‹ Principles De GeologieChapitre 137 sur 159 · HAP. X.) DANS LES TEMPS ANCIENS · texte numérisé non relu

HAP. X.) DANS LES TEMPS ANCIENS

toutes les cavités du globe, quelque nombreuses et quelque immenses qu’elles puissent être! La dénudation, pourtant, a cela de défectueux dans ses résultats appréciables, qu’ainsi que toutes les causes de destruction, elle anéantit les signes de sa propre action ; mais, en définitive, la reproduction qui s’opère sous forme de strates sédimentaires, doit toujours donner la mesure exacte de la dénudation que la surface de la terre a éprouvée.

lies blocs erratiques. — Le second phénomène auquel les partisans de l’excessive puissance des eaux courantes, dans les temps passés , en ont appelé , est la grosseur énorme des masses désignées sous le nom de blocs erratiques, blocs que l’on trouve disséminés dans les parties septentrionales de l’Europe et de l’Amérique du Nord. 11 est certain qu’un très-grand nombre de ces blocs ont été transportés loin du lieu de leur origine, puisque souvent, entre eux et les roches qui leur sont analogues, on rencontre des mers et des vallées profondes , ou des montagnes dont quelquefois la hauteur dépasse mille pieds ( plus de 300 mètres). On a cherché à expliquer la position actuelle de ces masses par un déluge de boue venu du Nord, et ayant amené avec lui du sable, du gravier et des fragments de roche , dont quelques-uns auraient pesé plusieurs centaines de tonneaux. On'sup-

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posait que ce flot, en traversant les continents, avait dispersé irrégulièrement les blocs qu’il entraînait, laissant les uns sur des montagnes, les autres dans des vallées ou dans des plaines, ou les faisant glisser avec effort sur la surface de quelque roche dure , de manière à polir cette surface, et à y tracer des stries parallèles, telles que celles que l’on voit encore sur les roches de la Suède, de l'Ecosse, du Canada, et de divers autres pays.

A en juger par leur poids et par leur volume, il n’y a nul doute que des myriades de ces blocs. . tant anguleux qu’arrondis, n’ont pu être transportés ni par des rivières , ni par des courants marins ordinaires. Ce qui, d’ailleurs, vient encore à l’appui de cette opinion , ce sont les signes si évidents , sur plusieurs points , de la durée du temps que nécessita leur dépôt successif; car ils sont souvent disséminés, à diverses profondeurs, dans des amas de sable et de gravier régulièrement stratifiés. Or, comme il n’y a ni vagues marines soulevées par des tremblements de terre , ni débordements de lacs occasionnés soit par des glissements de terrain . soit par des avalanches, qui puissent rendre compte du transport des blocs erratiques, il faut chercher ailleurs l’origine de ce phénomène. J’essaierai de démontrer, dans un des livres suivants, qu’une combinaison de causes encore existantes a pu suffire pour

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amener ces blocs dans les lieux où on les trouve aujourd’hui. Ces causes sont le pouvoir de transport des glaces et de l’eau courante, et le soulèvement du lit de l’Océan, qui tend à transformer graduellement la mer en terre sèche. Tout en m’abstenant d'entrer, quant à présent, dans aucun détail relativement à ces causes, je dirai seulement que, de nos jours, des transports de blocs s'opèrent à l’aide des glaces, tant sous les latitudes froides que dans les régions tempérées des deux hémisphères, telles que les côtes du Canada et celles du golfe de Saint-Laurent; dans la Géorgie du Sud, la Patagonie et le Chili. Le lit très-inégal de l’Océan se trouve dans ces parages couvert de fragments de glaçons flottants qui ont échoue sur des hauts fonds, ou sont tombés sur les parties les plus basses du lit de la mer, par suite de la fonte des champs de glace qui les supportaient. Dans les développements que je me propose de donner plus loin au sujet des blocs erratiques , on verra que le transport de ces blocs, par suite de leur adhérence avec des glaçons flottants, a lieu annuellement dans l’Amérique septentrionale; et, qu’ainsi fixés solidement à la glace, ils errent, d’une année à l’autre, du Labrador au Saint-Laurent, atteignant certains points de l’hémisphère occidental, bien plus méridionaux qu’aucune partie de la Grande-Bretagne.

L absence générale des blocs erratiques dans les

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parties les plus chaudes des régions équatoriales de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, vient encore confirmer la supposition du transport par les glaces. Quant au polissage et aux stries qu’on observe quelquefois sur certaines roches dures, on a reconnu récemment que ce sont les glaciers qui donnent lieu à ces effets quand, entraînant avec eux du sable, des galets et des fragments de roche, ils déterminent un frottement considérable sur la surface qui leur sert d'appui. D’après cela, il ne peut y avoir aucun doute que les champs de glace n’impriment des marques semblables sur le fond de la mer, lorsqu’ils viennent à y échouer.

Ce qui précède suffira, je pense, pour prouver l’inutilité de recourir à des déluges, ou même à la supposition d’un ancien climat plus froid que celui qui règne actuellement dans l’hémisphère occidental , pour expliquer la distribution géographique de la plupart des blocs erratiques qu’on rencontre en Europe.

