ANCIENNETÉ DU GLOBE
l'impudeur durant cinq centsans, à compter de l’heure fatale à laquelle l’extermination de la planète avait dû s’accomplir, de conserver la jouissance paisible des riches concessions de terres que leur avaient léguées de pieux donateurs. Ceux-ci, dans le préambule d’actes commençant par ces mots : « Appropinquante mundi termino » — « appropinquante magno judicii die, » ont à jamais consacré la mémoire de l’erreur populaire qui subsistait alors (*).
Bien qu’au seizième siècle il devint nécessaire d’interpréter plus largement les prophéties, et d’assigner à la conflagration du monde une date plus éloignée, les spéculations des premiers géologues n’en renferment pas moins une allusion constante à l’accomplissement prochain d’une telle catastrophe. Quant à ce qui regarde l’ancienneté du globe, les opinions des siècles d’ignorance se maintinrent également à cette époque, sans la moindre modification. Aussi, lorsque plus tard on voulut entreprendre de détruire, par des preuves physiques, un article de foi si généralement accrédité, une alarme très-vive s’empara de tous les esprits , et il ne fallut rien moins que la tolérance et
(’) En Sicile, surtout, bon nombre d'actes de ce genre sont précédés par de semblables préambules, composés par les testateurs vers l’époque à laquelle le bon roi Roger eipulsa les Sarrasins de cette lie.
AUTEURS ITALIENS ANCIENS. (civhe i.
la franchise qui régnaient parmi le clergé italien, pour qu’il fût permis de débattre ce sujet en toute liberté. Les prêtres eux-mêmes prirent chaudement parti dans la controverse; les uns se prononçant pour tel côté de la question, et les autres pour tel autre. Tout en regrettant vivement le temps et le talent qui, dans cette circonstance, furent consacrés à la défense de pi in— cipes insoutenables, on ne peut s’empêcher de rendre justice au peu d’acrimonie qu’entratna cette polémique, comparativement à celle qui se manifesta dans les disputes que, deux siècles et demi plus tard, on vit éclater « de ce côté-ci des Alpes, » parmi certains écrivains.
CONTROVERSE RELATIVE A LA NATURE RÉELLE DES DÉBRIS ORGANIQUES FOSSILES.
Mattioli. — Falloppio. — Le système de disputes scolastiques encouragé dans les universités du moyenâge, avait non-seulement conduit à des habitudes d’interminables arguties, mais en était même venu jusqu’à produire ce dangereux effet que souvent des propositions absurdes et extravagantes se trouvaient préférées à des idées raisonnables et justes , par cela seul qu’elles exigeaient plus de talent pour être soutenues; le but de ces combats intellectuels était la victoire et non la vérité. Il n’y avait pas une seule
CHAP. ni.) AUTEURS ITALIENS ANCIENS.
théorie, quelque subtile et bizarre qu'elle fût, qui n’eût ses partisans , pourvu toutefois qu’on pût la rapporter à quelque idée populaire ; et comme dans la création de leurs systèmes, les cosmogonisles ne s’en tenaient pas à l’action des causes connues, les adversaires de Fracastoro combattirent ses arguments en supposant des causes imaginaires, lesquelles différaient les unes des autres bien plus de nom que de fait. Ainsi, par exemple, Andrea Mattioli, célèbre botaniste qui expliqua Dioscorides, adopta celle opinion de l’habile mineur allemand, Agricola, qu’une certaine « matière grasse, » « materia pinguis, » mise en fermentation par la chaleur, donnait naissance à des formes organiques fossiles. D’après ses propres observations, Mattioli, cependant, en était venu à conclure que les corps poreux, tels que les os et les coquilles, pouvaient, comme étant perméables à ce qu’il appelait le « suc lapidifiant , » être transformés en pierre. D’un autre côté, Falloppio de Padouc imagina que les coquilles pétrifiées étaient produites par la fermentation, dans les lieux mêmes où on les trouve, et que, dans certains cas, leurs formes résultaient des mouvements tumultueux des exhalaisons terrestres. Tout célèbre anatomiste qu’il était, il soutint que certaines défenses d’éléphants que, de son temps, on avait trouvées dans la Fouille, n’étaient autre chose que des concrétions terrestres. Suivant toujours ces
58 NATURE DES FOSSILES ORGANISÉS, (livre l ,
mêmes principes , il alla jusqu’à considérer les vases du Monte Testaceo, à Rome, comme n’étant, très-probablement, que des impressions naturelles qui s’étaient formées dans le sein de la terre (*). Animé du même esprit , Mercati prétendit que les coquilles fossiles conservées par le pape Sixte V dans le musée du Vatican, et dont, en 1574, il avait publié des figures très-exactes, n’étaient tout simplement que des pierres dont la configuration particulière devaU être attribuée à l’influence des corps célestes. Quant à Olivier de Crémone, à qui est due la description des débris fossiles d’un riche musée de Vérone, il se borna à considérer ces corps comme de simples « jeux de la nature. »
Parmi les conceptions bizarres de ces temps, quelques-unes furent jugées moins déraisonnables que les autres, en cela qu’elles offraient des rapports avec la théorie de la génération spontanée d’Aristote, enseignée alors dans toutes les écoles (**). On conçoit, en effet, que des hommes imbus dès leur première jeunesse de l’idée que la plupart des plantes et des animaux vivants avaient été formés par le concours fortuit d’un certain nombre d’atomes , ou qu’ils avaient puisé la vie dans la qiatière organique cor-
(*) De Fossilib. , p. 109 et 176.
(*’) Aristote, Traité des Animaux, chap. 1 et 15.
CHAP. III