AVERTISSEMENT. XXXIX
imprimée au nombre de six mille exemplaires.
J'ai cru devoir lui conserver la forme de catéchisme , ou dialogue ; l'expérience m'ayant fortifié dans l'opinion que cette forme étoit la meilleure pour des élèves sages-femmes peu disposées à l'étude, incapables d'une attention bien soutenue, de réfiécliir, de méditer, de comparer et de juger; et je suis encore tellement persuadé que c'est en leur présentant YJrt des Accoucliemens de cette manière , qu'on pourra le leur apprendre, que j'ai donné la même forme à cette troisième édition ,. que je l'ai substituée même à celle du discours ordinaire dans les leçons que je suis chargé de faire aux élèves sages-femmes, tant à l'École de Médecine qu'à l'Hospice de la Maternité.
Cette méthode d'enseignement est moins attrayante pour le professeur ; elle est plus pénible , et elle exige plus de temps pour exposer chaque sujet en entier ; mais les élèves en retirent plus de fruit, et elles savent plus à la fin d'une leçon , qu'elles n'auroient appris dans plusieurs sur le
xl AVERTISSEMENT.
même point traité par la méthode ordinaire. En donnant cette forme de catéchisme à la première édition , et en la conservant aux éditions suivantes , j'ai pensé que les élèves sages-femmes pourroient s'interroger réciproquement , et se faire des questions suivies et lumineuses sur les diverses parties de l'art des accouchemens ; qu'elles pourroient , de cette manière , se préparer aux leçons de leurs professeurs, se retracer celles qu'elles en auroient reçues; que des personnes étrangères à cet art pourroient les interroger de même, exercer leur mémoire, les familiariser avec l'étude et le langage de la science ; vs'assurer de leur aptitude et de leur jugement avant qu'elles n'allassent aux nouvelles écoles que le gouvernement avoit instituées pour elles , qu'il vient de recréer, en quelque sorte, par la loi du ig ventôse an xi, et de réorganiser de la manière la plus propre à les faire fructifier, si cette loi pouvoit ne trouver aucun obstacle à l'exécution de quelques unes de ses principales dispositions ; enfin , qu'au moyen d^ cette éducation pré-
AVERTISSEMENT. xlj
liminaire, les élèves admises dans ces écoles pourroient en sortir avec une in- ^struction plus grande et plus solide.
D'après un premier essai, n'étant plus retenu par la crainte de surcharger la mémoire de ces élèves , en leur donnant un plus grand nombre de préceptes , et les leur offrant avec plus de développement , nous avons augmenté de beaucoup la seconde édition : ce qui n'a pas suffi encore au zèle de quelques unes qu'on a vues chercher à s'instruire plus amplement , en étudiant l'art dans les livres qui ne sembloient destinés qu'aux élèves en médecine. Quoique cette nouvelle édition contienne moins de pages que la précédente , nous l'avons cependant encore augmentée de quelque chose. Si ce qu'elle renferme surpasse la mesure de l'intelligence du plus petit nombre des élèves pour qui elle est destinée, les autres, à l'exemple de celles dont nous venons de parler , regretteront sans doute de ne pas y trouver davantage.
Notre intention d'ailleurs n'a jamais été qu'elles apprissent cet ouvrage par cœur, et qu'elles le récitassent littérale-
Xllj AVERTISSEMENT.
ment; mais qu'elles l'ëtudiassent à loisir ^ qu'elles le méditassent de même , qu'elles s'en appropriassent toutes les vérités , et qu'elles s'accoutumassent à les rendre à leur manière, ou dans leur langage familier ; enfin qu'elles pussent y retrouver en tout temps , et se retracer à l'esprit tout ce qui aura pu leur être enseigné dans les cours d'accouchemens; ce qu'elles auront vu faire , et pu opérer elles-mêmes, soit au lit des femmes en couches , soit sur les mannequins. C'est le peu de connoissances que ces élèves ont paru susceptibles de recueillir dans un seul cours, la difficulté et l'impossibilité même de les enlever quelques années de suite à leurs familles ; ou à leurs affaires domestiques , pour en suivre plusieurs , qui nous ont déterminé à leur offrir un aussi gros volume; c'est aussi pour leur en faciliter l'étude, et la leur rendre plus profitable , que nous y avons joint une trentaine de planches.
