CHAP. X.) DANS LES TEMPS ANCIENS
à des généralisations prématurées sur un pareil sujet.
Quant à l’universalité supposée de certaines couches anciennes, il était pour ainsi dire inévitable que cette idée, une fois admise, ne se soutint pas longtemps; car, les mêmes espèces de roches ayant quelquefois été reproduites à des époques successives , il semblait assez naturel que, lorsqu’on n’évaluait l’âge des formations que d’après leurs caractères minéralogiques, on considérât, jusqu’à ce que le contraire fût prouvé, toutes les roches semblables comme appartenant à une seule et même époque, et cela, quand même elles eussent été situées aux antipodes les unes des autres.
Or, il est presque toujours impossible de combattre une telle supposition par des arguments empruntés à la géologie, tant qu’on n’a pas une connaissance parfaite de l’ordre de superposition de ces formations etdes débris organiques qu’elles renferment. Ainsi, par exemple, un groupe de marne rouge et de grès rouge, avec sel et gypse, ayant été observé en Angleterre, entre le lias et le terrain houiller, on rapportait à la même période tous les autres grès et marnes rouges associés soit avec du sel, soit avec du gypse, qui se trouvaient non-seulement dans les différentes parties de l'Europe, mais au Pérou, dans l’Inde, dans les déserts salés de l’Asie, dans ceux de l’Afrique, en un mot, sur tous les points du globe. Les preuves n’étaient pas en faveur de ceux qui soutenaient l’identité
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de l’âge de tous ces groupes; leur identité sous le rapport minéralogique paraissait offrir un caractère suffisant, et l’on essayait en vain de faire valoir l’improbabilité de l’hypothèse qui admet que jadis toutes les eaux en mouvement sur le globe étaient simultanément chargées d’un sédiment rouge.
Mais lorsqu’on eut reconnu qu’en Europe même tous les grès et les marnes rouges dont nous venons de parler appartenaient à plusieursépoques distinctes, il fallut bien enfin renoncer à soutenir leur identité d’âge. Il a déjà été établi que le grès et les marnes rouges dans lesquels se trouve le sel gemme de Cardona, en Catalogne, peuvent être rapportés à la période de la Craie et du Grès Vert d’Angleterre. On sait aussi que certains grès bigarrés et certaines marnes rougesd'Auvergne, qui, à l’égard de la composition minéralogique, ne peuvent se distinguer du Nouveau Grès Rouge des géologues anglais, appartiennent cependant à la période Éocène; et enfin, que la marne rouge gypseuse d’Aix, en Provence, qu’on prenait autrefois pour un groupe secondaire marin, est considérée aujourd’hui comme un dépôt tertiaire d’eau douce.
La nomenclature généralement adoptée en géologie n’a pas été non plus sans influence pour perpétuer la doctrine erronée des formations universelles. Comment, en effet, en eût-il été autrement, quand on désignait quelques-uns des principaux groupes fossi-