VI II
Il paraît que, du moment où on ne pourra plus exploiter l'individu, il n'y aura plus d'individualité (i) ; ce qui signifie que, pour les capitalistes, celle-ci n'existe que dans la mesure où elle leur rapporte ; tandis que, pour les socialistes, elle n'existe que dans la mesure où elle est libre. Or, comme ce n'est, nous venons de le voir, qu'en période socialiste que tous les individus pourront avoir les moyens d'être libres, il en résulte que Iç triomphe du socialisme sera le triomphe de l'individu, l'épanouissement de la personnalité (a). En période socialiste, en effet, tous ceux
(i) On peut appliquer à la future organisation socidle le mot sur rinternaflonale d'Antonio Labriola dans l'étude déjà citée (le Devenir socialy juillet 1896, p. 526) : « elle ne paraît autoritaire qu'à ceux qui ne pourront pas y faire prévaloir leur propre autorité ».
(a) « Le libre développement de chacun est la condition du libre développement pour tous ». (Marx et Engels, Manifeste du parti communiste y p. 24.)
« Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l'individu agissant est dépendant et privé de personnalité. » (Idem, p. 18.)
qui voudront travailler pourront le faire, en choisissant librement leur genre de travail socialement utile, et tous seront mis à même de consommer proportionnellement à leur travail. Tous, n'auront-ils pas, dès lors, intérêt à travailler et h tâcher que leur travail soit le moins pénible et le plus rémunérateur possible ? N'y a-t-il pas là, en dehors même de la jouissance du service rendu à ses semblables, le plus puissant motif d'émulation, d'abord pour la quantité de travail individuel, ensuite pour la découverte de procédés de nature à procurer à tous et à chacun le maximum d'avantages avec le minimum d'efforts ?
Il faut quelque audace pour oser comparer ce que seront de la sorte les producteurs, à ce que sont aujourd'hui les fonctionnaires. Quel est le fonctionnaire intéressé aujourd'hui à ce que le service dont il est chargé coûte moins à l'Etat ? Ses appointements, déterminés avant tout travail, sont indépendants de la quantité et de la qualité de ce travail ; aussi le fonctionnaire, tout en s'indignant contre les ouvriers qui ne voudraient travailler que huit heures, |je cherche, lui, qu'à travailler le moins possible, et il gaspille le plus possible, parce que ça ne lui coûte jamais rien et que parfois ça lui rapporte. Tandis que, en régime socialiste, l'intérêt personnel concordera avec l'intérêt de tous, dans le système existant l'intérêt personnel des fonctionnaires est en contradiction avec Tintérêt de l'Etat, En régime socialiste, les
hommes, tous les hommes, seront des producteurs et non des fonctionnaires ; ils ne seront pas plus fonctionnaires que ne le sont, dans une famille, les membres qui, pour la satisfaction de ses besoins, remplissent des fonctions diverses (i).
(i) Les mêmes gens qui, dès qu'ils décrochent un ministère, s'empressent, sous prétexte de constituer leur cabinet, de faire une nouvelle fournée de fonctionnaires inutiles, nous accusent de vouloir développer le fonctionnarisme et ses horreurs. Je citerai à ce propos quelques passages d'une étude de Jean Jaurès (Organisation socialiste, chap. II, Revue socialiste, avril 1895) :
« Comme le socialisme seul en assurant à tout homme une part de propriété, assurera à tout homme l'indépendance, comme seul en adoucissant les luttes pour la vie il réservera les loisirs et les forces de l'humanité pour le développement des facultés supérieures, comme seul il abattra les hiérarchies hautaines et cette dépendance des intérêts qui crée la servilité des âmes, seul aussi il affranchira la démocratie des entreprises violentes ou cauteleuses du pouvoir, et il délivrera de leur rôle souvent odieux et triste ceux qui sont aujourd'hui ses instruments, et qui sont parfois ses victimes au point d'être ses bourreaux. Et ainsi, quand on s'imagine que le socialisme, en constituant à l'état de fonction sociale la propriété privée, développera ce qu'on appelle le fonctionnarisme et avec lui la servilité et la tyrannie, on oublie que seul il fera disparaître du fonctionnarisme cette servilité tyrannique qui aujourd'hui le déshonore... (p. 404.)
« Quand la situation de chacun sera assurée, quand tout citoyen aura, s'il le veut, un travail certain, quand il sera rémunéré selon son travail, quand il s'élèvera par le témoignage de ses compagnons, qu'importeront les intrigues ou les menaces ou les vanités d'un politicien, si même il subsiste encore des politiciens ? Le suffrage
D'ailleurs, il paraît que déjà dans les forêts primitives existaient de véritables légions de fonctionnaires. C'est du moins l'interloquante nouvelle que M. Célestin Jonnart a eu l'amabilité de nous communiquer. Car, dans le même paragraphe de son discours, il a accusé les socialistes de songer « à faire pousser sur notre sol de nouvelles armées de fonctionnaires » (i) et « de nous ramener à la société primitive » (2). Vous voyez que la conclusion s'impose : nos premiers ancêtres ont été de redoutables fonctionnaires, et nous serions, à l'en croire, assez dénaturés pour vouloir refaire de M. Célestin Jonnart un fonctionnaire primitif n'ayant plus qu'une peau de bête sur la sienne.