Toutes ces planches n'ont pas été faites d'après nature , comme nous l'aurions désiré, parce qu'un siècle entier n'auroit
AVERTISSEMENT. xlii)
pu en fournir le sujet à l'artiste ; mais elles ont un caractère de vérité' qui ne se trouve pas même dans toutes celles de Smellie et de Hunter, parmi lesquelles plusieurs ont été choisies. Quelques unes repre'sentent le bassin de la femme , tant dans son état de conformation ordinaire que dans celui de difFoTmité et d'altération où on le trouve quelquefois dans l'exercice de l'art; d'autres serviront à donner une idée de la matrice et de ses dépendances dans l'état habituel , de son développement , et des changemens qu'elle éprouve pendant la grossesse; de ses déviations connues sous le nom à! obliquité ^ et de son renversement partiel ou complet après l'accouchement; de l' arrière-faix et du cordon ombilical, lorsqu'il n'y a qu'un seul enfant , et quand il en existe plusieurs : plus de la moitié de ces planches indiquent les positions , les altitudes variées que le fœtus peut prendre dans le sein de sa mère, et dans lesquelles il s'offre quelquefois à nos recherches au moment du travail de l'accouchement.
Nous aurions voulu qu'aucune consi-
xliv AVERTISSEMENT.
dération ne nous empêchât de multiplier ces planches au-delà de ce que nous l'avons fait, et de mettre en quelque sorte tout l'art des accouchemens en tableaux, pour en rendre l'étude plus facile encore aux élèves sages-femmes : l'objet qui frappe leur vue , qui affecte leurs sens , se gravant bien mieux dans leur esprit, et y laissant des traces bien plus durables que celui qu'elles ne connoissent que par la description qu'on leur en fait, quelque concise et claire qu'elle soit; mais, en leur rendant l'étude de cet ouvrage plus aisée, peut être eussions-nous rendu l'ouvrage même inutile, pour la plupart, à cause du prix où il se seroit élevé.
D'ailleurs, quel que soit le mode d'enseignement qu'on suive pour ces élèves, s'il embrasse tout ce qu'elles doivent savoir , tout ce qu'elles peuvent apprendre et exécuter , elles se rappelleront aisément , au moyen de ces trente planches , ce qu'il y a de plus essentiel à retenir, ce cpi'on aura pu leur enseigner, et leur faire opérer sur le mannequin ; puisque , indépendamment des positions du fœtus qui
AVERTISSEMENT. xlv
sont les plus naturelles , les plus ordinaires , les plus avantageuses , et à Tune desquelles il faut constamment le ramener lorsqu'il se présente différemment, on y voit une assez grande suite de celles qui sont défavorables, qui exigent qu'on agisse, et souvent qu'on opère l'accouchement , parce qu'elles le rendent impossible par les seules forces de la nature.
Quel qu'ait été le nombre de ces tableaux , ils n'auroient pu dispenser encore de recourir aux mannequins, qui sont en usage depuis long-temps dans l'enseignement de l'art des accouchemens , parce qu'il y a des choses qu'on ne peut décrire^ ni faire graver, et qu'on ne sauroit bien faire comprendre aux élèves qu'au moyen de ces mannequins. S'ils ont été loués avec exagération par quelques personnes, d'autres, les ayant crus plus propres a donner de fausses idées du mécanisme de l'accouchement , qu'à le bien faire connoitre , ne les ont point assez appréciés. Il faut avouer que les derniers auroient eu raison , s'il n'étoit question que de faire connoître à ces élèves la manière
Xlvj AVERTISSEMENT.
dont s'opère l'expulsion du fœtus, ou les phénomènes de l'accouchement ordinaire,* car rien ne ressemble moins à cet appareil d'organes qui contiennent l'enfant, soit immédiatement, soit autrement , qui agissent et réunissent leurs forces pour l'expulser , que les manne^ quins dont il s'agit. Mais, comme c'est bien moins le mécanisme de cette fonction qu'on se propose de leur démontrer sur ces machines, comment et en quoi chacun des organes de la femme y contribue , que la marche que suit l'enfant en traversant le bassin de sa mère et celle qu'il faut lui faire suivre dans les accouchemens difficiles^ nous les croyons non seulement utiles , mais encore indispensables , malgré toute l'imperfection qu'on ne peut s'empêcher d'y voir.
