‹ Principes sur l'art des accouchementsChapitre 31 sur 41 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des suites naturelles des couches ; du régime et du traitement des femmes en couches y des soins qu'on doit à V enfant jusqu'au moment du sei^rage.

ARTICLE PREMIER

SECTION PREMIERE

Des suites naturelles des couches.

D. (Quelles sont les suites les plus ordinaires des couches?

K A peine raccouchement est-il fait , que la plupart des femmes se plaignent de ressentir un peu de froid , et éprouvent un tremblement plus ou moins fort , qui va chez quelques unes jusqu'au claquement des dents. Souvent cet état de spasme se manifeste même avant la délivrance , et la retarde un peu. Le pouls se resserre , la peau se sèche , et une sorte de lassitude ou d'accablement succède à l'agitation du travail : mais ces effets ne sont que momentanés ; bientôt le pouls se relève , la chaleur se ranime , la peau s'humecte , et le calme s'établit.

Des douleurs connues sous le nom de tranchées ^ pendant lesquelles la matrice se durcit et semble s'élever au-dessus du pubis, s'annoncent plus tôt ou plus tard , et se répètent à des intervalles assez réguliers comme celles de l'accouchement, pendant les premières heures et même les deux premiers jours. Ces douleurs sont accompagnées de tiraillement vers les lombes , les aines et dans les cuisses, quelquefois de frissons, de nausées, de vomissement, et suivies de l'écoulement d'un peu de sang fluide. Rarement ces tranchées ont lieu après le premier accouchement : mais elles sont très ordinaires dans les couches subséquentes, (i)

Pendant les premiers jours des couches, il coule du sang avec plus ou moins d'abondance , tantôt clair et tantôt coagulé : il est rouge, assez épais et pur d'abord; mais après vingt-quatre ou trente-six heures], il devient séreux, et ne ressemble qu'à de la lavure de chair. Cet écoulement prend ensuite un caractère lymphatique et muqueux, puis il devient en quelque sorte puriforme et blaUfchâtre. Ces diverses nuances ont fait donner à cet écoulement le nom de lochies rouges dans les premiers jours , et de lochies séreuses et laiteuses après ce temps.

(i) Ces tranchées n'ont aucun rapport avec cellesde l'enfant , quoique l'opinion des femmes soit telle<^ qu'il n'en éprouve pas quand la mère en ressent-

La quantité de ces diverses espèces de lochies n'est pas la même pour toutes les femmes, ni chaque fois qu'elles accouchent. Quelle qu'en soit la quantité, il ne faut rien faire qui puisse les arrêter quand les forces de la femme ne s'en affoiblissent pas.

Quoique le sang pur cesse de couler après les premiers jours, il reparoit souvent et à diverses époques pendant plusieurs semaines, sans que l'état de la femme en devienne plus inquiétant. Il est rare que les lochies blanches ou laiteuses cessent avant un mois, même six semaines.

Du deuxièmeau troisième jour découches, les mamelles commencent à devenir douloureuses : elles augmentent de volume, elles s'emplissent et se durcissent. Assez souvent cette révolution s'annonce par un léger frisson, un peu de lassitude, d'accablement, de pesanteur dans les membres et de douleurs de tête. Le pouls devient petit et serré , la peau sèche , et les vidanges diminuent , même se suspendent; mais bientôt le pouls se développe, devient gros et fréquent, la peau s'amollit, s'humecte, et il s'établit une sueur abondante et d'une odeur aigre, qui se soutient pendant vingt-quatre, trente-six, et même quarante-huit heures , avec ou sans rémission. Cette révolution se nomme Jièi^re de lait.

Les mamelles restent tuméfiées , dures et douloureuses pendant plusieurs jours en-

core, puis elles se détendent et s'amollissent, quoique souvent elles ne laissent pas échapper une seule goutte de lait par le mamelon. Pendant ce temps, les lochies, qui s'étoient supprimées, reparoissent, ou elles deviennent plus abondantes quand elles n'avoient fait que diminuer.

Les urines sont rares pendant le premier jour des couches chez la plupart des femmes; quelques unes ressentent fréquemment le besoin d'en rendre, et ne le peuvent dans les premières heures; mais elles le font ensuite sans peine.

Les garde-robes sont plus rares encore; et souvent, malgré les lavemens qu'on administre chaque jour, on n'en obtient qu'après la fièvre de lait.

Toutes ces suites de couches , tous ces phénomènes ont lieu chez les femmes qui allaitent leurs enfans, comme chez celles qui ne nourrissent pas , et la marche en est la même : conséquemment ces femmes exigent les mêmes soins , et elles doivent observer le même régime.

56 PllINCIPES SUR l'art

SECTION II

Des soins qu'on rend a la femme immédiatement après la délivrance.

D. Quels sont les soins qu'on doit donner à la femme immédiatement après la délivrance?

R. 1°. Dès que l'arrière-faix est sorti, on doit introduire le doigt dans le vagin, pour s'assurer si le fond de la matrice n'a point suivi cette masse ; si cet organe ne s'est pas renversé , afin d'en faire aussitôt la réduction si l'accident avoit lieu. De l'autre main placée sur l'abdomen, on fait de nouvelles frictions pour exciter la matrice à se resserrer de plus en plus, et à expulser le sang qui pourroit s'être épanché dans sa cavité. On répète ces frictions de temps à autre pendant les premières heures, et on recommande à la femme de les faire elle-même. Au moyen de ces soins, il ne s'accumule pas de sang dans la matrice , il ne s'y forme pas de gros caillots, les parois de ce viscère s'engorgent moins , et la femme a moins de tranchées à supporter.

2". On met de suite la femme sèchement , en substituant de nouveaux linges à ceux qui sont mouillés , et qui constituoient la garniture du petit lit. On la couvre convenablement pour la défendre du froid et des

DES ACCOUCHF.MEKS. 2 57

courans d'air de la chambre, surtout lorsqu'il y a eu de la sueur pendant le travail, et si la peau est encore humide.

3°. On lui donne une tasse de bouillon, si elle a besoin de réparer ses forces ; une tasse d'eau sucrée , pure ou teinte de vin , si elle se plaint de la soif et de sécheresse à la bouche.

4^'. On ne permet l'usage d'aucune de ces boissons échauffantes, de ces Hqueurs spiritueuses , de ces élixirs , dont les bonnes femmes vantent l'efficacité pour relever les forces abattues, pour prévenir les tranchées, ou calmer le tremblement qui se manifeste presque toujours après la délivrance, et que bien des accouchées attribuent au froid.

5°. On recommande à la femme de tenir les cuisses et les jambes rapprochées et allongées , de garder le silence , et de modérer les mouvemens de l'âme autant que ceux du corps , trop d'agitation de corps et d'esprit pouvant lui devenir funeste. On la laisse sur le petit lit pendant une heure ou deux, et même plus, si elle est menacée de perte ou de défaillance, ou lorsqu'elle a répandu beaucoup de sang en accouchant.

6°. On a soin de la tenir éveillée , pour qu'elle puisse prévenir de ce qu'elle éprouve; et, dans le cas où elle ne pourroit s'abstenir de dormir, on examine de temps en temps si le sang ne coule pas trop abondamment, ou s'il ne se forme pas d'épanchement dans

2 58 PRINCIPES Stm L'AR*r

la matrice; plusieurs femmes ayant été vie*times de l'un ou l'autre de ces accidens , pendant un sommeil de peu de durée , et d'autres s'étant éveillées dans un état d'épuisement.

Après ce délai, on habille la femme, on la garnit convenablement, on la transporte dans le lit préparé pour le temps des couches, et on s'occupe de son régime.

SECTION III

De r hahiïlement des femmes en couches.

D. Quel est V habillement qui cornaient aux femmes récemment accouchées ?

R, Elles devroient se couvrir assez pour se préserver duJroid, et de manière à ne se procurer que le degré de chaleur qui leur convient ; car les deux extrêmes sont également nuisibles.

En hiver, elles se couvriront la tête d'un bonnet de toile de coton piquée et d'une coiffe ordinaire (i); le cou d'un ou de plusieurs fichus, et le sein d^une serviette mol-

(i) Celles qui désirent conserver leur chevelure feront très bien de se faire peigner à fond avant d'accoucher, pour dépouiller les cheveux de la pommade et de la poudre , si elles en font usage habituellement. Cette précaution d'ailleurs facilite la transpiration ; elle préserve de quelques maux de tête, des démangeaisons souvent insupportables, etc.

DES ACCOITCHEMENS. S^Q

lette, pllëe en plusieurs doubles, qu'elles soutiendront d'une seconde assez longue pour entourer la poitrine et se croiser sur le devant. Elles peuvent substituer à la première de ces deux serviettes , même à l'une et à l'autre , des pièces préparées pour le même usage, qu'on appelle pièces de sein.

On couvre le ventre également d'une serviette molle, pliée en carré ou en triangle, qu'on soutient d'une autre placée en manière de bandage de corps.

Une chemise, une camisole de toile piquée , de molleton , ou de flanelle ; une alèze en forme de jupon, et une serviette à demi usée, placée entre les cuisses et contre la vulve, compléteront l'habillement.

Nous observerons, i". qu'une chemise très courte, fendue par-devant dans toute sa longueur, ayant de longues manches, et une espèce de collet, vaudroit mieux qu'une chemise ordinaire dans les premiers jours des couches (i) ; 2°. que la camisole devroit être

(i) Cette chemise, qui ne descend que jusqu'aux lombes de la femme , ne se trouvant pas mouillée par les lochies dès le premier moment , comme une chemise ordinaire , on n'est point obligé d'en changer aussi souvent, et il est bien plus facile d'entretenir la femme dans la propreté qu'exige son état. Quand on préfère une pareille chemise, l'alèze recommandée ci-dessus pour entourer le bas du tronc, ainsi que les cuisses et les jambes , devient indispensable.

26o PRINCIPES SUR l'aRT

assez large pour se croiser sur la poitrine sans être trop serrée ; que les manches doivent en être assez longues pour descendre jusqu'aux poignets, et assez étroites en en bas pour les envelopper.