Les forêts primitives étaient du reste, semblet-il, assez confortablement aménagées ; on y jouissait, par exemple, de l'éclairage électrique, du téléphone, du chemin de fer, d'une collection de machines à dégoter l'exposition de Chicago et de beaux-pères aussi calés que M. Aynard. On ne saurait, en effet, loyalement rapprocher deux états sociaux qui n'auraient pas à peu près les
uaiversel ne sera plus à la merci de ceux qu'il aura créés.... (p. 4o6.)
« Quand on s'imagine que nous voulons créer un fonctionnarisme étouffant, on projette sur la société future l'ombre de la société actuelle. » (p. 4o8.)
(i) Journal des Débats, éd. rose, 10 juin 1895.
(«i) Idem.
mêmes ressources matérielles, les mômes puissants moyens d'action. Dès lors, de deux choses Tune : ou les sociétés primitives avaient et nos ressources et nos moyens, mais, jusqu'à preuve du contraire, c'est assez invraisemblable ; ou le résultat du socialisme sera de détruire tout ce que n'avaient pas les sociétés primitives, en ce cas M. Célestin Jonnart aboutit à soutenir que, transformer la forme d'appropriation, équivaut à supprimer les choses appropriées, et cette confusion est au moins aussi burlesque que la première hypothèse (i).
En définitive, toute la question se résume à ceci : Tesprit d'initiative et d'énergie personnelle peut-il être plus répandu dans la masse, quand celle-ci sait qu'elle est obligée de faire de sa misère l'instrument du bien-être d'une minorité, ou quand elle saura que son bien-être sera ce qu'elle le fera, et cela sans excepter personne? Pour
(i) Et ceux qui accusent aussi iatelligemment les socialistes de ramener la société en arrière, rêvent de la faire rétrograder, les uns jusqu'en 1789, les autres —les disciples de Le Play, par exemple — encore au delà, comme l'a formellement déclaré dans leur Congrès annuel de 1895, le réacteur belge Bernaert, aux applaudissements de M. Georges Picot et C*«. Et, sans doute pour remercier M. Georges Picot, ce professionnel du patriotisme, de s'être montré le plat adulateur d'un étranger et d'avoir fait insulter en France, par un belge malpropre, les traditions de cette Révolution dont nos gouvernants se réclament, ceux-ci l'ont décoré il y a quelques semaines.
tous ceax qui ne sont pas trop enclins à la négation de la vérité, la réponse n'est pas douteuse. Seulement, en régime socialiste, l'initiative et l'énergie ne pourront pas ne favoriser que l'intérêt personnel ; tout en étant plus favorables que jamais à cet intérêt, elles profiteront forcément à tous. Dès que les conditions matérielles à réaliser pour atteindre le bien-être individuel, seront aussi les conditions du bien-être social, nous verrons surgir de cette concordance une morale basée sur la conscience acquise de la solidarité sociale et telle que l'action de l'individu aura, non plus seulement pour' résultat nécessairement atteint par ricochet, mais aussi pour mobile et pour but, l'intérêt social, le plus grand bien de tous.
11 semble que tous devraient, dès maintenant, unir leurs efforts pour hâter la réalisation d'un milieu social profitable à tous. En fait, sauf une infime minorité de gros financiers, de gros capitalistes, tous ceux qui travaillent ou ont travaillé de la main ou du cerveau, tous sont intéressés au triomphe du socialisme ; malheureusement tous n'ont pas conscience de l'insécurité indéniable (i) pour tous du milieu capitaliste et de l'avantage de tous à le transformer conformément à ses tendances sociales, et beaucoup chercheront
(i) « Jamais moins qu*aujourd'huî on n*a été sûr de demain. » (Discours de M. Jules Lemaltre, déjà cité.)
niaisement à prolonger l'état dont ils souffrent.
Le socialisme n'écarte personne et est ouvert à tous ceux, quelle que soit leur position sociale, qui comprennent sa nécessité. Mais, s'il est loin de les repousser, tout en s'efïorçant même de les attirer, il ne peut pas d'avance compter, d'une façon générale, sur ceux qui, trop facilement portés à être dupes d'illusions nées d'une situation sociale plus ou moins privilégiée, ne savent pas s'élever à la notion de leurs intérêts véritables. En préparant le terrain au socialisme qui se développe partout où le mode de production capitaliste a atteint un certain degré, les phénomènes économiques entraînent l'organisation économique et politique des travailleurs industriels, et ce sont ceux-ci qui apparaissent comme la classe immédiatement intéressée au triomphe du socialisme.
