‹ Principes sur l'art des accouchementsChapitre 32 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De V accouchement contre nature et laborieux ^ des causes qui peuvent le rendre tel, etc.

D. (^UEL est r accouchement qu'on doit appeler contre nature ou laborieux ?

R. On appelle l'accouchement contre nature, toutes les fois qu'il ne peut pas se terminer par les seules forces de la femme, ou qu'on ne peut le confier aux soins de la nature sans exposer la vie de la mère ou de l'enfant , et quelquefois celle de l'un et de l'autre. Pour nous conformer au langage ordinaire, nous en distinguerons de deux espèces, savoir : les accouchemens qui n'exigent que la main d'une personne instruite , et ceux qui ne peuvent être terminés qu'au moyen de quelques instrumens. Nous appellerons les premiers accouchemens contre nature j et les derniers accouchemens laborieux,

D. Tous les accouchemens peuvent-ils être confiés au savoir et a la dextérité des sages-femmes ?

/?. Non : il en est de l'une et de Tau Ire

3l4 PRINCIPES SUR l'aRï

espèce qui exigent plus de savoir, plus d'intelligence, plus de force de corps, et plus de fermeté d'âme qu'on n'en accorde communément aux sages-femmes; mais il convient qu'elles soient instruites des causes qui peuvent rendre l'accouchement contre nature ou laborieux; qu'elles connoissent toutes les ressources de l'art aussi-bien que ses difficultés, pour qu'elles puissent se procurer à temps les secours convenables, et qu'elles n'entreprennent jamais rien au-delà de ce qu'elles peuvent faire.

ARTICLE PREMIER

Des causes qui peuvent rendre V accouchement contre nature ou laborieux; des signes qui font connoître quil doit êti^e tel; et de ce qu'il faut faire dans chacun des cas de cette espèce.

D. Q^UELLES sont les causes qui peuvent rendre V accouchement contre iiature ou laborieux ? >

/?. Ces causes sont très nombreuses : les unes viennent de l'enfant même , et les autres de la femme. Celles qui viennent de l'enfant, dépendent de sa mauvaise situation, de sa conformation monstrueuse , ou de quelques maladies dont il peut être affecté dnpsje sein de sa mère. Les causes qui pro--

DES ACCOUCHEMENS. 3 k^

viennent de la femme consistent dans les accidens qui compliquent le travail de l'accouchement ; la mauvaise conformation des parties de la génération et du bassin, l'obliquité de la matrice , la rupture de ce viscère ; les conceptions ou grossesses extrautérines , etc.

SECTION PREMIERE

De la mauvaise situation de V enfant^ de ses conformations monstrueuses , etc.

D. Que doit-on appeler mau^^aise position de r enfant?

R. On appelle mauvaises positions toutes celles dans lesquelles l'enfant ne peut traverser le bassin et sortir du sein de sa mère sans les secours de l'art , à moins que ces positions ne changent comme spontanément. D'après cette définition , la position de l'enfant est mauvaise toutes les fois qu'il ne présente pas le sommet de la tête, les pieds , les genoux ou les fesses , à l'ori- I fice de la matrice , puisqu'il ne peut naître qu'autant qu'il offre l'une de ces parties , i à moins qu'il ne soit extrêmement petit , I relativement a la capacité du bassin de sa

mère.

i D. Comment reconnoît-on que Venfant j se présente mal y et que doit-on faire lors- 1 qu'il se présente ainsi?

3l6 PRINCIPES SUR l'art

R. Ce n'est que par le toucher qu'on reconnoît la partie que l'enfant présente à rorifîce de la matrice , et la position dans laquelle se présente cette partie. Le temps le plus prapre pour faire ces recherches est celui du travail où le col de la matrice se trouve complètement effacé et bien dilaté : mais on doit se rappeler que la position de l'enfant peut changer en quelques occasions, et ne devient fixe alors qu'après l'écoulement des eaux de l'amnios, afin de ne pas se compromettre en portant un jugement défavorable qui pourroit dans la suite ne pas se trouver vrai.

Presque toujours on est obligé de retourner l'enfant qui se présente mal , et de l'extraire par les pieds, parce qu'il n'y a que très peu de cas où Von puisse le ramener à la position la plus naturelle.

