‹ Principles De GeologieChapitre 44 sur 159 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

états des coquilles fossiles, établissant entre elles les distinctions suivantes : savoir, 1° la simple empreinte; 2° le moule; et 3° les débris de la coquille elle-même. C’est à lui aussi que revient le mérite d’avoir, le premier, démontré que parmi les fossiles, tous n’ont pas appartenu à des testacés marins, et que quelques-uns proviennent de testacés terrestres (*).

Sténon , 16G9. — De tous les ouvrages publiés à cette époque, le plus remarquable fut celui de Sténon, savant Danois, qui, après avoir professé quelque temps l’anatomie à Padoue, alla à la cour du grand-duc de Toscane, où il résida plusieurs années. Son traité porte le titre pompeux de « De Solido intra Solidum naturaliler contento (1669), » titre qui, pour bien rendre l’intention de l’auteur, peut se traduire ainsi : « Sur les pierres précieuses , les cristaux et les pétrifications organiques , renfermés dans les roches solides. » Cet ouvrage atteste la priorité de l’école italienne dans les recherches géologiques , et signale en même temps les obstacles puissants qui, dans ce siècle, furent opposés à l'admission générale des idées propres à favoriser les progrès de la science. Tous ceux qui ne pouvaient se résigner à croire qu’avant la formation d'une grande partie des mon-

(‘) Osserv. sugli Animali aqtjat. e icrrest. 10:26.

CH AP. III. J

STÉNOff.

tagnes qui recouvrent le globe , la terre pût avoir été habitée par des êtres vivants, maintenaient l’opinion que les coquilles fossiles et les autres corps marins n’étaient pas d'origine animale. Ce fut à l’occasion de cette controverse que Sténon ayant disséqué un requin qu’on venait de prendre dans la Méditerranée, prouva que scs dents et ses os étaient identiques avec ceux de plusieurs fossiles trouvés en Toscane. Il compara aussi les coquilles qui avaient été découvertes dans les couches d’Italie, aux espèces analogues vivantes, signala leur ressemblance, et indiqua les nuances diverses qui distinguaient les coquilles simplement calcinées, ou qui n'avaient perdu que leur gluten animal, do celles dans lesquelles s’était opérée une substitution complète de matière pierreuse. Dans sa division des. masses minérales, il insista beaucoup sur l’origine secondaire des dépôts qui renferment des dépouilles d'animaux, ou des fragments de roches anciennes. Il établit une distinction entre les formationsd’origine marine et les formations d’origine fluviale, indiquant, comme moyen de reconnaître ces dernières, les graines, les herbes, ou môme les troncs et les branches d’arbres, que souvent elles renferment. 11 se prononça aussi en faveur de l’horizontalité primitive des dépôts sédimentaircs, dont il attribuait la position actuellement inclinée ou verticale, tantôt à quelque dégagement de vapeurs souterraines, ca-

STÉNOS.

(livre i ,

GV

pable de soulever, de bas en haut, la croûte de la terre, et tantôt à l'affaissement de certaines masses solides reposant sur des cavités souterraines.

Sténon prétendit être à môme de prouver que la Toscane devait avoir eu successivement six configurations distinctes, ayant été deux fois couverte entièrement par l’eau; mise à sec deux fois, avec un niveau uniforme; et deux fois, enfin, avec une surface inégale et irrégulière (*). Il fit tous ses efforts pour concilier avec l’Écriture-Sainte ses nouvelles idées, et ce fut dans ce but qu'il signala certaines roches comme ayant été formées avant l’existence de toute espèce d'animaux et de plantes. Malheureusement, il choisit pour exemple de ces roches certaines formations calcaires et de grès de son propre pays, lesquelles renfermant, ainsi qu’on l’a reconnu depuis, quelques débris d’animaux et de plantes, ne peuvent pas môme être rangées parmi les couches les plus anciennes des séries secondaires. Sténon chercha à faire entendre que Moïse, en disant que les eaux du déluge avaient couvert le sommet des montagnes les plus élevées, n’entendait parler que des plus hautes collines existantes alors, — lesquelles ne pouvaient avoir une élévation bien grande.

(') Sri iiaquc distinetas Elruriæ faciès agnoscimus , dum bis fltiida, bis plana, et sieca, bis aspera fuerit, etc.

Cil A P- 111.)

SC1LLA.

D’après sa supposition, les eaux diluviennes provenaient de l’intérieur de la terre où elles s’étaient réfugiées, lorsque, originairement , la séparation delà terre et de la mer s’était opérée. De telles hypothèses, n'étaient certes pas faites pour ajouter au mérite du traité de Sténon ; loin de là, au contraire, elles ne pouvaient que diminuer l’autorité de celles de ses opinions qui étaient basées sur des déductions justes et rigoureuses des faits et de l’observation. Dans ces derniers temps, néanmoins, elles ont servi de germe à diverses théories populaires; revêtues de longs développements, elles ont été reproduites et présentées comme des idées nouvelles, par plusieurs de nos contemporains.

Scilla, 1670. — Scilla, peintre sicilien, publia, en 1G70, un traité latin sur les fossiles de la Calabre, accompagné de très-bonnes gravures. Cet ouvrage offre la preuve de l’influence prolongée que conservent, d’ordinaire, les dogmes souvent réfutés; car, c’est surtout contre l’incrédulité obstinée des naturalistes, à l’égard de la nature organique des coquilles fossiles, que l’auteur dirige les plus habiles ressources de son esprit et de son éloquence (*). De même que plusieurs

(') Scilla cite la remarque de Cicéron a l’occasion d’une certaine pierre trouvée dansl’ile de Cbio, laquelle, suivant la tradition, ayant été séparée en deux parties, présenta la tête de

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