CLIMAT CONTEMPORAIN
(LIVRE I
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d'extrême chaleur que de celui d'extrême froid que nous avons supposé. En jetant les yeux sur la carte (PI. 2, Fig. 1) on voit que tous nos continents pourraient être réunis dans l’espace compris entre les trentièmes parallèles de latitude nord et sud, et que même, ils ne rempliraient pas à beaucoup près cet intervalle. Or, dans aucune autre position ils ne donneraient lieu à une température aussi élevée que celle qui résulterait d’un pareil état de choses, — état dont les conditions géographiques actuelles du globe s’éloignent tellement, que les parties continentales situées entre les pôles et les 30ts parallèles sont en excès, par rapport aux mers, dans la proportion de t) à 23, au lieu de l’être seulement dans celle de 1 à 3, qui est, à très-peu près, le rapport qu’en moyenne, on observe sur toute l’étendue du globe Q. D’après cela, on ne doit pas être surpris, si, jetant sur les événements géologiques un coup d’œil rétrospectif, qui n’embrasse peut-être qu’une petite portion d’un
(*) Dans celte estimation , on n’a pas tenu compte de l’espace compris au delà du cercle polaire antarctique, cette zone n’étant encore que très-imparfaitement connue. Tout porte a croire que s’il était pris en considération', il augmenterait la somme des continents; car la grande accumulation de glace qui existe autour du pôle antarctique, semble impliquer la présence d’une certaine quantité de terre ferme. Le nombre de milles carrés qu’offre la surface entière du globe est de 118,522,000 (19, '177,120 lieues carrées!, sur lesquels la mer en occupe 110,819,000 (11,530,097
CHAP. vill.) CHANGEMENTS DANS' LE CLIMAT. 347
cycle complet de changement dans les climats terrestres, on rencontre partout des indices d’une température plus élevée que celle qui règne aujourd’hui à la surface du globe. Il serait très-possible que les formations à l’examen desquelles nous nous sommes livrés jusqu’ici, se fussent déposées à l’époque où la somme des terres équatoriales commença à décroître, et où les continents voisins des pôles augmentèrent, au contraire, soit en élévation, soit en étendue, jusqu’à ce qu’enfin ils eussent atteint l’excès qu’offre actuellement leur proportion sous les hautes latitudes. Comme il n’y a rien d’improbable à ce que les révolutions géographiques dont nous avons déjà réuni plusieurs preuves, aient eu cette tendance générale, on peut admettre que le refroidissement a été constant, bien que certains motifs déjà exposés, portent à croire que sa marche n’a pas été uniforme.
Toutefois, il est à remarquer ici que plusieurs indices ont récemment mis à même de reconnaître que
lieues carrées), et la terre 37,673,000 (4,940,423 lieues carrées), d'où l'on voit que la somme des continents est a celle des mers, a très-peu près comme 1 est à 4. JetiensdeM.Gardner que, d’après une approximation grossière, la portion de terre ferme, située entre le 30* parallèle de latitude nord et le pôle, occupe un espace à peu près égal à celui de la mer ; tandis que celle qui est comprise entre le 30' degré de latitude sud et le cercle polaire antarctique n’occupe que j de cette zone. ' .
CAUSES AST. QUI ONT CONTRIBUÉ (livre i.
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la température de l’époque qui précéda immédiatement la période à laquelle apparut l'espèce humoine, n'avait pas été exempte d’oscillations. En Écosse, en Irlande et au Canada, on a remarqué que plusieurs dépôts des plus modernes dont presque toutes, et môme quelquefois toutes les coquilles fossiles appartiennent a des espèces récentes, indiquent un climat plus froid que celui qui règne aujourd’hui dans les lati’udcs correspondantes des deux côtés de l’Atlantique. Cette opinion résulte en partie, des habitations connues des espèces analogues qui vivent actuellement; et en partie, de l’abondance de certains genres de coquilles, et de l’absence de quelques autres (*). La date du refroidissement à laquelle on remonte ainsi, parait coïncider avec l’époque de la dispersion des blocs erratiques en Europe et dans l’Amérique du Nord, — phénomène que nous croyons devoir attribuer , ainsi qu’on le verra dans un des livres suivants de cet ouvrage, au froid qui régnait alors dans l’hémisphère nord.
