formellement lui-même , il ne vint point détruire la loi primitive, mais l'accomplir* Sa loi divine et vivante n'est donc que la loi universelle, écrite dès le commencement au fond de la nature humaine et que le Christ est venu rendre à toutes ses clartés primitives, en dissipant les ténèbres qui l'obscurcissaient, et nous donnant de nouveaux moyens de l'accomplir. La conscience, dont les psychologues ont fait le point de départ de toute philosophie, implique trois termes, comme l'indique Tétymologie même du mot, eum-scire^ cum-mem. Il indique l'être qui a la conscience du bien, de la vérité, de la vie; il implique la réalité du bien, de la vérité, de la vie absolus, c'est-k-dire, Dieu toujours présent à notre âme, quels que soient ses égarements ; il implique, enfin, le rapport , le Médiateur de l'un à l'autre , ou le Christ en qui sont contenus l'idée de Dieu , celle de toutes les créatures , leurs rapports et toutes les lois qui les régissent, a L'amour de la vérité, dit Bossuet, en suppose quelque connaissance. Dieu donc qui nous a faits à son image, c'estk-dire qui nous a faits pour entendre et pour connaître la vérité, k son exemple, commence d'abord k nous en donner
40 DU SEXTUIENT DE L^fXKFIM |
Si nous passons de la consdence dans le iBonde de l'idée, il nous sera &cile de proaT^ qoe la soirce de tontes les erreurs dans la science de Dieu, de l'homme^ de FuniTers est dans Tonbli on dans une notion insnflBsante de ce sentiment de la perfection. Psydiolognes et ontologistes n*on pas tu clairement ce point de départ dans la rechertlie de la vérité. Tous, en partant de la méthode de dirision, ont abouti à TabstractioD. En se plaçant en dehors de Tunité, ils se sont placés en dehors de la yie.
Les premiers ont détaché de Dieu, source de leur vie et de leurs rapports, toutes les facultés de Fime humaine pour les étudier en elles-mêmes, sans songer qu'on ne peut connaître un objet qu'en le considérant dans toutes les conditions de sa nature. Comment connaître la rie en l'isolant de son fojer?
Les seconds ont dépouillé Tbomme de sa nature d'être yIyant, les idées de leur réalité toujours subsistante. Aussi, parce qu'ils les ont prises dans l'abstraction, toutes leurs déductions, tontes leurs conclusions sont dans le vide, sans application pratique, sans autre résultat que la fatigue de Tesprit et la sécheresse du cœur.
Pour avoir une notion exacte des êtres, il faut les étudier dans leur milieu respectif, hors duquel on ne les conçoit pas même existants. Le milieu de l'être spirituel c'est Dieu. L'homme esprit vit dans le milieu divin oii se trouve toute vérité, comme l'homme animal dans l'atmosphère qui contient les éléments de sa vie organique. La prétention des philosophes de connaître l'hommeen l'isolant deDieu serait celle du naturaliste qui couperait la branche du tronc pour y trou-
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▼er le secret de la vie . Le second n'a plus dans ses mains qu'un cadavre ; le premier ne voit qu'une fiction, nn être sans rapport» sans vie réelle, parce qu'il est sans racines dans le temps et dans réternité. Sans doute l'unité, dans l'ordre du fini, n'est jamais sans la variété. L'homme ne peut donc connaître les choses que par l'analyse ; s'il veut embrasser non« seulement la forme des êtres, mais la vie elle-même, dont ces formes ne sont qu'une manifestation passagère, il faut qu'il s'élève à Tunité fondamentale, dans laquelle toutes choses trouvent leur dernier mot.
Ce besoin de ramener tout à l'unité, que nous avons signalé au début» c'est Je simple effet de l'action une de Dieu dans les profondeurs de notre être. Aussi sommes-nous étonnés que les philosophes aient à peine aperçu ce mystèi*e de notre vie, ce point de contact de l'infini et du fini^ caractère constitutif de notre destinée, et qui donne la raison de ces aspirations sans repos et sans terme vers un idéal que nous sentons tous n'être pas ici-bas. Oui, je le sens, et vous le sentirez comme moi, si vous le voulez, il y a dans tous une force invisible, qui donne à tous nos sentiments, à toutes nos idées, à tous nos actes, un esprit vivant, comme Tair que nous respirons donne au sang qui circule dans nos veines le mouvement et la vie. Oui, il y a au centre de nos âmes un absolu qui seul, si notre liberté le veut, empêche l'anarchie de toutes nosfacultés , et les maintient dans l'unité, dans rharmonie . L'action de cette puissance invisible ne s'arrête jamais ; elle est à notre disposition comme la force qui agit indéfectiblement sur toute la matière de l'univers, et dont nous nous servons sans même qu'il soit nécessaire que nous ayons actuellement conscience de sa présence. Cette force, cette puissance, cet absolu, cette lumière, n'importe le nom que vous
lai donnerez, «-est le «aiment de laperfectira qui si^l nous founirt la solution de tous lesproUènftesqueeontieniient les êtres, qui seul nous fait juger des qualités qui les di^ttnguent., de riiarmoiiie et des rapport'S qui les «nissent.
Noira ftv<ons an[>elé cesentimeint du nom d'absolu , ntni que ce sort Dieu lui^méne, mais raction de Dieu «sur notre àne, nous donnaflft tiffîpleraentie seotwefnt de d'ekistenoe d'une perfection qoi n'a point de linrites, et qui ine ipwt «fcre fpt Dieu lui-môme, tnurmurant à roireiUe ^e Thomme qn'il « posé, dans le temps, les secrets de réiernité, teritie de «soft initiation. Si ce sentimerfft ne «vieMpas de Dieil^ «'iltn'estpas le fruk de notre dliance av4)c lui,'drtes^nou&o& nous Tavofis trouvé? Aucune créaiiire ne Texprime «t ne saiurait reiprimtv : il ne mm est donc pa« donné par elles. Il ne ferme pas en nous -par une vertu qi6 nous soît propre, puisqu'il débonde notre cœur, notre intelligente *et notre fo^ee ; ^ ar cnn^séquent «'ait l'infini avec nous on phnfrt nom avec l'infini* Vous aves b^nn ^ouMr vous qpasser de Dieu, oe sentiment n'en est pas moins le foyer otf s'allume toute ^ie spirituelle et morale. Éteign4i:&-le par la pensée, soit ; mais alors^ne pâr« lezpasduëeiu, du vrai« du juste :oes mote ont perdu pour vous toute oigmâoaitiofl ; disons mieiK, nous vous portons le défi de les prononcer, pmisqne vous ji^set plus les idées «dont tk sont le signe iiévélalèttr. Eit parce que ces trois idées sont en germe tout le monde intellectnd «et moral, sans elles il n'y a plus aucune ligne de démarcatyion possible entre T'homme et le règne animaL
Oui, dans l'ordre intellectuel et moral, toutes les idées qui rayonnent au eein de l'esprit humnin ont leur centre vi« vaut dans ces trois idées premières, filles coprespondeot voBlesà iafvéDilé infinie» par ceiiiéqueni à TÊtre divin, prin-
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cipe et source ée twt au dedans et hevs de lui; «— ii la beauté infifUie, c'est-à-dire au Verbe, étemelle expression de toute la soienee divine, la splendeur de Dieu, conlenaat en elle la beamé de toute créature ; -^ enfin, au bon ou au bien* c'«st*àKâire à l'Esprit infini, amotir du Principe et du Yerbe^ rsison de Tadivité des créatures dans Tordre ;de Véternité^ source de tout bien, comme la haiue^e ces trois grands principes est la source de tout mal. Toute idée m nous, quel qu*en soit le nom ou la formule, ti'est que la iiplendeur du yrai« du beau et du bien. Ainsi Dieu est k la racine de toute vie intelleoUielle et morale. Ainsi toute activité at ses pro* énits doivent être rapportés à cette indéfectible unité. €'est, en suivant cette loi dans Tordre de la nature vMble, que tous les ruisse^atx qui arrosent et^ei^ilisent la terre retournent à rOcéan, >d'oii île sont soitis.