La femme nouvellement accouchée se couvrira moins en été qu'en hiver.

D. Est-il bien nécessaire d'appliquer autour de la poitrine et du ventre ^ V espèce de bandage de corps dont on vient de parler?

R. Cette précaution est assez inutile quant à la poitrine; mais souvent on ne peut s'en dispenser, à l'égard du bas-ventre , sans exposer la femme à quelques inconvéniens.

D. Que se proposent" on en général en entourant la poitrine de V accouchée de cette espèce de bandage?

R. Quelques femmes ne se proposent que de se défendre du froid; mais d'autres, en serrant cette espèce de bandage un peu plus, imaginent pouvoir s'opposer à la montée du lait, prévenir le gonflement du sein, et les vergetures qui en sont la suite et que rien ne peut effacer. C'est dans les mêmes vues que ces dernières ont recours à des topiques astringens , et qu'elles s'en recouvrent le sein dès les premiers momens ; mais cette pratique est on ne peut plus pernicieuse, et les personnes de l'art doivent fortement s'y opposer.

Les femmes de la campagne , qui ne pensent qu'à satisfaire au devoir de la nature

en allaitant leurs enfans, ignorent ces usages dangereux.

D. Quelle est V utilité du bandage qu'ion applique autour du ventre?

R, Les avantages de ce bandage sont évidens chez les femmes dont la grossesse a été volumineuse ; chez celles qui ont déjà eu plusieurs enfans; chez celles enfin dont le ventre étoit en besace avant d'accoucher, et conserve beaucoup de capacité après l'accouchement. Il soutient le poids des viscères, et modère les efforts qu'ils exercent continuellement sur les muscles et les tégumens affoiblis; il prévient certaines espèces de hernies, ces éventrations, ces gros ventres en besace , qui sont si incommodes, si nuisibles à la plupart des femmes. Ce bandage est tellement nécessaire dans les premiers momens à l'égard de quelques unes de ces femmes, qu'elles ne sauroient se tenir un instant sur leur séant , sans éprouver des tiraillemens incommodes vers le bas de la poitrine , sans se plaindre de vertiges, de défaillance, et même sans tomber en syncope , si on ne l'employoit pas.

D. Quel est l'instant où il convient de placer ce bandage?

R. Il convient de le faire immédiatement après la délivrance, chez quelques femmes, et chez d'autres, seulement au moment où elles vont quitter le petit lit; mais il faut observer de ne le serrer que médiocrement dans

262 PRINCIPHS SUR l'art

les premiers momens , et un peu plus dans la suite. Trop lâche d'abord, il ne rempliroit pas son objet ; et trop serré , il pourroit donner lieu à quelques accidens.

D. La femme doit-elle garder long-temps ce bandage?

R. Ce temps ne peut être fixé que par rétat du ventre même de la femme; quelques unes le porteront une semaine ou deux; et d'autres feront bien de le garder plusieurs mois.

D. Comment le lit de V accouchée doit-il être disposé?

R. On n'ajoutera rien au lit ordinaire de la femme; on le garnira seulement de manière qu'on puisse l'entretenir proprement, en substituant du linge sec et blanc de lessive à celui qui sera gâté par les vidanges. Pour se procurer cet avantage, on le garnira d'une alèze, et même de deux, depuis le dessous de l'oreiller jusqu'au-delà du point où doivent porter les fesses de la femme. On fera ces alèzes d'un drap plié en plusieurs doubles , et on les attachera par les quatre coins au bord du lit.

On chauffera ce lit, au moyen d'une bassinoire, un instant avant d'y faire entrer la femme, surtout en hiver, par rapport au froid et à l'humidité des draps. Si on ne peut se procurer de bassinoire, dont l'usage est peu familier dans les campagnes , on enveloppera la femme jusqu'au-delà des pieds

dans une alèze chaude. En été, il suffira que les linges de la garniture du lit, et ceux qui entourent le corps de la femme, soient bien secs de lessive.

D. La femme récemment accouchée peutelle , sans inconvéniens y passer (Telle-même (Tun Ut dans un autre?

R. La plupart peuvent le faire : il suffît d'approcher le lit sur lequel elles sont accouchées, de celui qui doit servir pendant les couches : mais il en est de trop foibles pour soutenir ce léger exercice, ou qui ne pourroient le faire sans en être incommodées : on portera ces dernières.

SECTION IV

Du régime que doit observer la femme en couches; des remèdes qui lui conviennent.

D. Quel est le régime qui convient le plus peiidant le temps des couches ?

R. Ce régime doit être fixé par l'état même de la femme; par la nature des accidens qui auront accompagné le travail de Tenfantement, ou qui se manifesteront après l'accouchement. Il ne consiste pas seulement dans le clioix et la quantité des alimens qu'on doit accorder à la femme; il embrasse tout ce qwi l'environne, et tout ce qui pourroit lui devenir nuisible.

Il est important, i". que la femme en

a64 PRINCIPES Sun l'art

couches respire un air libre et pur, c'està-dire qu'il ne soit ni trop chaud ni trop froid, ni trop sec ni trop humide, et qu'il ne soit chargé d'aucune odeur; le parfum de la rose, du jasmin, de la violette, etc. , pouvant être aussi nuisible que l'odeur pénétrante du musc, de l'ambre, et que les miasmes putrides qui surchageroient cet air. On fera donc en sorte que la chambre de l'accouchée ne soit ni trop chaude ni trop froide , et d'en renouveler l'air plusieurs fois le jour, en ouvrant la porte ou la croisée pendant un instant, même en hiver. On ne renfermera pas la femme sous les rideaux du lit ; on ne l'accablera pas du poids de ses vêlemens et de ses couvertures; on n'admettra que peu de personnes à la fois dans sa chambre; et on en refusera l'entrée à toutes celles qui porteront des fleurs ou des odeurs. Il faudroit en écarter de même les eaux stagnantes, celles qui contiennent des substances animales ou végétales en putréfaction.

On changera fréquemment les linges qui servent d'alèzes et de chauffoirs à l'accouchée, et on ne laissera aucun de ces linges dans la chambre, où on a la dangereuse coutume de les entasser les uns sur les autres, soit dans un coin, soit dans le fond d'une armoire : c'est ainsi qu'on entretiendra la salubrité de l'air.

La chambre de l'accouchée devroit être éloignée du grand bruit, et il ne sauroit y

régner

DES ACCOUGHEMENS. 265

régner trop de silence. Il ne faut la tenir ni dans une trop grande obscurité, ni trop éclairée. En hiver, et surtout pendant la nuit, on aura l'attention de n'avoir qu'une seule lumière; et, si on se sert d'huile, on observera qu'elle ne répande pas de ces odeurs suffocantes que les personnes même en bonne santé ont peine à supporter.

L'accouchée ne s'abandonnera à aucune passion violente, de quelque espèce qu'elle soit, un accès de joie immodérée pouvant lui détenir aussi funeste qu'un grand mouvement de colère, etc.

On ne l'obligera pas à garder la même position des jours entiers, comme on l'exige encore assez souvent à l'égard de quelques unes. Elle se couchera tantôt sur le dos, tantôt sur un côté ou sur l'autre, et s'assiéra même si les forces le lui permettent. Ces mouvemens , ces changemens de positions, ne doivent être défendus qu'aux femmes qui sont épuisées par l'hémorrhagie , parce qu'elles ne sauroient s'y livrer sans éprouver de grands maux de tête, des vertiges, des bourdonnemens d'oreilles et des défaillances.

D. Quels sont les alimens qu'on doit accorder a la femme nouvellement accouchée?

R. H est assez difficile de procurer à toutes les femmes les alimens qui leur conviendroient le plus : ils doivent être de facile di-

■26G PRINCIPES SUR l'aRT

gestion, et en assez grande quantité pour réparer et soutenir les forces , une diète trop sévère pouvant avoir les mêmes inconvéniens que l'excès contraire. En général , il faut donner un peu plus d'alimens à la femme qui nourrit son enfant qu'à celle qui n'allaite pas.

On accorde une soupe pour déjeuner; une autre soupe, avec un peu de légumes, ou un œuf frais, pour le dîner; un bouillon, avec une croûte de pain, pour le goûter, et autant pour le souper. On retranche quelque chose de ces alimens, le troisième et le quatrième jour, si le lait se porte au sein avec abondance, s'il survient de l'élévation et de la fréquence dans le pouls; en un mot, si la femme éprouve , à un degré marqué, ce que nous appelons Jièç'/'e de lait. Après ce temps on donne des alimens plus solides , et la femme reprend insensiblement sa manière ordinaire de vivre.

La femme qui n'allaite pas son enfant semble avoir moins besoin de nourriture que celle qui allaite, mais il faut également la soutenir; si on lui accorde chaque jour quelques légers potages jusqu'au moment de la montée du lait, on peut les lui retrancher pendant le temps de cette révolution, et ne lui donner alors que du bouillon (t).

(i) Autant qu'il est possible, le bouillon sera fait avec le bœuf, le veau ou la volaille. On pré-

IVes accouchï-meins. 26^

Après ce temps , ou augmentera graduellement ses alimens; on lui accordera des légumes , des œufs , de la volaille , etc.

D. Quelle est la boisson quon doit accorder aux femmes en couches ?

R. Toutes les espèces de boissons conviennent aux femmes en couches à l'heure des repas. On donnera du vin à celles qui pourront se le procurer; mais elles le couperont à moitié , même aux deux tiers , avec de l'eau ; les autres boiront de l'eau pure, de la bière ou du cidre, selon Fhabitude qu'elles ont à cet égard.

L'eau commune, légèrement sucrée, ou édulcorée avec le sirop de capillaire , de violette ou de guimauve , servira de boisson ordinaire dans l'intervalle des repas : on peut y substituer une tisane d'orge, de chiendent et de réglisse , ou bien une légère infusion de capillaire , de véronique, de bourrache , etc. , selon les circonstances et les lieux.

