LAZZARO MORO
(LIVRE I
telle qu’elle avait été exposée par Strabon , Pline et différents autres auteurs anciens qui lui étaient familiers (*). Un phénomène remarquable qui eut lieu de son temps, et que Vallisneri avait également signalé dans ses lettres, éveilla son attention sur le pouvoir de soulèvement des forces souterraines. En 1707, une île nouvelle jaillit aux environs de. Santorin, dans une partie très-profonde de la Méditerranée. Cette île qui d’abord n’était, pour ainsi dire, qu’un point, * grandit si rapidement, qu’en moins d’un mois elle se trouva avoir un demi-mille (la sixième partie d'une lieue) de circonférence, et vingt-cinq pieds {7m 6) environ, d’élévation au-dessus de la marque de la haute mer. Bientôt après, elle fut couverte de déjections volcaniques; mais dans le principe c’était un rocher de couleur blanche, à la surface duquel adhéraient des huîtres et des crustacés vivants. Moro, dans la vue de ridiculiser les diverses théories alors en vogue, supposa très-ingénieusement, l’arrivée, dans
(*> Bien qu'un grand nombre des idées de Moro se rapportent a celles de Ilookc et de Ray, il est à présumer pourtant qu’il n’eut pas connaissance des ouvrages de ces deux auteurs . par la raison qu’ils n’avaient pas été traduits, et qu’il y a lieu de supposer que Moro ne savait pas l’anglais. On remarque, en elîet, qu’indépendamment de ce qu’il ne cite jamais ni Hookc ni Ray , il renvoie toujours, pour ses citations de Burnel, à l'édition latine, et pour celles de Woodward, à l’édition française.
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colle lie, de plusieurs naturalistes ignorant son origine récente. L’un , aussitôt, en appelle aux coquilles marines, comme preuve du déluge universel; un autre soutient que ces coquilles attestent l’ancien séjour de la mer sur les montagnes; un troisième prétend qu'elles ne sont autre chose que de simples jeux de la nature; tandis qu’un quatrième, enfin, affirme qu elles ont pris naissance et qu’elles ont vécu dans quelque ancienne caverne du roc constituant l’île, où l'eau salée se trouvait introduite sous forme de vapeur, par l’action de la chaleur souterraine.
Moro donna la preuve d’un très-bon jugement en faisant intervenir, à l’appui de sa théorie du soulèvement des continents par des mouvements souterrains, les failles et les dislocations de couches observées par Yaliisncri dans les Alpes ainsi que dans diverses autres chaînes, et décrites par ce naturaliste lui-méme. Il opposa aux hypothèses de Burnet et de Woodward plusieurs objections fondées sur des raisonnements aussi judicieux que solides; mais, d’un autre côté, il tint si peu de compte de la protestation de Vallisncri , qu’il alla jusqu’à essayer de faire coordonner chaque partie de son propre système avec le récit biblique de la création. Le troisième jour, dit-il, le globe fut couvert, sur toute son étendue, d’une couche d’eau douce, ayant partout la même profondeur; et quand il plut à l’Être Suprême de faire apparaître les continents, la surface T. i. 9
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unie et régulière de la terre, composée de roches primitives, se brisa par l’effet d’explosions volcaniques. Ces roches, en s’élevant au-dessus du niveau des eaux, formèrent des masses montagneuses dont les fissures livrèrent passage aux métaux en fusion et aux sels que renfermait l’intérieur du globe. Peu à peu. les exhalaisons volcaniques communiquèrent aux mers leur salure; et à mesure que ces parties liquides de La surface terrestre perdirent de leur étendue, elles augmentèrent de profondeur. Le sable et les cendres vomis par les volcans furent régulièrement disposés sur le fond de l’Océan, et formèrent les couches secondaires qui, à leur tour, furent soulevées par des tremblements de terre. Il est inutile de suivre cet auteur dans tous les détails dû il entre sur le mode de création employé les jours suivants, à l’égard des végétaux et des animaux ; nous nous bornerons simplement à faire rem|èquer qu’un très-petit nombre des théories cosmoldgiques anciennes avaient su ménager aussi bien les idées reçues.
Illustration de la théorie de Moro par Generelli, 17'l9. — Moro eut cela de commun avec Hutton, quf plus tard soutint quelques-uns des mêmes principes, . que l’extrême prolixité de son style lui rendit le secours d’un commentateur nécessaire pour mettre ses idées en lumière. Tous deux, à cet égard, furent éga-