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CAUSES DES CHANGEMENTS (LIVRE I

une complète maturité; d’autres, au contraire, ne peuvent supporter aucun excès de température, ni en chaud, ni en froid.

Il est aujourd’hui constaté qu’un Bon nombre des espèces actuelles d’animaux ont survécu à plusieurs des grands changements qui se sont opérés dans la géographie physique du globe. Bien que ces espèces puissent être regardées comme modernes, comparativement à celles qui les ont précédées, il n’en est pas moins vrai qu'en réalité elles sont fort anciennes, puisqu’on en retrouve des débris dans certains dépôts sous-marins de plusieurs centaines de milles d’étendue, et qui, par suite du temps écoulé depuis leur formation, ont pu s’élever à une hauteur assez considérable au-dessus de l’Océan. Ainsi donc , lorsqu’il est prouvé que des révolutions physiques dans la surface du globe, analogues à celles qui viennent d’étre décrites, ont pu déterminer des changements dans la température de l’atmosphère, on ne doit plus être surpris que la

distribution des espèces actuelles soit locale, tant à

l’égard de la longitude que de la latitude. Si, par un effet de la puissance créatrice , toutes les espèces venaient aujourd’hui à se trouver répandues uniformément dans les zones qui jouissent d’une môme température, et qui sont douées d’un climat semblable à tous égards, dès à présent elles

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commenceraient à s^carter de plus en plus de leur distribution primitive. Les espèces aquatiques et ter- > restres seraient, ainsi que Hooke l’a observé depuis longtemps, déplacées à chaque changement qui aurait lieu dans la position respective des mers et des continents. D’un autre côté, la formation de montagnes nouvelles et divers autres changements encore, donneraient lieu à des transpositions de climat qui, à leur tour, contribueraient, ainsi que nous l’avons i vu plus haut , à l’extinction locale des espèces (*).

Si nous passons ensuite à l’examen des circonstances capables de produire un changement général dans la température, nous verrons, d’après les faits et les principes qui ont été précédemment exposés, que chaque fois qu’une grande étendue de haute terre se rencon- ' trera dans les régions polaires, ou que les mers voisines des tropiques se trouveront agrandies, il y aura augmentation de froid; tandis qu’au contraire, la chaleur augmentera quand les phénomènes opposés auront lieu. (Voyez la carte représentée PI. 2. ) Ce fait une fois admis, il s’ensuit naturellement qu’à moins que les inégalités superficielles de la terre ne

C) La troisième partie de cet ouvrage renferme des considérations très-étendues sur les effets que peuvent produire , relativement à la distribution et à l’extinction des espèces, les diverses modifications que la géographie physique du globe est exposée è subir.

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soient fixes et permanentes, la température moyenne de chaque zone doit éprouver d’incessantes fluctuations, et que le climat d’une certaine époque ne peut pas plus être le type de celui d’une autre époque, qu’une de nos quatre saisons ne peut être le type des trois autres.

On a dit avec raison que la surface du globe consistait en un vaste océan d’où s’élèvent deux grandes îles et beaucoup d’autres plus petites, car ces îles, qui comprennent l’ancien et le nouveau continent, n’occupent que le quart, tout au plus, de la superficie du sphéroïde terrestre. Or, il est de toute probabilité, que jamais la terre ferme n’occupera plus d’un quart de la surface d’aucune région donnée , comme celle, par exemple, qui s’étend entre chacun des cercles polaires et le pôle respectif. Si donc il arrivait aujourd'hui que dans la seule de ces deux régions que nous pouvons explorer , la quantité de terre excédât de beaucoup cette proportion moyenne, et qu’en outre la hauteur d’une partie de ces terres fût de plus de 5,000 pieds (1,500 mètres environ), on pourraiten conclure que dans l’ordre actuel deschoses, la température moyenne du climat est inférieure à celle dont la surface de la terre jouirait à son état le plus ordinaire. Cette conjecture acquerrait plus de force encore, si l’on admettait que la profondeur moyenne de l’Océan Atlantique et de la mer Pacifique

