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O (A PITRE XIII

DE LA DIFFÉRENCE DE TEXTURE QUON OBSERVE ENTRE LES ROCHES ANCIENNES ET LES ROCHES MODERNES.

De la solidification des strates fossilifères. — De la solidité originelle île certains dépôts. — Texture propre aux roches de transition , et texture schisteuse. — Caractère cristallin des roches Fluloniques et Métamorphiques. — Théorie de leur origine. — Elle est essentiellement souterraine. — Aucune preuve n’indique qu’aux époques anciennes ces roches aient été produites en plus grande abondance que do nos jours. — Dernières remarques et conclusions sur l’identité entre l'ancien système et le système actuel de changements terrestres.

En autre argument en faveur de la dissemblance entre les causes anciennes et les causes actuelles, a été déduit par plusieurs géologues de la plus grande compacité, de la texture plus rocheuse , si l’on peut s'exprimer ainsi, et plus cristalline des formations anciennes, si on les compare aux formations récentes.

De la solidification des strates. — Ce sujet peut être

(i l v. l, cil. X!ll.) SOLID. DES STRATES. 503

envisagé sous le double rapport de ce qui concerne les strates fossilifères, et les roches qui, tout à la fois cristallines et stratifiées, comme le gneiss et le micaschiste, ne renferment aucun débris organique. On ne peut mettre en doute que les strates fossilifères ne soient, en général, d’autant plus compactes et plus rocheuses qu’elles sont plus anciennes. IVun autre côté, il n'est pas moins certain qu’un grand nombre d’entre elles ont été originairement à l’état de mollesse et d’incohérence, et que leur solidification n’a eu lieu que postérieurement à leur formation. Ainsi, l’on trouve quelquefois, soit des galets incohérents et du sable fortement agglutinés ensemble par un ciment ferrugineux ou siliceux, soit d’autres corps qui, d’abord incohérents aussi, ont été liés ensuite par la chaux qui s’y est introduite à l’état de dissolution.

Tout porte à croire que c’est au moment de l’émersion de quelques couches, que leurs éléments constituants ont pris leur arrangement définitif et qu’ils se sont durcis. C’est, par-exemple, ce qui a lieu pour la marne du lac Supérieur. Cette marne, dans laquelle on trouve des coquilles d'eau douce, n’est pas plutôt exposée à l’air, qu’elle devient solide au point qu’on ne peut la briser qu’à l’aide du marteau. Les débris organiques ont, parfois, éprouvé une transformation singulière, comme lorsque le bois, les coquilles et les coraux se sont silicifiés, la matière cal-

SOLIDIFICATION DES STHATES. (LlVBK i,

caire ou ligneuse de ces corps s’étant alors trouvée remplacée par de la silice presque pure.

On observe aussi dans certaines formations actuellement en voie de s’accumuler, particulièrement dans des récifs de coraux et dans des dépôts provenant des eaux de sources minérales, tant calcaires que siliceuses, que la texture de ces formations peut quelquefofs, dès leur origine, offrir un caractère rocheux. Cette circonstance explique jusqu’à un certain point comment, contrairement à la règle générale, il arrive assez souvent que des couches solides reposent sur des roches plastiques et incohérentes,, comme cela a lieu particulièrement dans les environs de Paris, où les formations tertiaires, dont une grande partie consiste en calcaire compacte et en grès siliceux, sont plus rocheuses que la craie sous-jacente.

On comprendra sans peine que les diverses causes solidifiantes qui viennent d’être énumérées, ainsi que la pression exercée par les roches supérieures et l’influence de la chaleur souterraine, doivent exiger un certain laps de temps pour produire tout leur effet. Si, dans le cours des siècles, elles modifient l’aspect et la structure intérieure des dépôts stratifiés, elles permettront de distinguer, d’une manière tranchée, les caractères généraux des formations anciennes de ceux des formations récentes. Mais cette distinction ne proviendra pas de la différence de ces caractères à leur ori-

chap. Xlll.) TEX.T. DES ROC». DE TRANSIT. 505

gine : ces roches différeront entre elles exactement à la manière dont le bois des vieux arbres d’une forêt diffère, à l’égard de la texture et de la dureté, de celui des jeunes individus appartenant aux mêmes espèces.

