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CHAPITRE IV

Des soins quon doit donner à la femme pendant V accouchement ^ et de ceux qu exige V enfant immédiatement après sa naissance.

ARTICLE PREMIER

Des soins quon doit a la femme,

ï)« (juELS sont les soins quon doit donner a la femme pendant le travail de V enfantement? \ R. La nature des secours qu'on doit porter à la femme pendant le travail ne peut être déterminée que par les circonstances mêmes que présente ce travail. On observera d'abord pendant quelques instans la marche des douleurs , et on pratiquera le toucher, i*'. pour s'assurer si ces douleurs sont celles de Faccouchement , ou si elles ne proviendroient pas d'une autre cause ; 2°. pour apprécier le temps de la grossesse, la femme ayant pu se tromper, et se croire à terme lorsqu'elle en est encore éloignée ; 3°. pour reconnoître le degré d'ouverture et la situation du col de la matrice, ainsi que la conformation du bassin et la manière

- dï:s accouchemens, îgt

dont Tenfant se présente. Ce n'est qu'au moyen de toutes ces connoissances qu'on peut se tracer un plan de conduite raisonné: s'il est des cas où la nature puisse se suffire pour opérer l'accouchement, et dans lesquels l'accoucheur n'a , rigoureusement parlant , qu'à soutenir le courage de la femme , il en est aussi où l'on peut procurer une délivrance plus prompte, plus facile et plus heureuse : d'autres, enfin, où, sans nos secours , la mère et l'enfant succomberoient aux efforts impuissans de la nature : le toucher seul peut nous faire connoître et distinguer tous ces cas.

SECTION PREMIERE

Des choses qui exigent Vattention de Vac-coucheur des le commencement du travail de r enfantement.

D. A quels signes distinguera-t-on les qu'aies douleurs de V enfantement de celles qui lui sont étrangères?

R. Les douleurs de l'enfantement, étant dépendantes ou l'effet des contractions de la matrice, ne se reconnoissent qu'aux symptômes qui dénotent ces mêmes contractions.

Pendant la durée de ces douleurs , le bord de l'orifice de la matrice se roidit et se durcit ; les membranes du fœtus, soumises au toucher, se tendent , et sont poussées légèrement

îg2 PRINCIPES SUR L ART

en avant : toutes ses parties se relâchent et reviennent à leur premier état à mesure que la douleur diminue, s'affoiblit, et cesse. Le corps de la matrice se durcit de même pendant la douleur, et redevient ensuite très souple.

Les douleurs qui sont étrangères à l'accouchement ne produisent aucun de ces changemens dans l'état de la matrice : elle reste souple pendant leur durée, comme dans l'intervalle de ces douleurs.

D. Est'il bien important de s'assurer du terme de la grossesse , lorsqu'on est certain que les douleurs sont celles de Vaccouchement?

R. Il est très nécessaire de s'en assurer , parce que le travail a pu s'établir prématurément h l'occasion d'une cause accidentelle; qu'il est alors possible de le calmer, et de mettre la femme dans le cas de parcourir heureusement les derniers temps de la grossesse, comme on l'a souvent observé. Si l'accoucheur cherchoit à favoriser les progrès d'un pareil travail au lieu de s'occuper des moyens de rétabhr le calme, quels reproches n'auroit-il pas à se faire? Sa conduite ne seroit-elle pas une sorte d'attentat contre la vie de l'enfant, d'autant plus chancelante encore que cet enfant est alors plus éloigné du terme de sa maturité? (i)

(i) Nous parlerons de ces espèces de faux tra-

DES ACCOUCHEMENS. IqS

D. A quels sio^nes peut-on reconnoître que la grossesse est à son terme, et que le tjrwail est réellement celui de V accouchement?

R. La grossesse, quoique souvent éloignée du neuvième mois, est à son terme, et le travail subsiste selon le vœu de la nature , toutes les fois que le col de la matrice est complètement développé , que l'orifice est dilaté , et que le bord en est souple et mince ; car, quelque chose qu'on fasse alors, on ne pourra ni arrêter les progrès de ce travail , ni prolonger cette grossesse, si ce n'est peutêtre momentanément, et l'accouchement aura lieu.

D. Pourquoi faut-il faire attention a la situation du col de la matrice, a Vétat de son orifice, a la confoîination du bassin^ et h la manière dont V enfant se présente des les premiers temps du travail?

R. On doit observer, i". quelle est Li situation du col de la matrice, afin de faire prendre de bonne heure à la femme la position qui lui convient, celle qui peut la mettre dans le cas de tirer le plus d'avantage de ses douleurs , cette position ne devant pas être la même dans tous les cas (r); 2°. en quel état est l'orifice, s'il se dilate

vall, ou de ce travail accidentel , en traitant de l'avortement.

(i) Voyez l'article où l'on parle de la position de la femme qui est en travail.

facilement, si son bord est souple et mince; si les douleurs sont fréquentes et fortes ; si le bassin est bien conformé, et comment l'enfant se présente, afin d'asseoir son jugement sur la durée du travail nécessaire à l'accouchement , et sur la manière dont il se terminera; car il doit s'opérer d'autant plus promptement et plus facilement, que toutes ces choses se présenteront plus favorablement.

SECTION II

Du régime et des remèdes généraux qui peuvent être utiles dans le cours du-travail.

D, Quel est le régime que doit observer la Jenwie pendant le travail de V enfantement? R. Ce régime doit être différent selon que le travail est plus ou moins violent, et qu'il doit durer plus ou moins de temps. La femme ne doit prendre aucune espèce d'alimens solides lorsque le travail fait de grands progrès, et que l'accouchement est au moment de se terminer; mais on soutiendra ses forces par quelques tasses de bouillon , même par de légers potages, si les douleurs ne font que commencer, si elles se répètent rarement et avec peu de violence ; en un mot, si le travail doit être long sans être pénible. On ne lui permettra dans aucun cas l'usage des hqueurs spiritueuses, telles

DES AC.COTJCHEMENS. IqS

que Teau-de-vie, l'eau des Carmes; même du vin chaud avec la cannelle , comme on en donne si fréquemment encore aux femmes du peuple , à dessein de les fortifier , et d'animer leur travail. Ces liqueurs raréfient le sang, augmentent son mouvement, développent la chaleur, disposent à l'hémorrhagie , ainsi qu'à d'autres accidens. Cet usage ne sauroit être toléré qu'à l'égard des femmes qui ont besoin de légers cordiaux : alors on préfère quelques cuillerées de bon vin rouge.

La boisson ordinaire des femmes en travail doit être tempérante et rafraîchissante. Ce sera de l'eau de chiendent, de l'eau commune avec du sucre, ou avec quelques sirops, tels que celui de limon, de verjus, de groseilles, etc. Le vin avec de Teau convient moins que ces boissons , parce qu'il s'aigrit dans l'estomac, et provoque le vomissement, auquel la violence du travail n'expose que trop la plupart des femmes.

On observera qu'il n'y ait dans la chambre de la femme que les personnes absolument nécessaires , pour qu'il s'y fasse moins de bruit , que l'air n'en soit pas trop raréfié ni trop chargé de vapeurs animales. On y fera peu de feu, même en hiver, pour prévenir les mêmes inconvéniens; et on ouvrira de temps à autre une croisée, ou la porte, pour que l'air puisse se renouveler.

la

iq6 piimciPES SUR l'art

D. Quels sont les remèdes généraux qu'on peut employer dans le cours du trai^ail de l'accouchement?

R, Il est presque toujours utile de faire administrer un lavement dans le commencement du travail , et même deux , si la femme n'a pas été à la selle depuis quelque temps , afin d'évacuer les matières durcies et amoncelées dans les gros intestins. On y emploiera l'eau commune, la décoction de graine de lin , ou celle des herbes émollientes. Il est nécessaire de répéter ces lavemens quand le travail dure long-ternps, afin de calmer la chaleur et l'irritation des entrailles.

La saignée du bras paroît indispensable en certains cas , et quelquefois celle du pied ou de la gorge. On la fera faire du bras lorsque le travail sera long; que les douleurs se succéderont avec force et sans beaucoup de succès ; que le ventre de la femme sera douloureux au toucher; qu'elle éprouvera beaucoup de chaleur vers les reins ; que les parties seront sèches, sensibles et chaudes; que le pouls sera plein, robuste et accéléré; que la face sera rouge et animée , la tête pesante et douloureuse; qu'il y aura de l'engourdissement dans les membres, et une grande propension au sommeil dans Tintervalle des douleurs, sans qu'on puisse l'attribuer au besoin réel de dormir. Si tous ces symptômes ne cèdent pas à une pre-

DES ACCOUCHEMENS. I(^y

mière saignée, il conviendra de la réitérer quelque temps après.

La saignée du pied et celle de la gorge ne doivent être prescrites que par des personnes éclairées , et d'après des circonstances plus graves que celles dont nous venons de parler ; telles que des convulsions avec perte de connoissance , l'apoplexie, etc.

Les bains, en bien des cas, ne sont pas moins utiles que la saignée; mais on ne doit les employer qu'après celle - ci , dans quelques unes des circonstances énoncées. Ils conviennent surtout aux femmes qui sont d'une constitution sècbe et irritable ; à celles dont les parties naturelles sont étroites, rigides et peu liumectées; à celles dont le ventre est sensible au toucher, et chez lesquelles les douleurs sont aiguës et fréquentes , sans avancer beaucoup l'accouchement. Les demi - bains et les bains de fauteuil peuvent tenir lieu de bains entiers dans presque tous ces cas. Comme les femmes de la campagne ont rarement les moyens de se baigner, et sont privées de cette ressource , on peut y suppléer en quelques circonstances par des fomentations émollientes , tant sur le bas-ventre que sur les parties naturelles, ainsi que par des injections dans le vagin. Ces fomentations et ces injections se feront avec la décoction de graine de lin , ou de racine de guimauve ,

si on ne peut se procurer les plantes suivantes :

"ÎT. Mauves, "j de chacune une poignée,

Guimauve , l qu'on fera bouillir pen-

Pariétaire , V dant un quart d'heure

Mercuriale , l dans quelques pintes

Bouillon blanc , j d'eau.