D. Doit-on donner ces boissons chaudes ou froides?

R. L'usage de ne donner à la femme que des boissons chaudes ou tièdes , a peut-être moins d'avantages que d'inconvéniens ; elles

sume bien que toutes les femmes de campagne ne pourront pas se procurer cet avantage : mais nous observerons que c'est le plan de conduite générale que nous avons en vue, et non le traitement de telles ou telles classes de femmes.

Ma

affoiblissent les forces de l'estomac , et rendent les digestions long-temps pénibles à la suite des couches. On ne doit donner ces boissons tièdes que lorsqu'il y a de la moiteur à la peau, ou de la sueur. Dans le reste du temps, on peut les donner à la température ordinaire , et telles que la femme les prendroit dans l'état de santé , excepté cependant à la glace.

D. Ne doit-on rien changer a la boisson des femmes en couches pendant ou après lajîevre de lait?

R. La femme qui nourrit son enfant peut s'en tenir à la même. Mais on fera prendre aux autres quelques verres de ces infusions théiformes dont nous avons parié , afin d'exciter ou d'entretenir la transpiration , et d'augmenter les urines. Quelques tasses de thé léger, d'infusion de fleurs de sureau , de tilleul , etc. , rempliront toutes ces vues.

D. Ces boissons suffis ent-elles pour évacuer le lait chez les femmes qui ne nourlissent pas leurs enfans?

R. Elles suffîroient à l'égard de toutes , si ces femmes évitoient soigneusement de s'exposer à l'intempérie de l'air, et ne commettoient aucune faute dans le régime. Mais il est rare qu'on s'en tienne chez elles à des remèdes aussi simples et aussi peu dispendieux, soit parce qu'elles ne se croiroient point en sûreté après l'usage de pareils movens, soit

DES ACCOUCEŒMENS. 269

parce que des circonstances particulières ne permettent pas de s'y borner. Aussitôt que la fièvre de lait est passée , et que la matière des vidanges commence à blanchir ou à devenir laiteuse ^ on administre tous les matins, ou de deux jours l'un seulement , un lavement composé de la décoction de quelques plantes émollientes , et de trois ou quatre onces de miel commun , ou de miel mercuriel., auquel on ajoute encore parfois quelques gros de cristal minéral , et plus souvent de sel de Duobus, ou de toute autre espèce.

On donne à ces femmes quelques verres d'une tisane faite avec la racine de canne , de roseau , de persil , et autres semblables. On leur fait prendre tous les matins deux ou trois tasses d'infusion de chicorée sauvage , de bourrache , de cerfeuil ; ou bien on fait de ces plantes une espèce de bouillon , ou d'apozème, auquel on ajoute un gros ou deux de sel d'Epsom , de Glauber, ou de Duobus , pour le rendre un peu purgatif.

Après l'usage de ces remèdes on administre une ou plusieurs médecines , composées de deux gros de séné mondé , de deux onces de manne , et de deux gros de sel d'Epsom ou de Glauber.

D. Ne doit-on pas aussi employer quelques topiques sur le sein des Jemmes qui ne nourrissent pas leurs en/ans ?

R. L'accoucheur ne doit approuver au-

cun de ceux que les bonnes femmes prescrivent à cet égard. Les unes font appliquer des linges trempés dans l'eau-de-vie; d'autres , des linges enduits de beurre salé , de suif, d'buile, de cérat, d'onguent populéum , ou de diverses pommades , dont la formule se transmet de génération en génération dans la même famille; celles-ci le font couvrir de persil; celles-là le garnissent de pervencbe , etc. La nature n'a besoin d'aucun de ces prétendus secours: il suffit de tenir le sein couvert mollement et cliaudement , pour le défendre du contact de l'air froid. Loin de chercher h modérer la montée du lait , et de s'y opposer, comme le font bien des femmes , il faut la favoriser autant qu'il est possible.

D. L'état des parties sexuelles de la femme n'exige-t-ilpas quelques soins après r accouchement ?

B, Il est important de s'en occuper lorsque ces parties ont éprouvé quelques contusions ou déchirures , qu'elles ont été violemment distendues lors du passage de l'enfont , parce qu'elles se tuméfient presque aussitôt après l'accouchement, et qu'elles peuvent s'enflammer et s'ulcérer. Les urines et la matière des vidanges dont elles sont baignées à chaque instant , excitent d'ailleurs des cuissons et des douleurs insupportables , qu'il faut s'efforcer de calmer. On fera plusieurs fois le jour des fonien-

tations émoUienles et résolutives sur ces parties , jusqu'à ce que le gonflement en soit dissipé , que la douleur ait cessé , et que la réunion ou la consolidation de celles qui ont été déchirées se soit opérée.

La décoction de racine de guimauve , de cerfeuil , ou le lait chaud, dans les premiers momens , sera fort utile : on emploiera dans la suite l'infusion de fleurs de sureau , de camomille , et de mélilot ; ou bien le vin chaud, auquel on ajoutera un peu de miel.

Quoiqu'il ne survienne ni gonflement , ni tension doloureuse à ces parties , chez bien des femmes , il est bon néanmoins d'y faire des lotions une ou plusieurs fois le jour* , soit avec du lait , comme le font la j;.Iupart des femmes , soit avec de l'eau de guimauve , de sureau , ou de cerfeuil , pour les nettoyer , prévenir les cuissons et les démangeaisons que le passage des vidanges peut exciter : mais ces lotions se feront sans exposer la femme au froitl et sans la découvrir , surtout dans le temps des sueurs qui accompagnent la révolution du lait.

D. Doit-on approuver V usage de ne changer de linges et de lit qu'après les six ou les sept premiers jours des couches?

R. Cet usage , que l'ignorance seule a pu perpétuer et conserver jusqu'à nous, peut avoir beaucoup d'inconvéniens.

Oh doit changer do linges toutes les fois

qu'ils sont mouillés par les sueurs , par le lait , ou par les vidanges : on a seulement la précaution de ne pas le faire pendant la sueur, et de ne donner que des linges bien secs et un peu chauds. Si l'on peut se dispenser de changer de chemise tous les jours , on doit au moins renouveler les alèzes qui garnissent le lit , et surtout les serviettes qui reçoivent les vidanges.

On peut aussi transporter la femme tous les jours d'un lit sur un autre , CKcepté pendant la fièvre de lait , et lorsque des circonstances particulières s'y opposent.

D. A quel terme des couche^s la femme peut-elle se lever et commencer a marcher ?

R. Ce ,terme ne peut être le même pour toutes les femmes : les unes peuvent se tenir levées et marcher après les cinq ou six premiers jours, et d'autres ne sauroient le faire au dixième , même au douzième , sans en être incommodées et sans éprouver «des pesanteurs de matrice , des tiraillemens douloureux dans le bas-ventre , etc.

En général , les femmes de la campagne quittent leur lit , et reprennent leurs occupations domestiques de trop bonne heure : la plupart vont à l'église et aux champs , s'exposent au froid et à l'humidité , dans un temps où elles devroient au plus rester levées quelques instans de la journée. L'usage oii elles sont de nourrir leurs enfans ne sauroit les dispenser de prendre plus de

DES ACCOUCHEMENS. 2 y 3

précautions, puisque l'allaitement ne les met pas à couvert d'une foule d'infirmités, plus ordinaires chez elles que chez les femmes qui habitent les villes.

ARTICLE IL

Des soins qu'on doit à V enfant, de son habillement, de son régime et de sa nour-riture jusqu'au sevrage.

SECTION PREMIÈRE

Des premiers soins qu exige V enfant.

D. Quels sont les soins quon doit donner a \ enfant avant de V emmaillotter ?

R. Quelques uns de ces soins semblent ne regarder que la propreté , tandis que d'autres sont de la plus grande importance. Les premiers consistent à dépouiller le corps de l'enfant d'une espèce de pommade visqueuse et tenace qui le recouvre en quelques endroits, et souvent partout : les derniers, à rechercher s'il n'existe aucuns vices de conformation, ou accidens , qui puissent influer sur la vie de l'enfant, afin d'y apporter les remèdes nécessaires.

D. Comment doit-on nettoyer le corps de r enfant de V enduit visqueux dont il s' agit?

R. La plupart des femmes qui se char-

274 PR IN CI PUS SUR l'art

gent de ce soin s'efforcent de détacher cet enduit, en essuyant rudement les endroits où il se trouve,- soit avec un linge sec, soit avec un linge trempé dans Feau chaude ou le vin : ce n'est que par des frottemens réitérés qu'elles y parviennent, et encore ne le font-elles qu'imparfaitement, et en tourmentant horriblement l'enfant, parce que cet enduit tient fortement à la peau, et ne peut être détrempé ni par l'eau ni par le vin.

On commence par le rendre bien liquide et coulant, en frottant légèrement partout où il se trouve, avec les doigts trempés dans l'huile, ou le beurre fondu, et on le détache ensuite facilement en essuyant avec un linge sec. Ce sont surtout les aisselles , et les plis des aines, où il est pour l'ordinaire très épais, qu'il faut en dépouiller ainsi , afin que la rancidité qu'il acquiert promptement par la chaleur du corps, n'excite pas la rougeur et l'excoriation de ces parties.

On apporte plus de soins encore à en nettoyer les paMies naturelles des petites filles, parce qu'elles s'enflamment et s'ulcèrent bien plus aisément que les autres; et qu'indépendamment de la douleur qui en est inséparable alors , il s'y établit des écoulemens qu'on pourroit attribuer à des maladies moins bénignes.

Après avoir dépouillé l'enfant de cette espèce de pommade , on le lave avec de

DES ACCOUCHEMErrS. l'jD

Teau tiède, pure, ou mêlée avec du vin. On ne doit ni le laver ni le baigner à l'eau froide dans les premiers temps , comme quelques uns le recommandent : si le bain froid peut entrer dans le plan de l'éducation pbysique des enfans , il convient de les y accoutumer insensiblement, en diminuant de jour en jour, et par degrés, la cbaleur de l'eau.

