VOLTAIRE
(UVHK I ,
L'esprit de parti (ju'excitérent contre elles les doctrines Huttonicnncs , et le manque avéré de sincérité et de modération qui signala la controverse relative à ces mêmes doctrines, ne pourront être justement appréciés du lecteur que s’il se rappelle l’état d’excitation où se trouvait, à cette époque, l’esprit public en Angleterre. En France, une certaine classe d’écrivains s’elTorçait, depuis plusieurs années, a saper les bases de la religion chrétienne, dans la vue de diminuer l'influence du clergé. Leurs succès, auxquels vinrent encore s’ajouter les conséquences de la Kévolution, alarmèrent les esprits les plus résolus. Qu’on juge, d’après cela, de 1’eflet qu’un tel progrès dut produire sur les hommes timides, pour qui la moindre idée d’innovation était aussi redoutable que les fantômes qui parfois, dans un songe terrible, se présentent à un esprit malade.
Voltaire. — Voltaire s’était emparé des découvertes modernes de la physique pour en faire une de ces armes puissantes avec lesquelles il savait si habilement répandre le ridicule sur les Saintes-Écritures. Ayant reconnu que les systèmes de géologie en vogue de son temps avaient été combinés de la manière la plus adroite pour s’accorder avec la Bible, et pour faire coïncider les faits observés avec le récit mosaïque de la création et du déluge, il n’en fallut pas davantage
Cil AP. IV.)
VOLTAIRK.
pour lui inspirer une prévention défavorable contre les géologues, dont il considérait la science comme une de celles que les théologiens avaient enrôlées avec le plus de succès dans leur cause (’). Sachant qu'on regardait encore, généralement, l’immense quantité de coquilles fossiles renfermées dans l’intérieur des continents, comme une preuve du déluge universel, il résolut d’ébranler cet article de foi, et chercha, dans la vue d’arriver à ce but le plus vite possible, à répandre des idées de scepticisme sur la nature réelle de ccscoquilles.età réhabiliter l’opinion qui les faisait considérer, au seizième siècle, comme des jeux de la Nature. Quoiqu’il prétendît que les impressions végétales qu'on trouvait dans certaines couches provenaient de plantes véritables (**), il ne laissait pas,
(‘) Il prétendait, en faisant allusion aux théories de Burnet, de Woodward, et de divers autres auteurs physico- théologiens , qu’ils voulaient de grands changements dans la scène du monde, comme le peuple en veut aux spectacles. « Chacun d'eux, » «lisait-il encore, «détruit et renouvelle la terre à sa mode, ainsi que Descaries l’a formée ; car la plupart des philosophes se sont mis sans façon à la place de Dieu; ils pensent créer un univers avec la parole. » { Dissertation envoyée ri l'Académie de Bologne, sur les changements arrivés dans notre globe.) Cette critique , et bien d'autres encore, dirigées contre les cosmogonistes , n'étaient malheureusement que trop fondées.
(**) Voyez le chapitre intitulé « Des Pierres figurées. »
loti VOLTAIRE. (livre l,
néanmoins, d être parfaitement convaincu, ainsi que l'on peut en juger par son essai sur la Formation de» Montagnes (’), que les coquilles fossiles avaient réel* lement appartenu à des testacés vivants. Quelquefois, s'adressant aux esprits vulgaires, il changeait de manière de raisonner, et prétendait, au mépris de toute vraisemblance , et quoique connaissant fort bien la vraie nature des coquilles recueillies dans les Alpes, ainsi quedans diverses autres localités, qu’elles étaient originaires d’Orient , et qu’elles avaient été détachées des chapeaux de pèlerins venant de Syrie. Du reste, les nombreux essais qu’on a de lui sur différents sujets relatifs à la géologie sont tous de nature à fortifier les préjugés existants, lis montrent que l’auteur ne connaissait pas l’état réel de la science; peut-être aussi accusent-ils son manque de sincérité (**). D’un autre côté, ceux qui, tout en sachant que ses attaques avaient pour but de discréditer les Saintes-Ecritures, ne connaissaient pas la vraie portée de la question, auraient fort bien
O Dans cet essai, il dit : « presque tous les naturalistes sont persuadés aujourd'hui que les dépùis de coquilles, au milieu de nos terres, sont des monuments du long séjour de l’Océan dans les provinces où ces dépouilles se sont trouvées. » Ailleurs encore , en parlant des coquilles fossiles de la Touraine, il admet leur véritable origine.
(”) Pour donner un exemple du désir qu'il avait de répandre
CIIAP. IV.)