Indépendamment des fomentations et des injections prescrites, on peut user de cette décoction de la manière suivante : On la mettra dans un bassin dont l'entrée sera très large, et la femme s'assiéra dessus pour en recevoir la vapeur. Il vaudroit mieux encore qu'elle y soit assise de manière que les parties trempassent dans la liqueur même.

SECTION III

Du lit et des choses nécessaires pour V accouchement.

D. Quelles sont les choses qui peuvent être utiles pendant ou immédiatement après V accouchement y et qu' il convient de se procurer avant?

R. Il convient d'avoir , pour ainsi dire , sous la main, i". les linges nécessaii^es pour la mère et pour l'enfant, ce que l'on appelle communément lajette ; 1". de quoi construire le lit de travail, du linge pour le gar*

nir, et y tenir la femme proprement ; 3*^. des ciseaux pour couper le cordon ombilical , et des cordonnets de fîl pour le lier; 4"* ^^ ^^ pommade douce, de Tliuile ou du beurre pour oindre le doigt toutes les fois qu'il sera nécessaire de toucher, ainsi que les parties de la femme quand elles seront sèches et rigides; 5°. de Teau commune pour ondoyer l'enfant au cas de danger imminent; de l'eau - de -vie , du vin ou du vinaigre, peur le ranimer s'il venoit dans un état de foiblesse, etc.; de même que pour la mère, s'il survenoit des défaillances ou une perte.

D. Ne pourroit-on pas se dispenser de ce qu'on appelle le lit de tra<^ail?

R. On peut, à la rigueur, s'en dispenser, puisqu'il n'est en usage encore que chez peu de nations, et qu'en France même on ne s'en sert, pour ainsi dire, que dans les yilles. Parmi les femmes de la campagne , . les unes accouchent debout , en se faisant soutenir par un homme assez robuste; les autres, étant assises et ayant le corps un peu renversé sur le dos de la chaise , ou bien étant agenouillées sur un carreau ou coussin, et s'appuyant des coudes sur une chaise ordinaire. Chez quelques nations voisines , des chaises plus compliquées sont destinées aux accoucliemens : mais on ne trouve dans aucune de ces positions ni la commodité , ni les avantages que procure le petit lit ; et

il seroit à souhaiter que son usage devînt plus général ; la femme y est plus commodément; elle peut y faire valoir ses douleurs plus efficacement et plus sûrement; la position qu'elle y garde l'expose à moins d'inconvéniens que les autres, et l'application des secours de l'art s'en fait plus facilement.

D. Comment pj'épare-t-on ce lit?

R, On préfère un lit de sangle à tout autre, et à son défaut, une couchette ordinaire. On y place deux matelas ; on le garnit d'alèzes , ou draps liés en carrés longs ; on y ajoute un traversin, des draps, une couverture, et un oreiller, comme pour un lit ordinaire : on peut attacher à son extrémité une traverse de bois pour appuyer les pieds (le la femme.

Il est utile de placer entre les matelas et au milieu du lit un coussin épais et solide, pour le rendre plus ferme, et le relever un peu en cet endroit , de manière que les fesses de la femme ne s'y enfoncent pas profondément; ce qui nuiroit à la sortie de l'enfant, et rendroit d'une application plus difficile les secours qu'il convient souvent d'administrer dans ce dernier temps du travail.

Si les femmes indigentes , celles de la campagne , ne peuvent se procurer toutes ces commodités, elles ont toutes des paillasses et un lit , sur le bord duquel elles peuvent accoucher, après l'avoir dispose

DES ACCOtJCHEMENS. aoi

et garni de façon qu'elles ne soient pas obligées d'en descendre après leur délivrance , pour le refaire.

D. Quel est le temps du travail ou il convient de faire mettre la femme sur ce lit?

R. La plupart ne se mettront sur ce lit qu'autant que les douleurs seront fréquentes et fortes , et que le travail sera prêt à se terminer, à moins qu'elles ne désirent s'y placer plus tôt, pour leur plus grande commodité. Les femmes foibles et délicates , celles qui sont menacées d'accidens , comme perte de sang, descente de matrice, etc., doivent être couchées pendant tout le travail.

Celles dont la matrice est située très obliquement, se mettront aussi de meilleure heure sur le lit , et elles y garderont une position différente, selon l'espèce d'obliquité que présentera la matrice. Elles se tiendront sur le dos , quand la matrice sera inclinée en devant , et le ventre tombant sur les cuisses ; elles se coucheront sur le côté gauche, lorsque l'obliquité sera du coté droit, et sur le côté droit, quand l'obliquité sera du côté gauche. Toutes ces femmes seront sur le dos dans le dernier moment de l'accouchement , et auront le siège un peu élevé.

Elles seront couvertes au moins d'un drap , quand il fera chaud , et d'une bonne couverture , si c'est en hiver. La décence exige qu'on les accouche à couvert.

202 PBINCIPES SUR L ART

Lorsqu'elles seront obligées de pousser en en bas, ou de faire des efforts, elles relèveront les genoux , elles auront les cuisses et les jambes à demi fléchies et médiocrement écartées : elles seront maintenues par des aides, et elles s'accrocheront des mains au bord des matelas, pour y trouver d'autres points d'appui. La femme ne doit avoir aucune ligature sur le corps, ni jarretières, ni collier, dans le temps où elle est obligée de se livrer à de grands efforts.

D. Doit-on approuver r usasse défaire marcher la femme, de la tenir debout, delà traîner en quelque sorte, en la tenant sous les bras, jusqu'au dernier moment du travail?

R. On permet à la femme de se promener autant qu'elle le désire, quand les circonstances n'exigent pas qu'elle reste au lit; mais il y auroit autant d'inhumanité que d'ignorance à la traîner par la chambre, et a la faire marcher jusqu'au dernier moment, uniquement dans la vue d'augmenter ses douleurs , et d'accélérer raccouchement.

SECTION IV

Des secoures dont la femme peut avoir besoin dans les derniers temps de V accouchement.

D. Quels sont les secours qui peuvent être nécessaires dans les derniers temps du travail?

R. Ces secours se réduisent encore à très

DES ACCOUCHEMENS. :io3"

peu de chose, lorsque tout se passe de la manière la plus ordinaire et la plus avantageuse. On touchera la femme de temps à autre seulement , pour juger des progrès du travail, et de la marche de la tête de l'enfant. On évitera de le faire trop souvent , et surtout de ne jamais porter plusieurs doigts sans nécessité dans le vagin. Des attouchemens fréquens et sans méthode sont non seulement inutiles , mais encore nuisibles ; ils irritent et dessèchent les parties, en les dépouillant des mucosités destinées à les lubrifier; ils les rendent douloureuses , les disposent à l'inflammation, et retardent l'accouchement. Il faut toucher rarement, le faire avec soin , et ne jamais porter le doigt qu'on ne l'ait enduit de beurre, ou de tout autre corps gras.

D. , N'est-on pas quelquefois obligé d'ouvrir, la poche des eaux?

R. Lorsque les membranes sont si denses et si fortes, qu'elles ne peuvent s'ouvrir d'elles-mêmes , et qu'en résistant trop longtemps, elles retardent l'accouchement, il convient de les déchirer et de faire écouler les eaux ; mais il faut choisir le moment favorable, et il y aura toujours moins d'inconvéniens à différer l'ouverture de la poche des eaux, qu'à le faire prématurément.

D. Quel est donc Vinstant ou Von doit ouvrir cette poche ?

2o4 PRINCIPES SDR l'aRT

R. C'est lorsque les douleurs se soutiennent avec force et se répètent souvent, que l'orifice de la matrice est bien dilaté , et son bord d'ailleurs assez souple pour qu'il puisse se dilater encore davantage, si les circonstances l'exigent : alors, en donnant issue aux eaux , les douleurs en deviendront plus expulsives, et l'accoucbement se terminera plus tôt.

Il n'est permis d'ouvrir la poche des eaux avant ce temps , que dans un cas de perte abondante, comme nous l'observerons dans la suite.

D. Comment doit-on ouvrir la poche des eaux ?

R. On introduit le doigt dans l'orifice de la matrice jusqu'aux membranes ; on attend qu'elles soient fortement distendues par la violence de la douleur, et on les crève ou bien on les déchire , en y enfonçant l'extrémité de ce doigt.

Lorsqu'on ne peut les déchirer dans une première douleur , on en attend une seconde, une troisième, pour faire de nouvelles tentatives, jusqu'à ce que l'on y soit parvenu.

D. Est-il toujours possible d'ouvrir la poche des eaux de cette manière?

i?. Il y a des cas où l'on ne peut y parvenir, soit parce que les membranes sont trop épaisses, trop denses, ou trop celluleuses, soit parce qu'elles ne se distendent

' DES ACCOUCHEMETfS. 2o5

pas assez pour se crever contre le bout du doigt qu'on leur oppose.

Dans tous ces cas, on doit affoiblir les membranes en les raclant du bout de l'ongle; et, après en avoir diminué l'épaisseur, on les crève à l'ordinaire.

Quand elles sont si dures et si compactes, qu'elles résistent au doigt comme aux efforts de l'accoucbement, quelques bonnes femmes sont dans l'usage de les ouvrir avec un grain de sel adapté, nous ne savons trop comment, à l'extrémité du doigt ; avec une pièce de monnoie, connue sous le nom de six liards, ou bien avec la pointe de leurs ciseaux. Si elles étoient assez fortes pour qu'on ne puisse pas les percer avec le doigt, on attendroit qu'elles se soient avancées jusqu'à l'entrée du vagin , ce qui arrive toujours un peu plus tôt ou un peu plus tard, et on les déchireroit avec la pointe des ciseaux.

Ceux qui ont souvent employé le grain de sel, la pièce de monnoie ou la pointe des ciseaux, pour ouvrir les membranes, ont sans doute manqué de méthode dans les tenta^tives qu'ils avoient faites au moyen du doigt seul; car il est bien rare qu'on ne puisse y parvenir de cette manière.

D. En supposant quil f ait des cas oîi

il faille se sejvir dHnstrumens pour ouvrir

les membranes ^ quelles sont les précautions

qu il faut prendre pour ne pas blesser la

femme ou V enfant?

ao6 PRiNcrPES SUR l'art

R. Dans ces sortes de cas, il faut observer soigneusement de ne porter l'instrument que sur les membranes : des personnes peu instruites pourroient le porter sur l'enfant même, ou sur quelques parties de la mère, si elles n'y faisoient pas la plus grande attention.