Petits patrons, artisans, détaillants, paysans propriétaires, participent de leur double nature de possédants et d'exploités. Quand, sous l'empire d'un naïf orgueil et de vaines espérances, l'homme fier de ce qu'il possède domine en eux, ils écoutent les malpropres polissons qui leur rabâchent que le simple travailleur et le socialiste en veulent à leur petite propriété, et ils manifestent une hostilité qui prouve que, s'ils ont l'intention d'être conservateurs, ils agissent contrairement à ce qu'il faudrait pour être sûrs de conserver ce qu'ils ont. Quand, sous un coup do
fouet de la dure réalité, ils se sentent exploités et menacés dans leur possession, ils applaudissent les revendications socialistes et soutiennent, comme on Ta vu fréquemment, les grèves des travailleurs. Suivant les circonstances, la classe moyenne se prononce ainsi, tantôt dans un sens, tantôt dans Tautre.
Les ouvriers industriels qui, eux, n'ont que leur force de travail sans la possibilité de se voir jamais, quand cène serait qu'en rêve, possesseurs d'un petit Creuzot par exemple, ne peuvent même pas concevoir la fausse idée qu'ils ont quelque chose à perdre dans la victoire du socialisme. De là à penser qu'ils ont tout à gagner à cette victoire, il n'y a pas loin ; il suffit pour cela qu'ils puissent être abordés par la propagande socialiste. Aussi la principale mission du socialisme est-elle d'instruire et d'organiser la masse des travailleurs industriels ; ce sont eux qu'il lui faut avant tout persuader. Ce qui n'est, en efïet, pour la classe moyenne que guerre défensive contre les gros capitalistes devient guerre offensive pour la plu part des travailleurs industriels qui ont à conquérir ce que la classe moyenne n'a qu'à conserver.
Parce que nous disons que le socialisme vise tout d'abord les travailleurs industriels, on est prié de ne pas nous faire dire qu'il doit négliger les autres ; le socialisme combattant pour Tafiranchissement désormais possible de tous, coni-
bat en lous ordres toutes les exploitations, toutes les oppressions, et il est le défenseur naturel de tous les exploités, de tous les opprimés. De même que, voir dans la question économique la matière unique du socialisme militant, ix'est pas, à notre avis, restreindre son domaine, que c'est, au contraire, suivre directement la seule voie au bout de laquelle se trouve pour lui la possibilité d'exercer une action générale ; de même, se préoccuper en premier lieu des travailleurs industriels, n'est pas faire fi des autres exploités, c'est fortifier avant tout l'armée active du socialisme, formée de ceux qui ont à entamer le mouvement, mais dont le succès, d'autant plus rapide qu'ils seront plus soutenus, assurera l'émancipation de tous.
Ce qui engendre le socialisme et le parti qui l'incarne, ce sont donc les transformations économiques qui s'opèrent sous nos yeux. S'il est impossible de supprimer certaines phases du développement social, à un certain degré de développement il est possible aux hommes de faciliter ou de retarder le succès socialiste ; cela dépend parfois d'hommes autres que les socialistes, et presque toujours de la tactique socialiste.
Le socialisme doit-il se condamner a attendre « du Jeu naturel des institutions et des lois le triomphe de ses aspirations » (i), ainsi que le demandait M. Charles Dupuy dans un de ses étonnants discours ? Le socialisme qui est une théorie essentiellement évolutionniste, attend sa réalisation du jeu naturel des faits; mais il ne pourrait pas plus compter, normalement, sur le jeu naturel des lois actuelles, qu'un républicain, pour atteindre la République, ne pouvait décemment compter, sous TEmpire, sur le jeu naturel
(i) Discours prononcé à Toulouse, Je 21 mai 1895.
des lois impériales. Seulement, dans un milieu républicain comme Test le nôtre, où le suffrage universel est nominalement le maître, le seul maître (i), et peut devenir très légalement le maître effectif, si le socialisme ne pourrait pas triompher par le jeu naturel de la législation, il le pourrait par Faction régulière de plus en plus considérable, à mesure qu'ils seront plus nombreux dans la Chambre, des socialistes ^ur cette législation, action que les républicains n'auraient pu escompter sous l'Empire. 11 se pourrait aussi que son triomphe fût dû à une rupture de la légalité en vigueur, rupture à laquelle il sefrait acculé à un moment donné, rupture qui s'imposerait, sans souci des préférences personnelles, comme elle s'est imposée, par exemple, en France, le 4 septembre i8jo, aux Jules Simon et autres partisans forcenés de la légalité, et c'est une rupture de ce genre qui constitue la révolution.
