‹ Principes sur l'art des accouchementsChapitre 13 sur 41 · J AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

J AVERTISSEMENT

de r éducation des sages-femmes , se répandront davantage : peut-être même ces cas deviendront-ils si rares, qu'alors on oubliera qu'il fut un temps où l'accouchement, cette fonction si belle et si grande quant à sa fin , si naturelle et si simple dans son exécution , quoique constamment très douloureuse , étoit regardée comme une des plus importantes opérations de chirurgie , et ne devoit être confiée qu'à des hommes d'un grand talent.

Sans doute l'accouchement peut être environné de périls et de dangers , que le talent seul sait afFoiblir, écarter et même prévenir ; sans doute la mère et l'enfant , ou l'un des deux, sont quelquefois exposés à de grands accidens, à la mort même , et ne peuvent attendre de secours que d'une sage-femme instruite, ou d'un accoucheur plus instruit encore : comme dans ces cas de perte de sang , de convulsions ou de syncopes, qui surviennent à l'improviste dans le cours du travail de l'enfantement; dans ceux où le cordon ombilical s'échappe de la matrice au moment de l'écoulement des eaux de l'am-

AVERTISSKMEIVT. Ij

nios ; dans ceux où le fœtus se présente en mauvaise position, où il est trop gros relativement à la capacité du bassin , ou bien dans lesquels celui-ci est très étroit et d'une conformation vicieuse. Mais on verra , sur le Tableau suivant , combien ces cas sont déjà excessivement rares en comparaison de ceux où la nature se suffit à elle-même, où la sage-femme n'a besoin que de la bien connoitre , pour ne point en entraver la marche , en voulant l'aider lorsqu'elle n'a besoin que d'agir librement ; combien elle est constante dans cette marche, et elle s'écarte peu des lois qu'elle semble s'être prescrites dans le travail de notre naissance.

Les sages-femmes, et les femmes même qui ne peuvent recevoir d'autres secours que les leurs, trouveront dans ce Tableau de grands motifs de sécurité , si elles daignent y jeter les yeux. Les premières , si la crainte de rencontrer souvent de ces cas difficiles dont on vient de parler , et tels qu'il s'en rencontre en effet quelquefois , pou voit les éloigner d'une profession qui les met a même chaque jour de

iij AVERTISSEMEJNT.

faire beaucoup de bien ; et les autres , si elles craignoient de ne pas trouver dans les saoes-femmes tout le talent nécessaire pour les aider. Ce Tableau ne contient que ce qui s'est passé a l'Hospice de la Maternité depuis le jour de son institution , lodécembre 1797, jusqu'au igjuin i8o5; nous aurions voulu qu'il nous fût possible d'y ajouter le résultat d'une pratique de trente- cinq années ; mais ce travail exigeoit trop de temps.

Dix mille cinq cent soixante-trois femmes ont donné naissance dans cet hospice, entre les deux époques énoncées , à dix mille six cent quatre-vingt-sept enfans : cent vingt de ces femmes étant accouchées de deux, et deux autres de trois.

De ces dix mille six cent quatre-vingtsept enfans, dix mille trois cent vingttrois ont offert le sommet de la tête à l'orifice de la matrice ; et on peut assurer que huit mille cinq cent vingt-deux au moins l'ont fait dans ce que nous appelons première position , et dix-sept cent cinquante-quatre ou environ , dans la seconde.

AVEUTISSEMEÎN'T. liij

(i) Vingt-cinq seulement dans la quatrième.

Dix-neuf dans la cinquième.

Deux dans la troisième.

Un dans la sixième.

Cent soixante , de ces dix mille six cent quatre-vingt sept enfans , ont pre'sentë les fesses ou le siège.

Cent quatre, les pieds.

(i) On n'avoit tenu note , avant le mois de germinal an X, que de la partie que l'enfant présentoit à l'orifice de la matrice, et des positions les plus rares, comme la quatrième , la cinquième , la troisième et la sixième du sommet de la tête , qui ne se sont élevées , j^endant les deux époques assignées , qu'au nombre porté au Tableau; conséquemment îa première et la deuxième ont du se présenter dix mille deux cent soixante-seize fois. Comme le rapport de la première à la seconde, depuis le mois de germinal an X , a été de cinq moins quelque chose , a un , nous avons cru devoir porter l'une à huit mille cinq cent vingt-deux , et l'autre à mille sept cent cinquante-quatre : ce qui approche beaucoup de l'exactitude.

On n'a pas cru devoir noter la position dans laquelle se sont présentés les enfans qui sont venus dans les quatre ou cinq premiers mois de la grossesse.

ciij

îiv AVERTISSEMENT.