Quand les membranes s'ouvrent d'ellesm^mes dans le cours du travail , quelquefois il s'en échappe si peu d'eau qu'on se persuade à peine qu'elles sont ouvertes. Si la tête de l'enfant s'engage difficilement après, le cuir chevelu se tuméfie, dépasse bientôt du côté du vagin le bord de l'orifice de la matrice, et forme une tumeur lisse, tendue, élastique, qui a quelque ressemblance avec la poche des eaux, et sur laquelle on pourvoit agir du bout de l'ongle, ou de la pointe des ciseaux, si l'on n'y prenoit pas garde.

D'autres fois la tête de l'enfant , engagée dans le bassin, s'y trouve comme enveloppée par la partie antérieure et inférieure de la matrice , qu'elle a poussée au - devant d'elle, tandis que l'orifice est tellement en arrière du côté du sacrum, qu'on ne peut y atteindre que difficilement : des personnes peu attentives peuvent encore prendre cette espèce de coiffe pour les membranes, et s'efforcer de la déchirer, soit au moyen de l'ongle, soit autrement.

Pour se garantir de pareilles fautes, tÎ

est important de bien s'assurer de l'état du col de la matrice , en promenant le doigt sous le bord de l'orifice , avant d'essan^r de percer ou de déchirer les membranes.

D. Que faut-il faire lorsque les douleurs se ralentissent et s'affoiblissent dans le cours du travail^ au lieu d'augmenter graduellement, soit aidant , soit après V ouverture de la poche des eaux ?

R. Le parti le plus sage et le plus conforme au vœu de la nature, est d'attendre que le travail se ranime de lui-même : si la femme a besoin de repos, il faut lui en accorder; si la matrice est lasse d'agir, il convient qu'elle répare ses forces. Nous avons déjà proscrit l'usage des liqueurs spiritueuses, et des élixirs, qu'on donne aux femmes pour animer leur travail; nous condamnons de même toutes espèces de potions médicinales, les lavemens irritans, composés d'eau et de vinaigre, d'une dissolutron de sel marin, d'urine, ou de décoction de séné , qu'on administre encore si souvent dans l'intention d'exciter les douleurs. Des frictions légères faites avec la main sur le ventre de la femme , des serviettes chaudes appliquées sur cette partie; voilà tout ce qu'il est permis de faire pour ranimer ]es douleurs languissantes, après avoir accordé quelque repos.

D. Quelle est la conduite qu'on doit tenir

2o8 PHINCIPES SUR l'aRT

après Vbuverture de la poche des eaux y quand le travaU se soutient avec force ? . R. On touchera la femme de nouveau pour s'assurer encore de la position de l'enfapt, et de la direction que suit la tête, si c'est elle qui s'engage. Quand les choses sont bien disposées, on laisse agir la nature, on encourage la femme, et on l'excite à faire quelques efforts pendant les douleurs. Lorsque l'enfant ne se présente pas convenablement , on profite de l'instant où les eaux s'écoulent pour le retourner.

D. Doit-on exciter toutes les femmes a faire valoir leurs douleurs ^ c^ est-a-dire a faire des efforts dans le moment dont il s'agit?

R. Non ; si la plupart des femmes peuvent en faire sans inconvéniens, si elles peuvent les proportionner à l'état de leurs forces , et au désir qu'elles ont de se délivrer, il en est quelques unes auxquelles on doit interdire ces efforts, ou du moins recommander de les modérer, parce qu'ils pourroient leur devenir nuisibles.

D. Quelles sont les femmes qui nepeui^ent exercer de pa?'eils efforts sans inconvéniens, et qui feroient bien de les modérer?

R. Ce sont celles qui ont des descentes, ou hernies , soit à l'ombilic , soit aux aines ; celles dont le col de la matrice pourroit être poussé au-dehors avec la tête de l'enfant; celles qui sont sujettes au crachement ou au vomissement de sang; celles en qui

DES ACCOUCtîEMENS. 209

on soupçonne des anévrismes cachés; celles qui se plaignent d'avoir la tête lourde et douloureuse , et qui sont menacées de coup de sang , parce que des efforts aussi soutenus pourroient avoir des suites fâcheuses. Il seroit même avantageux que les femmes dont nous venons de parler n'en exerçassent aucun : si elles ne peuvent s'en abstenir , elles ne doivent en faire que de légers; elles se délivreront plus lentement, mais elles le feront plus sûrement.

U. Que faut-il faire quand il existe une hernie , ou descente , et quand la femme est menacée de celle de la matrice^ dans le cours du travail de U accouchement ?

R. Il faut réduire la descente , si elle peut être réduite, et appliquer sur l'endroit même une petite pelote de linge qu'on soutiendra de plusieurs doigts pendant les efforts de la femme, pour que cette descente ne reparoisse pas : quand on ne peut la réduire , on recommande à la femme de ne faire que de légers efforts , pour que la tumeur ne s'augmente pas au point de s'étrangler.

Lorsqu'on s'aperçoit que la matrice est menacée de sortir, ou que son col est poussé très en avant par la tête de l'enfant , on soutient le bord de l'orifice au moyen de plusieurs doigts introduits à l'entrée du vagin et convenablement écartés , jusqu'à ce que la tête paroisse à la vulve.

arO PRINCIPES SUR L A.1ÎT

D. Quelles attentions doit-on avoir quand la tête de V enfant est parvenue dans le fond du bassin?

R. Lorsque les parties extérieures sont sèches, rigides, étroites, on les enduit souvent de corps gras , et on en porte même à l'entrée du vagin. S'il est nécessaire d'élargir le passage en se servant des doigts, on le fait avec ménagement , et seulement dans l'intervalle des douleurs et des efforts qu'exerce la femme. On recommande à celleci de ne faire ces efforts qu'en soulevant un peu les fesses , et en les écartant du lit dans l'épaisseur duquel elles sont presque toujours enfoncées , pour que la tête s'avance plus facilement à travers la vulve. Si la femme n'est pas assez forte ni assez courageuse pour se soulever d'elle-même dans le temps de ces efforts , deux personnes la soulèveront un peu au moyen d'une serviette pliée en long, et placée sous les lombes : ce que l'on fait également toutes les fois qu'elle éprouve de ces douleurs de reins qui la fatiguent horriblement.

D. Que doit-on faire quand la tête de V enfant commence a s"* engager dans la vulve?

R. Souvent on a très peu de chose à faire dans ce moment : lorsque les parties sont souples , humides , et bien disposées pour le passage de Tenfant , on borne ses soins a soutenir légèrement le périnée au moyen de la main , pour que la tête ne passe pas

DES ACCOITCHEMENS. 211

trop précipitamment, et ne produise pas de déchirure. Indépendamment de ces soins , on recommande encore à la femme de modérer ses efforts, jusqu'à ce que l'extrémité occipitale de la tête puisse s'avancer librement dans la vulve : alors on lui permet de faire valoir un peu plus ses douleurs , tandis que de la main appuyée contre le périnée , on le soutient toujours, et on favorise la sortie de la tête en la relevant vers le pubis, jusqu'à ce que la face soit complètement dégagée.

D. Dans quels cas la tête de V enfant , poussée au point de paraître (lia vulve , et de faire bomber le périnée, remonte-t-elle, ou senible-t-elle rentrer après la douleur?

R. La tête s'avance et remonte alternativement toutes les fois que les parties extérieures de la femme sont peu disposées à lui donner issue; ce qui se remarque spécialement lors d'un premier accouchement , et se répète à l'égard de quelques femmes , pendant des heures entières.

D. J quoi doit-on attribuer la rentrée de la tête après chaque douleur, et que doit faire V accoucheur en pareil cas?

R. La plupart des accoucheurs l'attribuent aux circulaires que fait le cordon ombilical sur le col de l'enfant ; dans leur opinion , c'est ce cordon distendu et tiraillé pendant la douleur qui pousse la tête en avant , qui la retire vers le dedans du bas-

sin , dès que cette douleur discontinue : mais on ne doit attribuer cet effet qu'à la réaction des parties extérieures de la femme , et des muscles cachés dans l'épaisseur du périnée.

La rentrée de la tête , ou son éloignement après chaque douleur des derniers temps du travail , ne prescrit rien de particulier , si ce n'est d'humecter et de relâcher les parties de la femme , afin d'en diminuer la résistance : on ne doit alors recourir à aucun des moyens proposés par les auteurs pour empêcher la tête de remonter : l'entortillement du cordon ombilical sur le col de l'enfant n'exige un peu d'attention qu'après la sortie de la tête même.

D. Quelles sont les précautions qu^ exige alors cette disposition du cordon ?

R. Les circulaires qui entourent le col peuvent se serrer assez après la sortie de la tête , pour étrangler les vaisseaux jugulaires, et donner lieu à l'engorgement du cerveau, au gonflement et à la lividité de la face; ou bien le cordon peut alors conserver assez peu de longueur pour que le placenta en soit 'tiraillé et détaché , ou le fond de la matrice entraîné, à mesure que le tronc de l'enfant se dégage. Pour prévenir ces inconvéniens , aussitôt que la tête est dehors , on développe le cordon , en faisant passer un des circulaires sur la tête même , en le conduisant de l'occiput vers la face , toutes les fois

DES ACCOUCHOIENS. 2l3

qu'on ie peut; autrement on coupe ce cordon avant d'essayer de dégager les épaules et d'extraire le corps.

D. Doit-on extraii^e le tronc de Venfant en tirant sur la tête des qu'elle est dehors?

R. Quoique l'expulsion du tronc puisse s'opérer par les seuls efforts de la nature , comme se fait l'expulsion de la tête , on est dans l'usage de l'extraire ; et on épargne quelques douleurs à la femme au moyen de cette précaution : mais auparavant on tourne la face de l'enfant vers l'une des cuisses de la mère , et toujours vers celle où elle semble se diriger naturellement. On saisit la tête au moyen des deux mains placées sur ses côtés , et on tire légèrement, d'abord en la portant un peu en bas, puis en la relevant, pour faire descendre les épaules successivement, et dans la suite, celle des deux qui passe au bas de la vulve. Avant d'exercer de pareils efforts sur la tête , on examine si l'une des épaules se trouve sous le pubis , et l'autre vers le sacrum ; on leur donne cette position , si elle n'a pas lieu ; car c'est dans cette direction qu'elles doivent sortir ou traverser le détroit inférieur et la vulve.