Ce semimont de la perfection dans Thomme est une coh* séquence forcée 'de mite destinée dans le plan dit^in <de la création. Seul il donne le demierfliotde notre nature mixta et des devoirs iqu'eile nous impose. Pour bien «aisir celte doimée foodamentale, peur coBipmedre connuent elle est le point dC'dépfirt.de tomes nos idées,, de toutes nosconceptiom lo^ues^ i'I nous faut remonter par delà le temps, par delà tontes les créations qui se «eu^evt'danis Tespace. Rien ée ce que Tespaee comienU rientde ce q^eieitemps .mesure n'était encore, Dieu seul était dans le mystère de son essence. Goo« cevez, si vous le pouvez» TÊtre infini sans idée, par €OAsé«quenisans son Verbe noanmant son Principe, inoinmauttovles les créatures, étemel médiatettr entre Tinftni -et ie fini, idée ou prototype des êtres qui pouvaient et devaient exister un jour d'une vie propre. Lorsqu'il plaira à (Dieu de réaliser quelques-unes de ses aidées, c'estipar son Verbe qi4*il tes xéa-
lisera, puisque c'est dans son Verbe « qu'est toute la science divine. » Ainsi, avant même l'existence des êtres dans le temps, nous apercevons la raison d'un Médiateur entre nous et] Dieu, puisque c'est par lui que Dieu opère tout ce qu'il fait. A cette lumière, que devient le déisme, qui prétend établir avec Dieu des rapports immédiats? Que devient le rationalisme, qui croit pouvoir quelque chose dans l'ordre spirituel en dehors du Médiateur? Mais n'anticipons pas sur nos idées. Lorsqu'il plaira à Dieu, disons-nous, de réaliser quelques fragments du monde éternel m typique, comment pourra-t-il le ramener à son principe? Quel moyen prendra la sagesse divine pour établir des rapports réciproques de l'effet à la cause, comme il en existe de la cause à l'effet? Dieu, principe de toutes choses, n'en est-il pas la fin? Pour qu'il en soit la fin, il faut que son œuvre retourne à lui; or, la matière ne saurait le connaître, car il n'y a aucun point de rapport ou de contact entre la matière et l'esprit' . Entre son œuvre et lui Dieu pose l'homme, être mixte, touchant à l'in* visible parce qu'il est esprit, au visible parce qu'il est corps. Pour être ainsi médiateur entre les idées qui vivent au sein du Verbe et leur manifestation temporaire, lien religateur entre le fini visible et l'infini, comment l'homme remonterat-il de l'un à l'autre? Dieu se montrera -t-il à sa créature? Mais alors, saisie et transportée de toute la beauté de l'infini, elle n'eût pas même regardé à la création et se serait préci* pitée de toutes les ardeurs de son amour, dans l'océan de tout bien et de toute vie. Or, l'homme était destiné à l'épreuve. Dans sa sagesse adorable, Dieu établit un moyen terme entre l'infini, dont la vision est pour l'éternité, et le fini, qui est la condition de l'épreuve. Ce moyen terme, c'est la conscience
• « La poussière louera-t-elle le Seigneur? » (Ps.)
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de l'iufini ou de la perfection absolue. Ce sentimeut» c'est la communion de Thommc avec le Verbe, beauté de Dieu, contenant en même temps la beauté idéale de tous les êtres. Par celte voie mystérieuse, Thomme montera de la manifestation à ridée, et de Tidée nécessairement éternelle à Tinfini; et s'il demeure fidèle à cette logique qui repose sur le rapport vivant du fini et de Tinfini, qui est le Verbe lui-même, Thomme accomplira la loi dé son initiation, en préférant toujours Tinfini au fini.
 la lumière de ce sentiment, nous le disons hardiment, on ne démontre pas Dieu, c'est Dieu qui démontre tout. Comment constituer, en effet, la certitude absolue, si on ne prend son point de départ en Dieu, qui seul est le véritable absolu? Partir de l'homme ou du monde, c'est-à-dire d'un ordre purement relatif et fini, pour conclure à Dieu, c'est* à-dire à un ordre purement absolu et infini, n'est-ce pas aller au rebours de tous les principes du syllogisme et de la logique? Évidemment nulle idée ne saurait conclure eu dehors de Tordre ou de la série dont eHe fait partie. Disons mieux , du fini à Tinfini, comme de l'infini au fini, il n'y a nui rapport possible sans un médiateur qui contienne et réunisse en lui ces deux termes. De là Timpossibilité pour l'homme, être fini, de s'élever jusqu'à l'infini autrement que par le Médiateur éternel , « Verbe divin qui illumine tout homme venant en ce monde '. » Ce n'est pas seulement depuis que le Verbe s'est fait chair qu'a lieu cette action de sa lumière spirituelle sur notre âme, elle est la continuation de ce qui eut lieu à la genèse de l'homme.
« Dieu, disent les livres saints, créa en eux la science de l'esprit, remplit leurs cœurs d'un sens divin et leur montra
^ Saint Jean, ch. i, v. 9.
4ê DU SENTIMENT DE LINDÉFINI
le bieo el le nal. Il posa son œil sur leurs ccrars H leor fil Toir les nagiiiflcences de ses œuvres, afin qu'ils kiuasseut son smni nom, et racontassent les merveiUes de sa puissance, le glorifiassent dans ses enivres admirables. Il ajouta à ces dons la discipline et les fit liéritiers de la loi de vie. Telle fut Félenielle alliance qu'il contracta avec eux, leur révélait sa justice et ses jugements^. ^ Voyes comment, faisait Vbomme à sa ressemblance. Dieu crée en lui trois choses, la science de l'esprit ou l'intelligence, la plénitude du cœur ou le sentiment, et la pratique du bien ou l'activité; el ces trois choses sont un, à l'iinage de la divine Trinité. Mais comment ce germe va-l!-il éclore ? Gomment l'homme, sentiment, intelligence, activité, viendra-t-il s'unir, pour j puiser la vie, à la forée, à la raisoa, à L'amour infini? «c Dieu place soa œil sur leurs cœurs. « Alors le cœur de l'homme peut voir toute chose avec L'œil même de Dieu. Or cet œiU oà se réfiéchk toute lumière intelligible, qu'est-ce sinon le Verbe, le Logos divin dans lequel notre esprit doit con^ templer toutes les œuvres de Dieu ? L'homme ainsi uni à soa Créateur dans le Verbe, quel est le but de sa vie? La sanctification du nom de Dieu, la glorification de ses perfections infinies et l'avènement de son règne manifestés par Thomme qui les incarne en lui, et dans l'œuvre même de la création. De eetie wnion de l'homme à Dieu dans l'accomplissement de ses destinées immortelles, nait la discipline, c est-4Hiire l'ordre, l'unité, l'harmonie et l'héritage éternel de la ki do vie, d'où résulte l'unité de toutes choses. Ainsi est constituée l'alliance élernelle qui manifeste le jugement et la j|is« tiee de Dieu. Que de pensées en quelques lignes ! Quelle
« Ecclés., ch. xviii Y. 6-iO.