Trois seulement, les genoux.

Trente et un, la face.

Vingt-neuf^ l'une ou l'autre épaule.

Un seul , la région occipitale et le derrière du cou.

Quatre, l'un des côtés de la tête.

Quatre, l'un ou l'autre côté de la poitrine.

Trois, le ventre.

Trois, le dos.

Trois, les lombes.

Trois , l'une des hanches.

Dans les dix mille trois cent vingt-trois enfans qui ont présenté le sommet de la tête , vingt-huit ont été extraits avec le forceps , les uns à cause de la mauvaise position de la tête même , de sa grosseur excessive , ou de l'étroitesse du bassin ; les autres, par rapport à l'issue d'une anse de cordon qui les mettoit en danger (i) ; des convulsions , des pertes de sang , des syncopes , qui étoient survenues à la

(i) Cet accident n'a eu lieu que vingt-huit fois; mais quelques uns des enfans sont venus naturellement , et d'autres ont été extraits par les pieds.

AVERTISSEMENT. Iv

ferame pendant le travail, ou à Tëpuisement de ses forces.

Neuf, après la perforation du crâne que l'extrême défectuosité du bassin de la mère , ou l'hydropisie de la tête de ces mêmes enfans, rendoit indispensable après leur mort.

Un seul des dix mille six cent quatrevingt-sept, a exige la gastrotomie, parce qu'il s'ètoit développé hors de la matrice dans l'un des ovaires ou l'une des trompes ; il étoit parfaitement à terme, et du poids de huit livres et quelques onces.

Presque tous ceux qui ont présenté les fesses ou les pieds , n'ont reçu d'autres secours que s'ils fussent venus en présentant le sommet de la tête , et cinq à six de ceux qui ont offert la face sont nés de la même manière ; de sorte que le nombre des enfans qu'il a fallu retourner ou extraire , et dont la naissance étoit évidemment dangereuse, ou impossible sans les secours de Tart, ne s'est élevé au plus qu'à cent vingtsix ou vingt-sept : ce qui est à l'égard des dix mille six cent quatre-vingt-sept, comme un à quatre-vingt-quatre ou environ.

c iv

Ivj AVERTISSEMENT.

Si l'on retranche de ces accouchemens qu'on s'est vu dans la nécessité d'opérer, ceux que la mauvaise conformation du bassin, et son défaut de proportion avec la tète du fœtus , ont rendu difficiles , et le cas de grossesse extra-utérine , dont il a été parlé, il n'en est pas un seul peut-être qui n'ait pu être terminé par une sagefemme intelligente , comme ils l'ont été presque tous par celle qui est en chef à l'Hospice de la Maternité (i) : ce qui réduit infiniment le nombre des cas pour lesquels les sages-femmes seront obligées de recourir à des lumières étrangères , ou d'appeler un accoucheur, lorsqu'elles seront parfaitement instruites : puisque tous ces cas ne présentent rien de bien difficile à exécuter, et demandent bien pins de connoissances que de forces, quand on y procède à temps.

Qu'il survienne tout à coup une perte de sang abondante, des convulsions, des syncopes , ou autres accidens , dans le cours du travail de l'accouchement ; qu'il

(i) Madame Lachapelle.

AVERTISSEMENT. Ivij

s'échappe une anse de cordon qui mette la vie de Tenfant en danger, ces accidens ne changent rien à l'état du bassin , à ses rapports de dimensions avec la tête du fœtus , et ne sauroient rendre l'extraction de celui-ci essentiellement difficile , comme le fait constamment la conformation vicieuse du bassin. 11 en est de même des mauvaises positions de l'enfant , de toutes celles qui exigent qu'on le retourne , qu'on l'amène par les pieds , ou de toute autre manière , lorsqu'on opère méthodiquement, et dans le moment convenable. Mais qu'une sage-femme , dans ces derniers cas, appelle des secours étrangers, qu'elle les attende long- temps, parce qu'il faut les faire venir de loin, ou que par toute autre cause elle diffère l'extraction de l'enfant, bientôt les difficultés s'annoncent, s'accroissent, se multiplient; et tel accouchement , qu'elle eut opéré sans beaucoup de peines , devient d'un travail pénible pour celui qui est appelé, quelquefois excessivement fatigant, même au-dessus de ses forces, et en même temps dangereux pour la mère et pour l'enfant.

Iviij AVERTISSEMENT.

