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DISTRIBUTION DE LA CHALEUR (LIVRE I

raison semblable, que le géologue doit éviter soigneusement de regarder la température actuelle de la terre, comme le type de celle qui a le plus longtemps dominé, puisque à diverses époques, la position respective des continents et des mers a éprouvé des modifications bien plus considérables que celles qui de nos jours donnent lieu à la différence qu'on observe entre le climat de l’Europe et celui de plusieurs autres contrées situées sous les mêmes parallèles.

11 est actuellement bien établi que les zones d’égale température qui existent, soit dans l’atmosphère, soit dans l’Océan, ne sont ni parallèles à l’équateur, ni parallèles les unes à l’égard des autres (*). On sait aussi que la température moyenne annuelle de deux régions peut être la même, sans que pour cela leurs climats

(‘) C’est à M. Al. de Humboldt que la science est redevable d’avoir réuni dans un irès-élégatu essai, les données éparses qui lui ont servi à établir une théorie approchée de la distribution de la chaleur à la surface du globe. Un grand nombre de ces données proviennent d’observations faites par M. de Humboldt luimême; d’autres ont été puisées dans les ouvrages de divers auteurs, dans ceux entre autres de M. Pierre Prévost, de Genève, sur le rayonnement de la chaleur. — Voyez Humboldt: Des Lignes Isothermes et de la Distribution de la Chaleur sur le Globe, Mémoires d’Arcueil , t. III. La traduction anglaise de cet ouvrage a été insérée dass le « F.dinb. Phil. Journ., » (Journal philosophique d’Edimbourg) vol. III, Juillet 1820.

Cil AP. VII.) SUR LE GLOBE. 261

se ressemblent; car il peut se faire que les saisons* soient presque uniformes , ou qu’elles présentent au contraire de très-grandes différences; et alors il ne saurait y avoir de coïncidence entre les lignes d'égal hiver, et celles d’égale température annuelle, ou lignes isothermes. Les déviations de toutes ces lignes, par rapport à un môme parallèle de latitude, sont déterminées par une multitude de circonstances, telles que la position, la direction et l’élévation des continents et des îles; la position et les divers degrés de profondeur de la mer; et enfin, la direction des courants et des vents.

On a observé que plusieurs régions de l’Europe et de l’Amérique, situées sous les mêmes parallèles, offrent une différence moyenne de température , qui s’élève parfois à 11" Fahr. (plus de 6°centig.), et même dans quelques cas, à 17° (9 | ccntig.); tandis que d'autres parties de ces mêmes continents, quoique placées sous des latitudes qui diffèrent entre elles de 7 à 13°, ont une même température moyenne (*). La cause principale de la discordance qu’on observe dans les températures des latitudes correspondantes de l’Amérique septentrionale et de l’Europe, tient à la nature des barrières qui séparent l’Amérique du nord et LEurope du cercle arctique. La barrière amé-

(*) Humboldt : Des Lignes Isothermes, etc.

262 CAUSES DE CHANGEMENT (livre i,

• ricaine consiste en une vaste étendue de terre ferme, s’élevant, en plusieurs endroits, à des hauteurs de 3000 à 5000 pieds (900 à 1500“. ) L’autre se compose d’une mer. Or, comme on sait que l'Océan tend à conserver partout une température modérée, on comprendra sans peine qu’il doive communiquer cette même température aux terres adjacentes, dont ainsi le climat, quel qu’il soit, se trouve modifié. Par là s'explique donc comment, à parité de latitude, telles et telles parties de l’Europe jouissent d’une température plus douce que certaines régions de l’Amérique du nord. D’un autre côté, les hautes terres s’élevant quelquefois jusqu’à des régions très-froides de l’atmosphère, on concevra aussi qu’elles doivent se couvrir de glace et de neige, arrêter, condenser, congeler les vapeurs, et par suite, transmettre aux régions voisines leur basse température. C’est par cette raison que le Groenland, qui fait partie d’un continent s’étendant jusqu’au 82e parallèle boréal, ofTre, sous le 60« degré de latitude, un climat plus rigoureux que celui qui règne en Laponie au 72e.

Mais une terre située entre le 40e parallèle et léquateur, produirait, à moins qu’elle ne soit très-élevée, exactement l’effet opposé; car alors, elle échaufferait les portions de terre ou de mer comprises entre elle et le cercle polaire. Dans le cas que nous supposons ici , la surface du continent étant exposée aux rayons

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