CHAP. III.) RE MORO PAR GENERELLI
lement bien partagés; car, si le géologue écossais dut s’estimer heureux d'avoir Playfair pour avocat, Moro ne le fut pas moins lorsque, neuf ans après la publication de sa théorie, Cirillo Generelli , un de ses plus ardents admirateurs, se chargea d’en faire l’exposition dans une des séances de l’Académie de Crémone. Ce savant frère carme ne se piquait pas d'avoir observé par lui-même, mais il avait assez étudie pour être parfaitement en étal de soutenir les opinions de Moro, à l’aide d’arguments tirés d'autres auteurs, l.e choix qu’il nous a laissé des doctrines les mieux établies de son temps est si judicieux, que nous pensons faire plaisir au lecteur en lui en présentant ici l'analyse succincte; elle le mettra à même de juger quel était en Europe, et principalement en Italie, l’état de la géologie vers le milieu du siècle dernier.
Les productions marines que l'on rencontre à chaque pas dans les montagnes sont, dit-il, des monuments que la terre a soigneusement conservés dans son sein pour rendre témoignage de certains événements passés. D’après les réflexions de Moro , il est presque impossible de ne pas être persuadé que la présence de ces corps dans les montagnes soit due à d’anxiens tremblements de terre, qui auraient changé de vastes étendues de mer en continents, et des terres habitées en mers. Cependant, comme ici plus qu’en aucune autre partie des sciences physiques, l'expérience
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et 1 observation sont indispensables, nous devons nous hâter d'appeler les faits à notre aide. En quelque part qu'on ait creusé la terre, on a toujours trouvé qu’elle était composée de diverses couches ou terrains superposés les uns aux autres, et consistant, les uns en sable. les autres en roc, en craie, en marne, en houille, en pierre-ponce, en gypse, en chaux, et en diverses autres substances. Quelquefois, ces matières sont pures. mais quelquefois aussi elles sont mélangées d'une manière confuse. Souvent elles renferment des squelettes de poissons marins, et plus souvent encore des coquilles, des crustacés, des coraux, des plantes, etc. Ce n'est pas, au reste, en Italie seulementque les choses se passent de la sorte : il en est de même en France, en Allemagne, en Angleterre, en Afrique, en Asie et en Amérique; dans les couches les plus éloignées de la surface terrestre, aussi bien que dans celles qui en sont le plus près; sur les montagnes comme dans les mines les plus profondes; et dans le voisinage de la mer ainsi qu’à plusieurs centaines de milles de ses bords. Woodward a supposé que ces corps marins se rencontrent partout , sans exception ; mais Vallisneri et Marsilli ont affirmé qu’il existe des roches dans lesquelles il ne s’en trouve* aucun. Les débris des animaux fossiles consistent principalement dans les parties les plus solides de ces animaux, et tout porte à croire que les couches
CU \P. lll.) DF. MORO PAR GE.NKRFl.l.I.
les plus dures ont dû être molles nu moment où de tels corps y ont pénétré. On rencontre aussi dans certaines strates des productions végétales a divers états de maturité, ce qui prouve qu’elles y ont été déposées dans des saisons différentes. En Angleterre et ailleurs encore, on a trouvé, dans des conciles superficielles qui n’avaient jamais été couvertes par la mer, des éléphants, des élans, et divers autres quadrupèdes terrestres. Quoique les alternances de couches marines et de couches renfermant des productions terrestres et marécageuses soient rares, il s'en présente cependant quelquefois. Les animaux marins sont disposés en groupes distincts dans les couches souterraines, avec un ordre admirable; ici les huîtres, là les dentales ou les coraux, etc , arrangement dont, suivant Marsilli , les eûtes dé l’Adriatique offrent aujourd’hui l’exemple (*). Mais il nous faut abandonner la doctrine, jadis si populaire, qui refuse d’admettre que les corps organisés fossiles doivent leur origine à "des êtres vivants, de même qu'il nous faut renoncer aussi à expliquer la position actuelle de ces mêmes fossiles, soit par l’ancienne théorie de Strabon , soit par celle de Leibnitz, soit, enfin, par le déluge universel, tel qu’il a été expliqué par Woodward et plusieurs autres : « Il ne serait pas rai-
C) Sagg o fisico iiKoriiii alla Sluria del Ma:c, pari. I, p. 2t.