00 M LA PHRFBCTRffiT. 47
n^ttiqpte définilioa du a^atkaftoi de b p«rfeetioH soos tMs «eft aspects i
Ce seiUânient esl k l'œiL qae Dieu a posé sur noa cœurs » , c'est-àhdiro le Yei^be ààn'm^ ce Christ intérieur et invisible, voix iftystârieuee de h eoaseieaee qui uous guide, kuuière ifilîme qui éclaire tout en nous et hors do nous. C'est par ce seiUimenft que rhomae }uge toutes les t^aotés. relatives, et qu'il Si' élève de la limite à rillioûté , nott par me iuterversian de toute logifuie, nais par une iiiduction rigoureuse, puisant dan» ce critérium du vrai, du beau et du juste, le priiieipe même de la négation de la limite dans l'Être dont teut ce qui est dans e% temps n'est qit'vne imitation. De là ce piincipe foadametitat : nous ne pouvons démontrer Diett, c'est Dieu qm démontre tout en nous et hors de nous, par h seutànHint révélé de la perfection, qui est son Verbe rayonaaiH e» nos âmeSr et bous donnant, avee la eoaseienee de nous-mêmes et du monde, celle de Die& « en qui noue avofis ITètre, le mouremefit et la vie. »
C'est ei> veplu de ee aenliiineftt f|H«v regavda»! à la Iknile, iHUks diaons : Il y a mi èlr^ qui» n'eu a point* Aussi, dans so» magnifique résimé do toutes les pi>eiives de l'existenee éer Dieu ^'il synthétise en une pteuve unique et univer* setsvunphikaophfr contempefain * moa«re parfaitemeat qm ïhiNÊÊKme ne sai»«iit eoMlure du fini à. riniui, ée Félre eafesnè dans la liuitte à l'éire fui n'en aipoittt,.qtt'eft vdM d'oR aete libre et spoutaié de sa^vdtoalé^ d'uost sorts d'îaitiative Bn^rale, véritable ioppératif ealégoeique da la raisoa théorique et piratifipie. âbdjn qti'esl^ee fud eet impératif eatégociqua, àlafoiS' iateleetuei et Haosal, iodividael et sociale Quelle esl soB c»pigiue et sa eausel L'acte moral est uu efifet : d'où vleiH^
* 09 Ae» Cmmai9same df Dieu.
il? E8t-eede Thomme par une force nalureUe? L'abtme demeure toujours. L'homme, étant un être fini, ne peut partir de lui pour conclure logiquement à l'infini; il faut qu'il prenne ses prémisses dans Tordre dans lequel il conclut. Ces prémisses, c'est le sentiment de la perfection. Ce n'est pas Tinfini, mais le moyen terme entre Tinfini et le fini. Dieu et Thomme ensemble à leur point d'union, Tesprit de Dieu et Tesprit de Thomme dans un seul et même amour. Cet amour, qui est le principe créateur de notre vie spirituelle, la forme de Tâme humaine, et qui constitue en|nous toute activité, est eu tous jusque dans le sauvage. Si ce n'était qu'un acte pur de la volonté, sans aucun sentiment, aucune conscience interne, qui lui servit de justification, de crite^ rium et de guide, l'homme n'aurait aucune raison de conclure du fini à Tinfini, plutôt que du fini à la limite absolue ou le néant, comme on l'attribue à Hegel. Pourquoi sa volonté se déterminerait-elle plutôt vers Tinfini qu'il ne voit point que vers le fini qu'il touche par tous ses sens? Pourquoi s'attacherait'il plutôt au monde des choses célestes, qui ne sont nullement par elles-mêmes la conclusion logique du fini, qu'au monde des choses terrestres, qui en sont la conséquence rigoureuse par équation d'identité? Que dis-je? comment pourrait-il même avoir la notion de l'infini qui ne résulte directement ni de lui-même ni du monde, êtres essentiellement finis? Lui fut-elle apportée par une révélation extérieure et visible, comment pourrait-il la concevoir, puisque, non-seulement elle ne répondrait à rien qui fût en lui, mais encore serait en opposition complète et radicale avec sa nature propre et celle de l'univers? Si la révélation, si la création elle-même lui manifestent l'infini, à travers le temps et l'espace, c'est qu'il a, aux derniers
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replis, à la racine, au centre de son être, une sorte de sens divin, qui lui en donne le sentiment, la conscience.
Quant à la partie de l'esthétique ou du beau, il nous sera facile d'en montrer Torigine, la loi et le but, dans le sentiment de la perfection appliqué au côté effectif de Tàme humaine. Mais ce sujet si grand demande à être traité à part, dans toute son étendue, les artistes et les philosophes ayant souvent méconnu la portée et la haute moralité de Tart, qui ne doit être jamais qu'une prédication vivante de la destinée spirituelle de Thomme. Nous Tétudierons plus loin dans tous ses développements.
ne l'H«iiiine dans ««b MipiratlMi wera l^lnlliil.
L'homme n'est point destiné à la connaissance abstraite et spéculative ; il n'est pas logicien pour satisfaire le stérile besoin de savoir. Sa vie a une fin suprême écrite dans le fond de ses entrailles, et toute comiaissance, toute logique, n'est qu'un moyen que Dieu lui donne pour atteindre cette fin. Mais ce but«st au delà de l'espace et du temps. Loin de s'arrêter à la terre, comme à son terme, l'homme doit la traverser en s'y réfléchissant, pour la transfigurer et l'emporter, dans l'effort d'un élan sublime, vers l'infini, principe et fin de toutes choses. Voyez plutôt combien l'homme s'indigne de toute limite dans le beau, dans le vrai, dans le bien! comme il demande, comme il veut l'absolu en toutes choses! Malheur à ces âmes flétries qui ne savent nous comprendre, parce qu'elles ne peuvent s'élever au-dessus de ce que leur offrent les créatures, avec leurs incessantes déceptions ! Elles ont effacé du fond de leur cœur le sceau divin dont Dieu les avait marquées, l'empreinte de sa main,
l'esprit (le sou souffle» qui produit en nous la soif et la faim, de ce que les philosophes nomment l'utopie, mot qu'ils nous jetlent à la face comme une injure, lorsque peur nous ce n'est que l'aspiration vers Tidéal divin de toute perfection, pour lequel nous sentons que nous sommes faits. Non, nous parlons de ces âmes qui ont conservé indélébiles ces caractères de feu, écriture vivante qui est la parole même de Dieu ; âmes semblables à celle d'Augustin, dont l'amour ne saurait être rempli par aucune affection de la terre, s'é-levant du visible k l'invisible, du monde à Dieu, parce qu'elles aiment aimer, amabam amarey demandant l'infini, demandant l'absolu, demandant l'unité, en un mot, demandant Dieu à l'océan sans rives,. aux étoiles sans nombre, an soleil, foyer de lumière et de vie ; leur disant successivement à tous ; Êtes-vous celui que je cherche? Êtes-vous l'infini, terme suprême de mes aspirations? Non, vous ne l'êtes pas; car si ma main ne peut toucher les bornes qui vous Umitenti mon esprit les dépasse. Puisque vous n'êtes que les œuvres du Dieu que je cherche, soyez pour moi les degrés de cette échelle de Jacob, qui u'est que le Verbe même, nous emportant iucessamment de i'abime à sou Père. Et il écoute toutes les voix de la terre et du monde, lui racontant leurs défaillances et leurs limites, et lui criant sans cesse de monter et de s'élever pks haut> pour trouver celui dont ils ne sont que Tombre fugitive.
Loi de la conscience, foyer des idées vivantes destinées à l'homme pour le temps de son épreuve, base de la logique divine incarnée dans nos âmes, ce sentiment, qui vit en tous, est encore l'élément inépuisable de notre progrès moral. C'est la voix qui crie sans cesse : « Ne pas avancer, c'est reculer. )» Oui, reculer devant Tinfini, pour s'en*-
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foncer ims les ténébreuse» régions du fini ; échapper k cette action mystérieuse, c'est renoncer à la vie qui demeure pour celle que. les jours mesurent et qui s'évanouit dans le sépulcre ; c'est violer la loi de notre être, c'est divorcer av^c le ciel. Nous sommes enfermés dans les horizons de la création ; mais tout en nous* hors de nous, nous dit que nous pouvons,, que nous devons eu reculer les limites.