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est réellement aussi considérable que quelques astronomes l’ont imaginé (*) ; car on pourrait alors s’attendre à trouver dans les zones glaciales, non-seule-

(■) Voyez Young’s Nat. Phil., Lect. xlvii; (Philosophie naturelle de Young, Lecture xlvii ) , et Mrs. Somerville’s Connexion of Phys, sciences, section 14, p. 110 (De la Connexion des Sciences physiques, par madame Somerville) (1). En cherchant à évaluer la profondeur probable de la mer d’après certains phénomènes des marées, Laplace dit « que sa profondeur moyenne (celle de l’Océan, en général), est du même ordre que la hauteur moyenne des continents et des îles au-dessus de son niveau, hauteur qui ne surpasse pas mille mètres. » Mée. céleste, livrexi, et Système du Monde, Paris, 1836, éd. in-8°,t.n, p. 114. Tout en offrant dans le langage mathématique un sens très-étendu , l’expression « du même ordre » ne veut pas dire que la profondeur de l'eau au-dessous du niveau de la mer réponde exactement à l’élévation des terres au-dessus de ce même niveau. Après avoir consulté plusieurs mathématiciens célèbres, entre autres le professeur Airy, M. Lubbock et M. Whewell, je me suis efforcé , mais en vain, je l’avoue, d’arriver à quelque conclusion tant soit peu satisfaisante relativement à la profondeur absolue de l’Océan. Les divers auteurs à qui je me suis adressé s’accordent tous à déclarer que les données hypothétiques sur lesquelles ont dù nécessairement reposer les calculs de Lapiace, ne peuvent conduire, même approximativement , à la solution du problème. M. Whewell ne croit pas non plus a l’uniformité presque parfaite de la profondeur de l’Océan, que quelques savants ont essayé de déduire du peu de différence qui existe entre les deux marées d’un même jour. (Londres, mars, 1835.)

(I) Voir la traduction que j*ai donnée de cet ouvrage. Paria, 1837 T. H

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ment plus des deux tiers de mer, mais des eaux dont la grande profondeur empêcherait qu’elles pussent être promptement amenées à l’état de congélation.

La même opinion se trouve confirmée, quand on compare la quantité de terre située entre les pôles et les 30Lm's parallèles de latitude nord et sud, avec celle que limitent d’une part ces mêmes parallèles, et de l’autre l’équateur; car il est évident qu’à l’époque actuelle, ontre que la température des régions polaires est plus basse qu’elle ne devrait l’être moyennement, celle des contrées intertropicales se trouve également au-dessous de la moyenne.

Comment il faudrait que les terres et les mers fussent placées respectivement , pour donner lieu au plus grand froid qui puisse être produit à la surface du globe. —

. Pour simplifier la recherche des changements dans le climat auxquels peuvent donner lieu différentes combinaisons de circonstances géographiques, nous examinerons d’abord les conditions nécessaires à la production du plus grand froid, ou, en d’autres termes, de l’hiver de la « grande année » ou cycle géologique; puis, nous passerons en revue celles qui sont indispensables pour déterminer le maximum de chaleur, ou l’été de ce même cycle. Commençons par l’hémisphère nord , et supposons que les collines de l’Italie et de la Sicile, qui sont d’une