Evolution et révolution ne se contredisent pas, au contraire ; .quand elles se produisent toutes les deux, elles se succèdent en se complétant, la seconde est la conclusion de la première, la révolution n'est que la cdse caractéristique qui termine effectivement une période évolutive. Voyez ce qui se passe pour le poussin. Après avoir ré-
(i) <c Le suffrage universel est la seule assise légitime des pouvoirs dans une république. » {Le TempSf i'* page, 18 avril iSy!\.)^
■JjLÉaOÊÊktiis-frj^
gulièreiîient évolué à rintérieur de la coquille, la petite brute qui n'a pas encore pu lire le Temps^ ignore que l'évolution a été décrétée exclusive de toute violence ; au lieu d'employer ses loisirs à user tout doucement sa coquille, elle ne fait ni une ni deux et la brise sans façon. Eh bien ! le socialisme qui, lui, lit le Temps, fera comme s'il ne le lisait pas et, le cas échéant, imitera le poussin: si les événements le lui commandent il brisera la légalité dans laquelle il se développe et dans laquelle il n'a pour l'instant, qu'à poursuivre son développement régulier.
Ce qui constitue essentiellement une révolution, je l'ai dit, c'est la rupture de la légalité en vigueur : c'est là la seule condition nécessaire pour la constituer, tout le reste n'est qu'éventuel. Malheureusement, on est trop porté, d'une manière générale, à penser que le mot révolution comporte forcément des exécutions de personnes et des destructions de choses. Ce sont là des catastrophes que, autant qu'Usera en leur pouvoir, les socialistes s'efforceront d'éviter ; car ils savent que les excès dans un sens provoquent inévitablement un mouvement en sens opposé, et ils feront tout leur possible pour ne point compromettre leur œuvre en préparant inconsciemment une réaction.
A un jour donné, il peut se produire des événements tels que, par la seule force des circonstances s'imposant aux hommes, la légalité cou-
PRINCIPES SOCIALISTES- ^o
vante soit brisée. Quand et comment se produira le fait, s'il se produit ? Nous n'en savons rien, nous n'en sommes et n'en serons pas cause, parce que nous en constatons la possibilité ; les craintes intéressées des uns ne la détruiront pas, ne la fortifieront pas les impatiences trop explicables des autres. Comme le disait un jour le Temps^ en parlant incidemment des révolutions : « on ne les fait pas ; elles se font » (i).
Quoiqu'on ne puisse et parce qu'on ne peut pas plus indiquer le caractère que l'époque de cette rupture possible de la légalité, on est fondé à déclarer que cette rupture, que, autrement dit, la révolution, pourrait avoir lieu pacifiquement, ainsi que c'est arrivé le 4 septembre 1870. Que la révolution éventuelle soit le prélude d'une transformation sociale, alors que la révolution du 4 septembre n'a été, en tout et pour tout, qu'une ^ révolution politique, cela ne lait rien pour le point de vue auquel je me place en ce moment; car la révolution éventuelle, tout en devant avoir des suites sociales, ne serait, en tant que révolution, qu'un changement d'ordre politique. Il suffirait que les capitalistes fussent aussi prudents que les bonapartistes l'ont été au 4 septembre, pour que la nipture de la légalité fût aussi pacifique que celle à laquelle le sénateur Jules Simon a participé. On voit donc que le socialisme peut briser
(i) Numéro du i4 novembre 1891, article defoud.
jé talNClPES SOCtAtlS'TEiJ
la légalité en restant pacifique ; inversement, ii pourrait arriver qu'il fût violent en restant dans la légalité.
Que doive ou non se produire une situation révolutionnaire, le devoir, tout le devoir des socialistes, consiste à instruire la masse, à la rendre consciente de son sort et de sa tâche, à Torganiser pour le jour où le pouvoir politique tombera entre ses mains. Conquérir au socialisme le plus grand nombre possible de partisans, voilà à quoi les partis socialistes doivent consacrer leurs efforts en usant, dans ce but, de tous les moyens pacifiques et légaux, mais seulement de ceux-là En période ordinaire, et je considère comme telle celle dans laquelle nous nous trouvons, tout genre d'action autre que l'aclion pacifique et légale en vue de l'instruction et de Foi^anisation de la masse, n'aboutirait, sciemment ou non, qu'à des manifestations pouvant affaiblir les forces acquises du socialisme et entraîner un arrêt plus ou moins long dans la propagation de ses idées.
Ce que je préconise, ce n'est pas la tactique du drapeau dans la poche, ce n'est pas de mutiler en quoi que ce soit la théorie socialiste, c'est de s'en tenir strictement à elle sans la gâter, sans la dénaturer par des violences qui n'en font point partie, par des pronostics qui menacent sans certitude. La vérité est qu'on ne peut promettre ni de n'arriver que par la force, ni de s'en tenir tou- ]o\irs à la légalité ; et c'est vrai pour tous les par-
lis. Un radical, M. SigismoncI Lacroix, le reconnaissait quand il écrivait il y a quelque temps : « Bien des gens dont je suis hésiteraient à jurer de rester, quand même, attachés aux seuls moyens légaux et pacifiques. Cela dépend, non des opinions, mais des situations : il peut advenir des situations révolutionnaires — le boulangisme a failli être une de ces situations — où être révolutionnaire serait un. devoir » (i).