C'est en approfondissant la contradiction apparente de notre nature et de ses aspirations sans terme que nous nous sommes demandé, avec toutes ces âmes qui bouleverseraient la terre pour prendre leur essor : Pourqurn Dieu ne nous a-t-il pas créés parfaits? Ce cri est Texplosiou d un sentiment, d'un foyer de vie sans bornes» d'une aspiration sans limites ; c'est le cri que pousse la soif de l'infini qui doit nous consumer. En descendant dans le mystère de noire être, nous trouvons Tamonr, cette puissance de donner et de se donner, qu'il ne faut pas confondre avec l'attraction toute physique qui attire les êtres les uns vers les autres, mais ce sentiment qui, touchant à la puissance infinie, nous ramène, nous et tout ce que nous devons aimer, aux sublimes hauteurs ou Dieu nous avait d'abord placés, et qui appelle la perfection absolue en tout, parce qu'il ne connaît nt circonférence, ni limites,
•M'élevant aiors vers l'Être, qui, infini sous tous ses aspects, l'est par conséquent sous celui de l'amour, unité de son être et «ceau de son esprit, je me suis dit : Il est 4aD^ la nature de l'amour de donner et de se donner. « Je mems de ne pas mourir, » pour être tout entière à mon Dieu^! décriait sainte Thérèse. L'expérience confirme cette loi : il est dans la nature du bien de se donner. Dieu, dit saint Augustin, étant le bien sMverain^ est éminemment communicatif.
52 DU SENTUIEHT DE LIXDÉFINI
Amosr infioi, Q yent se dooner infiniment. Ne craignons pas de le dire, s'ilTaTait pn, il n'eût créé que des infinis ; mais Finfini ne peut pas se donner, il est nécessairement nniqœ. L'impossibilité de faire des infinis est la p^eclion même de sa natnre, c'est Timpossibilité absolue qa'un autre soit luinmême. La créature reste donc toqours essentiellement finie, par ceh seul qu'elle est créature. Mais inénarrables sont les merveilles de Tamour infini. Écontez-le : « Faisons lliomme à notre image et k notre ressemblance. » Il n y a d'infini que ce qui est étemeUement de soi et par soi ; mais je ferai des imitations de moi-même^ la nature de Thomme sera bornée, puisqu'elle est créée ; mais je la doterai de facultés sans limites; je toucherai moi-même de mon incommunicable essence le fond de ses entrailles, et, de ce contact, on elle puisera sa racine éternelle de vie, sortira, comme souffle de mon souffle, âme de mon âme, esprit de mon esprit, une aspiration incessante, un essor sans bornes, un attrait invincible vers moi, qu'on nommera des doux noms d'amour, de grâce et de joie, résumés dans celui de charité qui les contient tous. Je ferai plus, pour qu'elle me ressemble de plus près encore, après l'avoir fait monter par degrés des dernières limites, des limbes de la création visible, je la placerai libre, durant une période d'initiation, dans le temps et dans Tespace, afin que là elle soit, autant que créature peut Tétre, d'elle-même et par elle-même, devant à son propre effort, à sa propre vertu, associée à la mienne, une création achevée, conscience d'elle-même, de moi et du monde, sorte de coopération h mon infini. Que puis-je faire davantage? Si, je ferai plus encore : moi-même, par mon Yerbe, je prendrai la nature humaine, je me ferai homme ; après avoir tout donné h l'homme tout, jusqu'à
ou DE LA PERFECTION. 53
la liberté de me repousser, je me donnerai moi-oiéiue par mon Fils en holocauste, sur une croix, dans la plus horrible des passions, dans la mort la plus iufamaute, afin d'apprendre aux hommes à se donner eux-mêmes à moi et les uns aux autres, et d'imprimer ainsi dans leur cœur Tamour divin, cette puissance créatrice, qui, en les faisant communier à ma nature, les fera communier à mon éternelle félicité. Je suis Tinfini en réalité, eu acte; Thomme sera l'infini en facultés, en tendances ; je suis Tinfini en essence, Usera Tinfini en participation ; je suis Tinfini par nature, il sera Tinfini par la projection de sa vie ; je suis l'infini de l'être, il sera Tinfini du devenir^ s'avançant éternellement vers la perfection par un progrès sans limites. C'est ainsi que Dieu donne infiniment et qu'il se donne infiniment , en se gardant tout entier. Que pourrait imaginer de plus la plus audacieuse des conceptions ?
Tel est le point de départ qui a manqué à la philosophie, pour s'élever d'une manière certaine du fini à Tinfini. L'homme étant une aspiration sans bornes vers l'infini, cette aspiration dont Dieu se sert pour ramener la copie vers son divin original, c'est le sentiment révélé, la conscience de la perfection infinie. Or, rhomn^e « tend vers ce qu'il aime , et parce qu'il l'aime. L'amour, dans le sens universel du mot, est le principe créateur de toutes choses ; il est la source de la vie. L'amour de Dieu et de tous les hommes en Dieu, voilà le plus pur amour, l'amour par excellence, celui qui développe l'âme selon toute sa capacité, et qui peut seul la rendre souverainement heureuse, parce qu'il la met en rapport avec le principe même de sa vie. Le but de l'amour est de s'unir à l'objet aimé, pour devenir semblable à lui et n'être plus qu'un avec lui. La tendance de Tamour dans l'homme,
c'est d'agir comme Dieu et de réaliser, autant que l'humanité le comporte, la perfection divine •. » Voilà pourquoi ce sentiment de perfection, désigné parlé christianisme sous le nom d*amour ou de charité, résume et comprend en lui toute la loi.
(( Qu'on me donne un homme qui ainfte, dit saint Augustin, et il me comprendra. » Arîstote disait : « Le divin enveloppe toute la nature ; Dieu opère en tout ce qui s'opère *. » En effet, il n'y a rien de divin en nous que notre communion à l'infini. L'infini, absolument imparticipable, parce qu'il est absolument indivisible, ne se partage pas pour nous communiquer une partie de lui-même, seulement il nous additionne à son unité, cum-summûli in unum. Il nous fait participer à ses prérogatives, jamais k son essence. Nous aimons, nous pensons, nous jugeons avec lui, et, dans cette union à la perfection infinie, nous prenons notre point de départ, nos prémisses, pour monter vers Celui qui nous appelle du fond de Tabime où nous sommes tombés. Nous y montons par l'amour comme nous y sommes appelés par l'amour. « Dieu est amour, dit Thomassin, et nous possédons Dieu précisément aussi intime, aussi présent, aussi connu, que nous avons d'amour pour lui et pour nos frères. L'amour en nous, toute vraie vertu en nous, est la forme divine qui s'imprime en notre âme, et s'y imprime perpétuellement. Dieu est la loi éternelle de l'amour, par laquelle il vit lui-même, et par laquelle il fait vivre toutes les natures intelligentes ». »
Nous le répétons : Dieu a fait de l'homme une imitation de lui-même , parce qu'il l'a destiné à être une médiation entre les créatures visibles et le Médiateur éternel. Il Fa feit
1 Piyeholo(fiê expérimentale,
* De MundOj vu, i». 397.
> Dogm. théol., liv. III, ch. xxxiii, S 2-
ou DE LA PERFECTION. iJS
Kbre, parte qu'il a voulu qu'il Ittl hil-môme l'artisan de sou bonheur; Delà riHitiatîoo et l'épreuve. Pour atteindre ce but, Dieu le pose, disent saint Pierre et saint Jean, comme prétreroi de la création, dans le fini pour remonter à l'infini, dans le temps pour aller k réternité, devant choisir entre le signe et l'idée , entre les manifestations temporaires et le manifes* tateur éternel. Ce but auquel il est destiné implique dans l'homme un procédé pratique^ un moyen vivant de conclure du fini à l'infini, de la ci*éature au Créateur; car il ne pouvait passer de lui-même du fini à l'influi, on emportant avec lui et en lui, comme holocauste, aux pieds du trdne de Dieu, la création visible tout entière. Ce moyen est le sentiment de la perfection imprimé aux entrailles, à la racine même de l'homme, non par la parole humaine, car elle, ne saurait l'exprimer, non par des formules, mais par cette révélation primitive et permanente dont la révélation historique et visible n'est que la manifestation dans l'espace et dans le temps, révélation qui se confond elle-même à son principe avec la création. « Lorsque Dieu, dit Bossuet, forma les entrailles de l'homme, il y mit premièrement la bonté, » c'est*ii*dire l'amour ou le sentiment de la perfection.