D. Qu entend- on communément par conformations monstrueuses de V enfant ?

R. On appelle ainsi toutes celles qui semblent devoir mettre obstacle a Faccouchement; telles que ces conformations où on remarque deux têtes unies, liées, confondues entre elles, ou simplement comme entées sur un même corps ; celles où il y a deux troncs pour une seule tête, ou bien deux enfans unis par quelques unes des parties de leurs corps, et qui paroissent ne former qu'un tout.

-D. Ces conformations monstrueuses ren-

DES ACCOUCHEMENS. Siy

denl-elles toujours V accouchement impossible sans les secours de Vart?

R. Non : quelques unes des femmes qui ont eu de pareils enfans se sont trouvées assez bien constituées pour en accoucher aussi heureusement que des autres ; mais souvent aussi de pareilles conformations ont rendu l'accouchement extrêmement difficile. Cette circonstance est d'autant plus embarrassante , même pour le praticien le plus instruit , qu'il est presque toujours impossible de bien reconnoître ces sortes de monstruosités avant l'accouchement.

D. Quelles sont les maladies de V enfant qui peuvent rendre V accouchement difficile?

R, L'hydropisie de la tête, connue sous le nom à' hydrocéphale ; celle du bas-ventre, appelée ascite, et des tumeurs volumineuses, sont les seules maladies de l'enfant qui puissent rendre sa naissance difficile, et exiger en ce moment les secours de l'art.

D. A quels signes reconnoît-on Vhjdropisie de la tête, ou V hydrocéphale?

R. On la reconnoît à la grosseur et à la souplesse extraordinaire de la tête, à l'écartement des os du crâne, à la largeur des sutures et des fontanelles. Quand il y a beaucoup d'eau dans le crâne , les sutures sont de la largeur d'un travers de doigt et plus, et les fontanelles égalent l'étendue du creux de la main. La tête pa-

3l8 PRINCIPES SUR l'art

roîl au toucher comme une vessie épaisse et remplie de fluide : on remarque qu'elle se tend et se durcit pendant la douleur de l'accouchement, et s'amollit ensuite, comme le fait la poche des eaux.

D. Les eaux qui constituent Vhjdrocé" phale sont-elles toujours épanchées dans V intérieur du crâne?

R. Non ; l'épanchement est quelquefois à l'extérieur et sous les tégumens seulement ; mais ce cas est très rare. Les tégumens forment alors une espèce de poche qui s'avance plus ou moins dans le col de la matrice, et se présente au doigt de l'accoucheur, comme les membranes mêmes.

Cette maladie, qu'on nomme hydrocéphale externe y se distingue aisément de la première. Lorsque la tumeur est considérable, on ne trouve ni sutures ni fontanelles; ou bien elles paroissent dans l'état naturel.

D. Quels sont les signes qui dénotent Vhjdropisie du bas-ventre?

R. On ne reconnoît cette espèce d'hydropisie qu'à la grosseur, à la tension du ventre, et à l'ondulation ou fluctuation des eaux : il faut porter toute la main dans la matrice pour en bien juger.

D. Quelles sont les tumeurs appartenantes a V enfant qui p eussent rendre V accouchement difficile?

R. Ces tumeurs ne se trouvent pour l'ordinaire qu'au bas du tronc , et derrière le

bassin de Tenfant; elles sont presque toutes formées par de l'eau , et de l'espèce qu'on appelle spina bifida : il s'en est vu d'assez grosses pour surpasser de beaucoup le volume de la tête de l'enfant. Quand ces tumeurs se présentent à l'orifice de la matrice, on est long -temps incertain de la position de l'enfant, et l'on ne peut en juger qu'en portant la main fort avant dans le sein de la femme. Les tumeurs dont il s'agit ne sont pas les seules qui puissent affecter l'enfant avant sa naissance , et rendre l'accouchement aussi difficile à quelques égards : il en est d'une nature fongueuse, qui peuvent acquérir le même volume , et produire les mêmes effets; mais les exemples en sont plus rares, (r)

D. Que faut-il faire pour terminer V accouchement quand V enfant est hydrocéphale, quand il y ci hjdropisie du basventile, ou lorsqic il existe une tumeur semblable a celles dont on ment de parler?