En admettant même qu'il doive y avoir révolution, ce que détermineront les événements et non telles ou telles volontés, cette révolution, quels que soient ses incidents, ne saurait être qu'un terme dans la série des phénomènes qui nous font passer d'une forme sociale à une autre, qu'un anneau dans une chaîne, et serait-il, dès lors, raisonnable d'hypnotiser les* travailleurs en concentrant leur attention sur ce seul anneau ? Ce qu'il faut, c'est faire des socialistes, c'est donner à la masse, avec la conscience du mouvement économique, une volonté qui concorde avec ce mouvement et avec son rôle dans ce mouvement, c'est ramener à introduire de plus en plus les socialistes dans nos diverses assemblées électives où ils auront à prendre la défense de ses droits méconnus et à réaliser, dans la mesure de leurs moyens, conformément aux circonstances, les diverses améliorations de son sort que le socialisme
(i) Le Radical j 3o mai i8^,,
j8 PRINCIPES SOCIALISTES
poursuit et est seul à poursuivre d'une manière pratique, en se basant sur les conditions économiques du milieu. A quoi bon, dès lors, parler d*autre chose que de socialisme, s'appesantir sur la nature de la crise qui terminera la phase ac« telle d'évolution et sera le début d'une phas« nouvelle, puisqu'il n'y a aucune espèce de volonté à créer en cette matière ? Pourquoi disserter sur une éventualité que les circonstances peuvent imposer, mais dont personne ne peut, dès maîn^ tenant, préciser tant soit peu la façon d'être ? En tout cas, si on tient à parler de révolution, on devrait s'attacher à détruire les erreurs que nos adversaires répandent à ce sujet, les jugeant préjudiciables au recrutement socialiste (i).
(î) En interprétattt de la manière la plus restrictive possible le début du premier alinéa de la page 76, on s'est cru autorisé à conclure que j'étais adversaire de toute intervention des socialistes dans les luttes économiques. - La vérité, comme on peut s'en assurer, est que, à tort ou à raison, je n'ai pas abordé le moins du monde ce sujet dans les pages précédentes ; mais je l'ai abordé dans certaines des pages qui suivent, et l'opinion que j'ai alors exprimée diffère essentiellement de celle qu'on a tirée — par les cheveux ■— d'un passage étranger à la question.
"Qu'on veuille bien se reporter aux pages 188 et 189 et on constatera que j'ai fait aux socialistes un devoir d'intervenir, non pas pour pousser à la grève, mais — une fois la grève décidée par les intéressés — pour aider les grévistes à tirer de la situation le meilleur parti possible. D'autre part, page 195, j'ai dit que les socialistes ne sauraient trop conseiller aux travailleurs de se syndiguer.
De même que l'idée de révolution est identifiée avec les idées de meurtre et de destruction, de même riuternationalisme ouvrier est identifié avec Tantipatriotisme . Il y a, dans le second cas comme dans le premier, une erreur fondamentale, et il me reste à établir que, théoriquement et pratiquement, Fidentification de l'internationalisme ouvrier et de l'antipatriolisme est injustifiable. Et, d'abord, qui dit internationalisme dit internationalisme et ne dit pas antina^ tionalisme (i) ; par conséquent, vous voyez tout
(i) « Nous seuls (les internationalistes qui parlons do nationalisation, de retour à la nation, da monopoles d'Etat préparant la production nationalisée, de la création de services nationaux, etc.)» sommes un parti u'organisation, tous les autres sont les mille formes de l'anarchie individuelle ou nationale. De môme, nous seuls donnons au motpatrie son véritable sens pratique, parce que nous voulons une nation maîtresse d'elle-même, organisée par la socialisation systématique et évolutive des forces et des intérêts individuels, vivant comme tous les êtres organisés, — et non un champ de bataille divisé en lots et en positions antagonistes. » Le Socialisley 25 août 1896, jf« 4)age, ai'ticle du Di^Z., sur « la jjatrie ».)
8o PRINCIPES SOCIALISTES
(le suite que personne ne devrait, ni en l'approuvant ni en le blâmant, se servir du mot internationalisme pour exprimer ce qu'il n'implique pas et ce que d'autres mots impliquent.
Au lieu de nous laisser aller à nos fantaisies particulières, examinons ici comme ailleurs les faits et ce qui s*en dégage. Le socialisme découle des faits, il les suit et ne les devance pas, c'est à cette vérité qu'il faut toujours revenir, c'est là ce qu'il ne faut jamais oublier. Or, les faits nous révèlent, bon gré mal gré, deux choses : d'un côté, Texistence des patries; de l'autre, Texistence, en tous ordres, d'une solidarité internationale.
Il en est des patries comme des classes ; les uns nient celles-ci, les autres nient celles-là. Or il n'est pas plus possible raisonnablement de nier l'existence de la patrie que l'existence de classes dans cette patrie. Qu'on aspire à la fusion des unes et des autres dans des conceptions plus larges, soit, mais à une condition expresse, c'est que, dans les deux cas, en attendant que cette fusion résulte des faits, on s'adapte au fait de la réalité actuelle. Vouloir les supprimer ne les supprime pas, protester contre leur existence ne les empêche nullement d'exister et, tant que patries et classes existeront, il nous faudra, non les nier en des déclamations baroques, mais nous conformer aux faits qui dérivent de leur exis* tence.
