TEXTURE DES
(LIVRE I
Tous les géologues qui se livrent à l’observation des mouvements souterrains et des éruptions volcaniques qui ont lieu de nos jours, sont convaincus que de grands changements sont continuellement en voie de s’accomplir dans l’intérieur de la croûte du globe. Forcés de reconnaître, d’après cela, que l’ignorance dans laquelle on est encore relativement à l'action des causes actuelles, est due à l'inaccessibilité des régions où s’opèrent ces changements, ils ne peuvent que former des conjectures sur la nature des produits •auxquels la chaleur volcanique donne lieu sous une très-forte pression.
Mais lorsqu’ils viennent à découvrir dans une chaîne de montagnes très-ancienne, que ce qui formait jadis l’intérieur de l’écorce terrestre a été repoussé en dehors, et mis au jour, ils doivent s'attendre naturellement, en se livrant à l'investigation de ces régions montagneuses, à trouver occasion de voir à nu, non-seulement des strates superficielles appartenant à des périodes très-anciennes, mais aussi des roches contemporaines formées à de grandes profondeurs. Ainsi, après avoir reconnu dans cette chaîne de montagnes quelques roches anciennes d’origine aqueuse et volcanique correspondant, sous le rapport du caractère, à des formations superficielles d’une date récente , ils considéreront toute autre classe de roches anciennes, telles que le granit et le gneiss, comme le
' chai*, xili.) ROCUKS HVPOGÈNES. 513
résultat des phénomènes dont ils recherchaient la cause. Ces dernières roches, toutefois, ne justifieront l’idée qu'ils s’étaient faite d’avance de leur nature et de leur texture probables, que si elles offrent un aspect insolite et mystérieux, et si, en quelques lieux, elles ont été fondues ou modifiées par la chaleur souterraine ; en un mot, si elles diffèrent entièrement des strates fossilifères déposées à la surface , ou des laves et des scories rejetées à l’air libre par les volcans. C’est donc la différence entre les formations cristallines telles que le granit, le schiste amphibolique , ainsi que plusieurs autres encore, et toutes les substances dont l’origine nous est bien connue, qui doit nous porter à les considérer comme les effets de causes actuellement en action dans les régions souterraines. Elles n'appartiennent point à un ordre de choses qui a cessé d’exister, et ne constituent pas
les monuments d’une période primitive sur lesquels
seraient inscrits en caractères vieillis des mots et des phrases appartenant à une langue morte; mais elles nous révèlent cette partie du langage vivant de la Nature que ne peut nous apprendre le cours journalier des événements qui s’opèrent à la surface habitable du globe.
Dernières remarques et conclusion sur l’identité entre l'ancien système et le système actuel de changements ter-
514 UNIFORMITÉ DU SYSTÈME * (livre i ,
res très. — Ici va enfin se terminer la discussion d’une question qui , dès le commencement du cinquième chapitre de ce volume, n’a cessé de nous occuper, et dont le but était de savoir si, depuis les temps les plus reculés de l’histoire du globe, il s’est manifesté quelque interruption dans un système uniforme de changements relatifs à la création animée et au monde inorganique. Nous avons été amenés à nous livrer à cette recherche, en voyant combien les progrès de l’opinion, en géologie, ont été influencés par la supposition du peu d’analogie qui existait, tant à l’égard de leur nature que de leur intensité , entre les causes des anciennes révolutions du globe, et celles qui, à l’époque actuelle, agissent d’une manière incessante. Il paraît que non-seulement les premiers géologues n’avaient qu’une connaissance très-limitée des changements qui s’accomplissent de nos jours, mais qu’en outre, ils n’avaient aucun sentiment de leur ignorance à cet égard. La présomption que devait naturellement leur inspirer une pareille disposition d’esprit, les portait à décider, sans la moindre hésitation , que le temps ne pourrait jamais amener les forces actuelles de la Nature, à produire des changements d’une grande importance, et bien moins.encore des révolutions aussi considérables que celles dont la géologie nous révèle l’histoire. Leur imagination s’appliquait bien plus à deviner ce qui