D. Quels sont les accidens et les vices de conformation qui exigent quelques secours des les premiers momens de la naissance ?

R. Des enfans naissent avec des contusions, des bosses ou des dépressions à la tête, avec une fracture ou une luxation à l'une des extrémités; d'autres avec des vices de con- ^ormation auxquels il convient de remédier également dès les premiers jours, tels que le filet, l'imperforation de l'anus et celle du canal de l'urètre, (i)

SECTION II

De V emmaillottement y ou de V habillement de r enfant.

D. Comment doit-on habiller V enfant ?

R. On couvre sa tête d'une espèce de

coiffe appelée béguin, et d'un bonnet de

(i) Ces accidens et ces vices de conformation feront le sujet d'un chapitre particulier.

2j6 PRINCIPES SUR l'aRT

toile piquée, de coton ou de laine, qu'on fixe au moyen d'une bandelette qui passe sous le menton, de l'un à l'autre coté de cette coiffure.

On lui met ensuite une demi-chemise et une camisole, appelées brassières, qui se croisent sur le dos : la camisole doit être de toile, de futaine, de molleton , ou de tricot, selon la saison.

La tête et la poitrine étant couvertes, on place autour du ventre un petit appareil propre à soutenir le bout du cordon qu'on a conservé et lié soigneusement : il consiste en deux compresses à peu près carrées, et une troisième en forme de bande et assez longue pour faire le tour du corps. L'une des deux premières doit être fendue au milieu de l'ur de ses bords jusqu'au centre, oii Ton fait une petite échancrure. On passe le cordon dans, cette échancrure, on le couche sur le côté gauche de cette compresse, qu'on recouvre de la seconde, et on contient le tout au moyen de la troisième, qu'on croise par-dessus, et qu'on fixe avec des épingles.

On observe de ne pas trop serrer ce bandage, et de le renouveler toutes les fois qu'il est gâté par les urines ou les excrémens de l'enfant.

Pour que le cordon ne s'attache pas fortement aux premières compresses en se desséchant, et qu'on puisse aisément l'en détacher et les changer sans tirailler l'ombilic ,

on est dans l'usage de les enduire de beurre frais ; ce qui a souvent aussi des inconvéniens : il vaut mieux ne pas en employer.

On enveloppe ensuite le corps de deux langes, l'un de toile a demi usée et l'autre de toile piquée , depuis les aisselles jusqu'au - delà des pieds. On croise ces langes sur îe devant de la poitrine, on relève l'excédant de leur longueur sur les jambes , et on les assujettit au moyen de quelques épingles , mais de manière que la poitrine et le ventre ne soient pas serrés , et que l'enfant puisse remuer aisément les extrémités.

On met un fichu sur le cou , un lange de futaine ou de laine par-dessus les premiers, si c'est en hiver. On garnit ce dernier lange d'une serviette, et on y renferme les bras de l'enfant lorsqu'il fait très froid.

Pour fixer la tête ou l'empêcher de ballotter et de tomber brusquement de coté et d'autre , lorsqu'on porte l'enfant sur les bras , ce qui pourroit avoir des inconvéniens , on la fixe au moyen d'une bandelette passée dans la sous - gorge du bonnet , et attachée en manière de martingale , sur le devant de la poitrine, ou bien en faisant monter le dernier lange du maillot assez audessus de la tête pour en forsr.er une espèce de chaperon, (i)

(i) On ne sauroit trop recommander aux femmes

D. V espèce de maillot qiion vient de décrire est-il aussi commode et aussi sûr que celui quon affermit par des tours de bandes multipliés y ainsi que cela se fait encore dans la plupart des campagnes ?

R. Les femmes de la campagne, forcées par la nature de leurs occupations , de laisser l'enfant à la garde d'un autre à peine assez fort pour le porter, trouveront ce maillot moins sûr et moins commode que celui qu'elJes affermissent par des tours de bandes,, et dans lequel les bras sont serrés contre le corps, les cuisses et les jambes allongées, et fortement rapprochées l'une de l'autre. Quelques unes préféreront ce dernier maillot, dans la crainte que l'enfant enveloppé plus lâchement n'éprouve du froid, ou que ses membres trop en liberté ne prennent une tournure vicieuse , etc. Mais qu'elles se rassurent contre tant de craintes : les enfans tenus en liberté dans

chargées d'eramailloUer l'enfant , de le changer de langes dans les premiers temps et de le porter sur les bras , de prévenir ce ballottement et ces secousses, l'enfant pouvant en être promptement la victime. Wous en avons vu un frappé de convidsious, et mourir avant qu'il ne fût emmaillotté : il étoit né bien portant , et sans aucun symptôme de l'engorgement du cerveau. Ces femmes doivent éviter aussi de tenir î'enfant suspendu par l'un des bras , tandis qu'elles passent sous lui les langes qui doivent l'envelppper, parce qu'elles peuvent luxer ce bras.

leurs langes sont ceux qui se ressentent le moins de la rigueur des saisons, parce que la chaleur qui leur convient dépend bien plus de l'activité de leurs organes et de leurs mouvenTens que des langes dont le poids les accable. Les enfans les mieux faits après les premières années, sont ceux qui ont été le moins exposés à la gêne ou à la torture, qui est inséparable d'un pareil maillot.

On ne sauroit trop répéter à ces femmes combien Fusage de ces bandes est pernicieux, combien il est contraire à l'intention de la nature, a la tranquillité et au développement de l'enfant, surtout chez les liabitans de la campagne , qui n'ont que des langes de grosse toile, dont la trame se voit profondément imprimée sur le corps de l'enfant toutes les fois qu'on le change.

D. Doit-on se faire une règle de ne changer les enfans de langes qua des heures marquées de la journée ?

R. Cet usage , encore trop généralement observé dans les campagnes , n'a pu naître que de la pauvreté même qui manque du nécessaire pour ce qu'il conviendroit si fort d'adopter. La meilleure règle est de changer l'enfant toutes les fois que ses langes sont mouillés, soit par ses urines ou ses excrémens; et toutes les femmes l'adopteroient, si elles consultoient un peu plus leurs propres intérêts. Non seulement elles chan-

geroient leurs enfans toutes les fois qu'ils sont mouillés; mais elles auroient encore le soin de laver les parties du corps qui ont été salies par les excrémens , au lieu de se borner à les essuyer à demi. Au moyen de ces soins, les femmes assureroient davantage leur repos et celui de Tenfant, parce qu'elles préviendroient ces rougeurs de fesses et du pli des aines , ces gerçures et ces excoriations , qui les entretiennent dans un état de douleur cuisante , et de veille permanente.

D. De quelle manière V enfant doit-il être couché dans son berceau ?

R. Soit qu'on se serve d'un berceau ordinaire, ou de l'un de ces paniers connus sous le nom de harcelonnettes y l'enfant doit y être couché, pendant les premières heures, sur l'un de ses côtés , la tête un peu plus élevée que les pieds, afin qu'il puisse rendre plus facilement les humeurs muqueuses qui abondent dans la bouche : dans la suite on le couchera tantôt sur un coté, tantôt sur l'autre, ou sur le dos. On placera constamment le berceau en face de la croisée d'où la chambre reçoit son plus grand jour , afin que la lumière tombe directement sur les yeux, et que l'enfant ne s'habitue pas à loucher.

D. Doit-on bercer V enfant ^ c'est-à-dire agiter le berceau dans lequel il est couché , lorsqu'on de propose de V endormir ?

R\ Une douce agitation du berceau ne

DES ACCOUCHEMENS. iSl

peut devenir nuisible à l'enfant; mais une agitation violente pourroit avoir des inconvéniens. Continuée pendant quelques instans, elle détermine le sommeil ; mais c'est plutôt un état comateux qu'un sommeil naturel.

On pourroit le comparer à celui qu'on procure momentanément à une poule, en lui faisant décrire des mouvemens en fronde, après lui avoir placé la tête sous l'une des ailes, expérience assez familière aux jeunes gens de la campagne.

SECTION lit.

Du 7'égime et de la nourriture de V enfant.

D. Quel est le régime qui cornaient à V enfant dans les premiers jours de sa naissance?

R. L'enfant n'a besoin de nourriture que lorsqu'il a évacué abondamment son méconium. On lui donne de l'eau sucrée quelques instans après sa naissance, et on continue de lui en faire boire dans le cours des premières lieures. S'il n'évacue pas , on lui administre une once de sirop de chicorée composé , en y ajoutant une pareille quantité d'eau : on lui fait prendre ce sirop en plusieurs fois , a des intervalles plus ou moins longs , et on continue ensuite l'eau sucrée ou miellée.

Ce sirop est préférable aux potions purgatives plus composées; à ces petites boules

282 PRINCIPES vSUR l'art

de beurre roulées clans le sucre , que bien des femmes administrent à leurs enfans dès les premiers momens; a l'huile d'amandes douces, que celles de la campagne mêlent souvent à la bouillie , qui sert chez elles de premier aliment à l'enfant, et aux autres substances grasses, comme la manne, etc.

Rien ne peut remplacer ce léger purgatif amer , quand l'estomac de l'enfant est tapissé de glaires qui lui otent toute aptitude pour teter , et lui font éprouver de fréquentes nausées ; il excite le dégorgement des glandes salivaires et muqueuses , il évacue l'estomac et les intestins. Il est utile d^en continuer l'usage au-delà des premiers jours , quand la teinte jaune qui survient à l'enfant paroît un peu plus foncée que de coutume; mais on ne le donne alors qu'à la dose d'un quart de cuillerée , le matin et le soir , toujours mêlé avec quelques parties d'eau.

D. A quel temps Veiifant commence-t-il a évacuei^ le méconium et les urines ?

R. Quelquefois c'est à l'instant même de la naissance ; d'autres fois ce n'est que cinq ou six heures après , et même plus tard. Lorsqu'il n'évacue pas dans le cours des vingtquatre ou trente -six premières heures, il faut examiner si l'intestin rectum ou le canal de l'urètre ne seroit pas imperforé, afin de remédier promptement , autant que cela se peut, à ces vices de conformation.