R. Il faut évacuer les eaux, si elles sont en assez grande quantité pour s'opposer à l'accouchement, ou bien ouvrir les tumeurs; mais la sage -femme, dans tous ces cas, ne s'en rapportera pas à ses propres connois-

(l) Nous en avons vu une de cette espèce , dont la longueur étoit de cinq pouces , et l'épaisseur de quatre : elle étoit placée au bas du tronc , et pendoit entre les cuisses de l'enfant.

sances , et consultera un accoucheur in-

struit.

SECTION II

Des nccidens qui peuvent se manifester dans le cours de V accouchement y et exiger quon le termine,

D. Quels sont les accidens qui exigent quon tejinine V accouchement ?

R. Ces accidens sont, i°. lliémorrhagie ou la perte; 2". les convulsions; 3°. l'épuisement des forces de la femme; 4''- les foiblesses ou syncopes ; 5°. la présence de quelque descente ou hernie qu'on ne peut réduire; 6®. la sortie du cordon ombilical.

D. Ces accidens peuvent-ils rendre Vaccouchement impossible sans le secours de l'art?

R. La plupart de ces accidens ne sauroient le rendre tel ; mais ils peuvent influer sur la ■vie de la mère ou sur celle de l'enfant, au point que l'un ou l'autre, et quelquefois les deux, périroient infailliblement, ou seroient exposés au danger le plus imminent, si l'on ne terminoit pas l'accouchement.

D. D'où provient Vhémorrhagie qui exige tant de soins?

R. Le plus souvent le sang vient de la matrice même : quelquefois il s'échappe par le nez ou par la bouche, et en assez

DES ACCOUCHEMENS. Ss I

grande quantité pour donner les plus vives inquiétudes. Dans le premier cas, la perte est occasionnée par le détachement du placenta; dans le second, l'hémorrliagie dépend de la pression que la matrice exerce sur les vaisseaux du bas-ventre à l'instant des grands efforts que fait la femme pour accoucher, ou bien elle est entretenue par ces efforts.

D. Pourquoi faut-il opérer V accouchement dans tous ces cas ?

R. Il faut opérer raccouchement dans le cas de perte, parce que cet accident ne peut cesser qu'autant que la matrice se contracte et se resserre sur elle-même ; ce qui ne peut avoir lieu qu'après l'accouchement. Non seulement on doit l'opérer quand il survient une perte considérable dans le cours du travail, mais il faut aussi le faire lorsqu'elle se manifeste beaucoup plus tôt, et résiste aux moyens ordinaires. Voyez p. i[\^ et suiv.

Il est également nécessaire de terminer l'accouchement, quand le sang sort avec abondance par la bouche ou par le nez, dans le moment des efforts que fait la femme pour se délivrer, afin de la soustraire à la nécessité de ces mêmes efforts, alors très dangereux.

D. Quelle est la cause des convulsions, qui surviennent pendant le travail de V accouchement?

R, Ces convulsions peuvent dépendre de

iar^ i>RîNCrï*ES sur l'art

l'extrême sensibilité de la matrice; de la plénitude et de l'engorgement des vaisseaux du cerveau , suite des efforts mêmes de l'accouchement; elles peuvent être habituelles, et alors elles sont presque toujours épileptiques. Ces convulsions peuvent être momentanées, ou permanentes, avec ou sans perte de connoissance dans l'intervalle qu'elles laissent.

D. Doit-on opérer V accouchement toutes les fois qu'il y a des convulsions?

R. Non : quelquefois les convulsions ne se soutiennent qu'un instant, et elles ne s'opposent point à ce que la femme accouche seule et sans autre danger que celui qui procède de cet accident même : il ne faut opérer l'accouchement que lorsque ces convulsions se manifestent à plusieurs reprises , lorsqu'elles sont suivies de perte de connoissance, avec tuméfaction et rougeur de la face, etc., parce que chaque accès ne fait qu'ajouter à la cause qui a déterminé les premiers, et aggraver le danger qui en est alors inséparable : mais, avant de l'opérer, il est souvent à propos de faire saigner la femme du bras ou du pied, même de la gorge; et i! y a des cas où il convient également de la baigner. On ne doit employer ce dernier moyen , qu'autant qu'il n'existe point d'engorgement au cerveau , que la face ne paroît ni tuméfiée, ni enflammée, ni d'un rouge brun , etc.

