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pagnaient crurent, à en juger par les démonstrations de joie auxquelles il se livra, qu’il avait découvert une mine d'or, ou tout au moins d’argent (‘). Sachant fort bien que la même théorie ne pouvait pas servir à expliquer l’origine des schistes primaires, — termequ’il employait de préférence à celuide primitifs, llutton était assez porté à considérer ces schistes comme formés par voie de sédiment, puis altérés par la chaleur, et comme provenant originairement de la décomposition de roches antérieurement existantes.

A l’aide de la découverte importante de ces veines de granit, où l’avait conduit, par induction , une classe de faits entièrement à part, llutton ouvrit la voie à des idées complètement nouvelles. Vallisneri avait signalé le fait général de 1,’existence de certaines roches ne renfermant aucun débris organique, et il en avait conclu que la formation decesrochesdevait avoir précédé la création de tout être vivant. Moro, tîenerelli, et plusieurs autres auteurs italiens, adoptèrent la même opinion. De son cêlé, Lehmann regardait les montagnes qu’il avait appelées primitives, comme autant de parties du noyau originel du globe Ce principe était devenu un article de foi dans l’école de Freyberg; et s’il arrivait que l’on témoignât le

•) Plnyfsir's works ( OKinrcs do Playfair), vol. IV, p. 75.

1 V8 THÉORIE HÜTTONIENNE. (livre I ,

moiiulre doute sur la possibilité de faire remonter les recherches géogéniques à l’origine de l’état actuel des choses, on en appelait avec triomphe aux roches granitiques. Il semblait que sur ces roches était écrite en caractères distincts cette inscription mémorable :

« Dinanzi a nie non fur cose croate Se non eterne ('). »

On peut se figurer, d’après cela, quelle sensation produisit Hutlon , lorsqu’il essaya de porter une main sacrilège sur des caractères que déjà tant de gens regardaient comme sacrés. « Je ne puis, disait le géologue écossais, trouver dans l’économie du monde, ni les traces d’un commencement, ni la perspective d’une fin; » — déclaration qui parut bien plus alarmante encore , quand vint s’y joindre la doctrine qui admettait que tous les changements anciens du globe avaient été produits par l’action lente de causes encore existantes. L’imagination fatiguée des efforts qu’il fallait faire pour comprendre l’immense espace de temps nécessaire à l’anéantissement de tous les continents., par un procédé aussi insensible , n’entrevoyait, après avoir erré au milieu de ces interminables périodes, aucun point de repos , môme (*)

(*) « Avant moi rien ne fut créé

Sinon ce qui est éternel. »

L’Enfer du Dante, chant ni.

CH ap. iv.) THÉORIE HUTTONIKNNE. 149

ii In distance la plus éloignée. Les roches les plus anciennes étaient considérées , non comme ayant été créées primitivement, dans l’état où elles sont aujourd'hui , mais comme provenant des débris d’autres roches plus anciennes encore. On les regardait , en outre, comme les dernières d’une série antérieure, qui, peut-être, elle-même, avait appartenu à quelque monde préexistant. I)e telles idées étaient, relativement à l’immensité des temps passés, comme celles auxquelles la philosophie Newtonienne avait donné naissance à l’égard de l’espace, c’est-à-dire, qu elles étaient si vastes, que ce qu’elles offraient de sublime ne pouvait manquer de produire sur l’esprit humain un sentiment pénible, dû à son incapacité d’embrasser un plan d’une étendue aussi prodigieuse. Comment , en effet, contempler sans un profond saisissement, la multitude innombrable de mondes qui, situés entre eux à d’énormes distances, se succèdent jusqu’aux confins de l’univers visible, où d’autres systèmes non moins nombreux se laissent encore faiblement apercevoir?

Le trait caractéristique de la théorie Huttonienrie consistait, ainsi que nous avons pu l’entrevoir déjà, dans l’exclusion de toutes les causes que l’on considérait comme étant en dehors de l’ordre actuel de la Nature. Mais Hutton n’alla jamais au delà de ce qu’avant lui déjà, Hookc, Moro et Raspe avaient

150 THÉORIE HUTTONIKNNK. (UVBK I,

avancé sur les changements géologiques que pourraient occasionner les causes qui, de nos jours, donnent lieu aux mouvements souterrains, si un temps suffisant leur était accordé. Il semble, au contraire, être resté bien en arrière de quelgues-unes de leurs idées , surtout lorsqu'il refuse d’admettre que les sédiments contribuent à modifier la configuration extérieure de l’écorce terrestre. Il imaginait que dans le principe, les continents avaient été détruits graduellement par l’action de l’eau, et que, lorsque leurs ruines eurent fourni les matériaux nécessaires à la reproduction de nouveaux continents, ceux-ci furent soulevés par l’effet de quelques violentes convulsions. Or, une semblable théorie exigeant la supposition d’une alternance de périodes de bouleversement général et de périodes de tranquillité, Hutton dut nécessairement admettre qu’un tel ordre de choses avait toujours existé, et qu’il subsisterait toujours.