De même que, au sentiment de solidarité fa-
PRINCIPES SOCIALISTES 8l
miliale, sans détruire celui-ci, s'est ajouté le sentiment de solidarité nationale, de même à celui-ci s'ajoute, en le conservant, le sentiment relativement nouveau d'une solidarité internationale (i). Un sentiment nouveau sorti d'une situation nouvelle, n'annihile pas les sentiments anciens tant que subsiste leur raison d'être: ici l'existence de la famille, l'existence des nations.
C'est le capital qui a été l'initiateur du mouvement internationaliste. Obéissant à sa loi de croissance continue, il a de plus en plus substi' tué le commerce international au commerce national, lia créé des industries dont les matières premières viennent de l'étranger, et dont les produits ont besoin, pour s'écouler, du marché universel ; il a développé ainsi la dépendance réciproque des nations dont il n'est pas une aujourd'hui qui puisse vivre sans l'aide des autres. Voulez-vous un exemple ne remontant pas loin de cette solidarité internationale ?
(i) (* Il est un phénomène social que nul ne peut négliger. Notre vie, nos intérêts s'internationalisent de plus en plus. Les idées, la science, les arts» les capitaux, les modes, ne connaissent déjà plus de frontières. Le moment viendra bientôt où il faudra bon gré mal gré, tenir compte de ce changement et trouver une conciliation rationnelle entre le patriotisme, qui ne peut cesser d'être la religion de tout peuple qui veut vivre, et la solidarité de l'humanité qu'engendre et que fait triompher le progrès même de la civilisation. Les grands peuples de l'avenir seront ceux qui sauront le mieux résoudre les deux termes de cette antinomie. » (Le Temps, lo juillet, 1895, !'• page)*
8a PRINCIPES SOCIALISTES
Le Temps écrivait, à propos de la crise financière d'Australie, qu'elle avait été une des causes de la chute du ministère grec, en contribuant à faire échouer les négociations entamées par ce ministère à Londres pour la conclusion d'un emprunt, et il ajoutait : « Ainsi, ce qui se passe à Melbourne, à Sydney ou à Brisbane, a son contrecoup immédiat non seulement sur le marché de Londres, mais encore sur la politique de la Grèce. Ij'agora d'Athènes dépend des spéculations de cités lointaines dont les plus audacieux navigateurs de l'antique Hellade ou de la Phénicie, n'auraient pas même osé rêver l'existence ! » (i)
L'internationalisme capitaliste est, du reste, aussi féroce que réel. Pour 4ivilir les salaires nationaux et gagner davantage, le capitaliste ne craint pas de priver de travail ses compatriotes et de faire appel contre eux aux étrangers qu une misère habituelle plus grande prédispose à travailler à plus bas pri^ ; et l'interdiction, non d'employer des étrangers, mais de les payer moins que les nationaux, est la seule mesure eflicace en la matière. D'autre part, pourvu que ce soit pour lui une bonne opération, il n'hésitera jamais à mettre, parla souscription à ses emprunts ou la fourniture du matériel de guerre (2). une nation
(i) N* du 23 mai 1893, bulletin.
(a) « Un membire de la Chambre des communes a
autre que la sienne en mesure de combattre avantageusement celle-ci sur terre et sur mer.
Ce caractère international revêtu par le capital sous toutes ses faces, s'est étendu à tous les ordres de faits (i). Ainsi que le proclamait M. Aulard dans la conférence dont il a été beaucoup parlé : «il n'y a pas de frontière pour la raison et la science... elles ne sont ni françaises, ni anglaises, ni allemandes, mais internationales et humaines » (2). Comment, dès lors, serait-on fondé à reprocher aux travailleurs de marcher dans la voie où tout et tous s'engagent, où les capitalistes les ont précédés ? En présence de la
porté, ravant-dernière nuit, une motion de blâme contre le gouvernement pour avoir acheté des obus à une maison française. Le secrétaire de l'amirauté a répondu que les obus fournis par cette maison coûtaient moins cher et valaient mieux que les obus fabriqués par l'industrie anglaise. » (Le Temps, 21 septembre 1893, !»•<» page).
(1) Journal des Débats, éd. blanche, 8 juin 1895. Discours de M. Paul Deschanel à « Tasse ublée générale annuelle de TOffice central des institutions charitables » :
Ces offices « communiquent entre eux et entrent déjà en relation avec l'étranger ».
« Vous jetez en ce moment les bases d'une internationale nouvelle, Tinternationale de la charité ».
(2) Science^ patrie, religion, p. 29-32.