Choisissons pour exemple , parmi ces mauvaises positions, celle où l'enfant présente l'ëpaule , le bras sorti de la matrice et la main dehors (i); et supposons, ce qui est presque toujours, que rorifîce de la matrice soit bien ouvert , ou son bord très souple , au moment où le bras s'y engage. Qu'on profite de cet instant pour retourner l'enfant et l'extraire, ou pour opérer l'accouchement, on n'y trouvera aucune difficulté qu'une sage-femme ne sache et ne puisse surmonter; mais qu'on diffère d'agir, n'importe par quel motif, il n'en sera plus de même : le col de la matrice se resserre sur le bras qu'il contient ; celui-ci ne tarde pas à se tuméfier , ainsi que la main qui est dehors , à prendre une couleur brune et livide, à se couvrir de phlyctènes, et à se gangrener, s'il reste long-temps serré et comme étranglé; la matrice se contracte sur l'enfant, l'embrasse étroitement de toute part , et souvent avec tant de force , que la main de

(i) Cette position est une des plus fréquentes. Voyez le Tableau ci-dessus.

AVERTISSEMENT. iix

l'accoucheur trouve les plus grandes difficultés a y pénétrer, n'y pénètre qu'avec beaucoup d'efforts, ou ne peut y entrer en aucune manière : de là toutes ces opérations auxquelles on a eu recours tant de fois, quoique aucune ne fût indiquée, telle que l'arrachement ou l'amputation du bras , les incisions qu'on y a faites dans la vue d'en procurer le dégorgement, et d'en diminuer le volume; l'excision de l'enfant dans le sein de sa mère pour l'en extraire par lambeaux, ne pouvant plus l'obtenir entier; l'opération césarienne, qu'on a cru devoir tenter encore plutôt que de laisser mourir la femme sans être délivrée, ou l'abandon de celle-ci après avoir tenté vainement de l'accoucher. Tel est le tableau des difficultés que peut offrir accidentellement l'espèce d'accouchement dont il s'agit quand on ne l'opère pas à propos; ainsi que toutes les autres espèces dans lesquelles il convient également de retourner et d'extraire l'enfant, surtout à cause de sa mauvaise position.

Ces scènes , déjà trop affligeantes , le paroîtroient encore bien plus sans doute ,

cvj

ix .AVERTISSEMENT.

si l'on ne pouvoit entrevoir qu'un jour elles ne se reproduiront plus, ou le feront assez rarement, pour que le souvenir s'en efface, si les élèves sages -femmes savent profiter des sources d'instruction qui s'ouvrent partout en leur faveur, d'après la loi du 19 ventôse an xr, et surtout si on exécute ponctuellement cette loi; car, avec tout le savoir qu'elles paroissent susceptibles d'acquérir, en supposant qu'il s'en trouve encore d'assez timides pour ne point oser opérer seules dans tous les cas où il faut nécessairement agir de suite, toutes au moins sentiront la nécessité de le faire , connoitront la manière d'y procéder, et appelleront de bonne heure les secours convenables : aucunes ne laisseront échapper le moment favorable pour terminer ces sortes d'accouchemens , et ne resteront auprès de la femme dans cette perfide tranquillité , qui ne fait qu'aggraver les obstacles et le danger, sous le prétexte que la nature agit, et qu'elle a de puissantes ressources.

Avec le degré d'instruction que nous supposons d'avance à cette nouvelle gêné-

\ AVERTISSEMENT. txj

ration de sages-femmes, elles n'attendront pas même le temps de l'accouchement pour consulter des hommes encore plus instruits qu'elles, lorsqu'il se présentera de ces cas qui exigent plus de lumières qu'elles n'en peuvent acquérir, ou qui demandent plus de force , plus de courage et plus de sang-froid; tels que ceux où le bassin de la femme est difforme, resserré, trop étroit, ou bien obstrué par des tumeurs.... ; ceux où le col de la matrice est épais, dur, squirrheux, etc...., puisque tous ces cas pourront leur être connus d'avance, si elles ont eu l'occasion de toucher la femme une seule fois, et qu'elles connoitront de même les indications que présente chacun d'eux. Appelés plus rarement qu'aujourd'hui , et assurés de ne trouver dans ces sages-femmes que des collaboratrices dont ils n'auront qu'à louer la conduite, les accoucheurs s'empresseront bien davantage qu'ils ne l'ont fait encore, de se rendre auprès d'elles pour les aider, soit de leurs conseils ou de leur main. Alors cet art , celui des accouchemens, qui semble si difficile, et qui a paru faire si peu

Ixiv TABLE DES TITRES.