Des causes astronomiques qui ont contribué uujc variations du climat. — Sir John Herschel s'est appli-
(’) Voyez tes Mémoires de M. Smith de Jordanien, membre de la Société Géologique, cl ceux de l’auteur, insérés dans les Proceedings of Geol Soc. (Procès-verbaux de la Société Géologique), n° 63, 183».
chai*. VIII.) AIÎX VARIATIONS DU CLIMAT.
«)ué dernièrement à rechercher si, parmi les phénomènes astronomiques, il ne se trouverait pas quelque cause capable d’expliquer d’une manière plausible la différence qui existe entre le climat actuellement régnant à la surface du globe et celui qui, aux époques anciennes, semble y avoir dominé — sujet qu’il dit avoir abordé sous l’influence d'un esprit frappé de la grandeur de cette vue qui porte à considérer les révolutions géologiques plutAt comme les efTets nécessaires et réguliers de causes tout à la fois générales et grandes, que comme le résultat d’une suite de convulsions et de catastrophes qu’aucune loi ne règle, et qui ne peut être rapportée à aucun principe fixe. « Les géomètres, ajoute-t-il, ont démontré l’invariabilité de la distance moyenne de la terre au soleil, et il semble en résulter, au premier aperçu, que la quantité moyenne annuelle de lumière et de chaleur provenant de cet astre doive être également invariable. Cependant, lorsqu’on examine les choses plus attentivement, elles ne paraissent pas justifier une pareille conclusion. On se trouve, au contraire, conduit à reconnaître que la quantité moyenne du rayonnement splaire dépend de l’excentricité de l’orbite de la terre, et que, par suite, elle est sujette à variation (*).
(*) Le théorème est ainsi posé: « L'excentricité de l'orbite étant variable, la quantité totale de chaleur que la terre reçoit
350 CAUSES ASTR. QUI ONT CONTRIBUÉ (litre i ,
Or, continue encore sir Herschel, l'excentricité de I orbite" est actuellement en voie de décroissement, ainsi qu’elle l’a été pendant un grand nombre de siècles, avant les temps historiques; par suite, l’ellipse va en se rapprochant de la figure d’un cercle, et la quantité moyenne de chaleur que la terre reçoit annuellement du soleil se trouve décroissante aujourd’hui . Ceci s’accorde parfaitement avec les circonstances géologiques qui indiquent le refroidissement général du climat, mais ne répond nullement à la question qui a pour but de savoir si l’on peut supposer que la somme totale de la diminution que l’excentricité a jamais pu subir, suffit pour rendre compte d’un refroidissement sensible. Les calculs nécessaires à la détermination de ce point n’ont encore jamais été faits. Quoique possibles, à la rigueur, ils seraient extrêmement laborieux , en ce qu’ils de vraien t embrasser toutes les perturbations que les planètes les plus influentes, telles que Vénus, Mars, Jupiter et Saturne sont susceptibles d’occasionner soit dans l’orbite de la terre, soit dans leurs mouvements respectifs autour du soleil.
du soleil, dans chacune de ses révolutions, est inversement proportionnelle au petit axe de l'orbite. Le grand axe est invariable, et, par suite, la longueur absolue de l'année l’est aussi ; de sorte
que la quantité de chaleur moyenne annuelle doit être également en raison inverse du petit axe. » — Geol..Trans., second sériés, vol. III , p. 295.
chap. VIII.) AUX VARIATIONS I)U CLIMAT.