On ne doit jamais s'efforcer de faire prendre cette position aux épaules, en roulant la tête qui est dehors, parce qu'avant de les déplacer d'une seule ligne, on pourroit faire éprouver au col de l'enfant une torsion dangereuse. C'est au moyen du doigt

2l4 PRINCIPES SUR l'aRT

introduit a l'entrée du vagin , et appliqué successivement à l'une et à l'autre épaule ^ qu'on les dirige convenablement.

On ne doit jamais tirer avec force sur la tête de l'enfant , pour en extraire le tronc, a moins qu'on ait déjà la certitude de sa mort, parce qu'on le feroit mourir, s'il étoit vivant, en se conduisant de cette manière. Pendant qu'on tirera avec ménagement sur la tête , on engagera la femme à pousser de toutes ses forces; et, lorsque les épaules ne descendront pas au moyen de ces efforts combinés , on introduira l'index de l'une et î'autre main sous les aisselles , pour s'en servir en manière de crochets. Ces cas , oii l'on rencontre autant de difficulté à extraire les épaules, sont on ne peut plus rares.

s E c T I o isr V.

Des soins qu'on doit a V enfant immédiatement après sa naissance,

D. Qttels sont les premiers soins quon doit a Venjant après sa naissance?

R. On doit le coucher transversalement sur l'un de ses cotés , entre les jambes de la mère, de manière qu'il ait le dos tourné vei^ la vulve , et que le cordon ombilical ne soit ni comprimé ni tiraillé. On lui donne cette position , pour que les eaux et le sang qui découlent de la matrice ne tombent

DES ACCOUCHEMEJVS. ii I 5

pas dans sa bouche, et qu'il puisse rendre plus facilement les humeurs muqueuses et glaireuses qui la remplissent souvent à l'instant où il paroît; pout- que sa face ne baigne pas dans les eaux et autres fluides qui inondent le lit. On lie, on coupe le cordon ombilical, et on éloigne l'enfant de sa mère, pour être plus à même de lui donner les secours que son état pourroit exiger.

D. Combien fait-on de ligatures au cordon, et quelle en est la nécessité?

R. On est dans l'usage d'en faire deux, et de couper le cordon entre elles, de sorte qu'une de ces ligatures se trouve h la portion qui reste à l'enfant, et la seconde sur le bout qui répond au placenta. Par la première , on se propose d'empêcher le sang de l'enfant de sortir par les artères ombilicales; et par la seconde , de prévenir l'issue de celui de la mère par la veine.

D. Ces ligatures sont-elles absolument nécessaires ?

R. Celle qu'on place sur le cordon du coté du placenta est absolument inutile, parce que le sang de la mère ne peut se perdre par cette voie; si ce n'est peut-être en quelques cas excessivement rares, et dans lesquels cette ligature ne conviendroit pas encore (j). Elle paroît même en général plus nuisible que né-

(i) Ces cas regardent spécialement l'inertie de la matrice : on ne peut les exposer ici.

cessaire ; en ce que, s'opposant au dégorgement des vaisseaux du placenta, ce corps en conserve plus de volume , et doit éprouver plus de difficulté à sortir.

Si la ligature qui se fait du côté de l'enfanl n'est pas essentiellement nécessaire dans le premier moment , elle peut le devenir tellement dans la suite , qu'il y auroit de l'impéritie à ne pas la faire, et même à ne pas la faire avec toute l'attention possible. Mais le moment de pratiquer cette ligature n'est pas indifférent; il ne sauroit être le même a l'égard de tous les enfans.

D. Quel est donc le moment ou Von doit lier le cordon?

R. Lorsque l'enfant respire librement en naissant, s'agite et remue avec aisance, on peut lier le cordon aussitôt : on peut également le couper, et ne le lier qu'un instant après: il versera peu de sang, si la respiration continue de se faire aisément.

Lorsque l'enfant a été long-temps exposé à l'action de la matrice après l'évacuation des eaux de l'amnios, à cause des grands obstacles qu'il a trouvés de la part du bassin , s'il vient avec la face tuméfiée, brune ou livide, il faut couper le cordon , et ne le lier que quand il en sera sorti au moins deux cuillerées de sang. La ligature avant ce dégorgement seroit nuisible à l'enfant , et ne feroit qu'entretenir, même aggraver l'état c?c suffocation dans lequel il est né.

Lorsqu'il

D£S ACCOIJCHEMENS. 21^

Lorsqu'il vient au monde foible et décoloré, respirant avec peine, il faut conserver le cordon entier pendant quelques instans, si les pulsations y sont encore fréquentes et fortes ; ne le lier et le couper que quand la respiration sera plus facile, ou pleinement établie.

D. ^ quelle distance de V ombilic doit-on lier et couper le cordon, et quelles sont les précautions qu'on doit prendre pour bien faire cette ligature?

jR. Il est assez indifférent de lier le cordon plus près ou plus loin du ventre de l'enfant, puisque ce n'est jamais dans le lieu de la ligature qu'il se détache, et qu'il le fait constamment sous les tégumens mêmes de l'ombilic. Mais comme le vulgaire, toujours ignorant et souvent injuste, est dans l'opinion que l'ombilic est plus saillant ou plus enfoncé après la chute du cordon , selon qu'on a lié celui-ci très loin ou très près du ventre, attribue à la même cause les ulcérations et les hernies de cette partie , et nous taxe à cet égard d'inattention ou d'impéritie, nous lierons le cordon à deux ou trois travers de doigt du ventre de l'enfant , pour prévenir toute espèce de reproche. Les précautions que cette ligature exige, consistent à la serrer suffisamment pour s'opposer au passage du sang, dans le cas où il seroit forcé de reprendre son cours vers les vaisseaux ombilicaux.

2l8 PRINCIPES SUR l'aRT

Quelques accoucheurs ont aussi recommandé de blanchir le cordon avant de le lier , c'est-à-dire d'en exprimer le sang , et le peu d'humeur muqueuse et glaireuse qui en infiltre le tissu. Plusieurs se sont fait illusion, au point de croire qu'on extirperoit, par ce moyen , le germe de la petite-vérole ; d'autres, qu'on préviendroit l'espèce de jaunisse qui survient aux enfans nouveau- nés dès les premiers jours, ainsi que les gales humides qui couvrent dans la suite le visage de quelques uns. Quelque ridicules que soient ces opinions, on doit, en quelques cas, avant de lier le cordon, en exprimer le sang et l'humeur glaireuse autant qu'on le peut, en le pressant avec les doigts garnis de linge.

D. Comment se fait laligature du cordon?

R. On prépare avant l'accouchement deux ou trois cordonnets, longs de sept à huit pouces, composés de plusieurs fils de moyenne grosseur ; et avec l'un de ces cordonnets on lie le cordon avant de retirer l'enfant de dessus le petit lit.

On fait d'abord un circulaire avec ce cordonnet, qu'on ne fixe qu'au moyen d'un nœud simple ; puis un second , un troisième circulaire soutenus d'un double nœud. On presse le cordon en allant de l'ombilic vers cette ligature, pour voir si elle est assez serrée pour résister à l'effort du sang.

Dans la crainte que cette première liga-

DES ACCOUCHEMEWS. 2 I ()

ture, quoique serrée, n'oblitère pas encore complètement les vaisseaux, et ne s'oppose pas assez fortement au passage du sang , quand le cordon est très gros et infiltré , on en fait une seconde , un peu au-dessous , et on la serre également.

Quoique le sang cesse, le plus souvent, de couler dans les vaisseaux ombilicaux avant qu'on en fasse la ligature., quoique ces vaisseaux n'en répandent pas sous nos yeux, quand on les a liés avec peu de soin , on ne sauroit négliger les précautions que nous venons de prescrire, et répéter trop souvent aux sages - femmes , que nombre d'enfans sont morts d'hémorrhagie parle cordon, les uns quelques heures après leur naissance, et les autres un peu plus tard.

D. Les premiers soins qu on doit à V enfant se bornent-ils a ceux qu'on vient d'indiquer?

R. Ces premiers soins suffisent pour l'instant, quand l'enfant se porte bien : mais il en exige de plus importans, lorsqu'il vient dans un état defoiblesse considérable, d'apoplexie, ou de suffocation sanguine; donnant à peine quelques signes de vie, et souvent même n'en manifestant aucun ; de manière qu'après l'avoir bien examiné, l'on ne sait s'il est vivant ou mort.

D. Quels sont les secours quon doit administrer dans ces divers états ?

R. Lorsque l'enfant vient au monde foi.

ble, décoloré, ayant les membres flasques, ne pouvant respirer, dans cet état de mort apparente qu'on désigne sous le nom d'asphjxie^ quelques accoucheurs veulent qu'on le tienne chaudement entre les jambes de sa mère, et qu'on ne lie point le cordon ombilical avant qu'il ne se soit ranimé ; si le placenta est expulsé avant ce moment , ils recommandent de le mettre dans de l'eau chaude , dans du vin , ou bien sur de la cendre échauffée, pour y entretenir la chaleur et le mouvement du sang, pendant qu'on administre à l'enfant les secours convenables : mais toutes ces précautions sont inutiles. Dès qu'il n'y a plus de battemens au cordon , on doit le couper à la distance ordinaire de l'ombilic , et le lier si on le juge à propos, la ligature n'étant pas nécessaire dans ce premier moment, et ne pouvant être nuisible. On éloigne l'enfant de sa mère , on le place sur un oreiller , dans un lieu où l'air plus pur que celui qui règne sous les couvertures du petit lit, n'est ni trop froid ni trop chaud; et là on lui administre les secours suivans :

Une personne saine, adaptant sa bouche à celle de l'enfant , y souffle avec ménagement, pour insinuer de l'air dans le poumon , et l'en faire sortir aussitôt , en pressant légèrement la poitrine et le bas - ventre au moyen d'une main ; ce qu'on répète plusieurs fois de suite , comme pour imiter la

DES ACCOUCHEMENS. 22 t

respiration (i). On irrite ensuite l'intérieur du nez .iu moyen de la barbe d'une plume, ainsi que le dedans de la bouche et du gosier, après en avoir retiré les glaires et les mucosités qui les remplissent souvent. On frotte les tempes de l'enfant et la région de la colonne épinière, avec un linge trempé dans le vinaigre ou quelque liqueur spiritueuse, comme l'eau -de -vie, l'eau de mélisse, l'eau de Cologne, etc.; ou bien encore dans l'eau commune, à laquelle on ajoute quelques gouttes d'alkali volatil.