En rejetant ces mannequins, comme l'ont fait quelques professeurs, de quels moyens se servira-t-on pour exercer les élèves , pour former leurs mains aux opérations délicates de l'art des accouchemens? Attendra- t-on , pour les faire opérer, ces occasions rares, ces cas difficiles,
AVERTISSEMENT. xlvïj
que le praticien le plus en vogue rencontre à peine quelquefois dans le cours d'une année ? Et , quand ces occasions d'agir et d' opérer seroient aussi fréquentes qu'elles le sont peu , pourroit-on compter assez sur la main d'une élève tremblante et timide, si elle n'est pas téméraire^ pour lui confier tout à la fois la vie de la femme et celle de son enfant? Quelqu'un peutil l'ignorer, que la faute la plus légère et la plus petite omission dans ces opérations ne soient quelquefois mortelles pour l'un ou pour l'autre de ces individus, et même pour les deux , ou ne puissent donner lieu à de grandes et longues infirmités? Ce n'est qu'après s'être bien assuré de la capacité et de la dextérité des élèves sages-femmes, qu'on doit leur confier de semblables opérations ; et comment s'en assurer, si ce n'est en les interrogeant souvent, et en les exerçant fréquemment sur le mannequin?
Peut-être pensera-t-on qu'il vaudroit mieux les faire opérer sur des cadavres , et avec des enfans ordinaires , comme on l'a déjà proposé , que sur ces simulacres
xlviij AVERTISSEMENT.
informes à beaucoup d'égards. Mais, en supposant qu'il en re'sulte quelques avantages, ce que nous ne croyons pas, comment se procurer à propos assez de cadavres de femmes et d'enfans pour exercer chaque jour, et plusieurs fois le jour , le nombre des élèves qui suivent le même cours? Seroit-ce dans les hospices destinés aux femmes enceintes ? Le plus grand de tous ceux qui existent en Europe, celui où l'on reçoit le plus de ces femmes , celui où, par cette raison, il doit en mourir le plus, ne sauroit en fournir autant qu'il en seroit nécessaire pour l'instruction de quelques unes de ces élèves. D'ailleurs quel courage , quelle philosophie ne faudroit-il pas supposer à des élèves sages-femmes , pour croire qu'elles s'approcheront sans répugnance du cadavre de leurs semblables; qu'elles oseront porter la main dans ses entrailles ; qu'elles braveront et F horreur qu'inspire son aspect, et la crainte du danger qu'il peut y avoir à s'en approcher souvent, surtout dans les saisons les plus chaudes de l'année , celles pendant lesquelles se font la
plupart
AYERTTSSrMEKT. xlix:
plupart des cours d'accouchemens ? Les avantages qu'elles retireroient de ces exer* cices ne sont pas assez grands pour les exposer à tant de dégoûts et de dangers; et il n'en est pas un seul qu'elles ne puissent acquérir en s'exerçant sur les mannequins, si elles sont bien dirigées.
Ce qu'il y a de plus important à leur apprendre, consiste peut-être bien moins dans Fart d'opërer que dans celui de le faire à propos. C'est une parfaite connoissance du mécanisme de l'accouchement naturel, de ses causes, de ses symptômes, et de ses suites (i), qu'on doit s'efforcer de leur donner ; car c'est au moyen de ces connoissances , qu'on n'acquiert bien qu'au lit des femmes en travail et en couches, qu'elles trouveront peu de cas où il soit indispensable d'agir; qu'elles agiront à propos , et le feront convenablement. S'ils paroissent encore assez frëquens aujourd'hui , ils le deviendront bien moins par la suite , à mesure que ces connoissances, qui doivent faire la base
(i) On comprend ici la délivrance.