« Les idées ne sont ni anglaises, ni allemandes, ni françaises, ni slaves, ni latines. Aucune uati on n'a le droit de les considérer comme son patrimoine». (Article de M. André Hallays dans la Revue de Paris, extrait fait et approuvé par le Journal des DJbats, éd. rose, 21 février 1895.^
8/î Ï>HINCÏPES SOCIALISTES
domination internationale dn capital, ils ont compris, dans toutes les nations civilisées, la communauté de leurs intérêts : ils subissent le même genre d'exploitation dont la cause est partout la même ; les mêmes faits leur ont suggéré les mêmes revendications, les mêmes moyens, pour atteindre lejnême but. L'exploitation internationale a amené de plus en plus la solidarité internationale dans la résistance; et l'entente internationale des travailleurs, élaborée par les phénomènes économiques, s'est affirmée dans la journée du premier mai.
Mais solidarité internationale des travailleurs, et c'est là tout notre internationalisme, ne signifie pas fraternité des peuples (i). i^n même temps que les travailleurs, le peuple comprend, en effet, cci^x que les travailleurs combattent ; et ce n'est point parmi les socialistes français, M. Célestin Jonnart, vous qui parlez de Bismarck, que l'on a trouvé des hommes pour envoyer cadeaux et félicitations à ce faussaire dont les desseins, favorises par notre misérable Bonaparte, ont mis la France, après l'avoir démembrée, sous la menace cojistante d'une guerre épouvantable. Tant que les peuples seront divisés en classes, il ne saurait y avoir fraternité entre eux. Et, malgré la solidarité internationale la plus sincère des
(i)« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » ont dit seulement Marx et Engels (Manifeste du Parti communiste, p. 36),
deux côtés, les travailleurs de deux pays deuvent encore avoir à se battre les uns contre les autres. C*est là une des nombreuses contradictions — et la plus horrible — inhérentes au régime capitaliste, qui est condamné à aspirer à la paix et à déchaîner la guerre : tandis, par exemple, que le commerce sur le marché universel a besoin de la paix, Tâpreté de la concurrence sur ce marché engendre les conflits (i)
En toute matière, je l'ai déjà dit, par conséquent en matière internationale, le socialisme défend la cause de tous les opprimés ; à tous les individus et a toutes les collectivités il veut assurer le pouvoir de disposer librement d'eux-mêmes, de décider eux-mêmes de leurs destinées ; mais, autant qu'il dépendra de lui, il ne livrera jamais ses rêves d'avenir au sort d'une bataille. Pardessus tout il désire le maintien de la paix et, à l'exception de quelques fous — quantité négligeable — je crois qu'on peut certifier qu'il n'est pas seul de cet avis et que c'est là l'opinion una-
(i) « Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l'état d'apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l'orage. 11 n'y a qu'un moyen d'abolir enfin la guerre entre les peuples, c'est d'abolir la guerre entre les individus, c'est d'abolir la guerre économique, le désordre de la société présente. » (Discours de Jaurès à la Chambre des Députés, séance du 7 avril 1895, p.i3-i4 de la brochure PatrioUsme et internationalisme, puliliée pa»» la Bibliothèque du Pïirfci ouvrier , f^aQCaiSi)
nime en France. Criminels seront ceux, qaels qu'ils soient et quel que soit leur prétexte, qui prendront l'initiative de précipiter les nations civilisées dans lïnconnu d'une guerre effroyable. Seulement nous devons être, et ne devons pas craindre de déclarer que nous sommes aussi fermement résolus à nous défendre qu'à ne point provoquer. En cas d'attaque, c'est pour eux que les travailleurs, internationalistes en tant que travailleurs, ont à se battre en tant que Français, de même qu'ils auraient à se battre en tant que citoyens si, à l'intérieur, la République venait à être menacée ; et ils seraient, j'en suis sûr, les plus empressés à défendre leur droit à l'indépendance et à en imposer le respect à tous, au dedans, d'ailleurs, une fois en train, comme au dehors. Quel est celui qui, pratiquement, en présence d'une déclaration de guerre, d'une agression, d'une provocation, aurait le triste courage de pousser à ce qu'on a appelé la grève militaire ? Sous le masque d'un soi-disant internationalisme, ce ne serait finalement que du nationalisme à rebours puisque, pour ne pas favoriser la sienne, on n'en favoriserait pas moins, au bout du compte, une nation au détriment d'une autre. Il y aurait là antipatriotisme et non internationalisme.
Pour sauvegarder, autant ou'il est possible, ce,
. qu'il leur reste d'indépendance en qualité detra-,
vaillêurs, les ouvriers sont conduits par Tétât:
des choses, ainsi que Tout été avant eux et que le sont toujours les faiseurs dalTaires, à être internationalistes ; mais c est patriotes qu'ils doivent être exclusivement (i), s'il y a péril pour leur indépendance en qualité de Français et lorsque, sans qu'il y ait péril immédiat, il s'agit de la défense nationale à assurer.