Si l'on a sur soi un flacon de cet alkali , on le présente à diverses reprises sous le nez de l'enfant; à son défaut, on se sert d'ognons et d'ail écrasés.

On brosse légèrement la plante des pieds , le dedans des mains de l'enfant , et le dos depuis le haut du col jusqu'aux fesses, avec une brosse un peu rude. Lorsque ces secours paroissent inutiles, on insinue dans l'anus, au moyen d'un instrument convenable , de la fumée de cartes, même celle de tabac; enfin , on plonge le corps de l'enfant jusqu'aux aisselles, dans un bain chaud, animé de vin ou d'eau-de-vie, etc., et on le tient dans ce bain pendant quelque temps. On

(i) Il y auroit beaucoup d'observations à faire sur cette respiration artificielle , qui n'est pas aussi efficace qu'on se le persuade , et qui pourroit quelquefois avoir des inconvéniens.

varie et on continue ces secours pendant une demi-heure, et au-delà, s'il le faut; car ce n'est qu'après ce temps que bien des enfans ont donné les premiers signes de vie. On en a vu qui ont été plus long -temps encore dans cet état d'asphyxie, et qu'on avoit déjà abandonnés comme morts, lorsqu'ils ont annoncé leur existence par des cris plaintifs. La moindre négligence envers ces enfans est une faute impardonnable.

Les secours qui conviennent à ceux dont la face est gonflée, livide ou noirâtre, sont les mêmes; mais il faut commencer par couper le cordon ombilical , et le faire saigner. Si le sang ne coule pas de lui-même, on le fait sortir en l'exprimant en quelque sorte au moyen des doigts, et en pressant le ventre mollement et à diverses reprises : souvent ce n'est qu'en tenant le corps de l'enfant dans l'eau chaude animée de vin ou d'eau-de-vie, qu'on obtient du cordon le dégorgement nécessaire (i). Quand cette saignée a fait disparoitre la lividité de la face , on administre les autres secours à l'enfant.

D. Comment doit - on prendre V enfant pour le retirer de dessus^ le petit lit , et le transporter ailleurs ?

R. On passe une main sous les épaules,

(i) Nous pourrions confirmer, par de nombreuses observations, l'utilité de tous ces secoui's, et spécialement du dernier.

DES ACCOUCHEMEÎfS. ^^3

de manière que les doigts écartés embrassent l'un des bras près l'aisselle, et les cotés du cou ; et de l'autre main on saisit les cuisses, de sorte qu'un doigt soit placé entre elles : en le tenant de cette manière , on le porte aussi sûrement que commodément, (i)

D. Lorsque Vétat de V enfant exige cette longue suite de secours dont on vient de parler . l' accoucheur doit-il passer tout ce temps sans se rapprocher de la mère?

È, Non : il seroit même quelquefois dangereux de ne pas s'occuper de celle-ci par préférence à l'enfant. On se rapproche de temps a autre de son lit , on s'assure de l'état de la matrice au moyen d'une main appliquée sur le ventre , on examine si le sang ne coule pas en trop grande quantité; on épie, en un mot , le moment de procéder à la délivrance , et on opère celle-ci pendant qu'une personne intelligente prend soin de l'enfant.

(i) Quelques femmes saisissent l'enfant par un bras ou par une jambe, le soulèvent ainsi, et le transportent du petit lit en un autre lieu , le placent sur un oreiller voisin , ou le mettent dans le tablier d'une autre femme ^ mais, en le prenant de cette manière, elles peuvent le blesser, lui luxer le bras ou la cuisse, le laisser tomber, etc.

;i24 PRINCIPES SUR l'aRT

ARTICLE II

De la délivrance.

SECTION PREMIERE

Du mécanisme de la délivr^ance , et de la manière d'y procéder.

D. Qu'entendez-vous par délivrance ?

R, On exprime, par ce mot, la sortie du placenta et des membranes, comme on désigne la sortie de l'enfant par le mot accouchement.

D. Com?nent s'opère la délivrance?

R. La délivrance , chez la plupart des femmes , s'opéreroit de la même manière que l'accouchement , si on laissoit agir la nature. Les contractions de la matrice , soutenues de quelques efforts très ménagés de la part de la femme, suffîroient pour détacher le placenta et l'expulser , ainsi que les membranes qui viennent à sa suite.

D. Dans quels cas lajemme pourroit-elle donc se délivrer seule ?

R. Elle le pourroit toutes les fois que l'accouchement n'est suivi d'aucun accident , et que la matrice conserve la faculté de se contracter. Si nous aidons la femme à se délivrer, ce n'est que pour lui épargner quel-

DES ACCOUCHEMENS. 2lb

ques douleurs, toujours plus supportables que celles de raccouchement même , et pour la mettre à même de jouir plus tôt du calme auquel elle aspire ; car nos secours ne sont pas alors d'une nécessité indispensable. Nous ajouterons que l'empressement que mettent bien des sages-femmes à extraire le placenta indistinctement dans tous les cas , est plus condamnable que la sécurité de celles qui en attendent patiemment l'expulsion , parce qu'il y a plus de femmes qui se délivreroient seules , qu'il n'y a de cas où nos secours sont absolument nécessaires, et qu'une délivrance trop précipitée peut avoir des suites fâcheuses.

D. Quels sont les incoîn^èniens qu'il y auroit a délivrer trop promptement ?

R. Par ces mots délivrer promptement , nous n'entendons pas extraire brusquement et rapidement le placenta , mais l'extraire avant le temps marqué par la nature.

Quand on entreprend de délivrer la femme avant ce moment , dans l'opinion oii l'on est qu'elle ne sauroit l'être trop tôt , les efforts de la nature n'ayant pas encore détaché le placenta , et l'orifice de la matrice n'étant pas alors des mieux disposés à lui donner issue , on est obHgé d'exercer plus de forces en tirant sur le cordon ombilical, soit pour détacher cette masse , soit pour l'entraîner. Le cordon , trop grêle en quelques circonstances pour supporter de pareils

efforts , se casse , et l'accoucheur se croit dans la nécessité de porter la main dans la matrice pour achever son opération ; ce qui la rend au moins plus douloureuse, s'il n'en résulte pas d'autres inconvéniens.

Si le cordon résiste à ces efforts , et si Ton entraîne ainsi le placenta , la matrice n'ayant pas eu le temps de se resserrer assez sur elle-même , il peut en résulter une perte de sang plus ou moins abondante , et souvent inquiétante.

Le renversement de la matrice peut être également la suite de ces efforts prématurés.

D. Exposez quels sont les incorn^éniens qu'il y auroita ne pas aider la femme a se délivrer.

R. Il n'y en auroit aucun à l'égard de la plupart des femmes , les contractions de la matrice , après un délai pour l'ordinaire fort court , n'ayant besoin d'être soutenues que de quelques efforts de la femme même, pour détacher et mettre dehors le placenta. Ce n'est que dans les cas oî^i l'accouchement est accompagné ou suivi d'accidens , et seulement en quelques circonstances particulières, qui seront détaillées ci-après , que nous gommes indispensablement obligés de délivrer la femme.

D. Quel est Vinstant ou il convient de procéder a la délivrance?

jR. On ne doit entreprendre d'extraire le

placenta que lorsque la matrice est bien contractée sur elle-même, réduite à la forme d'une boule un peu ferme au toucber, qu'on la distingue ainsi en palpant au-dessus du pubis , et quand la femme éprouve de nouvelles douleurs qui annoncent que la nature s'occupe de la délivrance.

D. Comment doit-on procéder a la déli- (^rance?

R. Pendant qu'on sollicite les contractions de la matrice au moyen d'une main placée sur le ventre de Itf femme, de l'autre main garnie d'un linge sec , on tire doucement et avec ménagement sur le cordon ombilical , en baissant un peu d'abord , et en allant alternativement de l'une à l'autre cuisse de la femme , jusqu'à ce que le placenta paroisse à l'entrée du vagin; alors on relève la main en tirant. obliquement en en baut, pour l'amener a la vulve; dans le moment où il franchit celle-ci, on le reçoit d'une main, et on le saisit de l'autre pour achever de le dégager, en le roulant plusieurs fois sur lui-même, afin de ramasser les membranes qui le suivent , et de les tordre de manière a leur donner la forme d'une corde. Quand le placenta n'obéit pas aux efforts qu'on exerce sur le cordon , quoique poussé d'ailleurs par ceux de la femme, il faut attendre et solliciter la matrice à se contracter plus fortement, en continuant les frictions sur le ventre.

Quelquefois il est si volumineux, qu^il traverse difficilement le col de la matrice, malgré ses efforts combinés des mieux dirigés; et beaucoup d'accoucheurs le supposant alors adhérent, quoiqu'il soit entièrement détaché , vont le chercher en portant la main dans le vagin, tandis que les obstacles qui l'empêchent de sortir n'exigent que de simples précautions et un peu de patience. Dans ce même cas, pendant qu'un aide continuera de faire les frictions dont on vient de parler sur le ventre de la femme, l'accoucheur tirera d'une main sur le cordon , et avec plus ou moins de force , selon qu'il sera plus ou moins en état de supporter ces efforts, et de deux doigts de l'autre main , même d'un seul, introduits à l'orifice de la matrice, et derrière la symphyse du pubis, il abaissera le placenta, et en dégagera le bord en premier lieu.

Lorsqu'on s'aperçoit que le cordon ombilical se déchire, se casse, et se sépare du placenta, dans le cas dont il s'agit, ou dans tout autre, il faut cesser de tirer dessus, afin de ne pas le déchirer complètement , quoique ce soit plutôt un léger désagrément pour l'accoucheur qu'un accident pour la femme.