Des déluges. — Comme nous avons eu souvent occasion de parler de déluges, je ne puis me dispenser d’entrer dans quelques détails sur les causes auxquelles on peut raisonnablement attribuer ces grands mouvements des eaux. Les géologues qui admettent qu’à plusieurs époques successives des chaînes de

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montagnes ont été soulevées tout d’un coup, pensent que, par suite de ces convulsions, les eaux de l’Océan ont pu s’élever au-dessus de leur niveau ordinaire et se répandre avec impétuosité sur la terre ferme , entraînant des continents entiers , creusant en certains endroits des vallées, et transportant à de grandes distances du sable, du gravier et des blocs erratiques. On prétend que le soulèvement subit des Alpes ou des Andes a pu donner lieu à un déluge, même avant que la terre ne devînt la demeure de l’homme. Quoi qu’il en soit, on peut trouver étrange qu’aucun des auteurs qui ont exercé leur imagination sur des conjectures de cette sorte n’aient pas attribué les déluges à la transformation subite d’une partie du lit de l’im- , mense Océan en un haut fond, plutôt qu’au soulèvement des chaînes de montagnes; car on voit aisément que cette dernière circonstance n’aurait d’autre résultat que de déplacer une certaine quantité d'air atmosphérique, tandis que la formation soudaine d’un haut fond aurait nécessairement pour effet de déplacer une masse d’eau considérable, qui , se trouvant élevée à une très-grande hauteur, inonderait une vaste étendue de continent, et en occasionnerait la submersion permanente.

D’un autre côté, si nous nous bornons à considérer les déluges comme étant le résultat de causes encore existantes, celles auxquelles nous devons principale-

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ment les attribuer sont, d’une part, le débordement des eaux d’un grand lac situé à une élévation de beaucoup supérieure à celle de la mer; et, de l’autre, la précipitation d’un courant marin sur des terres plus basses que le niveau moyen de l’Océan.

Comme exemple du premier de ces deux cas, nous citerons le lac Supérieur, qui a plus de 400 milles géographiques de longueur sur 150 à peu près de largeur, et dont la profondeur moyenne varie entre 500 et 900 pieds (150 à 275 mètres environ). Le niveau de cette immense massé d’eau dépasse de 000 pieds (180 mètres) au moins celui de l’Océan. Quant à la partie inférieure de la barrière qui sépare la limite sud-ouest du lac, des courants qui vont rejoindre les eaux supérieures du Mississipi, elle n’a pas plusde 600 pieds (180 mètres environ) de haut. Si donc, une série de dépressions partielles venaient à abaisser cette barrière de 600 pieds, il s’ensuivrait que chaque rupture, ou chaque affaissement , ne fût-il que de quelques mètres, occasionnerait l’écoulement subit d’une énorme quantité d’eau dans un bassin hydrographique d’une étendue immense. On conçoit que si un pareil événement arrivait pendant le temps des sécheresses , c’est-à-dire, lorsque les canaux ordinaires du Mississipi et ses affluents sont presque entièrement dépourvus d’eau , l’inondation pourrait n’être pas considérable ; tandis qu’au contraire , s’il

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avait lieu pendant la saison des débordements, une région assez étendue pour contenir plusieurs millions d’habitants, courrait risque d’être submergée subitement. Cet événement, toutefois, serait encore insuffisant pour déterminer l’irruption des eaux, et pour produire des effets tels que ceux qu’on désigne sous le nom d’effets diluviens; car la différence de niveau entre le lac Supérieur et le golfe du Mexique n’est que de 600 pieds (180 mètres), sur un espace de 1800 milles. D’après l’analogie, on ne saurait admettre le déplacement total de la barrière en une seule fois ; il serait beaucoup plus naturel d’attribuer son abaissement soit à une série d’affaissements successifs, soit à une suite de ruptures, et de supposer que le canal de décharge s’agrandit et devient plus profond à mesure que les eaux s’échappent.

L’autre cause à laquelle on peut attribuer les déluges, est l’infériorité du niveau de vastes étendues de terre ferme par rapport au niveau moyen de l’Océan. Après une controverse très-longtemps soutenue, il paraît enfin prouvé que la mer Caspienne est réellement de 95 pieds français, ou 31 mètres environ, plus basse que la mer Noire. La mer Caspienne, dont en général les rivages sont bas et plats , occupe une étendue à peu près égale à celle de l’Espagne, d’où il suit que, sur un espace de plusieurs milliers de milles carrés , le sol doit avoir moins de

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95 pieds au-dessus du niveau de cette mer intérieure, et se trouver, par conséquent, déprimé, relativement à celui de la mer Noire et de la Méditerranée. Cet espace renferme plusieurs villes, telles, entre autres, qu’ Astrakan, que l'on sait être très-peuplée. Or, on conçoit que si la partie continentale qui sépare la mer d’Azof de la mer Caspienne venait à s’abaisser, les eaux de l’océan envahiraient cette contrée. Toutefois, il est extrêmement probable qu’une pareille submersion ne s’étendrait pas en même temps sur toute la contrée, et que l’affaissement de la barrière étant graduel, l’inondation le serait aussi, et ne s’accomplirait qu’à l’aide d’une suite de petits déluges (*).

(*) Dès le milieu du siècle dernier, on avait soupçonné que la mer Caspienne était plus basse que l'océan , par suite de l’observation qu’on avait faite qu’à Astrakan le mercure se maintient, en général, a une hauteur de plus de 30 pouces (82 centimètres environ). En 1811, MM. Engelhardt et Parrot essayèrent de déterminer la valeur exacte de cette différence de niveau, par une série de mesures barométriques et de nivellements exécutés a * travers L’isthme, en deux points différents, près du pied du Caucase. Le résultat de leurs opérations les conduisit à admettre que la mer Caspienne se trouvait à plus de 300 pieds de Paris (97 mètres a peu près) au-dessous de la mer Noire. Mais, plus tard, l’exactitude de ces observations ayant été mise en doute, M. Parrot visita de nouveau les lieux en 1829 et 1830, et conclut d’un second nivellement, que l'embouchure du Don était de trois a quatre pieds (0,97 à 1,30 mètres environ) plus basse que celle du Wolga ; en d'autres termes, que la mer d’Azof, qui communique

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