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origine comparativement moderne, et renferment un grand nombre de coquilles fossiles identiques à des espèces vivantes, s’enfoncent de nouveau dans la mer, d’où elles ont été émergées, et qu’une portion de terre égale, tant en étendue qu’en hauteur, — cette hauteur variant de 1,000 à 3,000 pieds (300 à 900 mètres environ), — s’élève dans l’Océan Arctique, entre * la Sibérie et le pôle nord. Quant à présent , je ne m’étendrai ni sur la possibilité que de tels changements se soient produits, ni sur le temps nécessaire à leur .accomplissement, me réservant de prouver plus tard, non-seulement que d’aussi grandes révolutions ont eu lieu réellement, mais qu’aujourd hui même, il s’en opère encore de semblables sous nos yeux. Les modifications que nous venons de supposer dans la géographie physique des régions septentrionales donneraient lieu à une accumulation considérable de neiges et de glaces sur les points où se trouve maintenant une mer ordinairement libre, et détermineraient ainsi, dans la température de la majeure partie de l’Europe, un abaissement qui tendrait à rapprocher cette température de celle des latitudes correspondantes de l’Amérique du nord. En d’autres termes , il faudrait avancer de 10° de plus vers le sud, pour trouver un climat semblable à celui dont nous jouissons à présent. D’un autre côté , la disparition des collines de l’Italie et de la Sicile, loin de fournir la moindre corn-

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pensation à ce nouvel état de choses, en augmenterait au contraire l’elTet général; la chaleur moyenne du sol étant probablement, dans ces contrées Méditerranéennes, de beaucoup supérieure à celle de la mer, par laquelle nous avons admis qu’une partie des terres était remplacée.

Si ensuite, admettant des changements plus grands encore, nous supposons que quelque vaste région intertropicale ou voisine des tropiques, comme le Brésil, par exemple, soit, avec ses plaines et ses collines peu élevées , convertie en mer, tandis que des terres égales en étendue et en hauteur prendraient place dans le cercle arctique , nous trouverons qu’une diminution sensible de température aurait lieu près du tropique , car le sol brésilien n’étant plus échauffé par le soleil, l’atmosphère et la partie voisine de l’Atlantique seraient nécessairement moins chaudes. De plus, un refroidissement excessif, occasionné par l’énorme quantité de neiges et de glaces qui s’amoncelleraient sur le nouveau continent arctique , se

ferait sentir dans l’Europe entière, ainsi que dans les contrées septentrionales de l’Asie et de l’Amérique. 11 se pourrait aussi qu'en raison de ces changements, une très-grande partie de l’Europe fût couverte de neiges perpétuelles, dont la limite s’abaisserait jusqu’au niveau de la mer, ainsi qù’à l’époque actuelle, cela a' lieu en quelques points de

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l’hémisphère austral , situés sous des latitudes correspondantes à celles des parties centrales' de l’Angleterre. D’un autre côté, les champs de glaces qui aujourd’hui ne dépassent pas les Açores, pourraient fort bien , dans cette hypothèse, atteindre jusqu’à l’équateur. Enfin , pour pousser notre supposition aussi loin que possible, abaissons sous les eaux de l’Océan Indien la chaîne de l’Himalaya’ avec tout l’Indostan, et élevons à leur place, entre la partie septentrionale du Groenland et les îles Orcades, une égale étendue de terre et de montagnes aussi hautes que l’Himalaya. Les choses ainsi disposées, on peut à peine concevoir l’intensité du froid qui en résulterait pour l’hémisphère nord.

Mais un refroidissement presque égal se manifesterait en même temps dans l’hémisphère sud, de sorte que la différence de température des latitudes arctiques et équatoriales ne serait guère plus considérable . qu’elle ne l’est aujourd’hui, aucune modification importante ne pouvant se produire dans le climat d’une région quelconque, sans qu’aussitôt toutes les autres latitudes ne s’en trouv.ent affectées, quelque éloignées du reste qu’elles puissent être du point où ce changement aurait eu lieu. La chaleur et le froid qui entourent le globe sont dans un état de flux et de reflux constant et universel. L’air chaud, et par conséquent raréfié, se dirige de l’équateur aux pôles, en