Texture des roches de transition. — Dans la classification proposée par Werner, les roches éminemment cristallines, qui ne contiennent point de débris organiques, telles que le granit et le gneiss, étaient appelées roches primaires; tandis que les strates fossilifères étaient désignées sous la dénomination de secondaires, et les formations intermédiaires, sous celle de terrain de transition, parce que les roches qu’elles comprennent participent, relativement à leur composition minéralogique, des formations les plus cristallines, comme le gneiss et le micaschiste, et des strates fossilifères, tant sous le rapport des débris organiques qu’elles renferment quelquefois, que des signes manifestes d'origine mécanique qu’elles présentent. On avait cru d’abord que toutes les roches qui offrent cette texture intermédiaire avaient été déposées postérieurement aux roches primaires, et antérieurement à toutes celles qu’on avait appelées secondaires; mais aussitôt que la position relative et les débris organiques de ces roches de transition furent mieux connus, on s’aperçut qu’elles n’appartenaient pas toutes à la même période. Loin de la, au contraire, les mêmes t. i. 43

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caractères minéralogiques furent trouvés dans des strates dont les âges étaient très-différents; et certaines formations des Alpes, que plusieurs des plus habiles élèves de Werner avaient classées parmi les roches de transition, finirent par être reconnues, au moyen de leurs fossiles et de leur position , pour des membres de la période Crétacée. La texture de transition de ces strates était due à l’influence de causes qui, depuis leur accumulation , avaient modifié leur arrangement intérieur.

Texture et origine des roches Plutoniqueset Métamorphiques. — Parmi les changements les plus singuliers qui s’opèrent dans les roches, nous citerons la texture schisteuse dont, parfois, les plans de division coupent les vrais plans de stratification , et passent même directement à travers les fossiles qui se trouvent enchâssés dans les roches où se produit cette texture. Si donc, des roches fossilifères d’âges divers ont, à des époques différentes, subi quelque modification notable dans leur mode d’arrangement, en prenant telle ou telle texture , considérée jadis comme étant caractéristique de certaines périodes de l’histoire du globe, ne se demandera-t-on pas s’il n’en pourrait être de même à l’égard de l’état cristallin le plus avancé, tel que celui qui distingue le gneiss, le micaschiste et le marbre statuaire? Plusieurs géolo-

cil AP. xill.) LES ROC. ANC. ET LES ROC. MOD. 507

gués ont pendant longtemps soupçonné que les caractères particuliers de ces roches sont dus réellement

. à diverses causes modifiantes, — opinion qui, depuis peu, a fait de grands progrès , quoique aujourd’hui elle donne encore lieu à une opposition très-vive. Suivant la théorie Neptuniennc, telle qu’elle futcon-

çue d'abord, toutes les formations cristallines avaient été précipitées d’un dissolvant universel, ou fluide chaotique, antérieurement à la création des animaux et des plantes; le granit non stratifié ayant été d’abord ainsi formé de manière à servir de support sur lequel le gneiss et les autres roches stratifiées pussent reposer. Quand ensuite, l’origine ignée du granit cessa d’être contestée, plusieurs naturalistes supposèrent qu’un océan à haute température avait entouré le globe au moment où la croûte granitique qui en formait la première enveloppe avait commencé à se refroidir, et que les eaux chaudes de cet océan tenaient en dissolution les éléments constituants du gneiss, du micaschiste, du schiste amphibolique , du schiste argileux et du marbre — roches qui s’étaient successivement précipitées sous forme cristalline. Ils prétendaient, en outre, que ces formations ne contenaient point de fossiles, parce que d’une part , la température élevée du fluide , et de l’autre , la quantité de matière minérale qu’il tenait en dissolution, ne permettaient à aucun être organisé d’y vivre.