DES ACCOUCHEMETN-S. 2 83

D, Quel est Vinstant ou Venfant doit commencer a teter ?

R. Lorsque l'enfant n'est pas allaité par sa mère , on ne le fait teter que clix-huit ou vingt-quatre heures après sa naissance , et même plus tard , s'il n'a pas évacué son méconium , et si les mucosités abondent encore dans la bouche. La femme qui allaite son enfant peut le présenter au sein une heure ou deux après l'accouchement , et même plus tôt si elle se trouve assez forte pour le faire, parce qu'elle lui donnera peu de lait dans ces premiers temps, et que celui que contient alors son sein est regardé tellement comme le meilleur purgatif qu'on puisse administrer à l'enfant , que bien des gens se persuadent qu'on ne doit en employer aucun autre, et que le sirop de chicorée que nous avons recommandé devient alors inutile (f). D'autres femmes imaginent qu'en commençant à donner le sein de très bonne heure , elles auront moins de difficultés à surmonter dans l'allaitement.

D. Est-il rigoureusement nécessaire que la femme donne a teter aussitôt après V accouchement y pour réussir dans V allaitement?

R. Cette attention n'est pas nécessaire , puisque des milliers de femmes n'ayant commencé à donner a teter que le deuxième ,

(i) Ce premier lait s'appelle colostrum.

le troisième jour et même plus tard , n'ont pas éprouvé plus de difficultés que celles qui î'avoient fait un instant après leur délivrance, et ont eu le même succès : bien plus , c'est que quelques unes n'ont pu réussir parce qu'elles avoient commencé de trop bonne heure. On évitera seulement d'en faire le premier essai dans le temps où le sein sera fortement distendu par le lait , parce que le mamelon se développe moins facilement , et que la succion excite plus de douleurs. On commencera donc avant ce moment, ou bien on attendra que le sein soit devenu un peu plus souple.

D. L'époque de la montée du lait ou du gonflement du sein n indique-t-elle pas le moment ou Von devroit commencer ajaire teter V enfant?

R. Quelques femmes sont dans l'opinion que l'enfant n'a besoin d'aucun aliment avant ce moment, qui arrive ordinairement au troisième jour , attribuant à cette cause l'inaptitude à prendre le sein, ou l'espèce d'indifférence qu'il témoigne lorsqu'on le lui présente. Sous ce faux prétexte qu'il n'a aucun besoin , ces femmes le laissent jeûner pendant des jours entiers, et affamer ou affoiblir , de manière qu'il n'a plus dans la suite la force de teter , et qu'il succombe d'inanition.

Quand un enfant ne tette pas avec avidité après vingt-quatre ou trente-six heures ,

c'est qu'il a besoin encore d'être évacué , ou qu'il ne peut saisir le bout du sein. Son inaptitude , dans ce dernier cas , \ient de ce qu'il a le filet, ou bien de ce que le bout du sein est trop court, trop gros, ou trop aplati , etc.

D. Toutes les femmes peuvent-elles nourrir leurs en/ans?

R. En leur accordant le titre de mère , si la nature semble leur prescrire d'allaiter leurs enfans, elle ne paroît pas avoir donné également à toutes les qualités nécessaires pour bien remplir ce devoir. Si elle accable les unes de maux et d'infirmités, pour s'être soustraites volontairement à la loi rigoureuse qu'elle semble leur imposer, trop d'asservissement à cette loi ne deviendroit pas moins préjudiciable à d'autres femmes qu'aux enfans qu'elles entreprendroient d'allaiter. Il est de ces femmes dont la santé est trop délicate pour qu'elles puissent le faire : d'autres perpétueroient chez leurs enfans les principes qu'elles leur ont transmis , d'une maladie souvent incurabledont elles sont elles-mêmes affectées, telles que la phthisie , le virus psorique , etc. Il en est enfin qui ne peuvent allaiter, quoiqu'elles jouissent de tous les avantages d'une bonne constitution, et qu'elles aient beaucoup de lait , parce qu'elles ont le bout du sein peu disposé à transmettre cet aliment à l'enfant.

286 PRINCIPES SDR L'aRT

D. Quels sont les vices du mamelon qui peuv'ent rendre V allaitement difficile ^ ou impossible ?

R. On doit regarder comme tels la dureté extrême de cette partie , et son défaut de longueur. Quelquefois le mamelon, au lieu d'être saillant, se trouve comme enfoncé dans le corps de la mamelle , et l'on ne voit à la place qu'il doit occuper qu'une dépression semblable à celle qu'auroit pu faire le bout du petit doigt. D'au^ très fois il est très gros et si aplati , que l'enfant ne peut le saisir, ou bien il est si dur qu'il ne sauroit se développer et donner passage au lait.

D. Les femme s qui se propos eut de nourrir ne devroient- elles pas s'y préparer avant V accouchement?

R. Il en est beaucoup en effet qui feroient bien de s'en occuper pendant les derniers temps de la grossesse , et qui ne sauroient allaiter sans ces préparations. Elles les commenceront plus tôt ou plus tard, selon qu'elles auront plus ou moins de difficultés à surmonter. Si quelques semaines suffisent aux unes, les autres ont besoin de s'en occuper pendant plusieurs mois.

D. En quoi consistent ces préparations P

R. Elles consistent à amollir le bout du sein, à le développer, à diminuer son extrême sensibilité.

On procure de la souplesse au mamelon,

et on Tamollit lorsqu'il est trop dur, en l'humectant souvent avec de la salive, de l'eau tiède ou de l'eau de guimauve , et en le tenant couvert d'un linge trempé dans l'une de ces dernières.

On le développe , et on le rend plus perméable au lait, en faisant teter la femme pendant les dernières semaines, même les derniers mois de la grossesse , par une personne saine , ou par de petits chiens. On se sert d'une pipe de verre, de terre cuite, ou de toute autre matière, de pompes ou de suçoirs destinés aux mêmes usages :

mais le moyen le plus sûr est de se servir d'une petite bouteille de verre blanc, en forme de ballon, dont le col soit un peu allongé et médiocrement évasé à son entrée. (i)

On échauffe cette bouteille, en y mettant de l'eau presque bouillante qu'on en retire ensuite, ou bien en la présentant au feu ; on l'applique au sein de manière que le mamelon s'engage dans le goulot, et que l'air ne puisse pas y pénétrer; on la tient ainsi pendant (juelques minutes, et jusqu'à ce que le mamelon s'y soit allongé de cinq à six lignes: on répète cette préparation tous les jours , matin et soir, et autant de temps que les circonstances l'exigent.

Les femmes qui ont besoin de ces pré-

(i) Bouteille à médecine. ^

parations feront bien d'ailleurs de porter habituellement de petits étuis destinés à conserver le bout du sein : ces étuis , de buis, d'ivoire, de cire, ou d'un métal très mince , ressemblent assez bien à un chapeau détroussé , et sont connus de tout le monde.

On diminue la grande sensibilité du mamelon , en le touchant fréquemment et avec précaution , en le lavant avec du vin chaud , et en insistant sur les succions préparatoires dont on vient de parler.

D. Des causes étrangères à la conformation du mamelon ne peuvent- elles pas également rendre V allaitement impossible?

R. Indépendamment de ces premiers obstacles, les gerçures, les déchirures et les ulcérations du mamelon, l'engorgement, l'inflammation des mamelles, et les dépots qui surviennent, contraignent encore quelques femmes de discontinuer l'allaitement , après plusieurs jours ou plusieurs semaines. D'autres fois c'est une maladie aiguë qui l'en empêche, ou bien c'est la source du lait qui se tarit.

D. Comment doit-on nourrir V enfant que la mère ne peut allaiter?

R. De toutes les ressources connues , aucune ne mérite la préférence sur celle qui est en usage dans les grandes villes, où bien peu de femmes se mettent en peine de nourrir elles-mêmes leurs enfans : il faut

lui

lui donner une nourrice, et ce n'est qu'au défaut de celle-ci qu'il est permis ou qu'on devroit se permettre de nourrir l'enfant avec le lait des animaux.

SECTION TV

Du choix d'une nourrice.

D. Quelles sont les qualités qu'on doit rechercher le plus dans une nourrice?

R. Il faut choisir une femme d'un âge moyen, d'une forte complexion, et d'une bonne santé; qui ait de belles dents , les gencives fermes et vermeilles, Thaleine douce, et la transpiration sans odeur désagréable; une femme qui n'ait sur le corps ni pustules^ ni tumeurs, ni cicatrices qui dénotent d'anciennes maladies , quoique guéries ; une femme qui soit exempte de grandes passions, qui ne s'adonne ni à la débauche ni à l'ivrognerie, ni à la colère, etc. On préfère celles dont les cheveux sont bruns , et le tissu de la peau serré, à celles qui sont blondes, rousses, ou très noires, parce que la transpiration, chez ces dernières, est toujours d'une odeur pénétrante, souvent nauséabonde, et que leur lait participe à ces mauvaises quahtés.

Les mamelles doivent être d'une moyenne grosseur, souples^ un peu pendantes et parsemées de veines bleuâtres. Le mamelon

doit être également souple , et long de plusieurs lignes ; il doit se développer au moindre attouchement ou à la moindre succion , et donner librement issue au lait; l'aréole, ou le cercle qui entoure le mamelon, doit être large, un peu monticuleux, et d'une couleur tirant sur le brun; enfin la nourrice doit avoir beaucoup de lait , d'une bonne qualité, et en fournir également des deux seins.

D. A quelle marque reconnoît-on que le lait est de bonne qualité ?

R. Le lait est d'une bonne qualité, lorsqu'il n'est ni trop épais, ni trop clair; quand il est d'une saveur douce , agréable et légèrement sucrée, et qu'il n'a aucune odeur.