« Je mettrai, dit Dieu, ma lot dans leurs entrailles, je l'imprimerai dans leurs cœurs, je l'écrirai dans leurs esprits, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Personne n^aura pins besoin d'enseigner son prochain et son frère, en disant : Connaissez le Seigneur, car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu'au plus grand '. » L'apôtre de la chanté n'est pas moins explicite : « Que l'onction que vous avez reçue de Jésus-Christ demeure en vous. Il ne sera pas nécessaire que personne vous enseigne, mais cette onc*
» Jérémie, ch. xxxi, v. 31-3i.— Hébr., ch. tiii, v. tO, ch. x, v. 16.
5t) DU SENTIMENT DE L'INDÉFINI
lion VOUS enseigne, et cela est vrai, cela n'est pas un mensonge '. » La volonté de l'homme est bornée comme son intelligence. Mais derrière cette intelligence, derrière cette volonté, il y a une aspiraHon incessante et illimitée, et tout enseignement ne vaut qu'autant qu'il développe ce souffle originel de l'esprit deriiomme qui, dans sa soif inextinguible, dans son essor sans bornes, crie : Jamais, jamais assez. En vain lui présenterez-vous tout ce que son intelligence peut comprendre, tout ce que sa volonté peut accomplir, tout ce que son cœur peut embrasser, cette voix fatidique ne cesse de crier : Plus, plus encore, toujours plus; multiplierez-vous tous les univers et tous les siècles par tous les nombres imaginables, il me faut plus encore, il me faut l'infini; là seulement pourra s'apaiser cette soif d'aspiration elle-même sans bornes. Me parlez-vous de vérité : il me faut la vérité absolue. Me parlez- vous de beauté : il me faut la beauté suprême. Me parlez-vous de bien : il me faut le souverain bien. En bonté, en vérité, en beauté comme en toutes choses, là où il y a l'ombre d'une limite quelconque, ce n'est plus la perfection absolue vers laquelle j'aspire. Cette perfection vivante, absolue, c'est Dieu pour toutes les nations qui ne savaient pas encore son nom. Le sentiment de la perfection infinie, par lequel l'homme y aspire de toutes les puissances de son être, c'est donc la voix, la parole, le Verbe même de Dieu en lui, l'attraction de son amour sur notre âme, l'empreinte de sa pensée sur notre intelligence, le souffle vivant de son esprit sur notre esprit; c'est lui-même présent en nous, nous touchant, nous vivifiant de sa vie. L'homme n'en reste pas moins libre d'obéir à cette voix si persuasive et si douce qui l'appelle vers l'infini, ou de lui fermer les oreilles de sou
* !'• Ép., cb. 11, V. 87.
ou DE LA PERFECTION. 57
esprit et de sob cœur, pour n'écouter que les voix de la terre et du monde. Il n'en reste pas moins libre d'obéir à cet attrait divin qui le sollicite par l'amour, sans le contraindre, ou de lui préférer l'amour de soi-même, attrait de l'orgueil» de la chair et du sang. Mais, quelle que soit la voie qu'il choisisse, dans sa liberté, le sentiment révélé de la perfection n'eu reste pas moins inhérent aux dernières racines de son être , car jusque dans ses débordements les plus monstrueux, c'est encore l'infini qu'il cherche où il n'est pas, infini de sensualité ou d'orgueil, infini As bonheur terrestre et matériel, afin que se heurtant à chaque pas contre les limites de la matière et du temps, chacune de ses chutes soit encore une voix de la nature et du fini qui lui crie : Je ne suis point ce que tu cherches, car c'est l'infini qu'il te faut, et je n'ai à te donner que ces limites qui m'enferment de tous côtés, et à chaque angle desquelles se meurtrissent ton âme et ton corps. Puisque Tmextinguible aspiration de ta destinée te condamne à ne trouver de repos qu'en l'infini, retourne à Dieu, car lui seul peut te satisfaire. Si tu n'as point compris par l'amour le vrai chemin de ta vie, comprends-le au moins par la douleur de tes chutes. « L'amour est une source unique qui coule et se divise en deux ruisseaux : l'amour de Dieu, ou la charité, et Tamour du monde, ou la cupidité. Entre Dieu et lé monde est placé le cœur de l'homme, d'où s'échappe la source de l'amour. Ce mouvement universel du cœur, l'amour, comment le définir? L'amour est la pente du cœur pour un objet à^ause d'une certaine fin. Désir dans la recherche et joie dans la jouissance. L'une de ces impressions le fait courir, l'autre produit son repos. Là est ton bien ou ton mal, ô cœur humain '. »
* Bogues, D$ SiOttiantià charUat0t t. Il, p. 4.
î» ,DU SENTIMENT DE L'INDÉFINI
Jamais rhumanité ne s^est trouvé déshéritée de cet amour, de ce sentiment de la perfection infinie, qui est comme Taiguille aimantée de son orientation spirituelle. Il apparaît sous toutes les latitudes et k tous les âges , bien que sous des noms divers. Mais, parce qu'où ne l'avait pas jusqu'ici précisé, toutes les hautes intelligences, en considérant tes preuves de l'existence de Dieu, qui concluent du fini à Tinfini, ont toujours vu un abime qu'ils ne savaient comment franchir. La faute n'en est pas à la vérité, qiii n'a jamais manqué au mondé, mais à l'homme, qui, détournant son oreille de cette voie divine, a voulu partir simplement de sa raison, au lieu de se relier à Dieu, en voyant dans sa vie spirituelle l'action incessante delà vie infinie. Là est la cause de ces haltes douloureuses, de ces découragements affreux qui passent sur Thumîinité comme des vents d'angoisse et de mort ; car alors les rapports de Thomme avec la vérité sont faussés, intervertis, brisés, le progrès ne pouvant jamais être que le résultat de notre communion toujours plus intime avec l'infini, beauté, vérité, bonté, par son Médiateur.
Ha Senitmenl de In perreedon appliquée à la soelété.
Nous n'avons considéré jusqu'ici le sentiment de la perfection que dans l'individu, et non dans la société. Aussi, ne Tavons-nous encore représenté que sous une forme purement fragmentaire et analytique, et non dans l'unité, dans la synthèse vivante où il unit Dieu , l'homme et le monde en un seul tout, dont chaque partie cependant garde le caractère qui lui est propre.
L'homme ne naît, ni ne vit solitaire. Simple anneau de cette chaîne incommensurable qui, des abimes du néant.
ou DE LA PERFECTION. 59
commeoce à ratome, pour aller à l'autre extrémité se relier à l'idée qui est sa raison d'être, dans les abîmes de Tinfini, Thomme à tous les moments et sous toutes les faces de sa vie, est partout eu solidarité avec la création, Thumanité, et avec Dieu lui-même.
Tous les écrivains de notre siècle qui ont publié des traités de philosophie se sont tout à coup arrêtés devant la question de la société ; ne sachant comment la saisir, ni surtout comment résoudre les problèmes qu'elle poàe devant nous ; les plus célèbres * ont laissé leur œuvre mutilée, ne pouvant apporter aucune lumière sur ce point si important et si pratique. Nous allons essayer de suppléer à leur silence.
Lorsque Thomme descend en lui-même, il conçoit le sentiment de la perfection comme Tessor harmonique de toutes ses facultés, dans la plénitude de l'unité et dans une progression toujours croissante. S'il envisage te beau, il ne te conçoit pas seulement comme une régularité purement extérieure et symétrique, mais comme le résultat de Tidéalité ette-méme, et, si nous ^ons le dire, de Tintimité de la vérité; en d'autres termes, le beau pour Thomme qui demeure sous l'action du sentiment de la perfection n>st que le reflet de plus en plus parfait de l'idéal, qui est Dieu. S'il considère la science, il la comprend comme la synthèse de la variété indéfinie des étéments de la connaissance dans l'unité même de la variété. Nomme-t-îl le monde, il rappelle univers pour exprimer Yunité dans la diversilé. Cette méthode, il' la ttent de Dieu même qui, en se révélant à sa créature, lui a révélé la Trinité dans Funité. Voilà pourquoi, embrassant d'un seul regard lé sentiment de la perfection,
* Voy., par exemple, MMi Bûchez, LameûnaiS; eic.
nous Favoiis vu rayonner dans chaque ordre. Nous le considérerons maintenant dans tous les ordres réunis en un seul tout, dont le Verbe est le centre, les hommes les rayons, et la création matérielle la circonférence.