Lorsqu'on prend le parti de retourner l'enfant et de l'amener par les pieds, on observe soigneusement de n'opérer que dans Tintervalîe des convulsions. Le forceps mérite la préférence sur tous les autres moyens de terminer l'accouchement , quand la tête se présente convenablement.

Dans tous ces cas , la sage-femme ne doit pas se dispenser d'appeler un bon accoucheur, soit qu'elle se sente en état, par ses lumières , d'opérer elle-mêm.e l'accouchement, ou qu'elle n'ait pas le talent nécessaire pour le faire; parce que les convulsions exigent d'autres soins.

D. Est-il également nécessaire de terminer r accouchement , quand la femme éprouve de fréquentes défaillances?

R, Lorsque cet état de foiblesse, de défaillance et de syncopes successives ne se dissipe pas au moyen des cordiaux, tels que le bon vin, les eaux spiritueuses, etc., il est également a propos de terminer l'accouchement , quoique le danger ne soit pas toujours aussi imminent que dans le cas de perte et de convulsions.

D. Pourquoi est-il avantageux de terminer V accouchement ^ lorsqu'il existe une hernie qu'on ne peut réduire?

R. Ce conseil ne peut être bon qu'à l'égard des femmes qui doivent se livrer à de grands efforts pour accoucher naturellement, et qui souffrent de la hernie ou descente dont il s'a-

git; parce que dans ces efforts de nouvelles parties peuvent s'échapper du bas-ventre, augmenter la descente, et s'y étrangler avec celles qui constituoient déjà cette tumeur, (i)

D. La sortie du cordon ombilical est-elle assez dangereuse pour exiger quon termine l'accouchement?

R. Le cordon ne peut sortir de la matrice , et former une anse au-dessous de la tête de l'enfant, que la vie de celui-ci ne soit exposée , parce que c^tte anse de cordon peut être froissée , pressée assez fortement par la tête même contre un des points de la surface interne du bassin, pour que le passage du sang à travers les vaisseaux ombilicaux soit intercepté; ce qui donne la mort à l'enfant, car il ne peut vivre sans le secours de cette circulation , avant qu'il ne respire librement: il mourroit donc si on ne le dégageoit pas promptement du sein de sa mère.

D. V enfant est-il réellement en danger toutes les fois que le cordon ombilical s'échappe de la matrice a Vinstant de V écoulement des eaux ?

R. Non : il y a même des cas où l'on agi- Foit contre les règles de l'art , en opérant l'accouchement. On doit laisser agir la na-

(i) Nous avons vu périr une femme des suites d'une hernie ombilicale ancienne, qui a augmenté, et qui s'est étranglée dans les efforts d'un accouchement très long , pour lequel nous avons élé appelé après deux jours de travail.

DES ACCOUCHEMEKS. 3si5

ture, lorsque la tête de l'enfant se plonge dans le bassin à l'instant où le cordon paroît , parce qu'une douleur de plus peut alors l'expulser; ou bien parce que le cordon est à peine comprimé , et que les pulsations s'y entretiennent librement. On agiroit aussi contre les règles de l'art , si on opéroit l'accouchement quand le cordon est froid et sans pulsation ; parce que l'enfant est déjà mort, et que la présence du cordon ne peut, mettre d'obstacle à sa sortie. Mais il faut en opérer l'extraction , même sans trop de délai, lorsque les choses sont disposées autrement, et que l'enfant ne peut sortir que lentement et difficilement, parce qu'il seroit victime de la grande compression que doit éprouver ce cordon.

SECTION III

Des vices de conformation , des accidens et des maladies des parties de lafemme, qui peuvent rendre V accouchement difficile.

D. Quels sont les vices de conformation qui peu^^ent rendre V accouchement difficile?

R. Quelques uns de ces vices de conformation affectent les parties molles, et les autres les parties osseuses ou le bassin.