On juge de la consistance du lait en le faisant rayer en petite quantité dans une cuillei^ d'argent , ou en en plaçant une goutte sur l'ongle du pouce; lorsqu'il est d'une bonne consistance, il laisse sur la cuiller un nuage léger, d'une couleur tirant un peu sur le bleu. Ce nuage est épais, lorsque le lait a trop de consistance , et ne s'aperçoit pas lorsqu'il est trop clair.

La goutte placée sur fongle ne s'en détaclv^ pas s'il est trop épais; elle tombe aisément, et n'y laisse que la trace de l'eau, quand il est trop clair.

On juge de la saveur, même de l'odeur du lait, et en mettant quelques gouttes sur

Un lait très épais, ou très clair, ne convient pas à l'enfant ; celui qui a de l'odeur, qui laisse sur la langue une sorte d'âcreté , ou qui est d'une couleur jaunâtre, trop bleuâtre, ou verdâtre, est décidément mau* vais.

D. Quelles sont les précautions qu'on doit observer pour bien juger du lait d'une nourrice ?

R. On observe : i°. que cette femme ne soit pas à jeun depuis long-temps, et on a pareillement égard à la nature de ses derniers alimens, si elle a mangé depuis peu de temps; car il ne peut avoir les qualités requises chez une femme qui souffre de la faim, et il contracte facilement l'odeur et le goût de certains alimens; 2°. que le sein n'en soit pas trop plein ni engrumelé , parce que le peu de lait qu'on en exprime alors est toujours très clair ; S**, que les doigts qui servent à faire rayer le lait soient propres , pour qu'ils ne lui communiquent aucune odeur, aucune saveur, ni aucune couleur qui lui soit étrangère ; 4^. on a la même attention à l'égard du vase dans lequel on reçoit ce liquide ; 5°. la personne chargée de juger des qualités du lait a le soin de ne pas lui attribuer le goût et l'odeur des alimens dont elle aura fait usage elle - même dans ses derniers^ repas.

D. Doit-on a(^oir égard a rdge du lait

quand la nourrice a d'ailleurs les qualités convenables ?

R. Cette observation est souvent moins importante qu'on ne le pense. Si un lait de deux à trois mois paroît, en général, préférable à celui de six à huit, quelquefois aussi ce dernier vaut beaucoup mieux. C'est moins l'âge du lait qui doit nous diriger, que ses qualités et son abondance, en supposant les choses égales du coté de la constitution physique et morale de la femme.

D. J quels inconvéniens expose-t-on V enfant ^ en lui donnant pour nourrice une femme anciennement accouchée ?

R. Le premier, c'est que l'enfant ne digérera ce lait que difficilement, s'il est trop épais, si on lui en donne fréquemment et beaucoup à la fois; le second, c'est qu'on peut être forcé de le sevrer de trop bonne heure, ou de lui donner une autre nourrice, si la source de ce lait s'épuise avant le temps ordinaire du sevrage. Ces deux inconvéniens peuvent en produire une foule d'autres, tels que le vomissement continuel, quand l'enfant ne peut digérer le lait trop épais, la diarrhée, l'obstruction des glandes mésentériques, l'atrophie, etc.

D. U enfant nouç^ellement né ne rajeunitil pas, et ne renouvelle-t-il pas le lait de sa nourrice, lorsqu'elle est anciennement accouchée ?

R. Bien /îes gens le pensent ; mais cette

DES ACCOUCHEMENS. SQS

opinion n'est que le fruit de l'ignorance , et de quelques apparences trompeuses. Elle a eu trop de victimes, pour ne pas chercher à en dévoiler la source : voici ce qui a trompé et ce qui trompe encore tous les jours beaucoup de femmes. Qu'une nourrice quitte un enfant de huit à dix mois , pour présenter le sein à un enfant de naisnance , qu'observons - nous ? Que l'enfant nouvellement né, qui a peu de besoins, ne vide le sein de cette femme qu'imparfaitement chaque fois qu on le lui présente , au lieu que celui de huit à dix mois en arrachoit jusqu'à la dernière goutte de lait; de sorte qu'après deux jours, souvent un seul , il y a redondance , les mamelles sont pleines, même distendues et gonflées douloureusement, comme on le remarque du deuxième au troisième jour des couches, ou du troisième au quatrième. Si l'on en tire du, lait dans cet état de plénitude, l'on n'a qu'un lait clair et séreux, semblable à celui qu'on exprime d'une mamelle où ce fluide s'est engrumelé. C'est cette plénitude accidentelle du sein, et cette fluidité provenant du séjour et de l'altération du lait; dans le sein même , qui ont fait croire que l'enfant nouvellement né le rcnouveloit et le rajeunissoit. Cette surabondance n'est que momentanée ; elle disparoît promptement , et l'enfant manque bientôt du nécessaire. ^

2q4 principes sur l'art

D. Quelles précautions faut-il prendre quand on ne peut donner a l'enfant qu'une nourrice anciennement accouchée ?

B. Si le lait a trop de consistance, on observe : 1°. d'en donner plus rarement que ne le feroit une femme nouvellement accouchée , et d'en laisser prendre moins à la fois ; 1°. de faire boire à l'enfant, aussitôt qu'il a teté, quelques cuillerées d'eau sucrée et dégourdie , afin de délayer ce lait , et d'en favoriser la digestion.

On tient la nounice au régime végétal : on ne la nourrit que de légumes, si la saison le permet, et on lui recommande de boire un peu plus que de coutume , non du vin , de la bière , ou autres boissons fermentées , mais de l'eau pure; ou bien on lui fait prendre une infusion légère de thé, de véronique, de fenouil, ou de toutes autres plantes de cette espèce. On pourra de cette manière procurer un peu de fluidité au lait comme on lui procure , en d'autres circonstances, quelques propriétés médicinales, en faisant prendre à la nourrice des substances qui en jouissent.

D. Peut-on également procurer au lait qui est trop clair ^ la consistance qui con- '^ient a la nourriture de V enfant ?

R. Lorsque cet excès de fluidité ne pro^ vient que de quelques causes accidentelles, par exemple, de la mauvaise qualité des alimens que prend la femme, on peut y

t)ES ACCOUCHEMENS. 29 5

remédier, et procurer plus de consistance au lait ; on prescrit un meilleur régime , on donne des substances plus nourrissantes, des farineux, du lait même, si la femme peut s'y habituer : mais on ne corrige jamais l'excès de fluidité qui dépend de la foiblesse des organes , ou de la constitution de la femme.

D. Le lait ne perd-il rien de ses bonnes qualités chez les femmes qui ont leurs règles périodiquement, et chez celles qui deviennent grosses dans le cours de V allaitement?

R. Il devient, en général, un peu plus clair et moins abondant pendant l'écoulement des règles : mais il recouvre promplement ses bonnes qualités après cette évacuation; et, lorsque la femme est d'une forte constitution, la santé de l'enfant n'en éprouve aucune altération. Quelquefois cette évacuation périodique est salutaire à la nourrice , et semble même en améliorer le lait ; elle l'entretient au moins dans ses bonnes qualités, qu'une pléthore soutenue ne manqueroit pas d'altérer.

La grossesse , chez la plupart des femmes , n'influe pas davantage sur le lait, et ne le rend pas moins propre à nourrir l'enfant , tandis que chez quelques unes ce fluide s'altère et se décompose au point qu'on devroit plutôt le regarder comme un poison que comme un aliment.

Beaucoup de femmes peuvent donc con-

tinuer d'allaiter, quoiqu'elles soient réglées tous les mois, ou qu'elles soient enceintes, puisque leur lait conserve ses bonnes qualités; mais, lorsqu'il s'altère et se déprave, quelle qu'en soit la cause , il faut changer l'enfant de nourrice.

D. Peut-on changer V enfant de nourrice sans r exposer a quelques inconvéniens ?

R. On ne l'expose à aucun toutes les fois qu'on substitue un lait de bonne qualité à celui qui est décidément mauvais : il en résulte au contraire de grands avantages. Le préjugé où l'on est encore à cet égard a été funeste à beaucoup d'enfans , et contribue peut-être aux petits déréglemens de certaines nourrices, qui se persuadent qu'on n'osera pas les faire remplacer par d'autres. Si quelques enfans ont para souffrir de ce changement , c'est qu'on a trop différé à leur donner une autre nourrice, et qu'ils avoient puisé le germe de la mort dans le sein de la première.

D. Quelles sont les précautions qu on doit obsejver en changeant un enfant de nourrice ?

R. La plus essentielle est de choisir un bon lait, et de le prendre proportionné à Tâge et aux forces de l'enfant. Accoutumé aux accens, à la figure, aux manières de sa première nourrice, s'il refuse le sein de la nouvelle, on le trompera, en le lui présentant dans l'obscurité, et en gardant le silence.

D. Quel est le régime que doit observer la femme pendant le cours de V allaitement?

R. Elle feroit très bien de ne prendre que des alimens de bonne qualité; d'écarter de son régime les substances qui abondent en acides , à moins qu'elles ne lui soient prescrites dans l'intention de remplir quelques vues particulières; de n'user habituellement d'aucunes viandes fortement salées, et épicées; de ne boire que du vin coupé avec de bonne eau , de la bière ou du cidre, selon son usage; surtout de s'interdire les liqueurs spiritueuses , telles que l'eaude-vie , etc.

D. La femme peut-elle présenter le sein a r enfant dans tous les instans du jour, et dans toutes les circonstances possibles?

R. Non : quelle que soit la force , l'âge de l'enfant, il ne convient pas que la nourrice lui donne le sein lorsqu'elle a longtemps souffert de la faim ; dans le travail d'une indigestion; dans un état d'ivresse, ou après une violente passion , comme un accès de colère; après avoir habité avec son mari , ni même immédiatement après ses repas.

D. Une nourrice ne devroit-elle pas vivre dans une continence absolue pendant le temps de V allaitement ?

R. On ne sauroit le lui prescrire trop

♦ rigoureusement, parce que la plupart ne

s'écartent que trop fréquemipent de cette

loi. Si ces femmes ne s'exposoient pas a devenir grosses , une pareille infraction seroit tolérable , même permise ; une continence absolue , chez quelques unes , pouvant influer sur le lait aussi défavorablement que le trop fréquent usage du mariage chez d'autres.