Sous aucun rapport, vous le voyez, je Tespère, rinternationalisme ouvrier et socialiste ne peut aboutir à Tantipatriotisme. Il y a là deux idées qui ne sauraient être légitimement confondues (2), quel
(i) Or être socialiste est pour uû individu la meilleure façon d'être réellement patriote, pour un pays la sauvegarde la plus certaine et, au besoin, la plus puissante garantie de succès.
Voici ce que disait Bismarck, le ay mars 1886, à la tribune du Reichstag :
t II existe aujourd'hui un mouvement socialiste très développé dans plusieurs pays. Je vous rappellerai à son propos les temps de la première Révolution... Il est certain que les idées apportées dans les pays étrangers à Fombre du drapeau français de 1792, furent le levier intellectuel et puissant des victoires des Français. Qui vous dit que, si nous devions avoir de nouveau la guerre avec ce pays, les drapeaux de Tarmée ennemie ne seraient pas des drapeaux rouges portant haut l'idée socialiste? »
Une République sociale, réalisation de leurs propres espérances, rallierait, en effet, les sympathies actives de tous ceux qui seraient enrégimentés contre elle.
(2) Cette affirmation ne saurait paraître extraordinaire à ceux qui ont écrit :
« En allant à Kiel, nous faisons acte de raison internationale : en célébrant nos morts, nous faisons acte de sentiment national. L'un, assurément, n'empêche pas l'autre. » {Journal des Débats, éd. blanche, 24 mai 1895.)
que soit le but de cette confusion. Notre internationalisme et notre patriotisme visent deux ordres de faits bien distincts (i), et des faits différents entraînent logiquement des solutions difié-
(i) « Ils (nos adversaires) leur (aux ouvriers ignorants, timides ou timorés) font croire que nous opposons le drapeau rouge au drapeau tricolore, ce qui est un abominable mensonge, spéculant ainsi sur les sentiments de patriotisme qu'ils connaissent aux masses naïves.
« Il ne faut jamais cesser de le répéter en toutes occasions, le drapeau rouge et le drapeau tricolore ne sont pas opposés l'un à l'autre, mais ont une signification bien distincte. — Alors qu'au drapeau tricolore, comme à tous les autres drapeaux nationaux, est attachée une idée de peuple, de patrie, de territoire, de frontières, pouvant intéresser tous les êtres compris dans ces délimitations, le drapeau rouge, lui, ne doit éveiller et ne représente en effet qu'une idée de classe, de condition économique et sociale.
... « Il est évident... qu'il y a nécessité à ce qu'ils forment entre eux un parti de classe, distinct de tous les autres quels qu'ils soient, à l'exclusion de toutes préoccupations de politique générale ou nationale.
« Que par cg fait, la classe ouvrière doit avoir un drapeau de ralliement distinct, un drapeau économique et de classe.
« Que ce drapeau, de quelque couleur qu'on le choisisse, doit être logiquement le même partout, oÉi que ce soit, parce que partout on retrouve toujours ces mêmes éléments en présence : une classe ouvrière de plus eu plus misérable, travaillant, peinant et produisant pour l'autre classe de plus en plus riche, oisive et opulente.
« Que, depuis longtemps, le drapeau rouge se trouve avoir été adopté à ce titre par les prolétariats de toutes les nations, et qu'alors il devient inutile de le discuter en présence du fait acquis que nous ne pouvons ni ne devons détruire. Qu'il n'y a qu'à accepter le drapeail
r ïites, la logique consistant, ici et partout, à adapter la solution aux faits et non à appliquer, Ix toute espèce de faits, la même solution.
En résumé, internationalistes entre camarades de travail quand les intérêts du travail sont en jeu pendant la paix, patriotes et Français avant tout quand la France, noire patrie, sera, si elle doit l'être, en danger de guerre, conscients toujours du devoir à accomplir, conscients, le cas échéant, surtout dans la victoire, de ce devoir qui exige de respecter pour les autres, surtout pour les vaincus, les droits qu'on revendique pour soi-même, tels doivent être les travailleurs et les socialistes.
J'ai terminé. Voilà tout ce qu'est le socialisme. J'ai eu le souoi de le dégager des atténuations et aussi des aggravations que des dispositions personnelles lui font subir, mais qui ne me semblent pas avoir leur fondement dans la réalité. Son but est la socialisation des moyens de travailler ayant déjà manifesté des tendances collectives comme appropriation ou comme exploitation, et la disrouge par ce seul fait qu'il existe actuollement comme drapeau universel de la classe ouvrière. »
(Fédéraj.ion nationale des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de France, 5« congrès national, rapport de la commission d'organisation présenté par le secrétaire général Garadec, à la séance d'ouverture, le 9.8 octobre 1888, p. 54 et 35. —Bordeaux, 1888.)
parition des classes ; son moyen, le transport sur le terrain politique de la lutte des classes dont il est obligé de constater l'existence. Il doit être pour le moment décidé à observer la légalité il l'intérieur et la paix à l'extérieur, mais aussi cnergiquèment décidé à ne tolérer aucun amoindrissement de la situation présente, à maintenir intacts la République et son territoire contre tous ceux qui les menaceraient.