Telle est, nous le croyons, la seule notion vraie de la société, qui ne peut être que l'expression visible et invisible de la conscience de la perfection, prise dans sa totalité vivante, dans l'ensemble des œuvres de Dieu.
Chaque homme a reçu son don propre : c'est le caractère différentiel de sa nature , son innéité , son moi qui le distingue de toute autre personnalité. Voilà la diversité indéfinie, native et constitutive. Mais tous les hommes ont reçu en même temps un don commun ; c'est le sentiment, la conscience de la perfection, qui est chez tous et dont nous avons déjà si longuement parlé. Voilà l'unité d'origine, de moyen et de but qui doit les faire tous un, dans la diversité de Tinnéité propre à chacun. Par la loi universelle de la solidarité, le don de chacun doit devenir le don de tous, et le don de tous le don de chacun. L'un a plus le sentiment de la perfection dans le bien, l'autre dans le beau, celui-ci dans le vrai, celui-là dans le juste ou l'utile, ce premier dans la théorie, ce dernier dans la pratique , ce moraliste dans l'individu, ce publiciste dans la société. En un mot, chacun voit ce sentiment du point de vue de sa perspective, sous l'angle visuel de sa nature propre, tous contemplent la même chose, mais chacun selon sa manière particulière de sentir, de concevoir et d'agir. Que fait la société quand elle est dans la vraie voie de sa vie? Elle élève chacun de ses membres à la puissance de tous, comme un nombre que le mathématicien prend à sa racine pour l'élever à sa dernière puissance. Elle fait participer chacun au don
ou DE LA PERFECTION. 61
de tous, afin que, multipliées sans cesse Tune par Tautre, toutes les perfections des individus s'accroissent ainsi dans une progression continue et indéfinie, qui est Faction même du corps tout entier, tous en un. Pourquoi la société ne le fait-elle pas ? Supposez, par la pensée, que les créatures visibles puissent se«dérober un instant à Taclion de la lumière phénoménique, qui est toute leur vie, qu'auriez-vous? — Le chaos matériel. La société travaille tous les jours à se dérober à l'action du Verbe, lumière intelligible qui est toute la vie des âmes; qu'a-t-elle obtenu?— Le chaos spirituel.
En effet, l'action commune d'une vraie société ne peut être que la coopération de Thumanité à Faction une de Dieu sur elle, produisant la communion, l'unité; l'action individuelle de l'homme, laissé à lui-même, spécialise et diversifie, parce qu'elle n'est au fond que l'action du fini ou de la création en nous. Ainsi la société, dans laquelle se relie harmoniquement toute diversité dans l'unité, ne saurait être conçue, pas plus que l'unité de l'univers lui-même, en dehors de l'action de Dieu. Sa formule est celle-ci : — l<*Dieu, centre et foyer de la perfection absolue, ou de Tunité en tout ; — 2® l'humanité, rayon qui tend incessamment au centre, sans pouvoir jamais se confondre avec lui ; — 3® le monde visible qui, sous l'action de l'homme, dilate et recule sans cesse son horizon toujours inattingîble, parce qu'à ses dernières profondeurs il plonge au sein de Dieu lui-même.
Gomme on le voit, le sentiment de la perfection se révèle sous trois faces en une : — absolu dans son centre initial et primitif, qui est la face qui regarde Dieu, ou plutôt Dieu lui-même, son foyer, sa racine originelle; — relatif dans son rayon intermédiaire, qui est la face qui regarde Thomme, ou plutôt l'homme lui-même, en tant qu'esprit dans sa na-
es DU S^TIMENT DE L'INDÉFINI
ture harmonique et vraie ; — limité dans sa circ^ifér^ace, qui est la face qui regarde le monde visible, ou plutôt ce monde lui-même, en taat que fini et matière. De là d'innombrables conséquences pratiques aussi vastes que profondes,
Veulpir, par exemple, la perfection absolue dans la société comme dans Tindividu, c'est nier à la fois et ja nature de Thomme et les conditions de son existence terrestre. Vouloir ne xîonsidérer l'homme que du côté de la terre, c'est Tenvisager dans la limite où tout progrès s'arrête, et le contempler du côté de Dieu, c'est le suivre dans la voie où teute perfection a sa plénitude et son essor sans b,ornes. Sépsur^r, isoler l'un de ces trois termes : Dieu, l'homme, l'univers, c'est briser l'unité qui est la condition même de tout progrès, le >ut de toute perfection dans l'individu comme dans la société.
Cette théorie, que nous appellerons, si vous le voulez, philosophique, n'est que la formule humaine de l'unité sociale donnée par l'éternelle Vérité, dont les nations n'ont jamais perdu la trace.
Les cosmogonies antiques nous représentent le mystère de la création sous uue forme profonde et saisissante. Le Dieu innommé » incompréhensible , immanifesté , sort des profondeurs de son éternel repos ; il vient s'offrir lui-même en sacrifice pour féconder le néant. Son unité, brisée par le ^eu de son amour infini, se décompose en une multiplicité sans termcv Chaque partie forme une créature , iucar nation vivante d un attribut, d'une perfection du Dieu créateur. Aucune de ces créatures n'est isolée et indépendante : toutes convergent l'une vers l'autre par l'affinité même de leur unité originels» par une tendance commune à se r^nir
ou m LK PERFEGTiON, 6$
pour oe laira qu- un^. gardant chacune sa distinction dans Tuttité infinie où elles reviennent toutes. Reprenez cette conception sous sa forme pure et chrétienne, car si dans la formule antique il y a une erreur, il y a aiissi une vérité. Faites sortir les créatures du sein du Verbe par création et uon par émanation, considérez letype divin d6 toute beauté c.réée^ vivant éternellement dans le Verbe, comme dit sakit Âugustint incarné par un acte de la souveraine .puissance en chaque être de Tunivers visible, incarnation, don de la grâce et de Tamour, qui réalise ses conceptions spirituelles pour les faire participer à ses prérogailves, jamais à sa substance, en leur donnant une existence propre qu'elles n'avaient pas tant qu'elles étaient idées de Dieu. Dans cette vision de la réalité des choses, si la création n'est que l'écho muet des idées de 1 mtelligence divine, l'humanité est récho vivant qui répète le Verbe qui les contient. Vous avez alors, dans sa conception originelle et fondamentale, Tidée mère de la loi de solidarité qui constitue l'unité de la société universelle.
La théorie antique de la création par le sacrifice de Dieu contient une autre erreur. Dieu ne féconde pas le néant en 3'immolant. Lorsqu'il appelle les êtres à Vexistence, il manifeste simpljement sa puissance ;Jorsqu*il crée, il ne sort pas de lui-même, il parle les créatures, et chacune d'elles va prendre sa place dans k temps et l'espace, chacune dit : Me voici. (cQar, dit sainte Thérèse^ les paroles du Seigneur sont de^ œuvres. » Oui, il y a eu un sacrifice de Dieu à sa créature ; ce sacrifice ue s'est point accompli sur le néant de la matière, mais sur le néant.de l'humanité. La chute çriginelle avait remplacé la vie par la mort , ou la lumière par les ténèbres^ car, si lumière est synonyme de vie^ té-
64 DU SENTIMENT DS LlNDÉFINI
iièbres est synonyme 4e mort. Alors, dans son Sfflionr, « Dieu inclina les cienx et il descendit : » le del, c'est lui-même. Dieu donc descendit vers l'humanité; il s'unit à elle dans et par son Verbe, homme comme nous. Le Verbe fait chair se partage, disons mieux, s'épanche, s'incarne, sans se di* viser en chacun et en tous, afin de les faire tous semblables à lui, d*autres lui-mémes. A la genèse des choses, il posa le soleil au milieu des astres qui forment son cortège, et dont il est Funité ; ainsi il se pose, lui, le Christ, au centre de l'humanité pour être sa lumière, sa beauté, sa vérité, sa vie, faisant tous les hommes un en leur unique Médiateur, afin qu'ils soient tous un entre eux. L'antiquité ne s'était pas trompée ; la loi d'attraction qui fait que tous les hommes convergent les uns vers les autres, et tous vers leur centre, leur foyer commun. Dieu, est bien l'amour ou le sacrifice. Cette unité, vous ne l'aurez jamais qu'en accomplissant cette loi de l'immolation de ce qui est opposé à l'harmonie du tout ; car le sacrifice c'est l'amour, et l'amour c'est Dieu, source de toute vie. Entendez-vous l'apôtre voulant que nous soyons « tous des hosties vivantes » perpétuellement sur l'autel? Comprenez-vous l'Église nous disant que « nous sommes faits tous une même hostie avec le Christ?» Concevez-vous la philosophie divine du Sauveur du monde nous disant : « Niez-vous vousHMémes, portez votre croix tous les jours, et me suivez. » Nous irons ensemble dans le royaume qui nous a été préparé et où Dieu sera tout en toutes choses. Voilà comment, dans le langage de la foi, la rédemption est une création nouvelle dans le Christ.