D. Si le mauvais régime et le trouble des passions peuvent influer si puissamment sur le lait de la/emme, ne vaudroit-il pas mieux nourrir V enfant au biberon que de le confier à une nourrice étrangère ?

R. Les suites fâcheuses du dérèglement de quelques nourrices , et la difficulté de s'en procurer un assez grand nombre , en certaines occasions, pour tous les enfans qui naissent dans une grande ville telle que Paris, et surtout pour ceux qu'on dépose dans les hôpitaux , ont inspiré depuis long - temps l'idée de l'allaitement au biberon. Des essais en ont été faits , mais constamment avec trop peu de succès pour qu'on puisse préférer cette ressource à celle que nous offrent les bonnes nourrices.

S'il est des cas où l'allaitement au biberon doive être admis exclusivement , ce n'est qu'à l'égard des enfans qui naissent infectés de certaines maladies qu'ils communiqueroient à la femme qui se chargeroit de les allaiter ; et de ceux qui apportent en naissant des vices de conformation à la. bouche qui les empêchent de teter : l'allai'

tement artificiel devient une ressource nécessaire dans ces sortes de cas.

SECTION V

De r allaitement au biberon^ ou de la manCere de nourrir V enfant avec le lait des animaux.

D. Quelles sont les différentes espèces de lait qui peuvent servir a la nourriture de Venjant ?

R. Le lait de vache et celui de chèvre paroissent les seuls qu'on ait employés jusqu'ici comme alimens. Si l'on a prescrit quelquefois celui d'ânesse , c'étoit plutôt comme médicament, que dans la vue de nourrir, quoique d'ailleurs il soit très propre à cet effet.

Le lait de chèvre , étant plus léger que celui de vache, sembleroit mériter la préférence. La chèvre peut l'offrir d'elle-même à l'enfant, et se prête à la succion avec la plus grande docilité ; il suffit de le lui présenter une seule fois , pour qu'elle aille audevant de ses besoins, et qu'elle se place convenablement sur le berceau pour le faire teter , si on la laisse agir en liberté. Ce lait, quoique plus léger que celui de vache, a cependant encore trop de consistance pour la plupart des enfans dans les premiers temps, et ils le digèrent assez mal , si l'on ne prend

3oO PRINCIPES SUR l'aRT

pas le parti de l'afToiblir en le coupant avec de l'eau d'orge, ou avec de l'eau commune, un peu sucrée : ce qui ne peut avoir lieu quand la chèvre allaite elle-même. Alors, on observera de n'en laisser teter que peu à la fois , et de faire boire ensuite à l'enfant de cette eau sucrée.

Le lait de vache ne peut être donné qu'avec le biberon.

D. Quelles sont les considérations qu'on doit avoir dans le choix de ces sortes de lait ?

R. Comme le lait des animaux ne présente pas moins de différences spécifiques que celui de femme , il faut préférer le plus léger et le plus nouveau , choisir l'animal d'un âge moyen , et le faire nourrir dans les pâturages ou en pleine campagne , le lait des animaux qu'on tient à l'étable étant toujours plus épais et moins parfait. Si on ne peut tirer le lait toutes les fois que l'enfant en a besoin , il faut au moins s'en procurer plusieurs fois le j'our, parce qu'il s'altère et se décompose promptement, surtout dans les grandes chaleurs de l'été. La précaution de le faire bouillir pour le conserver, comme cela se pratique dans les villes où l'on ne peut à chaque instant s'en procurer de nouveau , nous paroît inutile , et même mauvaise; il vaut mieux le tenir dans un lieu frais et sain. ;

D. Cojnment doit-on administrer ce lait à V enfant ?

DES ACC0UCHEMEN3. 3oi

R. La meilleure manière seroit de le lui faire teter au pis de l'animal même ; et , comme on ne le peut toujours , on le donnera soit avec un biberon, une cuiller, ou un gobelet; mais le biberon est préférable, parce que la succion augmente la sécrétion de la salive, et que le mélange de celle-ci avec le lait en favorise la digestion. A la campagne on se sert d'un biberon de bois ou d'étain , fait en forme de bouteille un peu allongée, dont le chaperon est terminé par une espèce de mamelon qui n'est percé que d'un seul trou : si sa forme est commode pour l'administration du lait , la matière dont il est fait le rend peu recommandable. Indépendamment de ce que le bois contracte une odeur désagréable et malfaisante , quand il a été pénétré par le lait chaud , et que l'étain contient quelques parties arsenicales , c'est qu'on ne peut nettoyer le dedans de ces vases avec exactitude.

Un biberon de verre mérite la préférence, et il est facile de se le procurer partout. Les petites bouteilles dont les apothicaires se servent pour leurs potions médicinales offrent tous les avantages qu'on doit désirer. On y ajuste en forme de bouchon une éponge fine allongée d'un demi-pouce, qu'on recouvre d'un linge clair attaché autour du collet de la bouteille. Chaque fois qu'on a allaité l'enfant, on met cette, éponge dans

5oà PRINCIPES SUR l'art

l'eau, ainsi que le linge qui la recouvroit , on lave l'un et l'autre, et on les exprime; on nettoie de même la bouteille, et elle ne contracte jamais l'odeur aigre que prennent les autres biberons.

D. Quelles sont les précautions qu'il faut observer a V égard du lait même qu'on donne a V enfant?

R. On le coupe dans les premiers temps avec une partie, et même deux parties de bonne eau sucrée, ou bien avec une légère eau d'orge (i). On l'affoiblit moins dans la suite; et, à mesure que l'enfant se fortifie , on le donne pur. On ne met dans la bouteille que la quantité qu'on veut donner chaque fois , et on le fait chauffer au bain - marie , c'est-à-dire en plongeant la bouteille dans de l'eau chaude. La chaleur qui lui convient doit être à peu près semblable à celle du lait qui sort du pis de l'animal.

D. Quelle est la quantité de lait qu'on doit

(i) On la prépare en faisant bouillir pendant un quart d'heure ou environ une demi-cuillerée d'orge dépouillée de son écorce , dans une cliopine d'eau. Au défaut de cette orge perlée ou mondée, on peut se servir d'orge ordinaire ; mais on aura la précaution de lui faire subir une légère ébullition dans une première eau, avant de l'employer, et de la faire bouillir ensuite plus long-temps que l'autre. L*eau d'orge préparée pour le besoin de l'enfant ne doit pas être conservée au-delà d'un jour, parce qu'elle s'aigrit.

DES ACCOUCHEMENS. 3o3

donner chaque fois , et a quels inteivalles doit-on en donner?

R. On ne doit jamais en donner au-delk de trois à quatre cuillerées ordinaires chaque fois, dans les premiers jours, quelque affamé que paroisse l'enfant , ni plus souvent que de deux heures en deux heures ; et on feroit très bien d'en donner plus rarement encore. On en augmentera la quantité dans la suite ; mais on y mettra toujours le même intervalle.

D. A quels signes reconnoîtra-t-on que le lait des animaux convient a V enfant , et qu'il le digère bien?

R. Le lait se digère bien quand l'enfant va deux ou trois fois à la selle dans les vingt-quatre heures ; lorsque ses matières sont liquides , jaunâtres , et liées comme des œufs brouillés. Les digestions sont mauvaises quand il évacue plus fréquemment; quand ces matières sont séreuses , fétides , et chargées de beaucoup de pelotons blanchâtres semblables à du fromage; lorsqu'elles sont épaisses , grisâtres ou blanchâtres , et en même temps grasses à peu près comme la terre argileuse. On doit tirer les mêmes inductions du lait caillé et d'une odeur aigre , que l'enfant rejette souvent par le vomissement , ainsi que des matières verdâtres et poracées qu'il rend par les selles.

D. Que faut-il changer au régime de V enfant dans tous ces cas ?

3o4 PRINCIPES SUR l'art

R. Lorsque l'enfant évacue fréquemment des matières séreuses et mal digérées , on lui fait prendre plusieurs fois le jour quelques grains de magnésie calcinée , ou d'yeux d'écrevisse préparés , qu'on délaye dans une cuillerée à café de lait, d'infusion de fleurs de camomille romaine, ou d'une légère teinture de rhubarbe , un peu sucrée. On coupe le lait avec de l'eau de riz , au lieu de la tisane d'orge dont on a parlé. On insiste davantage sur ces poudres absorbantes , et on en fait prendre jusqu'à dix-huit et vingt grains dans le cours de vingt-quatre heures , quand les déjections sont verdatres et poracées.

Les absorbans conviennent encore , lorsque l'enfant rejette fréquemment le lait par le vomissement , et que sa bouche exhale une odeur aigre très forte. Souvent il est à propos de le purger après deux ou trois jours de l'usage de ces poudres ; et même avant de lui en faire prendre : alors on lui donne du sirop de chicorée , à la dose d'une demi-once au moins , dans le cours de la matinée.

On affoiblit le lait , en le coupant avec une plus grande quantité d'eau , lorsque l'enfant est constipé , lorsqu'il va rarement à la garde-robe , et que ses excrémens sont épais et gras. On lui en donne moins fréquemment, et on lui fait prendre dans les intervalles quelques cuillerées d'eau d'orge miellée.

DES ACCOUCHEMENS. 3o5

Au moyen de toutes ces précautions et de ce régime sagement ordonné , on parvient à élever quelques enfans avec le lait des animaux.

SECTION IV

Suite de la nourriture de V enfant jus qu au terme du sevrage,

D. Ventant doit-il teter fréquemment?

R. En général , une bonne nourrice pèche plutôt, à cet égard , par excès que par omission. Quelle que soit la cause des inquiétudes et des cris de son enfant , elle lui présente le sein à chaque instant , persuadée que la faim y a toujours la plus grande part, et que le teton seul convient pour l'apaiser. En surchargeant ainsi son estomac , il ne peut faire une bonne digestion ; il rejette le lait comme par regorgement , ou il passe par la voie des selles sans être digéré. La langue se couvre d'une croûte blanche et épaisse, et quelquefois la bouche se garnit de petits boutons de même couleur , qui dégénèrent bientôt en autant d'ulcères.