D. Que faudroit-il faire si le cordon ombilical avoit été arraché, ou s'il étoit assez /bible pour qu'il ne puisse supporter le moindre effort?

R. Ceux qui se font une loi de délivrer

DES ACCOUCHEMENS. 22g

Ifi feinine dans tous les cas de cette espèce, ne manquent pas alors de porter la main dans la matrice pour en extraire le placenta : mais l'accoucheur, instruit que la plupart des femmes peuvent se délivrer seules, attend patiemment que les efforts de la nature aient poussé l'arrière-faix dans le vagin, au point qu'il puisse l'accrocher de quelques doigts, et le dégager. On ne doit aller le prendre dans la matrice qu'autant qu'il y a des accidens qui l'exigent; et ce seroit ignorance ou témérité, si l'on n'y étoit pas autorisé par ces accidens.

L'obliquité que conserve quelquefois la matrice après la sortie de l'enfant; la situatk)n de la femme dont le siège est enfoncé dans l'épaisseur des matelas, peuvent mettre obstacle à la délivrance : on change alors la direction de la matrice , et on recommande à la femme de tenir le siège un peu élevé.

SECTION II

Des cas ou la délivrance est plus difficile , et qui exigent quelques précautions particulières ^ relativement au temps et a la manière d'j procéder?

D. Quels sont les cas ou Von doit s'écarter des règles quon vient de prescrire relativement a la délivrance?

R. On doit s'écarter de ces règles toutes

a'5o PRINCIPES SUR L ART

les fois que la femme éprouve des accidenâ à l'instant de raccouebement , comme une perte de sang, des convulsions, des syncopes ou défaillances; lorsque la matrice tombe dans Tinertie immédiatement après la sortie de l'enfant, lorsque son orifice se contracte fortement, et se referme en quelque sorte subitement; lorsque le placenta est très adhérent, enkisté ou chatonné , ou bien attaché sur le col de la matrice , et bouche en quelque sorte son orifice ; enfin à la suite de l'avortement , et après raccouebement de plusieurs enfans.

D. Quel est celui de tous ces accidens qui exige les secours les plus prompts?

R. De tous les accidens qui peuvent se manifester immédiatement après l'accouchement, aucun ne demande des secours plus prompts que la perte de sang , parce que la femme peut en être victime en très peu de temps. Cbmme cet accident provient toujours de ce que le placenta est détaché en totalité ou en partie, et ne cesse le plus souvent qu'après la sortie de ce corps, il faut opérer la délivrance le plus tôt possible.

D. Comment doit- on y procéder dans un cas de perte inquiétante?

R. On opérera la délivrance comme dans les circonstances les plus ordinaires, si le cqrdon ombilical est assez solide pour supporter les efforts nécessaires : quand il est trop foible,

DES ACCOTJCHEMENS. 23 1

OU lorsqu'il a été arraché, on porte la main dans la matrice pour en extraire le placenta.

Dans l'un et l'autre cle ces cas, on commence par faire des frictions un peu fortes avec la main, sur la région hypogastrique de la femme; on jette de l'eau bien froide sur le ventre, on y applique, ainsi que sur le haut des cuisses, des serviettes mouillées de vinaigre; on renouvelle ces serviettes pendant la délivrance et même après si la perte continue, pour ranimer l'action affoibhe de la matrice, et dissiper l'inertie dont elle est alors affectée.

D. Indiquez les précautions quil faut observer, quand on porte la main dans la matrice , pour opérer la délivrance.

R. L'introduction de la main se fait aisément dans le cas de perte ; elle exige peu de soins , mais la délivrance en demande toujours beaucoup. Quand le placenta est entièrement détaché, on le saisit convenablement de l'extrémité de tous les doigts , et on l'entraîne en retirant la main. Lorsqu'il n'est détaché qu'en partie, on insinue les doigts derrière la portion qui est libre , et en les avançant ainsi , de manière que le dos de la main regarde la matrice , on en détache le reste; après cela on en fait l'extraction. Cette manière de détacher le placenta ressemble assez à ce que l'on opère tous les jours pour séparer deux feuilles de papier appliquées l'une à l'autre: on insinue la main

entre elles pour les désunir sans les déchirer. Il est toujours bien important de détacher la totahté du placenta avant de chercher à l'extraire : car, en tirant sur la portion qu'on trouve en quelque sorte flottante, on pourroit la déchirer, l'amener seule, et laisser le reste; ce qui mettroit dans l'obligation de réintroduire la main , et souvent à plusieurs reprises encore, pour opérer entièrement la délivrance. Pendant qu'on opère ainsi d'une main, de Tautre, placée extérieurement, on fixe la matrice, on l'empêche de rouler, d'obéir ou de céder à celle qui est dedans.

D. Quelles sont les précautions qu exigent les convulsions, relativement a la délier an ce ?

R. Le plus souvent ce genre d'accidens n'en exige aucune , parce qu'il ne dépend pas de la rétention du placenta, et ne peut s'opposer à sa sortie. Les convulsions ne peuvent retarder la délivrance que quand elles affectent la matrice comme les autres parties; l'orifice pouvant alors se trouver fortement contracté, on attend que la convulsion soit dissipée, que cet orifice puisse s'ouvrir librement, et on procède à l'extraction du placenta, comme dans l'état ordinaire. Si quelque motif pouvoit engager à extraire plus tôt le placenta, ce seroit celui de faire perdre un peu de sang à la femme, dans un cas où )a saignée devient si souvent nécessaire, et ne peut toujours être faite de suite.

D. Les syncopes ou défaillances qui surviennent quelquefois a V instant de V accouchement y prescrivent' elle s des indications particulières a V égard de la délis^rance ?

R. Quand elles ne sont accompagnées d'aucun autre accident, et ne sont pas la suite d'une grande hémorrhagie , on diffère la délivrance jusqu'à ce que les forces de la femme se soient ranimées, et Ton n'administre, en attendant, que les secours qu'on donne dans tous les cas de syncopes. On laisse la femme couchée à plat , on lui frotte les tempes avec un linge trempé dans le vinaigre , ou imbibé d'une liqueur spiritueuse quelconque, on lui fait inspirer de ces liqueurs par le nez; et de plus, on comprime le bas-ventre avec ménagement au moyen des deux mains.

D. Qu'entend-on par inertie de la matrice ?

R. L'inertie est un état de foiblesse, ou de diminution d'action, telle que la matrice ne peut se contracter sur elle-même, se resserrer et se durcir après la sortie de l'enfant, comme elle le fait chez la plupart des femmes. La matrice qui est affectée d'inertie, reste molle et flasque, insensible ou presque insensible, au lieu de former audessus du pubis cette espèce de boule solide et un peu douloureuse dont on a parlé plus haut.

Elle est menacée de tomber dans cet état

toutes les fois que raccouchement se fait précipitamment, sans beaucoup de douleur, et que l'enfant semble s'écouler , pour ainsi dire, avec les eaux de Tamnios.

D. Quels sont les accidens qui peuvent résulte?' de U inertie de la matrice?

R. Cet état de foiblesse ou de syncope utérine est toujours accompagné .de perte de sang, quand le placenta est détaché partiellement ou dans son entier -. il prédispose la matrice à se renverser ou à se retourner sur elle-même, comme le feroit une bourse; mais il faut que d'autres causes agissent alors, et produisent ce renversement, cotnme on l'expliquera plus loin.

D. Comment doit-on se comporter quand la matrice est frappée cV inertie ?

R. Lorsque l'inertie n'est point accompagnée d'hémorrhagie, il ne faut rien tenter pour délivrer la femme que cet état ne soit dissipé, que la matrice ne soit bien revenue sur elle-même, et fortement contractée:

autrement on pourroit donner lieu à son renversement, ou bien détacher le placenta prématurément et exciter une perte. On attendra donc pour opérer la délivrance, que la matrice forme au-dessus des os pubis ce globe solide qui dénote sa contraction , et le délai pour l'ordinaire n'est pas long si on fait de fortes frictions sur la région hypogastrique. "*

Quand il existe une grande hémorrhagie ,

quel que soit l'état de foiblesse ou d'inertie, on commence par extraire le placenta qui est alors délaché , et on donne d'autres secours à la femme.

D. Quels sont ces autres secours ?

B.. On applique sur la région sus-pubienne ou hypogastrique, des linges trempés dans l'eau froide et le vinaigre , même dans le vinaigre pur ; on plonge les mains de la femme dans des bassines remplies de ces mêmes liqueurs; on en injecte dans la matrice : on a eu recours à la neige , à la glace même , qu'on a introduite dans ce viscère.

D. L'inertie de la matrice peut-elle résister a tous ces secours ?

R. Il n'est que trop vrai qu'elle peut résister à tant de moyens. Quelquefois les propriétés vitales de la matrice sont tellement affoiblies , qu'on pourroit croire qu'elles sont détruites entièrement, puisque le vinaigre pur, Teau-de-vie , la glace , n'ont pu en exciter aucune , ni faire contracter ce viscère; la mort en est la suite : mais ce cas est lieureusement très rare.

D. L'inertie de la matrice ne s'annoncet-elle constamment qu immédiatement après V accouchement ?

R. Le plus souvent c'est dans ce moment qu'elle a lieu : mais on l'a vue aussi ne se manifester que quelques heures après la délivrance, et même plusieurs jours ensuite.

D. Cet accident peut-il se reproduire plu-

sieurs fois dans les premiers jours de couches?

R. De même que la matrice qui s'est bien contractée sur elle - même immédiatement après l'accouchement , peut être atteinte d'inertie quelques heures ou quelques jours ensuite , de même aussi celle qui en a été affectée d'abord, peut l'être de nouveau, comme un homme qui a éprouvé une syncope peut être atteint d'une seconde , d'une troisième , etc.

D. Que faut-il faire pour pré<^enir le retour de cet accident ?

R, On doit veiller souvent à l'état de la matrice; l'irriter, l'agacer; exciter sa contraction par de fortes frictions , des serviettes très chaudes, des linges mouillés d'eau froide, d'oxicrat, etc.

D. Quels sont les soins qu'exigent le resserrement extraordinaire de V orifice de la matrice^ relativement a la délivrance?