Les premiers consistent dans la réunion accidentelle des grandes lèvres; dans l'étroitesse ou le rétrécissement du vagin , h l'occa-

sion de certaines cicatrices , ou de queli^ues duretés et callosités ; dans l'obturation incomplète du col de la matrice même, etc.

Les vices de conformation du bassin ayant été décrits au commencement de cet ouvrage, on peut consulter ce que nous en avons dit alors.

D. Quelles sont les maladies des parties de la femme qui peuvent s'oppose?' à V accouchement ?

R. Ce sont des tumeurs, dont les unes affectent les parties extérieures, et les autres le vagin, le col de la matrice, ou des parties plus éloignées , tels que les ovaires (i). Parmi ces tumeurs, les - unes ne sont formées que par des fluides , et les autres sont faites par le déplacement de quelques parties. Ces dernières constituent autant d'espèces de hernies ; elles sont formées par une anse d'intestin , par la vessie , le relâchement et le renversement du vagin , etc. Les tumeurs par congestion de fluides passent généralement pour autant d'abcès.

Indépendamment de ces tumeurs , qui cèdent toutes plus ou moins facilement à la pression du doigt, sans disparoître cependant toutes entièrement , il y en a de très

(i) Nous avons eu à surmonter de grands obstacles dans raccouchement, à roccasion d'une tumeur à l'ovaire, dont une partie étoit osseuse.

dures qu'on nomme squirrheuses ; et de plus dures encore, qui appartiennent aux os, et qu'on appelle exosioses.

Une pierre volumineuse dans la vessie , la dureté squirrheuse du col de la matrice , peuvent rendre l'accouchement aussi difficile que les tumeurs les plus dures dont il vient d'être fait mention.

D. Quelles sont les indications que présentent ces divers états contre nature^ relativement a r accouchement ?

B. Ces diverses maladies exigent des opérations qui sont du ressort d'un chirurgien instruit. Il faut séparer les grandes lèvres au moyen du bistouri , quand elles sont réunies; inciser la membrane hymen, ainsi que les cloisons membraneuses qui ferment incomplètement le vagin , ou qui s'opposent à sa dilatation; les brides, les cicatrices et les callosités qui le rétrécissent.

Il faut pareillement, en quelques cas, couper le bord de l'orifice de la matrice , qui est dur et calleux : ouvrir les tumeurs abcédées , extirper celles qui sont dures , squirrheuses , et susceptibles de l'être , etc. ; réduire les hernies qui obstruent le vagin ; repousser ou extraire la pierre qui est contenue dans la vessie, etc.

La mauvaise conformation du bassin exige souvent qu'on opère l'accouchement, tantôt avec le forceps, et tantôt au moyen des crochets; et, quand elle est extrême, elle ne

laisse de ressource que dans l'opération césarienne, ou dans la section de la symphyse du pubis, que quelques personnes de l'art préfèrent à cette opération, peut-être un peu trop légèrement.

Les sages - femmes verront clairement , d'après ce simple exposé , que de pareilles opérations ne peuvent leur être confiées , et qu'il est de la plus grande importance qu'elles fassent venir promptement un accoucheur, dès qu'elles rencontreront de ces sortes de cas.

SECTION IV

De r obliquité de la matrice.

D. Qu^ENTENDEZ-rous par obliquité de la matrice?

R. On appelle obliquité , la déviation du fond de la matrice, de la ligne médiane du corps de la femme : les positions dans lesquelles la longueur de ce viscère ne se trouve pas selon l'axe du corps, ou dans lesquelles son fond ne répond pas au creux de l'estomac.

D. De combien de manières le fond de la matrice peut-il se détourner de cette direction ?

R. Si l'on ne fait attention à la position de la matrice que dans les derniers temps de la grossesse , on conviendra qu'elle ne

peut se dévier que de trois manières ; savoir , en devant , sur le côté droit , et sur le côté gauche ; quoique la plupart des accoucheurs soutiennent que son fond se tourne également en arrière , et s'appuie sur le devant de la colonne épinière , ce que l'observation ne sauroit confirmer.

