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CHAPITRE X

DF L’INTENSITÉ SUPPOSÉE DES FORCES AQUEUSES ET DES FORCES IGNÉES DANS LES TEMPS ANCIENS.

De l’intensité des causes aqueuses. — Des preuves, fournies par les fossiles, de l'accumulation lente des strates.— Du rapport nécessaire entre la dénudation et les dépôts formés i la surface de la terre.— Des blocs erratiques et des effets produits par les glaces.— Des déluges et des causes auxquelles on les rapporte. — De l’universalité supposée des anciens dépôts. — De l’intensité de l’action ignée lors des périodes anciennes. — Des formations volcaniques à toutes les époques géologiques. — De la diversité d’âge des roches plutoniques- — Du développement graduel des mouvements souterrains. — Des failles.

De l'intensité des causes aqueuses. — Le problème important que nous avons examiné dans les chapitres précédents, et qui a pour but de rechercher si les anciennes révolutions du globe que la géologie nous fait connaître ressemblent , par leur nature et leur intensité, à celles qui s’accomplissent de nos jours, peut encore être considéré sous divers points de vue.

'»16 INTENS. SUPP. DES CAUSES AQUEUSES (livrb i,

Ainsi, par exemple, nous avons à examiner jusqu'à quel point est fondée l'opinion qui attribue aux forces aqueuses et aux forces ignées des temps anciens une énergie bien supérieure à celle qui les caractérise aujourd’hui.

Pour ce qui regarde les causes aqueuses, je rappellerai d’abord ce qui en a été dit à l’article deWoodward, dans l’historique de la science placé en tête de cet ouvrage (voyez p. 8i-86). En 1695, Woodward prétendait, et ne craignait pas d’enseigner, que peu de mois avaient suffi pour opérer le dépôt de la masse entière des strates fossilifères que renferme la croûte du globe. Or , comme la cause mécanique et l’origine de ces formations étaient déjà admises, on se croyait autorisé à en conclure que la transformation des masses rocheuses en limon, en sable et en galets, que le transport de ces matières, et leur accumulation en couches régulières , s’étaient effectués avec une rapidité bien plus considérable que celle qui , dans les temps modernes, caractérise la production de ces mêmes phénomènes. Cette doctrine, toutefois, subit diverses modifications à mesure que différentes classes de débris organiques, telles que les coquilles, les coraux et les plantes fossiles furent mieux étudiées. A l’aide de l’analogie, le naturaliste se trouva amené à supposer que le développement complet de chaque individu appartenant soit au règne animal, soit au règne végétal ,

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avait, de même que la perpétuation de sqn espèce par la génération, exigé un certain nombre de mois ou d'années pour s’accomplir. Ainsi fut conçue la première donnée d’une unité commune pour la mesure du temps, moyen sans lequel il serait absolument impossible d’apprécier la durée comparative d’une suite quelconque d’événements ayant eu lieu à deux époques différentes. Cette unité consistait dans la durée moyenne de la vie des individus appartenant au même genre ou aux mêmes familles du règne animal et du règne végétal. Quant à la multitude de fossiles que l'on trouvait dispersés dans certaines couches • successives, elle indiquait évidemment la perpétuation des mêmes espèces pendant plusieurs générations. Plus tard, l’idée que les espèces elles-mêmes avaient pu avoir une durée bornée, naquit du fait observé, que des groupes de strates , d’âges différents, contenaient des fossiles provenant d’espèces distinctes. Puis, enfin, on en vint à adopter généralement l’opinion que, dans la suite des siècles, un certain assemblage d’animaux et de plantes, après avoir disparu et reparu plusieurs fois, s’était, en définitive, complètement éteint, et avait été remplacé par des espèces nouvelles.

Üe la dénudation. — Aux preuves que fournissent les débris organiques pour justifier la donnée de l’ac-

il8 INT. SL’PP. DES CAUSES AQUEUSES (livbe i,

cumulation lente des couches sédimentaires, on ajouta non-seulement celles qui peuvent se déduire des diverses formes qu’affecte la stratification, quand ce phénomène est convenablement étudié , mais on supposa, en outre, que la dénudation, c’est-à-dire la force que possèdent les eaux des sources, ainsi que les vagues et les courants de l’Océan, pour user, pour détruire les strates supérieures, et mettre à nu les roches inférieures , agissait autrefois avec une rapidité incomparablement plus grande que de nos jours.

Ces opinions, toutefois, étaient aussi peu logiques qu’elles étaient contradictoires , puisque le phénomène de l’accumulation des strates et celui de la dé- * nudation résultant tous deux de la même action, il s’ensuit nécessairement que ce qui a lieu pour l’un ne peut manquer d’avoir lieu pour l’autre. Leur marche est toujours subordonnée aux mêmes causes, et la quantité de matière transportée en une région donnée est toujours en rapport avec celle qui a été déplacée en quelque autre lieu, de sorte que l’ensemble des strates sédimentaires que renferme l’écorce terrestre ne peut jamais surpasser, en volume, la quantité de matière solide qui se trouve enlevée aux diverses roches, et transportée par l’eau courante. Aussi, combien doivent être vastes les espaces que cette action a mis à nu! Combien ne doivent-ils pas surpasser en dimensions celles de toutes les vallées, de

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