VII
tenus des divers chefs ou souverains de l'Afrique tek que ceux du sultan deZmzibar (5 juin 1873, «lu nukeel de Maculla i7 avril L87&), du sultan de Johanna (8 mars 1873), de ce même souverain (40
octobre 1S8-2). du sultan do Muscat (14 avril 1873), du jemedar de Sbuhr (17 novembre 18-73), du roi de
1 »ahomoy (12 mai 1877),du sultan de Mohilla (24 oc tobre 188:), du roi d'Abyssinie (3 juin 188'0 (1). Les puissances intéressées à r abolition, de l'escla vage en Afrique ont. pour ainsi parler, la haute attribution morale de signifier à tous les chefs, à tous les roitelets et à tous les gouvernements indigènes «le ce continent, leur ferme résolution de mettre fin à un tel état de choses, et de se départir d'une tolérance qui contrarie ouvertement les doctrines du droit international. Elles doivent leur faire entendre que tous les Etats ont l'obligation irrésistible de conformer leur législation et leurs actes aux principes levés qui régissent l'universalité des nations, et que, -ils ne l'ont déjà fait, leur devoir est de prendre, -ans plus tarder, des dispositions en vue de cette conformité.
Et quoique, en temps ordinaire, l'intervention
angère au sein d'un territoire indépendant soit à
nos yeux une flagrante et flétrissable violation des
droits parfaits et de la souveraineté d'un Etat, nous
l'admettons ici toutefois, par exception et en consi-
(1) Leone L'éVi : Materials l'or a Code oflnternational Law.
dération de la gravité d'une circonstance qui compromet ensemble la loi naturelle, la justice, la morale et les éléments essentiels de la civilisation. — Lorsque deux ou plusieurs puissances, animées des mêmes vues ambitieuses, s'allient et signent un traité pour concerter leurs efforts dans la destruction d'un Etat légalement constitué, l'on sait que leur traité, né de l'injustice et établi pour la violation de l'existence d'une société souveraine est, par cela même, considéré comme nul; pourrait-il, d'ailleurs, en être autrement d'une convention qui, loin de jouir d'un appui moral, blesse, dans ses termes autant que dans son objet, la moralité la plus élémentaire? —Nous ne dirons pas autre chose du trafic des noirs. Toutes les puissances civilisées ont rationnellement mission de chercher à l'abolir aussi promptement qu'il se peut. Elles ont à user de ménagements diplomatiques vis-à-vis des gouvernements assez régulièrement constitués sur le continent africain, et à prendre garde de ne recourir à la force des armes qu'après impossibilité éprouvée de parvenir, par une voie plus calme, à leur but humanitaire; mais personne ne doute qu'elles peuvent s'abstenir des mêmes considérations à l'endroit des tribus sauvages et nomades, qui n'ont ni existence propre ni responsabilité nationale, et qui, ne subissant aucune obligation d'un caractère mutuel, ne jouissent pas des droits parfaits liés à la souveraineté des Etats indépendants.
Nous ne pouvons penser à l'abolition de la servitude africaine sans rappeler que l'on pourrait combiner efficacement le succès de cette réforme avec le résultat du désarmement européen. Les bienfaits de la civilisation se répandraient plus vite en Afrique, si Ton consacrait à la colonisation des immenses territoires de ce continent les efforts des soldats qui forment aujourd'hui les armées permanentes de nos peuples. Ainsi, avec le temps, l'Afrique est appelée à devenir une expresse manifestation de la civilisation moderne. L'on ne peut nier que les efforts constants de l'Europe ne déversent en elle d'aussi grands bienfaits que ceux dont nous jouissons, et même de plus grands que les nôtres; car une loi connue veut que, dans la sphère du monde civilisé, les derniers arrivés soient les mieux partagés. C'est ce que nous ont démontré les races américaines, qui, écloses à Tombre de la domination tyrannique, se sont, à l'heure marquée par le destin, élevées communément contre le pouvoir de ceux dont le contact les avait civilisés, et, joignant la précieuse liberté à une jeunesse de forces que n'ont plus les générations de la vieille Europe, ont pris en un clin d'œii le premier rang dans l'industrie et le commerce, sinon dans l'art ou les régions abstraites de la pensée.
En vue d'éviter des différends internationaux qui
peuvent suivant les circonstances, atteindre une
inde gravité, il convient encore que les nations
célèbrent entre elles des conventions au sujet des immunités des navires postaux, dans le même sens que la convention signée, le 24 septembre 1856, entre l'Angleterre et la France; dans la convention que nous venons de mentionner, les prérogatives et les honneurs attribués aux vaisseaux de guerre ont été établis et réglés sous de certaines restrictions.— Parce moyen, l'on pourra éviter toutes fâcheuses discordes, du genre de celle qui survint entre le gouvernement anglais et celui des Etats-Unis. — L'on se rappelle que celui-ci, au moment de la guerre civile, avait fait main basse sur la personne d'un agent diplomatique des Etats du Sud. Cela donna lieu à une correspondance très vive entre les deux gouvernements, dont le résultat fut la mise en liberté de l'agent qui avait été fait prisonnier.
Enfin, les gouvernements éclairés doivent s'occuper sans cesse de donner crédit à toutes les idées de réformes capables d'assurer ou d'aider le développement de Fart, de la science et de l'industrie, à toutes les idées conçues pour la multiplication et le progrès des communications et des relations de toutes sortes, telles que celles qui ont lieu par les voies des lignes ferrées, des lignes télégraphiques, des réseaux téléphoniques et des câbles sous-marins ; à toutes les idées, en un mot, qui visent à supprimer les distances et faire abstraction des frontières politiques. — Mais il va sans dire qu'avant tout chaque nation doit
jpecter Les droits souverains des autres Etats, et -abstenir de poursuivre , dans quelque ordre de ohosesqueGe soit, une réforme préjudiciable à ces droits. - C'est suivant eette pensée que M. Grispi, président du conseil des ministres d'Italie, disait, au cours d'un banquet que lui offrirent, à Berlin, le '2\ mai de cette année, les nombreux membres de la presse allemande : <r Nous voulons La paix. Il est pourtant des guerres nécessaires pour l'unité et la liberté de la patrie. Toutes celles qui n'ont pas cet objet sont des crimes de lèse-humanité. »
L'éminent homme d'Etat est ici en contradiction ouverte avec lui-même; et, d'autre part, il néglige de considérer que l'attitude provocatrice, les alliances qui, en même temps que défensives, sont encore et surtout offensives, les actes qui, dans leur expression même, n'ont lien de blessant, mais cachent un défi moralement grave, sont autant d'éléments de discorde, d'où naissent et grandissent, avec plus ou moins de rapidité, les haines sourdes, commencements des guerres et des déchirements des peuples. Et ces éléments de discorde, préparés par l'astuce, fécondés par l'ambition, sont précisément des crimes de lèse-humanité. Y a-t-ilrien qui s'oppose d'une manière plus formelle à l'idée d'unité nationale que certains agissements visiblement introduits dans la conduite diplomatique d'un Etat ou pour le détournement de liens patriotiques d'une province voisine,