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traversant les régions les plus hautes de l’atmosphère, vers lesquelles il tend sans cesse à s’élever. L’air froid, au contraire , est poussé des pôles à l’équateur, où il se rend pour rétablir l’équilibre, en suivant les couches atmosphériques les plus basses. Cette circulation des courants aériens est un fait qui n'est plus contesté; car, indépendamment de la preuve qu’en fournit journellement la marche opposée des nuages à des hauteurs différentes, deux événements récents l’ont démontré de la manière la plus irrécusable. Quoique les vents alizés soufflent avec beaucoup de force de la Barbade à l’île Saint-Vincent , il est pourtant arrivé, lors de l’éruption du volcan de l’tle Saint-Vincent, qui eut lieu en 1812, qu’une énorme quantité de cendres provenant de cette éruption, est tombée sur la Barbade, d’une hauteur considérable (*). Il arriva aussi, en 1815, pendant la grande éruption de Sumbawa, que des cendres furent transportées jusqu’aux lies d’Amboyne etde Banda, bien que cette der- * nière soit à une distance de 800 milles (290 lieues) environ , à l’est du volcan , et quoique la mousson du sud-est soufflât alors dans toute sa force (**). Ce transport de matières effectué contre le vent acheva de prouver l’existence , jusqu'alors considérée comme

(*) Daniell’s Metcorological Essays (Essais météorologiques de Daniell), p. 103.

(") Celait a été observé par J. Crawfurd, Esq.

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hypothétique, d’un contre-courant dans les hautes

régions de l’air.

Suivant M. de Ilumboldt, le froid que l’on observe à de grandes profondeurs dans l’océan intertropical, indique que les mers sont sillonnées par des courants analogues à ceux de l’atmosphère. Entre autres preuves , nous citerons l’énorme masse d’eau chaude que le Gulf-Stream transporte constamment vers le nord, tandis qu’un courant d’eau froide vient du nord , en longeant les côtes du Groenland et du Labrador, et tend à rétablir l'équilibre (*).

Les courants d’eau froide qui coulent des pôles vers l’équateur tombant, en raison de leur densité, dans les régions inférieures de l’océan , et les refroidissant (*’) , il en résulte que la chaleur de lazone torride et le froid du cercle arctique se trouvent contre-balancés. Ainsi, le refroidissement des régions polaires dû aux modi-

(*) Dans tout ce qui est dit ici de la circulation de l’air et de l’eau, on n’a prétendu faire allusion ni aux vents alizés, ni aux irrégularités qu’occasionne, dans la direction des courants, le mouvement de rotation de la terre. Ces causes, il est vrai, empêchent les courants de se diriger exactement du nord au sud, ou du sud au nord; mais èlles n’affectent en aucune manière la théorie d’une circulation constante.

(“) Voyez la note, p. 269, sur l’augmentation de la densité de l’eau de la mer, proportionnellement à son abaissement de température.

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(ications que nous avons supposées dans la distribution des terres et des mers , se communiquerait immédiatement aux tropiques, et de là, s’étendrait jusqu’au pôle antarctique, où l’atmosphère et l’océan se trouvant refroidis, il s’ensuivrait une augmentation dans la quantité de neige et de glace qui s’y accumulent naturellement. Bien que dans l’hémisphère sud la température moyenne des hautes latitudes soit, en général, ainsi que cela a déjà été établi, plus basse que celle des parallèles correspondants dans l’hémisphère nord, il n’en est pas de même à l’égard de la température moyenne des eaux, celle-ci restant la même aux latitudes correspondantes , sur une très-grande étendue de chaque côté de la ligne. Si donc, par suite de la nouvelle distribution des terres, les bancs de glaces devenaient très-nombreux dans la zone tempérée septentrionale , et si, en outre, ces mêmes bancs se trouvaient souvent entraînés jusqu’à l’équateur, un froid semblable à celui qui les aurait produits serait immédiatement communiqué au tropique du Capricorne, et de là aux terres ou aux mers australes.

La libre circulation de la chaleur et du froid, d’un pôle à l’autre, étant une fois admise, il est évident que la température moyenne qui règne en un lieu donné à deux époques distinctes peut, de l’une à l’autre de ces époques, différer beaucoup plus que

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