CHAP. IX.) A DES EPOQUES SUCCESSIVES
à raconter qu’en faisant des sondages dans l’océan Indien , près de quelque récif de coraux et à une certaine distance des côtes, ils ont rapporté, à l’aide de crochets attachés à leur ligne, quelques fragments de léopard, d’éléphant ou de tapir, tout porte à croire que leur récit serait accueilli avec la plus grande incrédulité, à moins pourtant que leur véracité ne devant donner lieu à aucun doute, on n’en vînt à suspecter leur habileté comme naturalistes , ou qu’cnfin, le fait ne pouvant être contesté, on ne fut obligé d’admettre l’échouemcnt d’un vaisseau à l’endroit où ces débris auraient été trouvés?
Quelque rares que soient les accidents par suite desquels des quadrupèdes terrestres peuvent se trouver entraînés en pleine mer par des rivières, bien plus rares encore doivent être les circonstances capables de s'opposer à ce que les corps de ces animaux, une fois dans la mer, soient dévorés par des requins ou par d’autres poissons voraces, analogues à ceux dont les dents se retrouvent dans quelques couches carbonifères. Cependant , il se pourrait que le cadavre d'un de ces animaux, échappant à la voracité des poissons, tombât au fond de la mer, précisément sur un point où quelque dépôt sédimentaire serait en voie de s’accumuler. Mais lors même que dans ce cas, déjà peu supposable, les causes nombreuses de décomposition susceptibles d’agir à la longue, n’ef-
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faceraicnt pas toute trace de ce corps, enfoui depuis des siècles dans quelque roche solide , ne serait-il pas contraire à toute probabilité que l’on tombât de la sorte exactement sur la place, sur le point même du lit d’un ancien océan où cette précieuse relique aurait été ensevelie? Et quand parmi des milliers de fragments de coraux et de coquilles, nous trouvons à peine quelques rares ossements d’animaux aquatiques ou amphibies, pourrions-nous raisonnablement nous attendre à rencontrer le seul squelette d'animal terrestre que renferme un aussi vaste espace?
Clarence, dans son rêve, voit « sur le fond vaseux de l’Océan, »
— a thousand fearful wrecks;
A thousand men, that fishes gnaw’d upon ;
Wedgcs of gold, grcat anchors, heaps of pearl (*).
Si parmi « les ossements humains dispersés sur le fond de la mer, » Clarence eût aperçu aussi des squelettes de lions, de daims, et de divers autres animaux sauvages qui habitent les plaines et les bois, dès lors la fiction eût paru indigne du génie de Shakspeare. Un si flagrant oubli des , lois de la probabilité, une telle infraction aux règles de l’analogie
(*) Mille débris effrayants; des milliers d’hommes dévorés par des poissons; des lingots d’or, des ancres énormes et des amas de perles. (Shakspeare — Richard III.)
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eussent été impitoyablement condamnés, lors même que le poëte ne s’en fût rendu coupable que pour peindre les images bizarres qui, pendant les visions de la nuit, se présentent à une imagination malade.
Mais, commodes débris fossiles de mammifères ont été trouvés dans des strates appartenant aux périodes les plus modernes . il devient très-intéressant de jeter un coup d’œil rapide sur les corps que renferment les diverses formations successives, et d’examiner à quel point ils sont propres à corroborer ou à infirmer la doctrine du développement progressif.
Nous commencerons par établir que des débris de fossiles qui doivent être rapportés au règne animal , apparaissent dans des strates non moins anciennes qu’aucune de celles où l’on a rencontré des impressions de plantes. Bien que nos connaissances à l’égard des restes organiques que renferment les formations fossilifères primaires , c’est-à-dire , celles qui sont inférieures à la série carbonifère , soient encore très-imparfaites, nous savons que dans plusieurs d’entre elles, telles que le calcaire de Ludlow , par exemple, on a trouvé des écailles et des os de poissons (*). Quant à des débris d’animaux vertébrés, on ne peut guère s’attendre à en découvrir un grand
(*) Murchison , Silurian System. (Système Silurien, par Murrhison), p. 605
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nombre dans ces roches anciennes, jusqu’à ce que les zoophytes et les testacés de la môme époque soient mieux connus. Pour ce qui regarde les espèces rares, c’est tout au plus si on parviendra jamais à en trouver quelques-unes, tant que les plus abondantes n auront pas été rencontrées plusieurs fois; et il peut s’écouler bien du temps encore, avant que l’on obtienne, par rapport aux fossiles des couches inférieures au Charbon, des données suffisantes pour motiver la grande importance qu’on peut être tenté d’attacher à l’absence des oiseaux et des mammifères dans ces couches. Nous parlerons aussi des roches très-anciennes dans lesquelles l’action prolongée, pendant une longue suite de siècles, de plusieurs causes diverses, telles entre autres que la chaleur souterraine et l’infiltration d’eaux acidulés, a détruit une grande quantité de débris organiques. On peut se faire une idée du nombre de fossiles qui a pu disparaître des couches les plus anciennes, par ce seul fait que dans beaucoup de cas leur existence ne nous est révélée qu’à raison du relief qu’ont souvent des pétrifications sur la face découverte d’une roche, par suite de l’inégalité de la décomposition que produit sur elle l’influence atmosphérique.
Si nous passons ensuite à l’examen du Vieux tirés Kouge, nous voyons que tant en Écosse que dans la partie occidentale de l’Angleterre et dans le pays de