On appelle obliquité antérieure , celle dans laquelle le fond de la matrice se porte tellement en avant, que le ventre en devient pendant , et en forme de besace. ( Voyez la planche xii.)

Obliquité latérale droite ^ la déviation du fond de la matrice vers le côté droit du ventre; et obliquité latérale gauche , celle où il s'est déjeté sur le côté gauche. ( Voyez la planche xiir.)

D. A quel terme de la grossesse V obliquité de la matrice commence-t-elle aparoître?

R. Elle commence de très bonne heure chez certaines femmes , et même dès les premiers mois de la grossesse ; tandis que chez d'autres on ne s'en aperçoit qu^après le quatrième , le cinquième , et même plus tard. Si la position de la matrice dans les premiers mois de la grossesse est telle , que le museau de tanche , chez quelques femmes réponde au milieu du bassin , chez presque toutes il paroît se porter un peu vers le pubis ou vers le sacrum, il y a des cas même où elle se renverse dans le bassin , et y semble couchée selon sa longueur entre

33o PRINCIPES SUR l'art

le pubis et le sacrum ; de sorte que son fond est appuyé fortement contre l'un de ces os , et le museau de tanche contre l'autre. On appelle anié^'ersion , celui de ces déplacemens dans lequel le fond de la matrice est appuyé contre la symphyse du pubis , et le museau de tanche contre le sacrum, et rétî'oçej'sion , celui où le fond de ce viscère porte sur le milieu ou sur le bas du sacrum , et le museau de tanche contre le pubis.

Ces déplacemens de la matrice , la rétroversion surtout , peuvent avoir* des suites fâcheuses. Ils ne manquent pas de donner lieu à la rétention des urines et à la constipation opiniâtre , qui sont elles-mêmes la source de beaucoup d'accidens très graves. Ils exigent toute l'attention d'un praticien instruit, et ne peuvent être confiés à la sagacité d'une sage- femme. Ces sortes de déplacemens de matrice peuvent avoir lieu également chez les femmes qui ne sont pas grosses , mais les accidcns en sont pour l'ordinaire bien moins fâcheux.

D. Quelle est l'espèce d'obliquité de matrice qui se remarque le plus souvent dans les derniers temps de la grossesse ?

R. L'obliquité latérale droite est la plus ordinaire de toutes, mais c'est l'antérieure qui peut devenir la plus grande.

D. Quelles sont les causes de V obliquité de la matrice ?

R. Presque tous les accoucheurs Tattribuent à l'attache du placenta ailleurs qu'au fond de la matrice ; quelques uns à l'habitude où sont les femmes de se coucher plutôt sur un côté que sur l'autre , à la mauvaise conformation de la matrice même, etc. ; mais ces diverses opinions ne sont nullement d'accord avec l'observation. On trouve souvent le fond de la matrice très incliné vers le coté opposé à celui sur lequel la femme se couche habituellement, et auquel le placenta est attaché.

L'obliquité antérieure paroît dépendre uniquement de la direction du bassin , et de la saillie que forme la colonne lombaire et le haut du sacrum; mais cette obliquité ne peut devenir très grande que chez les femmes qui ont déjà eu plusieurs enfans , parce que les enveloppes du bas-ventre résistent moins , et ne peuvent soutenir la matrice comme elles le font dans une première grossesse.

L'obliquité latérale dépend aussi de la saillie de la colonne lombaire , sur laquelle la matrice , qui s'arrondit en se développant , ne peut rester appuyée ; et de la position que prennent les intestins grêles relativement à ce viscère , à mesure que son fond s'élève au-dessus du détroit supérieur.

L'obliquité latérale droite paroît avoir pour cause déterminante le rapport de la matrice avec l'intestin rectum , dans les pre-

332 PRINCIPES SUR l'a.RT

lïiiers mois de la grossesse. Cet intestin , en «augmentant de volume par l'accumulation des excrémens , surtout chez les femmes grosses qui sont si sujettes à la constipation , doit déjeter le fond de la matrice vers le côté droit.