Le problème est d’autant plus compliqué qu’il dépend non-seulement de l’ellipticité de l'orbite de la terre , mais aussi de la température supposée des espaces célestes ; — question qui n’est pas encore résolue, et au sujet de laquelle MM. Fourier et Herschel ont émis des opinions très-différentes. Si l’on suppose un cas extrême, dit Ilcrsche! . comme celui, par exemple, où l’orbite de la terre deviendrait aussi excentrique que celle de Junon, ou de Pallas, on concevra comment il s'ensuivrait un très-grand changement de climat, puisque dans cette hypothèse, les températures de l’hiver et de l’été devraient être nécessairement tantôt modérées et tantôt excessives, aux mômes latitudes.
11 serait fort à désirer que ces calculs fussent exécutés; car, dussent-ils servir à démontrer ce que M. Arago considère comme infiniment probable (*), savoir, que la somme moyenne du rayonnement solaire ne peut jamais être affectée d’une manière sensible par les irrégularités que la terre est susceptible d’éprouver dans son mouvement, toujours serait-il extrêmement intéressant que cette question se trouvât définitivement résolue.
Une autre hypothèse astronomique relative à la cause possible des variations séculaires du climat, a
(’) Ann. du Dur. des Long., 1834.
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été proposée par M. Poisson, savant aussi distingué comme mathématicien que comme physicien. Il suppose d’abord, que ni le soleil ni le système planétaire ne sont stationnaires, mais qu’ils sont entraînés progressivement dans l’espace par un mouvement commun; puis, que chacun dés points de l’espace reçoit de la chaleur et de la lumière des étoiles sans nombre dont il est entouré de tous côtés; de telle sorte qu'une droite tirée d’un point quelconque de l’espace, et indéfiniment prolongée dans quelque direction que ce soit, ne pourrait manquer de rencontrer quelque étoile, soit visible, soit invisible pour nous, il admet aussi la possibilité que les différentes régions de l’espace qui, dans le cours de plusieurs millionsd’années, se trouvent traversées par notre système, doivent être d’une température trèsinégale; certaines d’entre elles recevant de la grande enceinte stellaire une quantité de chaleur rayonnante bien supérieure à celle qu'en reçoivent telles ou telles autres. I)e même, ajoute-t-il encore, que tout autre corps d’un volume considérable qu’on transporterait de la zone équatoriale sous un climat tempéré, la terre venant à passer d’une région plus chaude dans une région plus froide, ne perdrait pas dans la seconde toute la chaleur qu’elle aurait acquise dans la première; sa température irait seulement en décroissant de la surface à l’intérieur, ainsi, précisé-
CHAP. Vlll.) AUX VARIATIONS DU CLIMAT. 353
ment, que les choses se passent dans l’état actuel de notre planète (*).
Plusieurs astronomes célèbres pensent que l’opinion émise par sir Wiiliaip Herschel , relativement au mouvement progressif du soleil et de son cortège planétaire dans la direction de la constellation d’Hercule, a besoin d’être confirmée. Or, si ce fait lui-même est un objet de doute, combien plus vagues et plus incertaines encore doivent être les diverses conjectures qui ont rapport à la quantité du déplacement dont il s’agit? — déplacement qui devrait, en tout cas, acquérir une valeur considérable , avant
qu’une telle cause pût, à elle seule, déterminer quelque altération notable dans les climats terrestres.
Dans la vue de rendre son hypothèse plus frappante, M. Poisson a supposé que la température de l’espace que notre système a traversé avant d’arriver au point qu’il occupe actuellement dans le ciel, était de plus de 212° Fahr. (100" centig.). Cette circonstance une fois admise, le mettait à même d’expliquer la proportion observée dans l’accroissement de la chaleur terrestre, en allant de la surface à l’intérieur du globe. Toutefois, comme la température de l’eau bouillante correspondante au 212e degré Fahrenheit, ou au 100'
O Poisson, Théorie Malhémat. de la Chaleur, Comptes Rendus de l’Acad. des Sci., 30 Janv. 1837.
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