Vous le voyez, la croix, signe de l'amour universel et du divin sacrifice, est le plan constitutif et fondamental de toute société, le Christ en est la pierre angulaire, et tout ce qui
ou DE LA PERFECTION. 65
D'est pas construit selon ce plan et sur cette pierre de Taugle n'est pas une société, mais une simple juxtaposition ; car il n'y a point là, il ne peut y avoir cette communion qui est la circulation même de la vie, par Tamour qui se donne ou le sacrifice.
Bn fitenilmeiit de la perfféelloii pronvé par la réTélatlott.
n nous reste à prouver par la révélation évangélique que le sentiment de la perfection en nous est bien le Verbe divin, étemel Médiateur, parlant à nos âmes, nous révélant au dedans de nous-mêmes la loi de notre véritable nature et dirigeant notre marche vers nos destinées suprêmes. C'est ainsi que le genre humain a toujours pu puiser la vie spirituelle dans l'action incessante du Christ : « Car, dit Tapôtre, le Christ était hier, il est aujourd'hui, et lui-même dans les siècles *. » C'est lui « qui était la pierre spirituelle*, » lui qui nourrissait et désaltérait Israël dans le désert. Il est vrai qu'il n'a pris un corps pour se rendre visible qu'au jour de son incarnation dans le sein de la vierge Marie ; mais ce n'est pas de Bethléem que date son éternelle médiation. « Dès le commencement ont été guéris par la sagesse tous ceux qui vous ont plu. Seigneur '. » Or, saint Paul nous montre presque à chaque page que la sagesse de Dieu est Jésus-Christ. Cette présence permanente du Christ dans rhumanité nous donne l'explication de la permanence des vérités fondamentales sur lesquelles repose tout l'édifice de nos rapports divers. Aussi, voyez l'identité du Verbe divin qui parle au plus profond de nous-mêmes dans le sentiment de
* Hébr.j c. XIII, V. 3.
■ I Cor., c. X, V. 3, 4.
' Sag., c. ix, V. 19.
M DU SENTDDQIT DE L*DfDÉFINI
la pdrfeetioii infinie, et du Yerbe divin qai parie an^ entrailles dn temps et de l'histoire dans cette révélation extérieure et visible dont l'Église conserve le dépôt. Que nous dit ce sentiment de la perfection ? a Soyez parfait. » Le Verbe incamé ajoute : « comme votre Père céleste est parfait ^. » Comment se révèle en nous ce sentiment de perfection absolue? Par Tamour de Dieu uni à Tamour de Thumanité dans un seul et même amour. Or, c'est là précisément le commandement du Christ s, qui dit : Là est a toute la loi et les prophètes , la loi universelle , universa lex. » « Aimer Dieu de tout cœur, de toute âme, de tout esprit, de toute vertu, et aimer le prochain comme soi-même, c'est quelque chose de plus grand que tous les holocaustes et tous les sacrifices ^. n Qu'ajoute le Christ : a Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se nie et renonce à soi-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut éu*e mon disciple. Car celui qui aime son âme et voudra la sauver, la perdra; mais celui qui la hait et la perdra pour l'amour de moi et de l'Évangile, la sauve, la vivifie et la garde pour la vie étemelle ♦. » Se dépouiller par le sacrifice de tout ce qui nous fait terme et limite dans Tordre de l'esprit et dans l'ordre du corps, telle est la logique pratique qui élève Thomme, par le dépouillement de lui-même, du fini à la communion avec l'infini. Comment procède le sentiment de la perfection absolue, ce Christ invisible de
* Saint Hattb., c. y, v. iS.
« Saint Mallh., c. xxii, v. 34-40. — Saint Marc, c. xii, v. 28-3i. — Saint LuC; c. x, v. 25-28.
> Saint Marc, c. xii, ▼. 33.
* Saint Matth., c. xyi, v.-Si-ae. — Saint Marc, c. viii, v. 34-36. — Saint Luc, c. ix, v. «3-î5; c. xiv, v. 33.— Saint Jean, c. xii, y. 15.
ou DE LA PERFECTION. fTI
nos âmes? Si quelqu'un, dit-il, reut être mou disciple et venir après moi, qu'il nie la limite, qu'il se dépouille même, s'il est possible, de sa notion, et qu'il suive son aspiration vers l'infini. Or, en dehors du sentiment de perfection, riiomme lui-même et tout ce qu'il possède est borne et limite, tout, jusqu'à son âme et sa vie, qu'il ne peut ainsi sauver éternellement qu'en y renonçant volontairement. Par ce sacrifice, cet holocauste de la limite qui constitue la nature même du fini, l'homme entre en communion avec l'infini ; et la croix, ce divin syllogisme du Calvaire, ainsi introduite dans la logique humaine, Thomme possède Dieu dans sa raison par le sacrifice intellectuel, comme il le possède dans son cœur par le sacrifice moral et dans sa vie par le sacrifice pratique. La raison en est aussi simple qu'elle est profonde. Pourquoi l'homme ne peut-il être l'infini? Parce qu'il est fait, parce qu'il est créé, et que l'essence même de l'infini est d'être de soi. Mais, par un prodige inexprimable d'amour, Dieu, en créant l'homme libre, lui dit : Tu n'es qu'une nature finie, parce que tu n'as pu te créer toi-même, puisque tu n'étais point , et que c'est moi qui t'ai tiré du néant; mais je t'ai fait libre, afin que tu deviennes de toi et par toi; renonce à toute limite en renonçant à toi-même, et, par cet acte, tu formeras, comme de concert avec moi, cet être communiant à l'infini, transfiguratiou suprême de là nature finie, et alors toi aussi tu seras comme moi, d'une manière relative, un être existant de soi, puisque l'acte de ta liberté se sera associé à mon acte créateur.
C'est pourquoi il a dit : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Soyez saints, comme je suis saint. » Dieu, pour fonder notre devoir de perfection et de sainteté, nous donne pour motifs sa perfection et sa sainteté elles-
mêmes. C'est donc qu'il nous appelle à uu état relativement semblable au sien» Il est saint et parfait par nature, nous devons l'être par tendance. Mais notre perfection doit être de la nature même de la perfection divine ; « car, dit saint Paul, celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous un même esprit ' . » Voilà pourquoi Jésus-Christ « ne s'abaisse pas en nous appelant ses frères. » Vous le voyez, c'est bien la perfection et la sainteté de Dieu même qui parlent et agissent en nous. Comment y agissent-elles, sinon par la présence de sa parole divine, de son Verbe? C'est le fond de toute la philosophie inspirée de l'apôtre. Il nous montre Jésus-Christ comme étant notre vertu, notre sainteté, notre justice. Nous puisons la vie dans notre union avec lui, comme la branche dans la sève du tronc. Or, c'est cette action vivante que nous nommons le sentiment révélé de la perfection, qui est la base et le fond de notre être, et nous rend une imitation de Dieu, parce que c'est la conscience même de .Dieu en nous.
