CHAI-. VII.) UE TEMPÉRATURE
celle de deux points situés sous les mômes parallèles de latitude, à une seule et même époque. En eflet, les variations de la température, ou en d’autres termes, la courbe que dans une zone donnée et à une époque déterminée, forment les lignes isothermes , doit toujours être comprise dans des limites très-bornées, le climat de chacun des lieux que renferme cette zone se trouvant modifié par l’influence combinée des diverses conditions géographiques de toutes .les autres parties de la terre. I)’un autre côté, si l’on compare l’état de choses qui , à deux époques distinctes et assez éloignées, peut subsister dans une certaine zone, on verra cette zone soumise alternativement à des combinaisons de causes tout à fait contraires. Ainsi , par exemple, les terres situées au nord du Groenland ont pour effet de rendre , à latitudes égales , le climat de l’Amérique septentrionale plus froid que celui de l’Europe. Toutefois , l’excès de froid résultant du voisinage de ces terres n'est pas aussi considérable qu’il le serait si l’hémisphère occidental se trouvait isolé de l’hémisphère oriental aussi complètement que dans le cas où il formerait une planète à part. Car, non-seulement le Groenland refroidit jusqu’à un certain point l’atmosphère des parties septentrionales et occidentales de l’Europe, mais à son tour, le climat modéré de l’Europe réagit sur la partie nord de l’Amérique, et
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tempère l’influence glaciale des terres polaires voisines.
Pour en revenir à l’état de la terre, après les
changements que nous avons supposés, nous allons examiner les effets importants qui résulteraient d’un très-grand développement des neiges perpétuelles. Il est probable que presque toute la mer serait gelée, depuis les pôles jusqu’aux 45e parallèles; car on sait que le voisinage des terres n’est pas une circonstance indispensable pour la formation et l’auginentation des champs de glaces, lorsqu’en un point quelconque de la zone que l’on considère, il existe un nombre suffisant de glaciers, engendrés soit sur le continent, soit dans son voisinage, pour refroidir la mer. Dans son ouvrage sur les régions arctiques, le capitaine Scoresbv fait remarquer que lorsque les rayons du soleil tombent sur des glaces ou sur des terres couvertes de neige, ils sont en grande partie réfléchis , et ne donnent lieu par conséquent à aucune élévation sensible de température; tandis que lorsqu’ils frappent sur la face extérieure d’un vaisseau, qui ordinairement est noircie, il arrive parfois que le goudron entre en fusion d’un côté, en môme temps que de l’autre il y a production trèsrapide de glace (’). » .
(*) Voyez Scoresby’s Arctic Régions, vol i . p. 378.
CHAP. VII
DE TEMPERATURE
Or, comme les champs de glaces sont presque tou jours couyerts de neige (*) , il s’ensuit que nonseulement une portion de terres égale à l’ensemble des continents actuels, mais aussi d’immenses étendues de mer appartenant aux zones tempérées et glaciales, pourraient offrir une surface solide couverte de neige , qui réfléchirait les rayons du soleil pendant la plus grande partie de l’année. De plus , entre les tropiques , là où l’étendue de l’océan l'emporte sur celle de la terre-ferme, le ciel perdrait sa sérénité actuelle , par suite des masses de glaces flottantes qui, en donnant lieu à des condensations subites de vapeur, engendreraient des nuages et des brouillards dont l’effet inévitable serait de priver les rayons verticaux du soleil de la moitié de leur intensité.
Dans cet état de choses, la masse entière de notre planète recevrait annuellement de cet astre moins de chaleur et de lumière ; et d'un autre côté, l’écorce » extérieure du globe abandonnerait, par voie de rayonnement, une partie de la chaleur qui s’y serait accumulée pendant qu’un autre ordre de choses régnait à sa surface. Cette chaleur se dissiperait dans l’espace qui sert de limite à notre atmosphère, et qui, suivant Fourier, est d’une température bien inférieure à celle de la glace fondante.
(*) Ibid., p. 320.
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Après la révolution géographique que nous venons de supposer, il se pourrait que le climat, des terres équinoxiales vînt à être semblable à celui de la zone tempérée actuelle, ou même bien plus froid encore. Ceux qui habiteraient de petites îles et des récifs de coraux tels qu’il en existe aujourd’hui dans la mer des Indes et dans la partie méridionale de l’Océan Pacifique, seraient étonnés de voir l’immense quantité de grands zoophytes auxquels leurs mers auraient servi jadis de demeure; ou bien si , par hasard, ils trouvaient quelques fragments de bois et quelques fruits de cocotier et de palmier incrustés de matière calcaire, ou silicifiés par les eaux de quelque ancienne source minérale, ils auraient peine à se rendrecompte des révolutions qui, après avoir anéanti ces végétaux , auraient donné lieu à leur remplacement par le chêne, le châtaigner et le pin. Leur surprise ne se- * rait pas moindre, quand ils viendraient à comparer les squelettes de leurs petits lézards, avec les débris fossiles des alligators et des crocodiles de plus de 20 pieds (6“. env.) de long, qui, dans les temps anciens, vivaient sous la zone torride. Enfin , leur étonnement serait à json comble quand, découvrant un pin dans quelque champ de glaces amené sous leurs latitudes, de régions auxquelles on donne aujourd’hui le nom de régions tempérées , ils verraient dans cet arbre la preuve que des forêts existaient jadis sur des points