CHAP IX.) ORIGINE RÉCENTE DE L'HOMME
qu'ont les animaux de s’accommoder en quelque sorte aux circonstances accidentelles, fut telle, à quelque période ancienne, que les opérations de l’instinct présentassent une aussi grande diversité que celles de l’esprit humain, peut-être contesterait-on que l’intervention de l’homme ait constitué une déviation anomale dans l’ordre de choses qui existait avant lui, et pourrait-on dire que l’époque à laquelle la terre commença à servir de demeure à des êtres humains fut une ère à part dans le monde moral . et non dans le monde physique; que la contemplation et l’étude de la terre et des lois qui gouvernent ses productions animées, ne doivent pas plus être considérées comme une déviation, relativement au système , que la découverte des satellites de Jupiter ne dut être regardée, dans le temps, comme un événement physique propre à exercer quelque action sur ces corps célestes; leur influence, à l’égard des progrès de la science parmi les hommes et des avantages qu’en devaient retirer la navigation et le commerce , ne fut accompagnée d’aucune action réciproque de l’esprit humain sur l’économie de la Nature dans ces corps éloignés. Ainsi, on peut supposer qu’à une époque déterminée la terre devint pour l’homme un centre de discipline morale et d’amélioration intellectuelle , sans qu’il y ait eu le moindre dérangement dans l’ordre de choses préala-
il2 UNIFORMITE DU SYSTÈME. (livre i, .
blement existant à l’égard de ses productions animées et inanimées.
Toutefois, considérée simplement comme cause efficiente dans le monde physique, la différence qu’on observe entre l’espèce humaine et toutes les autres espèces ne laisse pas d’être réelle ; car nos rapports avec les séries contemporaines d’animaux et de plantes sont d’une nature complètement distincte de celle qui caractérise les relations mutuelles que l’on peut supposer avoir jamais existé entre les êtres dépourvus de raison. L’homme exerce sur l’instinct , sur les nombres relatifs et sur la distribution géographique des animaux une influence particulière, et bien supérieure à celle qu’aucun de ces derniers peut avoir sur les autres. De plus, le mouvement progressif qui a lieu dans l’espèce humaine fait que, d’une époque à une autre époque, les diverses générations qui se succèdent diffèrent plus entre elles, sous le rapport de la puissance, qu’aucune des espèces qui font partie des ordres les plus élevés du règne animal ne diffèrent les unes des autres. Or, les faits géologiques démontrant avec la dernière évidence que l’homme, cet être si peu semblable à tous ceux qui l’ont précédé , n’a apparu à la surface du globe que longtemps après d’autres espèces appartenant soit au monde organique, soit au monde inorganique, ne doit-on pas conclure que l'observation, durât-elle des milliers de