Srct. VI. Division du bassin. pag. 26

Sect. VII. Des vices de conformation du bassin. 34 Sect. VIII. Des parties molles qui ont rapport au bassin. 43

Skct. IX. De la manière d'examiner le bassin pour reconnoître s'il est bien ou mal conformé. 4? ART. IL Des parties molles qui ont quelque rapport à la génération , à la grossesse , et à l'accouchement. 54 Sect. I. Des parties externes. l'bùL Sect. II. Des parties molles internes. 61 Sect. III. De la matrice considérée dans l'état de grossesse. 73 CHAP. II. Des règles , de la fécondité, de la stérilité , et de la conception ; de la grossesse , et du produit de la conception. 77 ART, I. Des règles , de la fécondité , de la stérilité, et de la conception, ibùl. Sect. I. Des règles. ihùl. Sect. II. De la fécondité et de la stérilité. 84 Sect. III. De la conception, et de la génération. 87 ART. II. De la grossesse , et de ses différentes espèces ; des signes qui les font reconnoître ; du toucher. 89 Sect. I. De la grossesse , et de ses espèces. ibid. Sect. II. Des signes de la grossesse. gi Sect. III. Du toucher, de son utilité dans l'art des accouchemens, et dd la manière d'y procéder. 93 ART. III. Du produit de la conception ; ou du fœlus , du placenta , du cordon ombilical , des membranes, et des eaux. 107 Sect. I. Du fœtus , de son attitude, et de sa position dans la matrice. Hh'cI. Sect. II. De la division du fœtus. 1 1 5 Sect. III. Du placenta. 126 Sect. IV. Du cordon ombilical. 120 Sect. V. Des membranes du fœtus. i34 Sect. VI. Des eaux de l'amnios. i36

l'AELE DES TITRES. IxV

Sect. VII. De la nutrition du fœtus, et de ses dépendances, pag. iSg

CHAP. III. De raccouchement naturel, des soins qu'on doit donner à la mère et à l'enfant pendant et immédiatement après l'accouchement. i^S

ART. I. de l'accouchement naturel , de ses différences, de ses causes, et de ses phénomènes, ihid.

Sect. I. Des causes de l'accouchement en général , et particulièrement de celles de raccouchement naturel. i4^

Sect. II. Des signes de l'accouchement. iSa

Sect. III. De l'accouchement dans lequel l'enfant présente le sommet de la tête à l'orifice de la matrice. 162

Sect. IV. De l'accouchement dans lequel l'enfant présente les pieds , considéré comme naturel. 176

Sect. V. Des accouchemens où l'enfant présente les genoux et les fesses. i85

CHAP. IV. Des soins qu'on doit donner à la femme pendant l'accouchement , et de - ceux qu'exige l'enfant immédiatement après sa naissance. 190

ART. ï. Des soins qu'on doit à la femme. ihid.

Sect. I. Des choses qui exigent l'attention de l'accoucheur dès le commencement du travail de l'enfantement. 191

Sect. II. Du régime, et des remèdes généraux qui peuvent être utiles dans le cours du travail. 194

Sect. HI. Du lit , et des choses nécessaires pour l'accouchement. 198

Sect. IV. Des secours dont la femme peut avoir besoin dans les derniers temps de l'accouchement. 202

Sect. V, Des soins qu'on doit à l'enfant immédiatement après sa naissance. 214

ART. II. De la délivrance. aa/j

Ixvj TABLE DES TITRES.

Sect. I. Du mécanisme de la délivrance , et de la manière d'y procéder. P^g- ^^4

Sect. IL Des cas où la délivrance est plus difficile, et qui exigent quelques précautions particulières, relativement au temps et à la manière d'y procéder. 229

CHAP. V. Des suites naturelles des couches ; du régime et du traitement des femmes en couches ; des soins qu'on doit à l'enfant jusqu'au moment du sevrage. '^52

ART. I. ihid.

Sect. I. Des suites naturelles des couches. ihid.

Sect. IL Des soins qu'on doit à la femme immédiatement après la délivrance. 2.56

Sect. III. De l'habillement des femmes en couches. 258

Sect. IV. Du régime que doit observer la femme en couches, des remèdes qui lui conviennent. 26^

ART. IL Des soins qu'on doit à l'enfant , de son habillement , de son régime , et de sa nourriture jusqu'au sevrage. 278

Sect. L Des premiers soins qu'exige l'enfant, ibid,

Sect. II. De l'emmaillottement, ou de l'habillement de l'enfant. 275

Sect. IIL Du régime et de la nourriture de l'enfant. 281

Sect. IV. Du choix d'une nourrice. 289

Sect. V. De l'allaitement au biberon , ou de la manière de nourrir l'enfant avec le lait des animaux. 299

Sect. VI. Suite de la nourriture de l'enfant jusqu'au terme du sevrage. 3o5

Page 1