R. Le resserrement extraordinaire du col de la matrice s'observe rarement à la suite d'un accouchement à terme, mais assez fréquemment après les avortemens qui ont lieu dans les premiers mois de la grossesse. Quand il existe après un accouchement à terme, il ne peut durer que peu de temps ; et il n'exige d'autres précautions que celle de différer la délivrance, jusqu'à ce que l'orifice paroisse disposé à s'ouvrir de nouveau.

DES ACCOUCHEMENS. 2?i']

D. Comment peut-on reconnaître que le placenta est fortement attache a la matrice?

R. On ne juge communément des adhérences du placenta que d'après les difficultés qu'on éprouve à l'extraire en tirant sur le cordon ombilical, quoique ces difficultés ne dépendent presque toujours que de la contraction et du resserrement du col de la matrice. Ces adhérences extraordinaires sont excessivement rares, et on ne peut les reconnoître et les apprécier qu'en portant la main dans la matrice.

D. Que faut-il faire quand on a reconnu que de fortes adhérences ont lieu ?

R. Lorsqu'on ne peut opérer la délivrance en tirant méthodiquement sur le cordon , et qu'on est assuré que les difficultés ne proviennent d'aucune des causes énoncées cidevant, on introduit la main avec soin dans la matrice; on examine si le placenta y est encore attaché , soit dans sa totalité ou dans une partie seulement , et l'on essaie de le détacher et de l'extraire. Lorsqu'il est encore lié de toutes parts à la matrice, on fait en sorte de l'en séparer dans un point quelconque de son bord; on insinue les doigts derrière la portion qu'on a détachée, avec l'attention de ne pas blesser la matrice, et on continue de le séparer dans son entier. Quand il est déjà détaché d'un coté , avant qu'on introduise la main , la délivrance présente moins de difficulté.

2 38 pRmciPHS SUR l'art

Il arrive quelquefois qu'on le trouve très adhérent dans toute l'étendue de son bord, quoique le milieu ait été détaché par les efforts de la nature et ceux qu'on a pu exercer sur le cordon ombilical; alors si la portion détachée forme une saillie assez grande pour qu'on puisse la pincer du bout des doigts , on tire dessus pour essayer de détacher le reste. Quand on ne peut y parvenir de cette manière , on cherche encore à séparer le bord d'un coté , pour insinuer la main derrière cette masse , comme on l'a recommandé ci-dessus.

On doit se rappeler, surtout dans ce cas , qu'il ne faut entreprendre d'extraire le placenta qu'après l'avoir détaché entièrement, pour ne pas s'exposer à en laisser quelques lambeaux; et que, pendant qu'on le détache, on doit fixer la matrice d'une main placée sur le ventre.

D. Existe-t-il des cas ou il soit impossible de détacher le placenta; et, s'il en existe, comment doit-on se comporter?

R. Ces cas sont excessivement rares, s'il en existe : mais il en est qui offrent tant de difficultés, que les sages-femmes feroientbien de ne point s'en charger : ils exigent toute la sagacité d'un praticien consommé.

Dans ces cas oii l'on ne peut détacher le placenta sans craindre d'en laisser quelque lambeau , ou de déchirer la matrice même , il vaudrait mieux l'abandonner aux soins de

DES ACCOUCHEMENS. âSg

la nature pendant quelque temps , que de s'efforcer de l'extraire dès le premier moment. Nous en excepterons cependant celui de ces cas où la femme éprouve une perte abondante ; mais , s'il faut alors opérer la délivrance, on n'y trouve plus autant d'obstacles , puisqu'une partie du placenta est détachée.

D. N'est-il pas plus prudent en quelque cas de laisser une portion du placenta da?is la matrice , que de s'efforcer de V extraire en entier?

R. Oui : lorsqu'une portion du placenta est dure , comme squirrbeuse , et si intimement attachée à la matrice qu'on ne peut l'en séparer sans craindre de déchirer celle-ci , il vaut mieux la laisser que d'exposer la femme aux suites d'une pareille déchirure.

D. Que devient cette portion de placenta qu'on ne peut extraire ? Que devient le placenta lui-même dans le cas ou de trop fortes adhérences s'opposent a la délipj^ance?

R. La nature s'en délivre dans l'un et l'autre cas, et le plus souvent encore sans qu'il en résulte de grands inconvéniens pour la femme. L'espèce de fonte putride que le placenta, ou la portion qu'on a laissée, ne tarde pas à éprouver, en relâche et en détruit les adhérences ; l'action de la matrice pousse ce corps en avant, et l'expulse; mais elle le fait plus tôt ou plus tard , selon les circonstances.

24o PRINCIPES SUll l'art

D. Quelle conduite doit-on tenir em^ers la femme dans ces sortes de cas ?

R. Les femmes qu'on ne peut délivrer immédiatement après l'accouchement , se croyant menacées d'une foule d'accidens plus fâcheux les uns que les autres, on doit d'abord les rassurer contre de pareilles craintes , et leur faire comprendre qu'il y auroit bien plus de danger à les délivrer à quelque prix que ce soit : du reste on se conduit selon les circonstances qui se présentent. Lorsque le ventre se tend et devient douloureux , on emploie les bains et les fomentations émollientes ; on prescrit des boissons délayantes et adoucissantes, telles que l'eau de veau , de poulet , de graine de lin, de pariétaire, etc., et l'on administre des lavemens de même espèce. Quand le placenta se putréfie, ce qu'on reconnoît aux lochies bourbeuses , noirâtres et fétides , on fait des injections plusieurs fois le jour, dans la matrice même, avec la décoction d'orge , de camomille romaine , de quinquina, ou de toutes autres substances antiputrides. On attend qu'il soit détaché, qu'il se présente à l'orifice de la matrice , et on en fait l'extraction. On continue les injections ijusqu'a ce que les vidanges soient d'une bonne qualité, etc.; on administre intérieurement les antiputrides, et l'on prescrit le régime le plus propre à en seconder les effets ; on écarte ces boissons , et ces

potions

DES ACCOUCHEMENS. ^^t

potions échauffantes, auxquelles on attribue la propriété de chasser le délivre , parce qu'elles ne feroient qu'augmenter les acci-dens.

D. Qu' entendez-vous par placenta cha^ tonné ou enkisté ^ et comment doit- on alors opérer la délivrance ?

R. Le placenta est chatonné ou enkisté, toutes les fois qu'au moment de procéder à la délivrance, on le trouve comme renfermé dans une espèce de poche distincte de la cavité principale de la matrice , dont elle fait cependant partie, et avec laquelle elle communique. Pour avoir une idée juste de ce chatonnement, il faut supposer que la contraction de la matrice , après la sortie de l'enfant , se fait d'une manière tellement irrégulière , que la cavité en est partagée comme en deux parties, dont l'une est située, tantôt à coté d-e l'autre, ^t tantôt au-dessus. Le placenta doit nécessairement se rencontrer dans l'une de ces cavités , ou bien en partie dans l'une et en partie dans l'autre. On procède à la délivrance dans ces sortes de cas comme dans tous les autres , c'est-à-dire en tirant d'abord méthodiquement sur le cordon ombilical, et, quand on ne peut extraire le placenta de -cette manière, en introduisit la main dans la matrice. Cette main , lorsquQi le placenta est réellement chatonné , se trouve dans une cavité peu spacieuse , sur i'un des côtés de laquelle se remarque une

l[\1 PRINCIPES SUR l'a.RT

ouverture plus ou moins grande, par où passe le cordon ombilical , si on ne Ta point arraché. On insinue les doigts successivement dans cette ouverture jusqu'au placenta , qu'on détache, et qu'on retire comme dans la plupart des autres circonstances. On reporte la main ensuite dans la matrice , si on le juge convenable ; on introduit les doigts de nouveau dans l'entrée de la bourse qui contenoit le placenta pour la tenir ouverte, afin que la matrice se contracte régulièrement , et ne forme plus ensuite qu'une seule cavité, comme elle le fait après l'accouchement le plus ordinaire.

D. A quels signes reconnoît-on que le placenta est attaché sur le col de la matrice , et en recouvre V orifice ?

R. Le toucher seul peut nous en instruire. Au lieu de membranes lisses et unies , on touche alors sur l'orifice de la matrice un corps mollasse et spongieux , d'où le sang découle abondamment. Une grande perte précède toujours le moment de l'accouchement, quand le placenta est attaché sur cette partie. Elle s'annonce le plus souvent du sixième au septième mois, quelquefois seulement dans le cours du huitième, et chez certaines femmes, vers les dernières semaines de la grossesse; mais aucune n'accouche sans l'éprouver d'une manière inquiétante. Lorsqu'elle s'annonce de bonne heure , comme du sixième au

DES ACCOUCHEMENS. l[\l)

septième mois de la grossesse , elle est pour l'ordinaire peu considérable , et elle peut subsister pendant quelques semaines sans affoiblir la femme ; elle peut même s'arrêter comme d'elle-même ; mais elle reparoît bientôt avec plus de force, et devient d'autant plus abondante , que la grossesse se rapproche davantage de son terme. Elle augmente encore dans les premiers temps du travail, à mesure que le col de la matrice s'efface et que l'orifice se dilate.

D. La perte de sang est-elle toujours un symptôme de la présence du placenta sur V orifice de la matrice ?

R. Non : elle peut également avoir lieu , quoique le placenta occupe toute autre région que le col de la matrice ; mais elle est alors accidentelle , et la grossesse auroit pu parvenir à son dernier terme sans être troublée par cet accident ; elle peut s'arrêter sans retour , au lieu que dans le premier cas , si elle s'arrête , elle reparoît nécessairement.

D. Quelle est la destinée de la mère et celle de V enfant ^ quand le placenta est attaché sur le col de la matrice ?

R. Cette circonstance peut être aussi fâcheuse pour l'un que pour l'autre : la mère ainsi que l'enfant succomberoient le plus souvent à l'hémorrhagie, si l'on ne venoit pas à leur secours.

Lorsque c'est le bord du placenta qui

La

recouvre rorifîce de la matrice , la perte ordinairement est moins considérable , la femme peut y résister plus long-temps , et accoucher seule après avoir répandu beaucoup de sang; mais elle est toujours beaucoup plus abondante, quand le milieu du placenta répond à cet orifice , et la conservation de la mère et celle de l'enfant ne dépendent que des secours .qu'on leur donne.