Ô08 DIFFÉRENCE DE TEXTURE ENTRE (UVEEl,

Le plan de cet ouvrage ne me permettant pas d’entrer ici dans de longs développements sur la théorie qu’ailleurs j’ai désignée sous le nom de théorie métamorphique(*), je me bornerai à établir qu’aujourd’hui, dans plusieurs contrées, des formations fossilifères, dont quelques-unes sont de l’âge des strates Siluriennes, comme celles qu’on observe près de Christiania , en Norwége, et d’autres appartenant à la période Oolithique, comme celles qui se voient aux environs de Carrare, en Italie, ont été partiellement converties en gneiss, en micaschiste et en marbre statuaire. La transformation de ces roches peut être attribuée , soit à l’influence de la chaleur souterraine s’exerçant sous une pression très-forte, soit à des causes chimiques et électriques dont la manière d’agir est encore inconnue. Ces causes ont été désignées sous le nom d’action Platonique, pour exprimer en un seul mot toutes les causes modifiantes qui peuvent agir à de grandes profondeurs, et sous des conditions tout à fait différentes de celles dont les effets se produisent à la surface. C’est cette action Plutonique qui doit déterminer la fusion du granit dans les entrailles de la terre, et donner lieu à la texture métamorphique qu’affectent dans leur trans-

C) Voyez les «Éléments de Géologie, » pages 19 à 26 de l’édition française déjà citée.

chap. xiil.) LES ROC. ANC. ET LES ROC. MOU. 509

formation, certaines strates sédimentaircs. Or, si l’on se rend bien compte du phénomène du métamorphisme, et de ses résultats, on comprendra facilement que les roches qui en ont éprouvé les effets peuvent être considérées comme appartenant à deux âges , dont l’un se rapporte à l’époque de leur accumulation sédimentaire , sous forme de limon , de sable, de marne ou de calcaire; et l’autre, au moment où elles ont pris leur texture cristalline. On voit d’après cela , que les mômes strates peuvent tout à la fois être très-anciennes, quant à leur formation comme dépôts aqueux, et très-modernes, si l’on ne considère que l’époque du développement de leur caractère métamorphique.

De l'absence de preuves nécessaires pour admettre que dans les temps anciens les roches cristallines ont été produites en plus grande abondance qu'aux époques modernes. — Tout en admettant comme vraie la théorie Plutonique ou Métamorphique, plusieurs auteurs modernes persistentà soutenir que les formations cristallines et non fossilifères, tant stratifiées que non stratifiées, telles que le gneiss et le granit, doivent être considérées comme une classe de roches extrêmement anciennes. L'époque, disent-ils, de la production la plus abondante de ces roches coïncide avec celle où le globe était à son état primitif; depuis.

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cette action productrice s’est constamment exercée avec moins d énergie, de sorte qu’aux périodes Oolithiquc et Crétacée, elle s’est trouvée affaiblie au point qu’avant le commencement de l’époque Tertiaire, elle a disparu complètement.

Or, la justesse de ces idées dépend presque entièrement de la question de savoir si le granit et le gneiss, ont, ainsi que les autres roches du même ordre, jamais été produits à la surface ; ou si , suivant les opinions que nous venons de signaler , ces roches sont d’une origine essentiellement souterraine, et doivent, par suite, être désignées sous la dénomination d'hypogcncs. S’il est vrai qu’elles aient été formées à la surface, dans leur état actuel, et en aussi grande abondance aux époques modernes que dans les temps anciens, on doit trouver bien plus de granits et de gneiss tertiaires et secondaires que de roches analogues primaires. Mais si l’on adopte la théorie hypogénique, la diminution rapide que présente leur volume, parmi les roches visibles dans l’écorce du globe , à mesure que l’on étudie les formations de date plus récente, devient facile à concevoir. Supposant donc qu’une masse de matière fondue soit aujourd’hui en voie de se refroidir très-lentement, à la profondeur de plusieurs milles au-dessous du cratère d'un volcan brûlant, il faudra nécessairement admettre qu’elle restera invisible jusqu’à ce que quelque grande révolu-

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