CHAI-. IX.) ORIGINE RECENTE DE L HOMME
siècles, de tous les événements qui peuvent arriver sur ce globe, n’offrirait aux spéculations philosophiques aucune chance de prévoir avec certitude ceux qui doivent survenir?
Si donc un être intelligent, après avoir observé l’ordre des événements pendant une série indéfinie de siècles, était, à la fin, témoin d’une création nouvelle aussi extraordinaire que celle de l’homme, jusqu’à quel point sa croyance dans la régularité du système serait-elle affaiblie? Cesserait-il de supposer qu'il y a eu permanence dans les lois de la Nature, et de prendre pour guide de ses spéculations les règles les plus strictes de l'induction? On peut répondre à ces que»tions que s'il avait dogmatiquement admis d’abord l’uniformité absolue de l’ordre de la Nature, sa croyance serait sans dopte ébranlée par un événement aussi nouveau et aussi imprévu que l’introduction de l’homme sur la terre, et il se formerait une idée plus exacte des limites restreintes de ses propres connaissances , ainsi que de l'étendue sans bornes du plap de l’univers. II ne tarderait pas à reconnaître qu’aucune des lois fixes et constantes du monde animé ou inanimé n’a été détruite par le fait de la présence de l’homme, et que les modifications alors introduites pour la première fois , étaient la suite nécessaire de circonstances nouvelles et extraordinaires , d’une nature morale et non physique. Ces modifications
H4 UNIFORM. DU SYSTÈME, (livre I, CH. IX.)
lui paraîtraient aussi légères que possible, relativement à l’accomplissement des nouvelles fins morales introduites dans le système, et il verrait à quel point elles sont temporaires, puisque chaque fois que le pouvoir du nouvel agent viendrait à cesser, ne fût-ce même que pour très-peu de temps, un retour à l’ancien ordre de choses aurait lieu. Ainsi , par exemple, après quelques générations, l’animal domestique redeviendrait sauvage, de même que la fleur des jardins et l’arbre à fruit des vergers retourneraient à l’état primitif de leurs espèces respectives.
Or, si l’on peut raisonnablement admettre de telles conclusions pour l’avenir, pourquoi ne les appliquerait-on pas également au passé? Nous n’avons aucun motif pour prévoir dans les résultats des causes futures, des modifications en désaccord avec l’analogie, à moins qu’elles ne soient produites par le développementprogressif de la puissance humaine, ou par quelque nouveau rapport qui viendrait à surgir entre le monde moral et le monde matériel. De même aussi, quand on cherche à découvrir quelles sont les vicissitudes que la création animée et inanimée a pu subir dans les temps anciens, on ne doit s’attendre à trouver des anomalies que lorsque l’homme a fait sentir son intervention , à moins que des indications évidentes ne permettent d’entrevoir quelque autre cause morale de dérangement temporaire.