‹ Principles De GeologieChapitre 56 sur 159 · VUK I · texte numérisé non relu

VUK I

tout portait à révoquer en doute que l'inclinaison de l’axe de In terre eût jamais éprouvé le moindre changement. Or, ce changement constituait un des principaux dogmes du système de Burnet, qui l'avait emprunté d’un Italien nommé Alessandro degli Alessandri. Celui-ci s’en était servi vers le commencement du quinzième siècle, pour expliquer l’ancienne occupation des continents actuels par la mer. Depuis, les arguments de La Place sont encore venus s’ajouter à ceux de Newton, contre la probabilité d’aucune révolution ancienne de ce genre.

Le souvenir de la fameuse comète de 1680 était encore présent à tous les esprits, quand Whiston commença à se livrer à ses études cosmologiques. La principale nouveauté de son système consistait dans la cause qu’il assignait au déluge, — lequel , selon lui , devait être attribué au passage d’une comète dans le voisinage très-rapproché du globe terrestre. Après avoir ainsi déterminé la cause de l'augmentation des eaux à la surface de la terre, il adopta l’hypothèse de Woodward, ‘et soutint comme lui, que tous lesdépûts stratifiés étaient le résultat du « sédiment chaotique du déluge. » Whiston fut un des premiers qui se risquèrent à proposer d’interpréter le texte de la Genèse autrement qu’il ne l’avait été jusqu’alors, afin que la doctrine qui enseignait que la terre avait existé longtemps avant la création de l’homme, cessât d’ètre re-

CUAP. Ill ) WHISTON. — HUTCHINSON.

gardée comme hétérodoxe. Il eut l’art de répandre un air de probabilité sur les parties les plus invraisemblables de sa théorie, et sembla ne vouloir procéder à l’établissement doses diverses propositions qu’avec la plus grande réserve, et à l’aide seulement de démonstrations mathématiques. Dans un discours qu’il fit à la louange de la Théorie de Whiston, Locke insista particulièrement sur le mérite des explications qu’il avait su donner de tant de choses merveilleuses, qui , jusqu’à lui, étaient restées inexplicables. Son livre fut. ainsi que celui de Burnet, critiqué et réfuté par Keill ('). De même que tous ceux qui, pour rendre compte des phénomènes naturels, proposèrent des causes purement hypothétiques, Whiston retarda la marche de la vérité, en détournant les esprits de la recherche des lois de nature sublunaire , et en les engageant dans de vaines spéculations, tant sur le pouvoir qu’il attribuait aux comètes de déplacer les eaux de l’Océan pour les répandre sur la terre que sur la résolution en eau des vapeurs de leurs queues, et sur plusieurs autres sujets de même valeur.

Ilutchinson , 1724.. — John Hulchinson, qui avait' été employé par Woodward à faire sa collection de

(‘) An cxaminalion of Dr liurnel’s Theory (Examen de la l'h(iorie de Hurnel) , etc. 2d. ed. 173t.

CELSIUS. — SCHFXCHZER.

fl.l VH K I,

fossiles, publia, en 1724-, la première partie de ses « Principes de Moïse , » dans laquelle il ridiculisa l’hypothèse de Woodward. Accoutumés à déclamer hautement contre la science humaine, Hutchinson et ses nombreux partisans soutinrent que les livres des Hébreux, fidèlement traduits, présentaient un système complet de philosophie naturelle. On conçoit aisément qu’avec de telles idées ils dussent avoir plus d’une objection à faire à la théorie de Newton sur la gravitation.

Celsius. — Ce fut à peu près vers cette même époque qu'Andrea Celsius, astronome suédois, publia ses remarques sur la diminution et l’abaissement graduels des eaux de la Baltique; sujet sur lequel j’aurai occasion de revenir plus longuement dans le courant de cet ouvrage.

Scheuchzer, 1708. — Dans le même temps, Scheuchzer, en Allemagne, s’etTorçait de prouver dans un ouvrage intitulé : « Complainte des Poissons » (1708), que la terre avait été remodelée une seconde fois au Déluge. En 1732, Pluche soutint aussi la même thèse; mais en 1753, d’Holbach, après avoir examiné les différents essais tentés pour rapporter au déluge de N'oé toutes les formations anciennes, démontra l’insuffisance de cette cause.

CI1AP. III.) GÉOLOGUES ital.— vallisneri.