D. Lorsque la matrice s'est inclinée dans un sens quelconque , ne peut-on pas la ramener dans une autre direction ?

R. On peut diminuer, corriger, et même changer l'obliquité de la matrice, du moins en quelques cas. On diminue l'obliquité antérieure en faisant coucher la femme sur le dos , de manière que la poitrine et la tête soient un peu plus basses que les fesses ; et en relevant , au moyen des mains , le ventre qui est alors pendant. On diminue l'obliquité latérale droite , en tenant la femme couchée sur le coté gauche ; et l'obliquité latérale gauche , en la faisant coucher sur le côté droit.

D. Quels sont les signes de Vobliquitè de la matrice?

R. On ne juge parfaitement de l'obliquité de la matrice qu'en observant la forme du ventre , en palpant cette partie , et en touchant d'un doigt introduit dans le vagin.

Dans l'obliquité antérieure , l'orifice regarde assez généralement le sacrum , et se trouve plus ou moins élevé , selon que l'obliquité est plus ou moins grande. Dans l'obliquité latérale droite , l'orifice répond à

DES ACCOUCITEMENS. 333

l'échancrure ischiatique gauche; et, dans l'obliquité latérale gauche, il est tourné vers l'échancrure ischiatique droite (i). Cependant il est bon d'observer qu'on se troniperoit quelquefois, si l'on ne jugeoit de l'obliquité que par la situation seule de l'orifice, parce qu'il peut être tourné du côté même où le fond de la matrice est incliné.

D. L'obliquité de la matrice peut - elle rendre V accouchement difficile ?

R, Elle peut en quelques cas le rendre tel; mais cela n'a pas lieu aussi souvent que bien des accoucheurs l'ont pensé. Il n'est aucun praticien un peu consommé qui n'ait vu nombre de fois l'accouchement se terminer naturellement et très promptement , quoique l'obliquité de la matrice fût assez grande. Elle peut rendre l'accouchement difficile quand elle est portée au point de faire prendre à l'enfant une position désavantageuse avant le moment du travail : elle peut influer même sur le mécanisme de celui où la tête de l'enfant se présente favorablement, si l'orifice, situé en arrière et fort haut , ne se rapproche pas insensiblement du milieu du bassin, et ne revient pas en devant à mesure que les douleurs se multiplient. La tête de l'enfant , poussée par les efforts de la femme, s'engage alors jusqu'au fond du bassin, en poussant au-devant d'elle

(i) Voyez les planches xii et xiii.

334 pRmciPES SUR l'art

la partie antérieure et inférieure de la matrice qui la recouvre , et vient , ainsi recouverte, se présenter à l'entrée du vagin, tandis que l'orifice reste en arrière et si haut, qu'on ne peut y atteindre que très difficilement. D'autres fois elle détermine — le front à descendre en premier au lieu de l'occiput , et rend encore l'accouchement plus difficile, comme on le verra dans la suite.

D. Que doit-on faire dans tous ces cas?

R. Dans quelques uns il suffit de corriger, ou seulement de diminuer l'obliquité de la matrice; en d'autres, il faut changer la position de la tête de l'enfant, si elle ne revient pas d'elle-même à sa bonne situation. Quand la tête s'est engagée en poussant au-devant d'elle la partie antérieure et inférieure de la matrice , il est nécessaire , non seulement de corriger l'obliquité de ce viscère, mais encore de ramener son orifice en devant , en alfant le chercher en arrière , au moyen du doigt introduit dans le vagin.

D. Peut-on ramener Vorifice de la matrice de cette manière sans inconvèniens ?

R. Oui : cela se fait aisément, et sans le moindre désagrément pour la femme, mais on n'attend pas que la tête se soit engagée jusqu'à l'entrée du vagin. Si elle s'étoit avancée à ce point, il faudroit la repousser un peu , pour ramener plus facilement l'ori-

Tl xii

/V :':îj

DES ACCODCHEMENS. 33S

fice de la matrice au - dessous d'elle. Le doigt étant parvenu dans cet orifice , on ne le ramène en devant et au-dessous de la tête que dans l'intervalle des douleurs ; on le retient ensuite au moyen du doigt , jusqu'à ce qu'il soit bien dilaté , et que la poche des eaux, ou la tête de l'enfant, commence à s'y engager.

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