CHAPITRE IX
THÉORIE DU' DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DE LA VIE ORGANIQUE A DIVERSES ÉPOQUES GÉOLOGIQUES SUC- CESSIVES.
Théorie du développement progressive la vie organique ; l’observation n’en démontre pas la vérité. — Découverte d’animaux vertébrés cl de plantes de l’organisation la plus parfaite, dans des terrains très-anciens. — Des différences qu’on observe entre les débris organiques des diverses formations successives. — De l’origine comparativement moderne de la race humaine; résultat sans importance pour la doctrine populaire du développement successif. — Considérations sur les effets produils dans le système, par l’apparition de l’homme à la surface du globe.
Développement successif delà vie organique. — Après avoir examiné , dans les chapitres précédents , si les diverses révolutions qu’a subies le climat «énéral du «lobe sont de nature «à provoquer quelques objections sérieuses contre la doctrine en vertu de laquelle on
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admet que les changements anciens qui ont affecté l’écorce de la terre font partie d’une suite non interrompue d’événements physiques résultant des lois ordinaires, il nous reste maintenant à signaler les arguments qui ont été tirés des modifications impor- • tantes que les corps organisés ont subies dans les temps passés. Je m’attacherai d’autant plus à réfuter ces objections, qu’elles ont été mises en avant de la manière la plus formelle par un physicien trèscélèbre, feu H. Davy, qui s’exprime à ce sujet de la manière suivante : « Il est, dit-il, impossible de soutenir que l’ordre de choses actuel n’est autre que l’ancien, modifié seulement par les lois existantes. Je citerai à l’appui de cette opinion , les corps organisés que renferment les diverses strates sédimentaires dont se compose, en partie, la croûte du globe. On ne trouve les formes végétales qu’en trèspetit nombre parmi celles de ces couches qui sont le plus éloignées de la surface, et qui, par conséquent, doivent être considérées comme ayant été déposées les premières; celles qui suivent offrent un mélange de végétaux et de coquilles; dans les troisièmes, apparaissent des ossements de poissons et de reptiles ovipares; dans les quatrièmes, des débris d’oiseaux mêlés à ceux des autres genres déjà mentionnés; et dans les cinquièmes, enfin, des restes de quadrupèdes appartenant à des espèces éteintes. Ce
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n'cst que dans les strates incohérentes et à peine solidifiées, de gravier et de sable, ordinairement désignées sous le nom de formations diluviennes , que se trouvent, associés à des débris d’êtres perdus, des restes d’animaux analogues à ceux qui vivent de nos jours. Quant à des ossements humains, ou même à des restes d’ouvrages exécutés de main d’homme, jamais on n’en a rencontré dans aucune de ces formations, c’est-à-dire, pas plus dans le terrain diluvien que dans les couches secondaires ou tertiaires. D’après cela, ne doit-on pas être parfaitement convaincu que l’ordre de choses actuel est tout à fait différent de celui d’autrefois, et que l’existence comparativement récente de l’homme, comme maître du globe, est un fait non moins certain que l’extinction d’un grand nombre de formes organiques dont les types ne se retrouvent plus à présent? Les strates secondaires les plus anciennes ne renferment aucun reste d’animaux analogues à ceux qui vivent de nos jours à la surface du globe : les roches mêmes qui peuvent être considérées comme ayant été formées plus récemment, n’en contiennent qu’un très-petit nombre; mais en revanche, on y trouve une quantité prodigieuse d’espèces éteintes. On dirait que la Nature a constamment marché d’une manière graduelle vers l’état actuel des choses, et qu’elle a préludé par une longue suite de destructions et de
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productions nouvelles à la création de l’homme (*). »
Dans le passage qui vient d’être cité, l’auteur s’appuie sur certaines données géologiques pour en tirer deux conclusions importantes , savoir, que les débris que renferment les diverses formations sédi— mentaires dont se compose en très-grande partie la croûte du globe, offrent la preuve du développement progressif de la vie organique, à partir des formes les plus simples jusqu’à celles qui sont le plus compliquées ; et que l’homme est d’une origine copiparalivement récente; — conclusions qu’il regarde comme étant inconciliables avec la supposition « que l’ordre de choses actuel n’est autre que l’ancien, modifié seulement par les lois existantes. »