Dans son exposition du système de Moro, Generelli avait su beaucoup mieux concilier les faits observés avec le cours ordinaire de la Nature; car, en même temps qu’il était d’accord avec Hutton , relativement à la destruction et à la reproduction continuelles des roches, et à la manière uniforme dont s’accomplissaient ces phénomènes, il considérait le rétablissement des montagnes par voie de soulèvement, c’est-à-dire, par l’effet d'un mouvement de

Cil AP. IV.) THÉORIE H UTTON I EN'NE .

bas en haut, comme étant le résultat d’une operation tout à la fois constante et synchronique. Envisagée séparément, aucune de ces théories ne satisfait à toutes les conditions du grand problème qu’un géologuequi rejette les causes cosmologiques estappelé à résoudre; mais il est du moins très-probable que dans leur ensemble elles renferment les germes d'un système complet. De môme qu’on ne peut mettre en doute que des périodes de bouleversement et de tranquillité se sont succédé tour à tour dans toutes les régions du globe, de môme aussi ne peut-on nier que, considérée par rapport au globe terrestre entier , l’énergie des mouvements souterrains a , suivant toute apparence, été constamment uniforme. Il se pourrait, en outre, que, durant une longue suite d’années, la force qui occasionne les tremblcmcntsdc terre fût restée limitée, ainsi qu’elle l’est actuellement, à certains espaces vastes, mais déterminés; puis, que se déplaçant graduellement, elle eût été se faire sentir en d’autres lieux, qui, après un repos de plusieurs siècles, fussent ainsi devenus à leur tour le théâtre de l’action souterraine la plus énergique.

Illustration de la théorie de Hullon par Plagfair. — L’explication proposée par Hullon et par Playfair. son commentateur, à l’égard de l’origine des vallées et des formations alluviales, était aussi très-ineom-

152 ILLUSTRATION I1E LA THÉORIE (i.ivhk i,

plète. Ces deux géologues n’attribuaient aucune des inégalités de la surface terrestre aux mouvements qui ont accompagné le soulèvement des continents: ils supposaient qu’en général, le creusement des vallées était dû à l'action séculaire des rivières qui y établissent leur cours, et semblaient oublier entièrement la force de transport et d’érosion que les vagues de l’Océan devaient nécessairement exercer sur les continents, durant leur émersion.

Bien que llulton possédât en minéralogie et en chimie des connaissances très-étendues , il n’avait . à l’égard des débris organiques, que des notions

fort limitées, qui ne lui servirent, ainsi quelles l’avaient fait pour Werner, qu’à caractériser certaines couches, et à prouver leur origine marine. D’iirf'autre côté, comme la théorie qui admettait d’anciennes révolutions dans la vie organique n’était pas encore complètement établie , il en résulta que beaucoup de gens refusèrent d’adopter l’hypothèse de Hutton, donnant pour raison qu’une doctrine qui s’appuyait sur des périodes indéfinies ne pouvait être admise sans le secours de preuves qui, ainsi que ces révolutions, fussent de nature à attester l’ancienneté du globe. Quelques-uns môme, jugeant cette doctrine incompatible avec les vérités révélées, allèrent jusqu’à se livrer à des soupçons fort peu charitables sur les motifs de son auteur. Ils l’accusèrent d’avoir conçu le

CHAI* IV) DE HITTON l'AR PLAYFAIR. 153

dessein de faire revivre le dogme païen d une « succession éternelle, » et de nier que ce monde ait jamais eu un commencement. On trouve, dans la Biographie de Hutton, par Playfair, le commentaire suivant sur cette partie de leur théorie : — « Dans les mouvements planétaires, là où l’œil de la géométrie a pénétré si avant, soit dans le passé, soit dans l’avenir, nous n’apercevons aucune trace du commencement ou de la fin de l’ordre de choses actuel. Je dirai même qu’il serait déraisonnable de supposer que de pareilles traces pussent exister quelque part. L’Auteur de la Nature n’a pas donné à l’univers de lois qui, ainsi que les institutions humaines, portent en ellesmêmes les éléments de leur propre destruction. Il n’a point voulu que ses ouvrages eussent aucun symptôme d’enfance ou de vieillesse, ni qu’ils fussent empreints d’aucun signe à l’aide duquel il fût possible d’évaluer leur durée future ou passée. Bien que, suivant toute apparence , il puisse mettre fin au système actuel à un certain moment déterminé, ainsi que très-probablement il lui a donné naissance aussi, nous pouvons être bien assurés qu’une telle catastrophe ne sera jamais le résultat des lois aujourd’hui existantes, et que rien de ce qui est à notre portée ne peut nous la faire prévoir (’). »

(*) Plavfnir’s woiks, vol. IV. p 55.

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