Un des hommes qui ont le plus approfondi la science mathématique disait : « Jusqu'à présent Ton n'a considéré en philosophie que les deux idées opposées et contradictoires de Tinfini absolu et du fini, et il en a été de même dans les mathématiques. L'omission de l'idée intermédiaire ou de l'infini relatif, qui est le bien universel et nécessaire des deux premières, a empêché de rien voir avec évidence. Cependant Pascal, dans. ses immortelles Pensées, avait clairement constaté Texisteuce de cette idée intermédiaire '. » Cette idée, qui n'est autre que celle de l'indéfini, se représente à tous les points de vue, c'est celle du rap-
« Hébr.. c. II, Y. If.
* De V Unité, aperçus philosophiques, etc., par EtcbegoyeiK
ou DE LA PERFECTION. 69
port entre la foi et la raison, le particulier et TuniverseU Tordre de la nature et Tordre de la grâce.
G*est au cœur même du christianisme qu'il faut se placer pour résoudre ce problème devant lequel a succombé le génie profond de TOrient, en se laissant tomber dans le panthéisme, faute de pouvoir unir le fini à Tinfini dans une conception unique. Laissons donc parler la révélation ellemême. « Dieu est charité, dit saint Jean; et ainsi, quiconque demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui '. » Qu'est-ce à dire? Après Aristote, saint Thomas définit Dieu Vacte pur, c'est-à-dire Tactualité absolue qui , possédant déjà éternellement tout de soi et par soi, ne peut avoir lui-même pour terme et pour but de son activité ad extra, puisqu'il est radicalement et absolument infini. Ce terme de son activité hors de son essence est donc les créatures ou le fini ; et Dieu ainsi conçu comme don de luimême est ce que Tapôtre nomme charité, Tessence de la charité étant précisément le don de soi. Mais la créature ou le fini, terme deTacte divin, élevée dans Thomme à la puissance d'être libre, peut à son tour et doit devenir acte pur, c'est-à-dire renonçant à elle-même, prendre pour terme et pour but de son activité, non plus elle, mais Dieu, reproduisant ainsi, autant qu'il est en elle, le sacrifice créateur ou le don de soi, qui constitue la charité. Alors Tacte pur de Dieu et Tacte pur de Thomme ne sont plus qu'un seul acte simultané de don réciproque dans une mutuelle charité. Ainsi tout est consommé dans Tunité, comme dit Tapôtre, « quiconque demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » L'homme étant le but de Tamour divin, nous nous donnons réellement à Dieu ennousdon-
* I Ep., c. IV, V. 16.
70 DU sentucent de lwdéfini
nant à nos frères par amour. Lo sacrifice de soi-même par amour, telle est donc la nature, la forme et l'essence de cette conception de Tinfini dans le fini et du fini dans l'mfini, tous deux réunis dans une conception unique, mais sans confusion^ Ce mystère accompli dans le monde spiri-* luel a sa manifestation dans le monde visible. C'est la cr*oix, le Calvaire, c'est le Christ et sa loi d'amour, c'est le chris* tianisme tout entier dans une seule pensée, dans un seul .acte de Dieu en Thomme et de Thomme en Dieu* Et cet acte est la loi même de la vie universelle ; car^ comme dit l'apôtre : « Nous reconnaissons à Tamour que nous avons pour nos frères, que nous sommes passés de la mort à la vie •. »
Or, ce sens de la charité, ou de l'union de l'infini et du fini en nous, c'est ce que nous avons nommé le sentiment de la perfection absolue. C'est ce que Kant appelle « cette foi rationnelle, qui seule peut donner à la raison humaine son orientation'. » Car, dit saint Augustin, «nous avons un autre sens de l'homme intérieur bien plus sublime que le sens extérieur, et par lequel nous discernons le juste de l'injuste. » C'est ce sens divin dont parle ainsi Thomassiu : a L'âme, par une sorte de pressentiment inné et d'oracle de la conscience, dès qu'elle est dégagée des distractions et des souillures des sens, et que, rendue à elle-même, elle a repris toute l'excellence et le génie de sa nature, l'âme naturellement présage et sent le principe souverain, inénarrable et ineffable. Elle le sent, par un tact intime et secret qui touche Dieu très-présent, et couvant la vie dans les entrailles (le cceur, la moelle) de l'âme. Mais ce contact incor*
i Ep. de saint Jean, c. m, v. 14, 15.
» OpusctU. VI. ;
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porel et divie est le poiut le plus mystérieux de la discipline des esprits et que Texpérience démontre plus que le raisonnement. En effet, notre âme descend, sans nul intermédiaire, du souverain principe, et c'est la main de Dieu qui la touche, la manie et la forme; et ainsi d'elle-même^ car tout contact est réciproque , elle sent Dieu et le touche *. »
t( Dans toute la hiérarchie des natures subordonnées, dit saint Thomas, on trouve que pour la perfection de chaque terme inférieur, il faut deux choses ; Tune qui dépend de sa vie propre, Tautre que lui ajoute la vie du terme supérieur. Or, la nature raisonnable créée a seule pour terme supérieur, immédiat, Dieu même ; les autres créatures ne touchent point à Tuniversel. La nature raisonnable seule est immédiatement subordonnée au premier principe, à l'ôtre universel. Donc, la perfection de la nature raisonnable ne consiste pas séblement en ce qui constitue sa nature propre, mais encore dans quelque supplément que lui ajoute une certaine participation surnaturelle à la bonté de Dieu ^. » En effet, si en Dieu le don de soi est la nature, Fessence même de Tétre, ce qui constitue la très-sainte Trinité, dans Thomme, au contraire, le renoncement à soi-même implique nécessairement, comme premier principe, une vertu, une ^âce puisée dans cette nature supérieure universelle qui est la charité même. Mais cette vertu, surnaturelle en ce sens qu'eUe dépasse les forces natives de Thomme, est cependant la conséquence non de notre nature, mais de notre destination écrite dans cette aspiration suprême vers Tinfini, que nous nommons le sentiment révélé de la perfection. Car,
1 De Deo, liv. VI, cap. v, vu, vm.
2 Summ,, i*, 2», q. 1, art. 3.
7à DU SENTIMENT DE LINDEFINI
dit YEcclésiaste : u Dieu â rendu l'homme dépositaire de la loi de vie*.»
Que parlez-vous donc de limites? La limite n'atteint que la matière, le corps. « Vous ne pouvez, dit le Christ, rendre un seul cheveu de votre télé blanc ou noir. Et qui est celui d'entre vous qui puisse avec tous ses soins ajouter à sa taille la hauteur dune coudée*?» Mais en même temps qu'il signale la limite dans tout ce qui est dans l'espace et dans le temps, il nous révèle l'illimité dans toutes les facultés de notre âme. c< En vérité, je vous dis, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et va te planter au milieu de la -mer ; et il vous obéirait; vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici-là, et elle s y transporterait; et rien ne vous serait impossible. Soyez donc, vous autres, parfaits comme votre Père céleste est parfait». » Tel est le fruit de notre association à Tinfini. En effet, notre âme touche le corps sans être dans le corps ; elle touche au temps sans être dans le temps. Partout où elle est avec le Christ elle est dans le ciel, selon cette belle parole de Y Imitation : Ubi tu, ibi cœlum, et celle plus profonde encore de l'Apôtre : « Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. » Aussi saint Augustin lisant ce passage de l'Évangile : <x Personne n'est monté au ciel que celui qui en est descendu, savoir le Fils de l'homme, » disait à Jésus-Christ, dans la candeur enthousiaste de son génie : « Je n'y monterai donc pas, moi qui n'en suis point descendu. » Le Christ lui répondit : « Tu y es. » En effet, si dès ce monde nous sommes en commu-
* Ecclés., c. XVII, V. 9.
« Saint Mallb., c. v, v. 36; c. vi, v. 8T.
» Saint Luc, c. xvii, v. 6 — Saint Matlh., c. xvii, v. 19; c. v, v. 48.