Géologues italiens. — Vallisneri. — Je reviens avec plaisir aux géologues d’Italie, qui, après avoir précédé, ainsi qu’on l’a déjà vu, les naturalistes des autres pays, dans leurs recherches sur l’histoire an- . ciennc de la terre, conservaient encore sur eux, a l’époque à laquelle nous voici arrivés, une prééminence marquée. Ils réfutèrent et tournèrent en ridicule les systèmes physico-théologiques de Burnet, de Whiston et de Woodward (*). Vallisneri (**), entre autres, fit remarquer dans ses commentaires sur la théorie Woodwardienne, combien les intérêts de la religion , aussi bien que ceux de la saine philosophie, avaient souffert du mélange continuel des Saintes- Kc ri tu res avec des questions relatives à la physique. I.es ouvrages de cet auteur sont remplis d’observations originales. C'est à lui que la science est redevable de la première esquisse générale des dépôts marins de l’Italie, de leur étendue géographique, et des débris organiques les plus caractéristiques qu’ils renferment. Dans son traité intitulé « De l’Origine des Sources, » il démontre leur rapport avec l'ordre des

(*) Hamazzini alla jusqu'à dire que Burnet avait, en grande partie, emprunté ses idées à un dialogue d'un certain Patrizio; mais Brocchi, après avoir lu ce dialogue . assure qu'il n’y a rien, pour ainsi dire, d’analogue entre les systèmes de ces deux écrivains, si ce n'est la bizarrerie qui les caractérise.

(••) I)ei Corpi Marini, l.eliere entiche, etc. 1721 .

9V VALLISNERI. (uvee i ,

couches, et souvent même avec les dislocations de ces couches, et se livre à une dissertation philosophique contre les opinions de ceux qui regardaient l’état confus de l’écorce terrestre comme un signe manifeste de la colère de Dieu excitée par la malice des hommes.. Dans son chapitre préliminaire, il se vit obligé de soutenir contre saint Jérôme, et contre quatre autres des principaux traducteurs de la Bible, sans compter plusieurs professeurs de théologie, « que les sources ne venaient pas de la mer en passant par des siphons souterrains et des cavités, et en perdant leur salure en chemin,» cette théorie n’ayant d’autre soutien que le témoignage soi-disant infaillible des Saintes- Écritures sur lequel avaient un peu trop compté ceux qui l’avaient imaginée.

Quelque répugnance qu’il eût à généraliser les données résultant des riches matériaux recueillis dans ses voyages, Vallisneri avait été si vivement frappé de la continuité remarquable des couches marines les plus récentes qui s’étendent d’une extrémité à l'autre de l’Italie , qu’il en était venu à conclure que jadis l’Océan avait couvert la surface entière du globe, et, qu après y avoir longtemps séjourné, il avait fini par s’en retirer peu à peu. Cette opinion, quelque insoutenable qu’elle fût, était pourtant bien moins déraisonnable que la théorie diluvienne de Woodward, que Vallisneri, et après

CHAI’. III

vallisneri.

lui, tous les géologues toscans, combattirent de tout leur pouvoir, en opposition aux membres de l’Institut de Bologne , qui mirent un zèle extrême à la soutenir (*).

Parmi les autres écrivains de cette même époque, nous citerons d’abord Spada, prêtre de Grezzana, qui. en 1737, essaya de prouver que les corps marins pétrifiés qu’on avait découverts dans le voisinage de . Vérone, n’étaient pas d’origine diluvienne (“) ; puis Matani , qui tira une conséquence semblable des coquilles trouvées à Volterra , et en divers autres lieux; et , enfin , Gostantini qui , d’un autre côté , entreprit de soutenir la vérité du Déluge, et de prouver que l'Italie avait été peuplée par les enfants de Japhet .(*“). On doit à cet auteur d’assez bonnes observations sur la vallée de la Brcnta et plusieurs autres localités.

. M»ro, 1740. — Lazzaro Moro, dans son ouvrage publié en 1740, et ayant pour titre : « Sur les Corps Marins que l’on trouve dans les Montagnes (*”’), » essaya d'appliquer aux phénomènes géologiques décrits par Vallisneri, la théoiie des tremblements de terre,

C) Brocchi, p. 28.

“) Ibid., p. 33.

(■**) Ibid., p 37.

("*•) Sui Crostacci cd allri Corpi Marini chc si trovano >ui Monli

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