L'œsophage, l'estomac , et tout le canal intestinal, s'affectent de même, et il survient un dévoiement qui enlève l'enfant plus ou moins promptement.

On prévient ces désordres chez la plupart des enfans , en ne leur donnant a te-

3o6 PRINCIPES SUR l'art

ter , dons les commencemens , que toutes les deux à trois heures, et même plus rarement.

Le regorgement du lait ou le vomissement , ainsi que le hoquet , que bien des femmes regardent comme autant de signes de la prospérité de leur nourrisson , exigent les mêmes précautions : ce sont des symptômes de maladie , et non de santé.

D. // faut donc réguler les enfans ^ ne leur donner a teter qu'a des heures déterminées ?

R. Non : ce n'est pas les régler que de ne leur donner à teter que rarement, et d'attendre qu'ils aient digéré le lait qu'ils ont pris pour leur en donner de nouveau. Il y auroit autant d'inconvéniens à leur laisser supporter la faim pendant des heures entières , qu'à leur donner le sein à chaque instant. Les femmes qui habituent leurs enfans à ne teter que toutes les quatre heures , par exemple , et qui ne leur présentent jamais le teton dans la cours de la nuit , recherchent bien moins les avantages de ces enfans que leur propre commodité.

D. A quels signes reconnoîtra-t-on que ï enfant a besoin de nourriture?

R. On ne peut établir des règles bien positives k cet égard , mais il n'y a point d'inconvéniens à donner le sein à l'enfant , lorsqu'il a été plus de deux à trois heures sans le prendre ; soit qu'il ait dormi pendant ce temps, ou qu'on l'ait tenu éveillé.

DES ACCOUCHEMENS. Soy

Ses cris s'apaisent dès que la nourrice l'approche du sein , s'ils n'ont d'autres causes que la faim; il le saisit avec empressement, il tette de suite jusqu'à ce qu'il ait pris de quoi se satisfaire , et il demeure tranquille, il continue de crier, ne saisit le sein qu'autant qu'on le force de le prendre , et le quitte souvent , si les cris proviennent de la douleur, de la gêne qu'il éprouve dans son maillot , ou du besoin d'être changé de langes.

D. A quel âge doit - on commencer a donner d^ autres alimens que le lait de la nourrice ?

R. On commence plus tôt ou plus tard, selon que l'enfant est plus foible ou plus fort , et que la nourrice a plus ou moins de lait : il conviendroit de ne le faire qu'après les cinq ou six premiers mois. Une femme qui ne peut nourrir un enfant uniquement de son lait jusqu'à cet âge, ne sauroit passer pour une très excellente nourrice , et être choisie préférablement à une autre. Si la plupart des femmes qui habitent la campagne commencent plus tôt à faire manger leurs enfans , ce' n'est pas qu'elles manquent de lait, mais uniquement par rapport à l'usage qui leur a été transmis par leurs parens. Le premier aliment que donnent ces femmes est une bouillie souvent grossière et mal faite , qu'un adulte digéreroit difficilement : cet aliment indigeste

3o8 PRINCIPES SUR L ART

par sa nature même , le devient encore bien plus par la manière dont on l'administre à l'enfant.

On ne peut voir sans dégoiàt , même sans une sorte d'indignation , les nourrices porter la bouillie avec leur doigt, souvent malpropre, jusqu'au fond delà boucbe de l'enfant; ramasser autour de ses lèvres ce qu'il refuse d'avaler, et le contraindre de le recevoir de nouveau. Se servent-elles de cuiller pour l'administrer , elles portent la bouillie d'ans leur bouche , pour s'assurer si elle n'est pas trop chaude , et la font prendre ensuite à l'enfant. Qu'on instruise ces femmes , elles se rendront moins coupables à l'avenir : qu'on leur apprenne qu'elles peuvent préparer un aliment plus léger, plus salutaire et aussi peu dispendieux ; qu'elles peu vent le donner avec moins d'inconvéniens, et elles renonceront à ce dégoûtant et dangereux usage.

D. Quels sont les alimens quori doit donner a Venjant?

R. Une bouillie légère et bien préparée, une panade , une crème de riz, d'orge ou de gruau , sont les premiers alimens qu'on doit donner à l'enfant , quand le lait de la nourrice ne suffit plus à ses besoins , ou lorsqu'on veut habituer ses organes à des nourritures plus solides.

D. Comment doit-on préparer ces alimens?

R. On emploie , pour la bouillie , de la

DES ACCOUCHEMENS. SoQ

belle farine de froment , qu'on peut faire cuire au four jusqu'à ce qu'elle soit un peu rousse; chaque femme, en faisant son pain , peut en préparer pour une semaine, en en faisant sécher plein une jatte de terre à la fois, parce qu'il en faut très peu pour la quantité de bouillie qui convient à un repas. On délaye exactement cette petite quantité de farine dans quelques cuillerées de lait, et on ajoute de celui-ci à mesure qu'elle se délaye : on l'expose au feu , dans un poêlon de terre ou de cuivre bien propre, et on la fait cuire convenablement.

On peut se servir de pain séché au four et réduit ensuite en poudre fine, pour préparer cette bouillie. La farine ou fécule de pomme de terre convient également.

La panade se prépare en faisant bouillir du pain blanc et un peu rassis , dans une médiocre quantité d'eau , jusqu'à ce que le tout soit réduit à la consistance de bouillie ordinaire. On ajoute ensuite un peu de sel , et quelquefois du sucre en place de sel.

La crème de riz , d'orge perlé ou de gruau, se prépare de même. On expose ces semences à une longue ébullition, dans un vase convenable. On met d'abord peu d'eau , et on en ajoute de temps en temps, à mesure que ces semences se gonflent. On les écrase avec une cuiller , lorsqu'elles sont bien gonflées ou crevées; on les passe au tamis, et on ajoute du sel ou du sucre.

3lO PRINCIPES SDR l'aRT

On peut préparer ces crèmes de temps en temps avec 'du bouillon gras, mais léger, quand l'enfant approche du moment du sevrage.

D. Doit-on donner une grande quantité de ces alimens h la fois dans les vingt-quatre heures ?

R. On ne doit en donner que quelques cuillerées à bouche dans les premiers temps, et une seule fois le jour ; mais on en augmente la quantité dans la suite ; on en accorde soir et matin , et une troisième fois à l'heure du dîner, quand il est question de préparer l'enfant au sevrage.

D. A quel âge doit-on sevrer V enfant?

B. La nature semble indiquer de ne le sevrer qu'après la sortie des vingt premières dents qu'on appelle dents de lait; mais il est rare qu'on le fasse teter jusqu'à cette époque. On sèvre la plupart des enfans entre le douzième et le dix-huitième mois de leur naissance, et souvent c'est le temps où ils ont le plus besoin de leur nourrice, parce qu'ils sont dans le travail le plus douloureux de la dentition.

D. Quels sont les précautions qu'il faut prendre pour sevrer V enfant?

R. On ne doit jamais le sevrer dans le temps oïl plusieurs dents sont prêtes à percer, parce que la bouche est alors enflammée , sensible , et si douloureuse , que quelques enfans peuvent à peine saisir le teton

DES ACCOUCHEMENS. 3l ï

de leur nourrice, et ne feroient que de très mauvaises digestions si on leur donnoit des alimens nouveaux et plus solides. On doit sevrer insensiblement , en donnant à teter moins fréquemment chaque jour, pour habituer de même l'enfant à prendre une plus grande quantité de ces alimens dont on "^a parlé. On le prive d'abord du teton pendant la nuit, et ensuite pendant le jour.

D. Ne vaudroit-il pas mieux sevrer V enfant tout a coup , que de le faire insensiblement ?

R. En le sevrant tout à coup, la privation du sein lui devient trop sensible ; souvent rien ne peut l'en consoler et l'en distraire ; il se tourmente, il s'agite, il crie jour et nuit; on est obligé de lui donner, pour l'apaiser, une plus grande quantité d'alimens auxquels son estomac n'est pas encore parfaitement habitué; et sa santé, pour l'ordinaire, ne tarde pas à s'en ressentir. La meilleure manière de sevrer est celle que nous venons de prescrire : l'enfant et la nourrice y trouvent feurs avantages.

D. Comment doit - ofi' nourrir Verifant qu'on "vient de sevrer ?

R. On lui donne trois fois le jour l'une des crèmes ou panades qui viennent d'être indiquées. On lui met de temps à autre une petite croûte de bon pain entre les mains, pour qu'il s'amuse a la manger. On lui donne de la soupe grasse; et, quand il

3 12 PRINCIPES SUR l'aUT

est plus avancé , un œuf frais, ensuite un peu de légumes bien préparés.

De l'eau bien pure à laquelle on ajoute de temps à autre un peu de bon vin , si l'on peut s'en procurer , doit être sa boisson.

D. Quelles sont les précautions que la femme doit prendre , relativement a ellemême, après avoir sevré son enfant?

R. Quelle que soit la durée de son allaitement, et la quantité de lait qu'elle ait encore , elle évitera de s'exposer au froid et à l'humidité; elle se tiendra chaudement, et se couvrira le sein exactement. Elle gardera le lit, si le lait est encore assez abondant pour distendre douloureusement les mamelles, et elle boira abondamment d'une infusion de thé , de véronique , de fleurs de tilleul ou de sureau, avec du sucre, pour exciter un peu de sueur; dans la suite, elle fera usage d'une légère tisane de racine de persil ou de scorsonère, à laquelle elle ajoutera un ou deux gros de sel d'Epsom , de Glauber ou de Duobus ; elle prendra quelques lavemens chaque jour, et rendra celui du matin un peu purgatif, en y ajoutant du miel commun , et une suffisante quantité de l'un des sels dont on vient de parler; enfin elle se purgera une ou deux fois , si le cas le requiert.

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