D. En quoi consistent ces secours ?

R. Lorsque la perte de sang ne fait que commencer et est peu abondante , si le pouls de la femme est robuste et dur, si les vaisseaux sont pleins , on a recours à la saignée du bras ; on fait garder le lit, on recommande à la femme de s'y tenir couchée sur le dos , de ne faire aucun mouvement , et de modérer ceux de l'âme autant que ceux du corps; on ne lui permet que des alimens de facile digestion, et en petite quantité à la fois; on lui fait boire de la limonade , de l'eau de riz avec le sirop de vinaigre , de Hmon , etc. , ou de la tisane de racine de grande consoude : on lui interdit l'usage du vin, du café et des liqueurs spiritueuses. Quand la perte est abondante , on n'a d'autre ressource que dans l'accouchement, et souvent il faut l'opérer, quoique la nature y soit encore peu disposée, et que la femme n'éprouve, pour ainsi dire , aucune douleur.

D. Peut'07i opérer r accouchement , sans délai j toutes les fois que la perte est assez

DES A.CCOUCHEMENS. 2^5

grave pour exposer la vie de la mère et de V enfant?

R, Non ; il y a des cas où l'on est forcé de le différer encore, parce que le col de la matrice conserve beaucoup de longueur, qu'il est peu souple et peu dilatable , qu'il peut à peine admettre un seul doigt : comme on le remarque souvent quand la perte se déclare au septième mois de la grossesse. Ne pouvant alors entreprendre l'accoucbement sans aggraver le danger dont la femme est iJéjà menacée, on insiste sur les moyens proposés ci-dessus ; on applique des serviettes imbibées de vinaigre sur le ventre et le haut des cuisses de la femme; on entretient le moins de chaleur possible dans la chambre; on remplit le vagin de lambeaux de linge fin trempés dans l'eau et le vinaigre , ou bien de charpie, de filasse fine, d'agaric ou d'amadou , afin de s'opposer à l'écoulement du sang. On n'ôte ce tampon que le plus tard possible, s'il ne s'oppose pas à la sortie des urines ; et on le renouvelle si les circonstances l'exigent, (i)

D. Comment doit-on procéder a V accouchement, lorsque les choses j paroissent disposées ?

(i) On a prescrit aussi de percer le placenta du bout du doigt , pour donner issue aux eaux de l'amnios ; mais cette pratique est défectueuse et bien moins recommandable que l'usage du tampon dont nous venons de parler.

R. Quelques praticiens ont conseillé de trouer le placenta qui recouvre l'orifice de la matrice, et de passer la main à travers pour aller prendre les pieds de l'enfant : mais ce procédé entraîne de nouveaux inconvéniens , et ne doit pas être admis. On ne peut trouer le placenta et passer la main à travers sans le détacher en totalité , et l'entraîner ensuite avec l'enfant, qu'on force de descendre également à travers cette masse : ce qui augmente Ta perte , tant du côté de la mère que du coté de cet enfant , etc. Il vaut bien mieux détacher le placenta du côté où son bord paroît le plus près de l'orifice de la matrice , et déchirer les membranes au -dessus de ce point; ce qui est en même temps plus facile et plus sûr. Les membranes ouvertes de cette manière, on plonge la main jusqu'aux pieds de l'enfant, on les dégage aussitôt, et l'on termine l'accouchement en suivant les préceptes qui seront dictés par la suite. Après avoir donné le temps à la matrice de se contracter et de se resserrer, on fait l'extraction du placenta à l'ordinaire. Nous observerons seulement qu'il est alors plus difficile d'entraîner la totalité des membranes , si l'on n'y donne pas un soin particulier , parce que, les ayant déchirées d'un côté au bord du placenta , elles achèvent de s'en séparer circulairement au moindre tiraille-

DES ACCOUCHÉMÊNS. 2/^7

D. La délivrance est-elle plus facile ou plus difficile a la suite de ravortement qu'après un accouchement à terme y et exiget-elle d'autres soins ?

R. Si l'on n'entend par le mot délivrance que là sortie de l'arrière - faix , elle pourra paroître d'autant plus difficile, que la grossesse sera moins avancée à l'époque où se fera l'avortemént , parce que dans les premiers mois nous ne pouvons employer aucun des moyens connus pour extraire cet arrièrefaix. On ne peut tirer sur \û cordon ombilical pour l'entraîner , ni porter la main dans la matrice pour l'en délivrer; et il faut en outre beaucoup plus d'efforts de la part de cet organe pour l'expulser. Plus la grossesse s'éloigne du troisième mois et se rapproche de son terme , plus la délivrance devient facile.

D. Que Jaut'il donc faire dans le cas d' avortement y quand T arrière-faix ne ment pas avec les fœtus ?

R. Il faut en attendre l'expulsion, si le cordon , trop foible encore , ne peut servir à l'extraire. L'accoucheur doit se borner à solliciter les contractions de la matrice par des frictions plus ou moins fortes sur la région liypogastrique de la femme; et, quand l'arrière -faix siéra descendu complètement dans le vagin , il l'accrochera du doigt, si les efforts de la nature ne peuvent l'expulser.

a48 PRINCIPES SUR l'art

D. La sortie du placenta suit-elle de près celle du fœtus dans tous ces cas?

R. Quelquefois tout semble venir en même temps; d'autres fois ce n'est que plusieurs heures, même plusieurs jours après la sortie du fœtus , que la nature rejette l'arrière-faix. Quand on laisse agir celle-ci , le plus souvent elle expulse tout à la fois le fœtus et ses enveloppes; quand on la contrarie en voulant l'aider, quelquefois elle ne rejette l'arrièrefaix que par lambeaux.

D. Ne pourroit-on pas épargner tant d' efforts h la nature, en pinçant le placenta du bout des doigts, des quHl est assez engage dans le col de la matrice ?

R> Si l'on a extrait le placenta, en quelques cas , en tirant sur la portion engagée dans le col de la matrice , c'est que les choses ëtoient avancées au point que la déhvrance ne devoit pas tarder à se terminer spontanément. Le plus souvent l'accoucheur déchireroit la portion qu'il auroit pincée , et rendroit la sortie du reste plus difficile. Il vaut donc mieux abandonner les choses à elles-mêmes.

D. Le placenta du fœtus abortif peut-il séjourner quelque temps dans la matrice sans donner lieu a des accidens ?

R. Il y en a bien moins à craindre dans ces sortes d'occasions , qu'à la suite d'un accouchement à terme. D'un coté, l'écoulement du sang sera moins abondant qu'après

DES ACCOUCHEMENS. H^g

celui-ci ; et de l'autre , la putréfaction du placenta apportera moins de trouble dans les fonctions.

D. Que faiidroit'il faire si la rétention de cet arriere-faix entretenait une perte abondante ?

R. Il faudroit modérer cette perte , même l'arrêter par des moyens convenables *, car on ne peut extraire l'arrière-faix , si le col de la matrice n'est pas disposé à lui donner issue.

On applique des serviettes imbibées de vinaigre ou d'eau froide, sur le ventre et sur les cuisses de la femme ; et , si ce moyen ne suffît pas , on tamponne le vagin , en le remplissant de lambeaux de linge fin , de filasse , etc. , comme on l'a prescrit plus haut. Ce moyen est bien plus efficace dans le cas dont il s'agit , qu'à la suite de l'accouchement à terme.

D. Que déifient V arriere-faix , si on s'oppose a sa sortie par le moyen d'un tampon ?

R. Son expulsion n'en devient que plus prompte. Le tampon , le caillot qui se forme au-dessus jusque dans la matrice même , et le placenta , seront expulsés en même temps , quand les contractions de la matrice auront acquis assez de force pour surmonter les obstacles qui nuisoient à la délivrance. D'ailleurs , on peut ôter le tampon , quand ces efforts se soutiennent assez pour en espérer l'expulsion du délivre. L'ignorance

^5o PRINCIPES SUR iArT

seule pourra se récrier contre Tusage de ce moyen : mais on doit se mettre au-dessus de ces clameurs.

D. Que faudroit'il faire si le placenta du fœtus abortif venoit a se putréfier dans la matrice ?

R. Il faudroit employer les injections recommandées à l'occasion de la rétention du placenta ou d'une partie du placenta seulement après raccoucheraent à terme , et faire observer à la femme le même régime que dans ce dernier cas.

D. La délivrance exige-t-elle quelques soins particuliers , a la suite de V accouchement de plusieurs en/ans ?

R. Pour déterminer ce qu'on doit faire dans ce cas , il faut exposer d'abord ce que les jumeaux ont de commun quant à leur arrière-faix.

Le plus souvent ils ne paroissent avoir qu'un placenta qui leur est commun , ou s'ils ont chacun le leur ^ ces deux masses sont tellement liées Tune à l'autre , qu'elles n'en paroissent former qu'une seule. Il est très rare que chaque enfant ait son placenta et ses membranes séparées et bien distinctes.

Aucun signe ne pouvant faire connoître , avant la délivrance^ si les jumeaux ont chacun leurs enveloppes particuHères et leur placenta , ou si toutes ces parties leur sont communes , nous ne devons entreprendre de délivrer la femme qu'après la sortie du

DES ACCOtJCfiEMENS. 2^1

dernier enfant, dans la crainte qu'en amenant l'arrière-faix du premier , on ne détache et on n'entraîne aussi celui du second ; ce qui pourroit avoir des inconvéniens. Nous en excepterons le cas où le placenta vient comme de lui-même après le premier enfant. Quand on procède à la délivrance , on ne tire que sur l'un des cordons , afin que le placenta se présente sous le moindre volume possible à l'orifice de la matrice , et qu'il le traverse , ainsi que le canal du vagin , avec plus de facilité. Si on ne peut l'entraîner en tirant sur le cordon qu'on a saisi d'abord , on essaie de le faire en agissant sur l'autre ; et , lorsqu'on ne peut encore l'extraire en se conduisant de cette manière , on en abaisse le bord au moyen de deux doigts introduits assez loin dans le col de la matrice.

sSs PRINCIPES SUR l'art

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