CHAP. II!.) AUTEURS ITALIENS ANCIENS
c’est-à-dire, que les choses avaient toujours été ainsi que je les voyais. Enfin , après un laps de temps égal aux précédents, j’y retournai pour la dernière fois, et je trouvai, en place d’un lieu désert, une cité florissante, plus peuplée et plus riche en monuments somptueux que la première que j’avais vue. Voulant alors connaître la durée de son existence, je m’adressai aux habitants, qui me dirent : « L’origine de cette ville se perd dans la nuit des temps; nous ignorons depuis quand elle existe, et nos pères, à ce sujet, n'en savaient pas plus que nous. »
Auteurs italiens anciens. — Ce ne fut guère qu’au commencement du seizième siècle que les phénomènes géologiques commencèrent à fixer l’attention des nations chrétiennes. A cette époque , une controverse des plus vives s’éleva en Italie , au sujet de la nature véritable et de l’origine des coquilles marines et des autres corps organisés fossiles que l’on trouvait en abondance dans les couches de cette contrée. Le célèbre peintre Léonard de Vinci, qui, dans sa jeunesse, avait conçu le plan de plusieurs canaux navigables qu’il exécuta lui-même dans le nord de l’Italie, fut un des premiers qui sut appliquer, au sujet en question, un raisonnement logique et sain. Il prétendait que la vase des rivières avait recouvert l’extérieur et pénétré l’intérieur des coquilles fossiles, alors que ces
FIIACASTORO.
(l.lviiE I,
corps reposaient au fond de la mer près du rivage. « On assure, » disait-il, « que ces coquilles furent formées dans les collines par rinduencedes étoiles; mais s’il en fut ainsi jadis, pourquoi n’en serait-il pas encore de même aujourd’hui? Qui pourrait me dire où sont les étoiles formant à l’époque actuelle, dans les collines, les coquilles d’espèces et d’èges différents qu’on y trouve? Comment, d’ailleurs, se rendre compte, à l’aide des étoiles, de 1 origine de ce gravier dont les parties n’ont pu être arrondies que par le mouvement de l’eau courante, et qu’on rencontre à diverses hauteurs? Comment, enfin, expliquer, par une telle cause, la pétrification des feuilles et des plantes marines que renferment aussi les collines (*) ? »
Les excavations faites en 1517, à l’occasion des travaux qu’on exécutait à Vérone, mirent au jour une multitude de pétrifications curieuses, et donnèrent lieu aux spéculations de divers auteurs, parmi lesquels nous citerons, entre autres, Fracastoro ("). Celui-ci déclara que , dans son opinion , les coquilles
(*) Voyez les extraits des Manuscrits de Léonard de Vinci, lesquels sont actuellement a la bibliothèque de l'Institut de France. Ces extraits, dus à Venturi, ne sont pas mentionnes par Brocchi ; c’est M. Hallatn qui , le premier, a fixé sur eux mon attentio i. Léonard de Vinci mourut en 1519.
(”) Muséum Calceol. — Voyez le discours de Brocebi sur les
eu AP. III.) AUTEURS ITALIENS ANCIENS.
fossiles avaient toutes appartenu à des êtres vivants, lesquels vécurent jadis et multiplièrent là où se trouvaient alors leurs dépouilles. 11 démontra combien, pour expliquer l’origine de ces fossiles, il était absurde de recourir à une certaine « force plastique, » douée, disait-on, du pouvoir de donner aux pierres des formes organiques. Fracastoro prouva, à l’aide d'arguments non moins puissants, qu’il était tout aussi peu sensé d’attribuer la situation des coquilles en question au déluge biblique, ainsi que quelquesuns soutenaient obstinément qu’on devait le faire; car, disait-il, outre que cette inondation fut de trop courte durée pour produire le déplacement de ces corps, on doit remarquer aussi qu’elle fut occasionnée presque entièrement par des eaux fluviales. D’un autre côté, en admettant môme que l’inondation eût été capable de transporter les coquilles à de grandes distances, elle n’aurait pu que les disséminer sur la surface du sol, et non les ensevelir à d’itnmenses profondeurs dans l'intérieur des montagnes. Rendus aussi évidents, de tels faits eussent mis fin pour toujours à la discussion, si les passions humaines ne se fussent trouvées engagées dans la dispute; car, bien quequel-
progrés de l’élude de la conch biologie fossile en Italie. Dans ce discours, quelques-unes des notices sur les auteurs italiens .ont plus d’étendue que je n’ai pu leur en donner ici.
5i AÜTEÜRS ITALIENS ANCIENS. (LIVRE I,
ques doutes restassent encore dans certains esprits, il est probable que bientôt ils auraient disparu en présence des découvertes nouvelles faites peu de temps après, sur la structure des fossiles et de leurs analogues vivants.
Mais, bien loin d’accorder aux idées aussi justes que philosophiques de Fracastoro l’attention qu’elles méritaient, tout le talent et la force de raisonnement des savants ne furent, durant trois siècles, employés qu’à discuter ces deux questions préliminaires et toutes simples, savoir, si les fossiles avaient appartenu à des êtres vivants; et si, une fois cette circonstance admise, tous les phénomènes ne pouvaient pas s’expliquer par le déluge de Noé. Jusqu’alors il avait été de croyance générale, dans le monde chrétien, que l’origine de la terre remontait seulement à quelques milliers d’années , et que, depuis la création, le déluge était l’unique catastrophe qui eût produit quelque changement considérable à la surface du globe. D’une autre part, l’opinion que la conflagration de notre planète devait avoir lieu bientôt était presque aussi généralement répandue. Cependant l’époque du millénaire attendu se passa sans catastrophe. II semble que. dès lors, il n’eût plus dû en être question que pour rire aux dépens de ceux dont la crédulité se trouvait si heureusement trompée. Mais les moines ne laissèrent pas les choses se passer de la sorte; ils eurent
CfiAP. lit.)