A l'égard de la première de ces propositions , on pourrait demander si la théorie du développement progressif de la vie animale et végétale, et du perfectionnement graduel des êtres organisés, repose sur une base vraiment solide. Il n’est pas un seul géologue au courant des nombreuses données que la science possède aujourd’hui, relativement aux fossiles, qui voulût soutenir cette théorie dans toutes ses parties , c’est-à-dire , telle qu’elle a été proposée par l’illustre chimiste dont nous venons de faire con-
{*) Sir II. Davy, Consola lion s en voyage, Dialogue III. « L’Inconnu. »
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naître l'opinion; les seuls qui continuent à la défendre sont ceux qui ne connaissent pas les découvertes modernes; encore ne l’admettent-ils qu'en la modifiant. Ils prétendent que lors de la première période du monde, et par cette période ils entendent la première de celles où l’on a trouvé quelques débris organiques, la végétation se composait presque uniquement de plantes cryptogames, et que la faune contemporaine Consistait, pour ainsi dire, exclusivement en zoophytes. en testacés, et en quelques poissons. La seconde époque, toujours suivant eux, vit croître des plantes d’une structure moins simple que les cryptogames, et donna naissance à des reptiles ovipares , auxquels succédèrent , lors de la troisième époque, les ordres le plus haut placés dans l’échelle animale, tels que les oiseaux et les mammifères. A cette dernière période, la llore terrestre acquit aussi un nouveau degré de diversité et de perfectionnement.
Or, nous croyons devoir signaler ici la contradiction dans laquelle tombent tes naturalistes qui, d’une part , s’efforcent de faire coordonner les phénomènes de la végétation primitive avec ceux de la vie organique à son état naissant, et qui, de l’autre, cherchent à déduire de la prédominance numérique de certains types de formes , l’excès de chaleur de l’ancien climat , par rapport à celui de l'époque ac-
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tuelle. Leurs arguments à l’appui de celte derniere conclusion ne peuvent avoir quelque valeur que si l’on admet que la marche suivie par l’auteur de la Nature dans la création et dans la distribution des êtres organisés est la même à présent que jadis; et qu’à toutes les époques passées eurent lieu des circonstances analogues à celles qui font que certaines familles d’animaux et de plantes dominent aujourd'hui dans des régions douées d’une certaine temperature, d’un certain degré d’humidité, d’une certaine intensité de lumière, et de diverses autres conditions encore, ou qu’elles y sont même exclusivement limitées.
Mais si au lieu d’admettre cette supposition, on considère la prédominance de telles ou telles familles comme résultant d’un certain ordre de préséance dans l’apparition des diverses classes d’êtres organisés à la surface du globe , et qu’en outre , on soutienne que les types d’organisation allèrent toujours en se perfectionnant, il faudra, dès lors, attribuer la prépondérance numérique des plantes le plus simplement conformées, non à la chaleur, mais aux diverses lois qui, dans les mondes nouvellement créés, règlent les phénomènes de la vie organique. S’il est vrai que, suivant les lois du développement progressif, les plantes cryptogames aient toujours prospéré pendant des siècles avant que l’ordre des dicotylédones put
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s’èlrc établi , la petite proportion de ces dernières se trouvera ainsi complètement expliquée; car, dans ce cas, il était impossible qu’elles apparussent à la surface du globe, quelle que fût, d’ailleurs, la nature du climat.
Avant d’admettre qu'une température élevée a dû régner jadis dans les hautes latitudes, comme conséquence indispensable de la présence de fougères arborescentes, de lycopodiacées, et de diverses autres plantes appartenant à des familles voisines, il doit, au moins, nous être permis de supposer que l’hémisphère nord a eu , qu’il a encore, et qu’il aura constamment une atmosphère chaude et humide, tendant à déterminer dans la végétation une prédominance de types analogues de forme.
Bien que l’on ait trouvé de 2 à 300 espèces de plantes dans les couches anciennes de la période carbonifère, on n'y a encore découvert, disent les auteurs de la « Flore Fossile (’) » aucune trace des formes les plus simples de végétaux sans fleurs, tels que les champignons, les lichens, les hépatiques ou les mousses; tandis qu’au contraire, on y a rencontré un grand nombre de plantes qui, telles que des fougères, des lycopodiacées et des végétaux qu’on suppose être des (*)
(*) Fossit Flora of Gréai Britain, par John Bindley et William Hulton, Esquires. Londres, 1832. Préface.